.... c'est mon blog et que ça m'attriste, j'vous le dis quand même. Anthony Buckeridge est mort en début de semaine. Le nom ne dira peut-être pas grand chose à la plupart d'entre vous, mais il était l'auteur des aventures de Jennings. Celles-ci furent traduites en français dans la Bilbiothèque Verte (puis Rose) : Bennett et Mortimer, Bennett et la Cartomancienne, Bennett et les grenouilles et Bennett fait son numéro (mon préféré)... Les six premières aventures du bonhomme ont été rééditées en anglais il y a 2 ou 3 ans, à ma grande joie. Malheureusement, elles n'ont pas, comme on dit pudiquement dans ces cas-là, 'rencontré leur public'. Aucune réédition n'est plus prévue pour les autres titres. Dommage, ça m'avait presque fait autant rire en anglais il y a quelques mois qu'à l'époque en français.
R.I.P ou R.S.V.P (au choix)
Parce que la musique est une chose trop importante pour être laissée à ceux qui la prennent au sérieux.
vendredi, juillet 2
jeudi, juillet 1
The lost riots
En cette époque où même les candidats recalés aux éliminatoires de Pop Idol Liechtenstein bénéficient d'un plan de promotion très serré, il est surprenant de voir que le premier album de Hope of the States ne sort que maintenant, plus d'un an après la sortie très remarquée du premier de leurs trois singles (mais que les retardataires se rassurent, ils sont tous repris ici). Le groupe a donc pris tout son temps, ce qui s'explique sans doute en partie par le suicide de son guitariste Jimmi Lawrence, juste après l'enregistrement de l'album.

Lorsqu'on tient l'objet en main, ce qui frappe tout d'abord est le soin apporté au visuel. Certes, il est rigoureusement inrangeable sur une étagère à CD mais il n'en est pas moins très beau. Il se présente dans une pochette en carton surdimensionnée qui s'ouvre par une languette prédécoupée (un peu à la manière d'un paquet de biscuits). L'ensemble est presque entièrement noir, avec juste le dessin d'un oiseau (un corbeau ?) posé sur un fil de fer barbelé. A l'intérieur, on trouve le disque proprement dit et un jeu de reproductions de planches médicales à l'ancienne (cerveau, coeur, poumons, etc..) sur lesquelles les paroles de morceaux se mélangent avec les noms des organes. L'ensemble est parsemé de petits dessins guerriers (soldats, archers, avions,...). De fait, tout l'album semble tourner autour de l'idée du soulèvement armé, de la révolution (notamment américaine, explicitement évoquée par George Washington et 1776). Cela se traduit par son titre 'The Lost Riots' ou bien encore des textes tels que
Le disque semble à première vue comme très politique, presque comme un appel à l'insurrection. Certains ne manqueront pas d'objecter que ce genre de discours perd beaucoup de sa crédibilité lorsqu'il apparaît sur un disque Sony Music mais il rend encore plus évident la parenté entre le groupe et Godspeed You Black Emperor. Outre dans le sous-texte politique, des similitudes se retrouvent dans l'instrumentation utilisée, dans la structure des morceaux ou encore dans le visuel dont ils s'entourent. Dans tous ces domaines cependant, s'ils s'inspirent de leurs cousins canadiens, c'est en refusant de se couper du grand public. Ainsi, ils n'hésitent pas à s'appuyer sur une major pour toucher le plus grand nombre et les longues plages de 20 minutes ou plus laissent la place à des morceaux construits comme de vraies chansons, plus courts et, oserais-je le dire, plus "pop". Ce parti-pris est parfaitement illustré par Black Dollar bills, le premier single, et une des révélations de l'année dernière. Ca commence par une voix seule sur un tapis de quelques notes de piano éparses. Les textes sont d'un nihilisme terrifiant
Ce morceau est un bon résumé de la manière dont ils semblent avoir abordé l'écriture de l'album. Une vision désespérée du monde mise en musique sous la forme de longues lamentations d'une beauté qui est souvent assez terrassante. Sur un canevas GYBEsque, ils parviennent à greffer à la fois la beauté fragile de Mercury Rev ET le sens de la démesure de Muse, ce qui n'est pas une mince affaire. L'album serait même à mon avis un petit chef-d'oeuvre s'il n'y avait la voix du chanteur, geignarde et un peu forcée. Sur le refrain du dernier single (The Red, the White, the Blues), ça finit même pas provoquer un certain embarras. On pense alors à plein de choses (notamment à un ivrogne qui chanterait à tue-tête au coin de la rue pendant que les braves gens essaient de dormir), mais plus du tout à ce que la chanson est censée évoquer. C'est peut-être ce qui explique que le premier morceau, instrumental, est celui que je préfère.
Lorsqu'on tient l'objet en main, ce qui frappe tout d'abord est le soin apporté au visuel. Certes, il est rigoureusement inrangeable sur une étagère à CD mais il n'en est pas moins très beau. Il se présente dans une pochette en carton surdimensionnée qui s'ouvre par une languette prédécoupée (un peu à la manière d'un paquet de biscuits). L'ensemble est presque entièrement noir, avec juste le dessin d'un oiseau (un corbeau ?) posé sur un fil de fer barbelé. A l'intérieur, on trouve le disque proprement dit et un jeu de reproductions de planches médicales à l'ancienne (cerveau, coeur, poumons, etc..) sur lesquelles les paroles de morceaux se mélangent avec les noms des organes. L'ensemble est parsemé de petits dessins guerriers (soldats, archers, avions,...). De fait, tout l'album semble tourner autour de l'idée du soulèvement armé, de la révolution (notamment américaine, explicitement évoquée par George Washington et 1776). Cela se traduit par son titre 'The Lost Riots' ou bien encore des textes tels que
All the money in the world / Won't save You / We're coming home. / All the prisons that you build / won't hold us. / Just let us go.'
Le disque semble à première vue comme très politique, presque comme un appel à l'insurrection. Certains ne manqueront pas d'objecter que ce genre de discours perd beaucoup de sa crédibilité lorsqu'il apparaît sur un disque Sony Music mais il rend encore plus évident la parenté entre le groupe et Godspeed You Black Emperor. Outre dans le sous-texte politique, des similitudes se retrouvent dans l'instrumentation utilisée, dans la structure des morceaux ou encore dans le visuel dont ils s'entourent. Dans tous ces domaines cependant, s'ils s'inspirent de leurs cousins canadiens, c'est en refusant de se couper du grand public. Ainsi, ils n'hésitent pas à s'appuyer sur une major pour toucher le plus grand nombre et les longues plages de 20 minutes ou plus laissent la place à des morceaux construits comme de vraies chansons, plus courts et, oserais-je le dire, plus "pop". Ce parti-pris est parfaitement illustré par Black Dollar bills, le premier single, et une des révélations de l'année dernière. Ca commence par une voix seule sur un tapis de quelques notes de piano éparses. Les textes sont d'un nihilisme terrifiant
I've seen broken people smile. They lie [...] No one hopes for anything when there's nothing at allEntre ce qu'on pourrait appeler des couplets, le refrain prend la forme d'un mur de guitares hurlantes, mais laissant une impression de grand calme (à la manière de ce que Mogwai faisait très bien sur Helicon), avant un final instrumental de trois minutes, sous la forme d'un long crescendo qui se dissout finalement dans le silence.
Ce morceau est un bon résumé de la manière dont ils semblent avoir abordé l'écriture de l'album. Une vision désespérée du monde mise en musique sous la forme de longues lamentations d'une beauté qui est souvent assez terrassante. Sur un canevas GYBEsque, ils parviennent à greffer à la fois la beauté fragile de Mercury Rev ET le sens de la démesure de Muse, ce qui n'est pas une mince affaire. L'album serait même à mon avis un petit chef-d'oeuvre s'il n'y avait la voix du chanteur, geignarde et un peu forcée. Sur le refrain du dernier single (The Red, the White, the Blues), ça finit même pas provoquer un certain embarras. On pense alors à plein de choses (notamment à un ivrogne qui chanterait à tue-tête au coin de la rue pendant que les braves gens essaient de dormir), mais plus du tout à ce que la chanson est censée évoquer. C'est peut-être ce qui explique que le premier morceau, instrumental, est celui que je préfère.
mardi, juin 29
Je comprends pas tout, mais ça a l'air grave...
Un festival appelé le Fury Festival a eu lieu ce weekend au Mans et a apparemment connu pas mal de problèmes. Mes clowns préférés de Slipknot ont l'air d'être en partie responsables. Ils auraient joué aux rockstars à la grosse tête et auraient eu des exigences financières insupportables. En conséquence, ils se seraient fait huer pendant tout le concert. Il y a là des pages et des pages (et encore d'autres pages) de commentaires sur le sujet. Enfin, quand je dis commentaires, il y aussi pas mal de noms d'oiseaux parce que ce petit microcosme m'a tout de même l'air assez complexe, avec une foultitude de chapelles (grind, doom, death, trash, hardcore, nu-metal.... la liste semble infinie) qui s'opposent farouchement et les arguments des uns et des autres semblent souvent un peu légers.
On sort d'une lecture en diagonale de cette multitude de messages avec la tête qui tourne un peu, mais une idée semble néanmoins se détacher. Apparemment, les fans de metal (les purs) supportent difficilement le fait que Slipknot plaise aux gamins de 12 ans et voient dans leur musique un abâtardissement du genre. Remarquez que, confusément, on pouvait s'en douter. Le groupe est signé sur une major. Il comprend un DJ qui fait des scratches comme un vulgaire Benny B. Ils ont des costumes de scène et vendent beaucoup de disques. Ca fait beaucoup
Finalement, ça prouve bien ce que j'avançais précédemment, c'est à dire que le rock est actuellement une des formes les plus pures de la pop. Franchement quel groupe pourrait prétendre être aussi glorieusement ridicule que Slipknot ?
Ceci dit, tout cela ne me dit pas quels sont ces groupes de rock 'authentiques' dont on entend régulièrement parler. Je reste à l'affût.
Sinon, pour une vision plus géopolitique des événements qui ont eu lieu au Fury Festival, je ne peux que conseiller le forum du label américain du groupe.
On sort d'une lecture en diagonale de cette multitude de messages avec la tête qui tourne un peu, mais une idée semble néanmoins se détacher. Apparemment, les fans de metal (les purs) supportent difficilement le fait que Slipknot plaise aux gamins de 12 ans et voient dans leur musique un abâtardissement du genre. Remarquez que, confusément, on pouvait s'en douter. Le groupe est signé sur une major. Il comprend un DJ qui fait des scratches comme un vulgaire Benny B. Ils ont des costumes de scène et vendent beaucoup de disques. Ca fait beaucoup
Finalement, ça prouve bien ce que j'avançais précédemment, c'est à dire que le rock est actuellement une des formes les plus pures de la pop. Franchement quel groupe pourrait prétendre être aussi glorieusement ridicule que Slipknot ?
Ceci dit, tout cela ne me dit pas quels sont ces groupes de rock 'authentiques' dont on entend régulièrement parler. Je reste à l'affût.
Sinon, pour une vision plus géopolitique des événements qui ont eu lieu au Fury Festival, je ne peux que conseiller le forum du label américain du groupe.
Bonnes ou mauvaises, mais nouvelles
- La sortie en Angleterre de All Day Long I Dream About Sex, la chanson de JC Chasez dont je disais le plus grand bien ici il y a quelques jours, semble compromise. Elle a en tout cas disparu des plans de sortie et le disque n'est plus proposé à l'achat par Amazon ou HMV. L'absence assez incompréhensible de diffusions radio n'y est sans doute pas pour rien (pourquoi BBC Radio 1, par exemple, a-t-elle playlisté le précédent single, qui n'était pas très bon, et pas celui-ci ? Mystère). Son album semble désormais destiné à être un grand disque maudit. Les campagnes lancées par différents sites pop n'y changeront rien. Les quelques diffusions radio dont la chanson a bénéficié en Belgique non plus.
- La première vidéo de Patrick Wolf, To the lighthouse, est enfin visible. Il est peu probable qu'elle passe en boucle sur les chaînes musicales, donc je conseille vivement d'aller y jeter un oeil (et une oreille, c'est une des meilleures chansons de l'album) sur son site officiel (cliquer ensuite sur video). Vous y verrez Patrick qui court dans les champs, Patrick qui se cache derrière les arbres ou encore Patrick qui monte les escaliers. Ca a dû coûter à peu près autant que le budget pickles de la tournée des Pixies, mais que cela ne vous arrête pas. Sinon, pour rester sur le même sujet, deux chansons de son album servent de bande-son à une expo de photos de Nan Goldin à la Galerie Yvon Lambert à Paris. De plus, et c'est plus surprenant, Patrick Wolf aurait apparemment dû monter sur scène pour deux titres lors de la première partie (les Chicks on Speed) des Red Hot Chili Peppers à Hyde Park. Je ne sais pas si cela a finalement pu se faire. Vu la réception mitigée du set des formidables Chicks on Speed, on peut en douter.
- Le verdict est tombé. Dans le grand supermarché culturel local, les rééditions des albums des Tindersticks sont à 21€40. Ce sera donc de nouveau sans moi... en espérant tomber sur des occasions durant les vacances.
Bon, c'est bien beau de discuter de gens pas très connus qui font de la formidable musique (et des gens très très connus mais qui font de la moins bonne musique), mais c'est pas ça qui va faire grimper mon compteur. Permettez-moi donc maintenant de me vautrer avec délices dans le cocon douillet de la presse people.
- Semaine chargée en informations sur Britney Spears. D'abord, on nous annonce ses (nouvelles) fiançailles avec un de ses danseurs, Kevin Federline. Ce serait une bonne nouvelle si celui-ci n'attendait pas lui-même un deuxième enfant de son ex-compagne dans quelques jours. Y a pas à dire, elle a le chic pour se mettre dans des situations impossibles. Les ligues de vertu américaines vont s'en donner à coeur joie.
- Brooke Hogan, la fille de l'incroyable Hulk (le catcheur qui jouait dans Rocky III, pas le Géant Vert) va se lancer dans la chanson et pense avoir le potentiel d'être 10 fois plus célèbre que Britney Spears (ce qui signifie sans doute qu'elle a prévu des tournées de promotion sur Proxima de Centaure, la Lune et l'Atlantide). Accessoirement, c'est aussi la petite amie actuelle de Aaron Carter, le frère de Nick Carter (qui fut, un temps, célèbre pour être membre des Backstreet Boys, mais est maintenant plus connu comme le copain, très très tolérant ou vaguement benêt (au choix), de Paris Hilton).
- La première vidéo de Patrick Wolf, To the lighthouse, est enfin visible. Il est peu probable qu'elle passe en boucle sur les chaînes musicales, donc je conseille vivement d'aller y jeter un oeil (et une oreille, c'est une des meilleures chansons de l'album) sur son site officiel (cliquer ensuite sur video). Vous y verrez Patrick qui court dans les champs, Patrick qui se cache derrière les arbres ou encore Patrick qui monte les escaliers. Ca a dû coûter à peu près autant que le budget pickles de la tournée des Pixies, mais que cela ne vous arrête pas. Sinon, pour rester sur le même sujet, deux chansons de son album servent de bande-son à une expo de photos de Nan Goldin à la Galerie Yvon Lambert à Paris. De plus, et c'est plus surprenant, Patrick Wolf aurait apparemment dû monter sur scène pour deux titres lors de la première partie (les Chicks on Speed) des Red Hot Chili Peppers à Hyde Park. Je ne sais pas si cela a finalement pu se faire. Vu la réception mitigée du set des formidables Chicks on Speed, on peut en douter.
- Le verdict est tombé. Dans le grand supermarché culturel local, les rééditions des albums des Tindersticks sont à 21€40. Ce sera donc de nouveau sans moi... en espérant tomber sur des occasions durant les vacances.
Bon, c'est bien beau de discuter de gens pas très connus qui font de la formidable musique (et des gens très très connus mais qui font de la moins bonne musique), mais c'est pas ça qui va faire grimper mon compteur. Permettez-moi donc maintenant de me vautrer avec délices dans le cocon douillet de la presse people.
- Semaine chargée en informations sur Britney Spears. D'abord, on nous annonce ses (nouvelles) fiançailles avec un de ses danseurs, Kevin Federline. Ce serait une bonne nouvelle si celui-ci n'attendait pas lui-même un deuxième enfant de son ex-compagne dans quelques jours. Y a pas à dire, elle a le chic pour se mettre dans des situations impossibles. Les ligues de vertu américaines vont s'en donner à coeur joie.
- Brooke Hogan, la fille de l'incroyable Hulk (le catcheur qui jouait dans Rocky III, pas le Géant Vert) va se lancer dans la chanson et pense avoir le potentiel d'être 10 fois plus célèbre que Britney Spears (ce qui signifie sans doute qu'elle a prévu des tournées de promotion sur Proxima de Centaure, la Lune et l'Atlantide). Accessoirement, c'est aussi la petite amie actuelle de Aaron Carter, le frère de Nick Carter (qui fut, un temps, célèbre pour être membre des Backstreet Boys, mais est maintenant plus connu comme le copain, très très tolérant ou vaguement benêt (au choix), de Paris Hilton).
vendredi, juin 25
Rock is the new pop
Les gens qui n'aiment pas la pop et préfèrent le rock utilisent souvent comme argument que le rock est plus 'authentique' (real) que la pop. Pourquoi alors les groupes de rock ont-ils aussi peu de scrupules à brider leur authenticité pour vendre quelques disques de plus ? Oui, oui. Linkin Park, c'est à vous que je parle. On n'a pas idée d'avouer ainsi que vos personnalités sur scène sont factices. Vous foutez en l'air toute la mythologie du rock'n'roll et vous montrez pour ce que vous êtes, de la pop à guitares.
Bon, je reconnais volontiers que partir de Linkin Park pour généraliser ensuite sur le rock est osé. Après tout, ils furent décrits à leurs débuts comme le premier boy-band nu-metal. Ils ont recruté leur chanteur via casting et ont même, gasp !, un DJ qui fait du scratch dans leurs rangs. Objection retenue.
Prenons Slipknot alors. Les guitares poussent des borborygmes informes, les chanteurs saturent, et la batterie assomme le tout avec des coups de massue à deux mains sur la tronche. Ca, c'est du rock, c'est sûr. Pas le moindre gramme de choeurs 'lalalayéyéyé', de 'Wooohooo' ou de mélodies sautillantes. Rien que du rock, de la testostérone, du métal avec juste ce qu'il faut d'esprit rebelle djeune autour.
J'ai souvent été étonné de voir que Slipknot recrutait la majorité de leurs fans chez les moins de 15 ans (les sweatshirts Slipknot sont essentiellement portés par les très jeunes adolescents). J'essaye de me remémorer cet âge et ne suis pas sûr qu'un groupe à la musique aussi particulière aurait pu me plaire à l'époque, quoique je pourrais sans doute faire un parallèle avec Twisted Sister et Sigue Sigue Sputnik, deux groupes que je vénérais à 12 ans. En fait, c'est peut-être là que réside l'explication. Ceux-ci partageaient en effet avec Slipknot un côté clownesque, et les enfants aiment les clowns, c'est bien connu, surtout les méchants clowns, et c'est pour ça qu'ils lisent Stephen King et écoutent Slipknot. CQFD. C'est ainsi équipé de ma nouvelle théorie à deux balles que je poursuis mon raisonnement.
Le groupe s'est sans doute lui aussi rendu compte que son public-cible était très jeune et a conçu le nouvel album en conséquence. La meilleure preuve en est qu'il n'arbore plus le label d'authenticité rock'n'roll attitude 'Parental Advisory'. Pas un seul juron pendant une heure. Un disque résolument tout public, ce que le précédent n'était pas du tout, lui qui commençait par un truc du genre 'I wanna slit your throat and fuck the wound'. Ici, au contraire, on nage dans un conformisme bon enfant, avec des élans de métaphysique à deux balles très prétentieuses que seuls les adolescents peuvent entendre sans sourire. En fait, on a l'impression que le disque est calibré pour taper dans l'oreille du type un peu marginal mais 'achement cool, comme on en a tous connus au moins un durant nos années d'école. Celui qui avait l'air un peu bizarre, avec ses cheveux ébouriffés, qui s'amenait parfois au cours avec un livre tout écorné d'un type au nom imprononçable (Nietzsche ou un truc du genre) dont il disait qu'il avait changé sa vie et qu'il citait à longueur de récréation. Evidemment, on ne comprenait pas exactement tout ce qu'il répétait ainsi (et rétrospectivement, on n'est pas sûrs qu'il en comprenait beaucoup plus), mais boudiou que ça sonnait bien.
The Subliminal Verses regorge pareillement de sentences définitives qu'on imagine parfaitement gravées au canif sur les bancs en bois de l'école par un adolescent pétrifié d'ennui durant un cours de latin particulièrement soporifique. Des trucs du genre :
* 'To find the time is to lose the momentum' (Parfois, il vaut mieux ne pas trop réfléchir et foncer. D'ailleurs, je me suis mis au parapente.)
* 'I am all, but what am I ?' (Où suis-je ? Où vais-je ? Dans quel but ?)
* 'I'm sick of being the butt of a cosmic joke' (A quoi tout cela rime-t-il ? Pourquoi nous a-t-on ainsi placés au centre d'un jeu dont on ne nous a pas expliqués les règles ?)
* 'The only way is all the way' (Tout ou rien. Carpe Diem. Oh Capitaine mon capitaine, toussah !)
* 'All of my questions are answers to my sins' (Oooh, c'est profond ça. Sûrement, ça ne peut pas être une manière détournée de dire que le bonheur est dans le fait de ne pas s'interroger, si ?)
* 'I am a world before I am a man' (Ce genre de phrases, ça marche toujours, une sorte de méthode Coué contre le sentiment d'insignifiance)
* 'Now, as far as I know, I don't know anything' (En général, c'est après avoir dit un truc de ce style que le type un peu bizarre précédemment cité voyait son petit groupe d'admirateurs se regarder en opinant du bonnet. Ca sonne formidablement bien, et ça fait tellement philosophique que ça doit sûrement être vrai... L'humilité de l'homme face aux mystères de l'existence... L'espace est tellement infini... Comment pourrait-on jamais en faire le tour ?)
* 'The ony way to go is to go away' (Ca aussi, les phrases sentencieuses basées sur les jeux de langage, c'est souvent payant. Le filon est inépuisable : la libéralisation du marché est une couverture pour la marchandisation des libertés, il est interdit d'interdire, toute l'évolution actuelle de la société est dominée par la recherche d'un équilibre entre le sens des valeurs et la valeur des sens... ce genre de choses.)
Musicalement, ils tentent également d'arriver à autre chose avec même sur un titre ce qui ressemble furieusement à des violons. Ca sonne toujours très bien, même si le disque contient moins de chansons marquantes que leur précédent album (Iowa, dont la dernière plage est pour moi ce qu'ils ont fait de mieux). Cette impression provient peut-être aussi de l'inadéquation totale entre les paroles et la musique qui fait que l'on est parfois obligé d'en rire, ce qui pour un groupe qui semble curieusement ne fonctionner qu'au premier degré, est gênant.
Sinon, je dois reconnaître que le livret est absolument splendide et très très très très très très inspiré par le travail de V23 pour 4AD. Même police de caractères, même mise en page, même utilisation des photos, des recouvrements, etc.... Il mériterait presque à lui seul l'achat.
Bon, je reconnais volontiers que partir de Linkin Park pour généraliser ensuite sur le rock est osé. Après tout, ils furent décrits à leurs débuts comme le premier boy-band nu-metal. Ils ont recruté leur chanteur via casting et ont même, gasp !, un DJ qui fait du scratch dans leurs rangs. Objection retenue.
Prenons Slipknot alors. Les guitares poussent des borborygmes informes, les chanteurs saturent, et la batterie assomme le tout avec des coups de massue à deux mains sur la tronche. Ca, c'est du rock, c'est sûr. Pas le moindre gramme de choeurs 'lalalayéyéyé', de 'Wooohooo' ou de mélodies sautillantes. Rien que du rock, de la testostérone, du métal avec juste ce qu'il faut d'esprit rebelle djeune autour.
J'ai souvent été étonné de voir que Slipknot recrutait la majorité de leurs fans chez les moins de 15 ans (les sweatshirts Slipknot sont essentiellement portés par les très jeunes adolescents). J'essaye de me remémorer cet âge et ne suis pas sûr qu'un groupe à la musique aussi particulière aurait pu me plaire à l'époque, quoique je pourrais sans doute faire un parallèle avec Twisted Sister et Sigue Sigue Sputnik, deux groupes que je vénérais à 12 ans. En fait, c'est peut-être là que réside l'explication. Ceux-ci partageaient en effet avec Slipknot un côté clownesque, et les enfants aiment les clowns, c'est bien connu, surtout les méchants clowns, et c'est pour ça qu'ils lisent Stephen King et écoutent Slipknot. CQFD. C'est ainsi équipé de ma nouvelle théorie à deux balles que je poursuis mon raisonnement.
Le groupe s'est sans doute lui aussi rendu compte que son public-cible était très jeune et a conçu le nouvel album en conséquence. La meilleure preuve en est qu'il n'arbore plus le label d'authenticité rock'n'roll attitude 'Parental Advisory'. Pas un seul juron pendant une heure. Un disque résolument tout public, ce que le précédent n'était pas du tout, lui qui commençait par un truc du genre 'I wanna slit your throat and fuck the wound'. Ici, au contraire, on nage dans un conformisme bon enfant, avec des élans de métaphysique à deux balles très prétentieuses que seuls les adolescents peuvent entendre sans sourire. En fait, on a l'impression que le disque est calibré pour taper dans l'oreille du type un peu marginal mais 'achement cool, comme on en a tous connus au moins un durant nos années d'école. Celui qui avait l'air un peu bizarre, avec ses cheveux ébouriffés, qui s'amenait parfois au cours avec un livre tout écorné d'un type au nom imprononçable (Nietzsche ou un truc du genre) dont il disait qu'il avait changé sa vie et qu'il citait à longueur de récréation. Evidemment, on ne comprenait pas exactement tout ce qu'il répétait ainsi (et rétrospectivement, on n'est pas sûrs qu'il en comprenait beaucoup plus), mais boudiou que ça sonnait bien.
The Subliminal Verses regorge pareillement de sentences définitives qu'on imagine parfaitement gravées au canif sur les bancs en bois de l'école par un adolescent pétrifié d'ennui durant un cours de latin particulièrement soporifique. Des trucs du genre :
* 'To find the time is to lose the momentum' (Parfois, il vaut mieux ne pas trop réfléchir et foncer. D'ailleurs, je me suis mis au parapente.)
* 'I am all, but what am I ?' (Où suis-je ? Où vais-je ? Dans quel but ?)
* 'I'm sick of being the butt of a cosmic joke' (A quoi tout cela rime-t-il ? Pourquoi nous a-t-on ainsi placés au centre d'un jeu dont on ne nous a pas expliqués les règles ?)
* 'The only way is all the way' (Tout ou rien. Carpe Diem. Oh Capitaine mon capitaine, toussah !)
* 'All of my questions are answers to my sins' (Oooh, c'est profond ça. Sûrement, ça ne peut pas être une manière détournée de dire que le bonheur est dans le fait de ne pas s'interroger, si ?)
* 'I am a world before I am a man' (Ce genre de phrases, ça marche toujours, une sorte de méthode Coué contre le sentiment d'insignifiance)
* 'Now, as far as I know, I don't know anything' (En général, c'est après avoir dit un truc de ce style que le type un peu bizarre précédemment cité voyait son petit groupe d'admirateurs se regarder en opinant du bonnet. Ca sonne formidablement bien, et ça fait tellement philosophique que ça doit sûrement être vrai... L'humilité de l'homme face aux mystères de l'existence... L'espace est tellement infini... Comment pourrait-on jamais en faire le tour ?)
* 'The ony way to go is to go away' (Ca aussi, les phrases sentencieuses basées sur les jeux de langage, c'est souvent payant. Le filon est inépuisable : la libéralisation du marché est une couverture pour la marchandisation des libertés, il est interdit d'interdire, toute l'évolution actuelle de la société est dominée par la recherche d'un équilibre entre le sens des valeurs et la valeur des sens... ce genre de choses.)
Musicalement, ils tentent également d'arriver à autre chose avec même sur un titre ce qui ressemble furieusement à des violons. Ca sonne toujours très bien, même si le disque contient moins de chansons marquantes que leur précédent album (Iowa, dont la dernière plage est pour moi ce qu'ils ont fait de mieux). Cette impression provient peut-être aussi de l'inadéquation totale entre les paroles et la musique qui fait que l'on est parfois obligé d'en rire, ce qui pour un groupe qui semble curieusement ne fonctionner qu'au premier degré, est gênant.
Sinon, je dois reconnaître que le livret est absolument splendide et très très très très très très inspiré par le travail de V23 pour 4AD. Même police de caractères, même mise en page, même utilisation des photos, des recouvrements, etc.... Il mériterait presque à lui seul l'achat.
jeudi, juin 24
Pauvre Angleterre....
...éliminée de l'Euro 2004. Ceci dit, je sentais bien que 'Come on England' était un crime qui ne pourrait pas rester impuni.
mercredi, juin 23
Hateful or hollow... Yep, c'est tout lui.
Beaucoup de gens sont mis en rage par cette image. Heureusement, l'inverse (Morrissey portant un Tee-Shirt Limp Bizkit) reste encore difficilement envisageable.
J'en profite pour donner à ceux qui ne la connaissent pas encore, l'adresse du blog de Fred Durst. Ses réflexions métaphysiques sur la vanité de l'existence valent leur pesant de popcorn (voir l'entrée du 11 juin par exemple).
J'en profite pour donner à ceux qui ne la connaissent pas encore, l'adresse du blog de Fred Durst. Ses réflexions métaphysiques sur la vanité de l'existence valent leur pesant de popcorn (voir l'entrée du 11 juin par exemple).
Mec, est-ce que tu samples Dido, dis donc ? (désolé)
Difficile d'imaginer deux personnalités a priori plus dissemblables que celles de Dido et d'Eminem. La première s'est spécialisée dans la confection de chansons douces (et pour tout dire un brin chiantes) et est ainsi devenue une des rares chanteuses actuelles (avec Norah Jones) qui plait en général plus aux parents qu'à leurs enfants, tandis qu'Eminem, malgré ses récentes tentatives d'assagissement, continue à exhaler un subtil parfum de rébellion, même s'il s'agit d'une rébellion commercialement très réfléchie.
En fait, seule une (formidable) chanson les reliait jusqu'à présent. Ils se sont à présent trouvés un autre point commun. Ils n'ont pas assez d'argent. Quelle tristesse !
A l'époque de la sortie de 'Stan', Dido n'était encore pour le grand public qu'une inconnue et a bâti sa carrière en bonne partie sur le dos de cette collaboration. Eminem, quant à lui, a connu sans doute son plus grand succès public et critique avec cette chanson, ce qui lui a permis de trouver sa place dans le 'mainstream' aux USA. Une bonne affaire donc qu'aucune des parties ne devrait légitimement regretter. Ca ne les empêche apparemment pas de se disputer maintenant l'argent du beurre.
Un jour j'apprendrai que les membres des Smiths se sont mutuellement poursuivis en justice pour des questions de royalties, que McCartney a exigé une révision des crédits des titres qu'il a écrits en collaboration avec John Lennon, ou bien que l'instituteur de 'Etre et Avoir' a exigé une plus grosse part du gâteau. Et ce jour-là, je serai triste.
En fait, seule une (formidable) chanson les reliait jusqu'à présent. Ils se sont à présent trouvés un autre point commun. Ils n'ont pas assez d'argent. Quelle tristesse !
A l'époque de la sortie de 'Stan', Dido n'était encore pour le grand public qu'une inconnue et a bâti sa carrière en bonne partie sur le dos de cette collaboration. Eminem, quant à lui, a connu sans doute son plus grand succès public et critique avec cette chanson, ce qui lui a permis de trouver sa place dans le 'mainstream' aux USA. Une bonne affaire donc qu'aucune des parties ne devrait légitimement regretter. Ca ne les empêche apparemment pas de se disputer maintenant l'argent du beurre.
Un jour j'apprendrai que les membres des Smiths se sont mutuellement poursuivis en justice pour des questions de royalties, que McCartney a exigé une révision des crédits des titres qu'il a écrits en collaboration avec John Lennon, ou bien que l'instituteur de 'Etre et Avoir' a exigé une plus grosse part du gâteau. Et ce jour-là, je serai triste.
Toi aussi, tu te repais de la souffrance d'autrui,..
Et bien, réjouis-toi !
Des os broyés, des cris de détresse, de la panique, des millions de dollars perdus en quelques secondes et des dizaines de millers de personnes en détresse, avec en prime une petite pointe d'érotisme. Tout cela, sur ton écran. Gratuitement et à volonté.
Enfin, ça, c'est la théorie. En pratique, la réalisation, comme souvent pour des accidents inopinés, laisse un peu à désirer. Pas de gros plan, pas de cri, juste une silhouette qui se trémousse, s'abandonne totalement à son art, puis sort brusquement du cadre par le bas.
Comme de nombreux cinéphiles aiment à répéter, tout est dans le hors-champ.
Des os broyés, des cris de détresse, de la panique, des millions de dollars perdus en quelques secondes et des dizaines de millers de personnes en détresse, avec en prime une petite pointe d'érotisme. Tout cela, sur ton écran. Gratuitement et à volonté.
Enfin, ça, c'est la théorie. En pratique, la réalisation, comme souvent pour des accidents inopinés, laisse un peu à désirer. Pas de gros plan, pas de cri, juste une silhouette qui se trémousse, s'abandonne totalement à son art, puis sort brusquement du cadre par le bas.
Comme de nombreux cinéphiles aiment à répéter, tout est dans le hors-champ.
mardi, juin 22
Kesto
Je dois bien avouer avoir un peu hésité avant d'acheter le nouveau coffret de 4CD de Pan Sonic. Certes, ils annoncent 234 minutes, 48 secondes et 4 centièmes de musique, mais il est tellement facile de faire long avec des machines. Une fois la boucle ou le générateur aléatoire programmé, ça ne coûte plus rien de laisser l'ordinateur créer de la durée, alors qu'en rock vient toujours un moment où le guitariste attrape une crampe et où le batteur s'arrête parce qu'il ne sait plus quelle chanson il est en train de jouer. Je craignais donc que ces 240 minutes soient un peu fastidieuses. Il n'en est heureusement, si on excepte le CD4, rien. De plus, l'objet est très beau. Un petit coffret contient les quatre CD dans leur pochette cartonnée. Sur chacun d'entre eux, une photo (dont on nous fournit gracieusement le JPEG pour en faire un économiseur d'écran. Merci Mute). Les notes de pochette sont assez minimalistes, mêmes s'ils ont gentiment pris la peine de traduire le titre des morceaux du finnois vers l'anglais.
Les CD 1 et 2 ressemblent assez fort à ce qu'ils ont pu produire par le passé. Des morceaux assez courts, une alternance de bruits, de sifflements et de rythmiques lourdes qui justifie le terme de techno minimaliste qu'on leur associe parfois (Mayhem I, II et III portent particulièrement bien leur nom). Le CD3 est plus ambient et contient, ce qui me semble assez rare chez eux, pas mal de samples. De nombreux bruits sont facilement identifiables (le disque commence par un bruit de chasse d'eau), et ils se servent de ce matériau de base pour créer de longues plages contemplatives, pleines de silence. C'est pendant ce disque que des amis de passage pourraient le plus facilement s'exclamer "C'est dingue ce que ton appartement est bruyant !". Pour peu que l'on vive dans un environnement où des bruits parasites existent, il faut chaque fois quelques secondes pour définir si ce que l'on entend vient du disque ou bien s'il s'agit d'un craquement de plancher, de bruit de l'eau circulant dans les tuyaux ou bien du bourdonnement d'un frigo. C'est quelque chose qui m'a toujours plu chez eux. Cette capacité à faire se brouiller les repères entre la musique et le bruit, le signal et les parasites (de ce point de vue, on n'est pas très éloigné de la démarche de Brian Eno théorisant l'ambient). Le CD4 est le plus jusqu'au-boutiste. Une seule plage (dédiée à Charlemagne Palestine, avec lequel ils ont collaboré apparemment) à base de longues nappes sonores, sans la moindre évolution. On peut commencer l'écoute au début, ou après 30 minutes, ça ne change rien. C'est un jeu sur la durée qui rejoint en cela les travaux de Brian Eno (toujours lui, il faut que j'arrête de le citer à tout bout de champ, on se croirait dans les Inrocks) dans des disques tels que Thursday Afternoon ou Neroli. Sur ce quatrième CD, on atteint une sorte de limite de ce que je suis capable de comprendre et d'apprécier sur un disque. Si ce n'est pas désagréable à écouter dans certaines circonstances, ça laisse quand même un léger arrière-goût d'inutilité. A quoi bon refaire un disque sur ces prémisses, quand cela a déjà été fait maintes fois par d'autres, parfois 20 ans plus tôt ?
En revanche, sur les trois premiers disques, j'ai accroché tout de suite, ce qui ne laisse jamais de m'étonner. J'ai a priori du mal à expliquer mon attrait pour la musique de Pan Sonic. Pourquoi eux et pas Merzbow ou Oval ou tous les autres tenants de ce genre de recherches sonores ? A bien y réfléchir, peut-être parce que, bien que le disque soit entièrement électronique et que l'on puisse légitimement penser que l'idée même d'instruments acoustiques leur est étrangère, il y a quelque chose dans les rythmes et dans les fréquences utilisés qui fait de leur musique quelque chose de concret, d'incarné, de quasiment organique : on croit entendre de la pluie, un coeur qui bat, une respiration, des bruits de pas, et les rythmiques ont le temps de prendre vie, de diffuser leur pouvoir hypnotique, d'entrer en résonance avec le rythme propre au corps de l'auditeur. L'ensemble crée un univers dans laquelle on peut se perdre et retrouver des repères familiers. C'est sans doute dans ce contraste entre une musique abstraite, froide, entièrement artificielle, parfois à la limite de l'expérimentation, et l'impression d'humanité qui s'en dégage qu'il faut sans doute chercher l'origine de la fascination qu'elle exerce.
Les CD 1 et 2 ressemblent assez fort à ce qu'ils ont pu produire par le passé. Des morceaux assez courts, une alternance de bruits, de sifflements et de rythmiques lourdes qui justifie le terme de techno minimaliste qu'on leur associe parfois (Mayhem I, II et III portent particulièrement bien leur nom). Le CD3 est plus ambient et contient, ce qui me semble assez rare chez eux, pas mal de samples. De nombreux bruits sont facilement identifiables (le disque commence par un bruit de chasse d'eau), et ils se servent de ce matériau de base pour créer de longues plages contemplatives, pleines de silence. C'est pendant ce disque que des amis de passage pourraient le plus facilement s'exclamer "C'est dingue ce que ton appartement est bruyant !". Pour peu que l'on vive dans un environnement où des bruits parasites existent, il faut chaque fois quelques secondes pour définir si ce que l'on entend vient du disque ou bien s'il s'agit d'un craquement de plancher, de bruit de l'eau circulant dans les tuyaux ou bien du bourdonnement d'un frigo. C'est quelque chose qui m'a toujours plu chez eux. Cette capacité à faire se brouiller les repères entre la musique et le bruit, le signal et les parasites (de ce point de vue, on n'est pas très éloigné de la démarche de Brian Eno théorisant l'ambient). Le CD4 est le plus jusqu'au-boutiste. Une seule plage (dédiée à Charlemagne Palestine, avec lequel ils ont collaboré apparemment) à base de longues nappes sonores, sans la moindre évolution. On peut commencer l'écoute au début, ou après 30 minutes, ça ne change rien. C'est un jeu sur la durée qui rejoint en cela les travaux de Brian Eno (toujours lui, il faut que j'arrête de le citer à tout bout de champ, on se croirait dans les Inrocks) dans des disques tels que Thursday Afternoon ou Neroli. Sur ce quatrième CD, on atteint une sorte de limite de ce que je suis capable de comprendre et d'apprécier sur un disque. Si ce n'est pas désagréable à écouter dans certaines circonstances, ça laisse quand même un léger arrière-goût d'inutilité. A quoi bon refaire un disque sur ces prémisses, quand cela a déjà été fait maintes fois par d'autres, parfois 20 ans plus tôt ?
En revanche, sur les trois premiers disques, j'ai accroché tout de suite, ce qui ne laisse jamais de m'étonner. J'ai a priori du mal à expliquer mon attrait pour la musique de Pan Sonic. Pourquoi eux et pas Merzbow ou Oval ou tous les autres tenants de ce genre de recherches sonores ? A bien y réfléchir, peut-être parce que, bien que le disque soit entièrement électronique et que l'on puisse légitimement penser que l'idée même d'instruments acoustiques leur est étrangère, il y a quelque chose dans les rythmes et dans les fréquences utilisés qui fait de leur musique quelque chose de concret, d'incarné, de quasiment organique : on croit entendre de la pluie, un coeur qui bat, une respiration, des bruits de pas, et les rythmiques ont le temps de prendre vie, de diffuser leur pouvoir hypnotique, d'entrer en résonance avec le rythme propre au corps de l'auditeur. L'ensemble crée un univers dans laquelle on peut se perdre et retrouver des repères familiers. C'est sans doute dans ce contraste entre une musique abstraite, froide, entièrement artificielle, parfois à la limite de l'expérimentation, et l'impression d'humanité qui s'en dégage qu'il faut sans doute chercher l'origine de la fascination qu'elle exerce.
lundi, juin 21
Parlons football
Il en faut beaucoup pour que je me mette à critiquer la pop-culture anglaise, mais il y a malgré tout quelques lignes rouges, et clairement l'une d'entre elles a été franchie cette semaine. Il est de tradition chaque année de voir fleurir avant les grandes compétitions des chansons officielles ou officieuses censées assurer la bande-son de la marche triomphale de l'équipe d'Angleterre vers la victoire. Elles remplissent donc assez rarement leur office, mais ont souvent le mérite d'être inoffensives (voire même bonnes parfois : New Order par exemple). Cette année, la chanson officielle est une reprise de 'All together now' de The Farm, ce qui ne va embêter personne.
En revanche, un single officieux est sorti la semaine dernière, par un groupe subtilement nommé 4-4-2. Ca s'appelle Come on England et c'est une reprise de l'inoxydable 'Come on Eileen' des Dexy's Midnight Runners. Une reprise beauf à mourir, chantée avec les voix abièrées d'un troupeau de hooligans et qui contient des paroles du type "One- il, Two-nil, Three-nil, Four-nil, Five Keep that nation's dream alive"
Un massacre en bonne et due forme. La mauvaise idée dans toute sa splendeur, mal réalisée et pour de mauvaises raisons. Leur prestation à Top of the Pops était tellement embarrassante que j'ai failli zapper sur le Bigdil quelques instants. Heureusement, j'ai tenu bon car, juste après, Rachel Stevens est venu présenter 'Some girls', une chanson qui arrive avec brio à refourguer le son du dernier album de Goldfrapp au grand public, et la première pop-song imparable de l'été en Angleterre.
En revanche, un single officieux est sorti la semaine dernière, par un groupe subtilement nommé 4-4-2. Ca s'appelle Come on England et c'est une reprise de l'inoxydable 'Come on Eileen' des Dexy's Midnight Runners. Une reprise beauf à mourir, chantée avec les voix abièrées d'un troupeau de hooligans et qui contient des paroles du type "One- il, Two-nil, Three-nil, Four-nil, Five Keep that nation's dream alive"
Un massacre en bonne et due forme. La mauvaise idée dans toute sa splendeur, mal réalisée et pour de mauvaises raisons. Leur prestation à Top of the Pops était tellement embarrassante que j'ai failli zapper sur le Bigdil quelques instants. Heureusement, j'ai tenu bon car, juste après, Rachel Stevens est venu présenter 'Some girls', une chanson qui arrive avec brio à refourguer le son du dernier album de Goldfrapp au grand public, et la première pop-song imparable de l'été en Angleterre.
jeudi, juin 17
Il est fou, ou il fait le fou?
Dans le petit monde de la pop-music, il est un type qui parvient l'apparemment insurmontable tâche de paraître plus stupide que Mariah Carey. Il s'appelle Lee Ryan et est membre de Blue, ceux-là même qui ont enregistré "Sorry must be the hardest word" avec Elton John il y a deux ans. Pour ceux qui ne voient pas, Lee est celui qui fait les ad-libs pleins d'émotion (comprenez celui qui hurle à la mort à la fin de chaque phrase).
Il était déjà responsable de LA citation ultime sur les attentats du 11 septembre, qui est tellement énorme que je vous la remets :
J'aime particulièrement la dernière phrase.
Il a encore fait parler de lui en traumatisant une auditrice de NRJ, avec toute la subtilité qu'un amoureux des éléphants peut conjurer. Cette histoire en elle-même n'est pas passionante mais elle rajoute une petite dimension supplémentaire à l'idée que l'on peut se faire du personnage, un des plus 'pittoresques' (à défaut d'un meilleur terme) de la pop mondiale.
Ceci dit, comme je n'aime pas accabler les gens (il est certainement plus bête que méchant), je dois dire qu'il a enregistré une chanson pour une compilation (du NME je pense) contre la guerre en Irak qui est étonnamment potable.
PS : L'allusion à Germain Et Nous est volontaire (il y a une petit air de ressemblance entre Lee et Glouis)
Il était déjà responsable de LA citation ultime sur les attentats du 11 septembre, qui est tellement énorme que je vous la remets :
They are ignoring animals that are more important. Animals need saving and that’s more important. This New York thing is being blown out of proportion.[...] Who gives a fuck about New York when elephants are being killed? [...] I’m not afraid to say this, it has to be said and that’s why I’m the outspoken one from the band.
J'aime particulièrement la dernière phrase.
Il a encore fait parler de lui en traumatisant une auditrice de NRJ, avec toute la subtilité qu'un amoureux des éléphants peut conjurer. Cette histoire en elle-même n'est pas passionante mais elle rajoute une petite dimension supplémentaire à l'idée que l'on peut se faire du personnage, un des plus 'pittoresques' (à défaut d'un meilleur terme) de la pop mondiale.
Ceci dit, comme je n'aime pas accabler les gens (il est certainement plus bête que méchant), je dois dire qu'il a enregistré une chanson pour une compilation (du NME je pense) contre la guerre en Irak qui est étonnamment potable.
PS : L'allusion à Germain Et Nous est volontaire (il y a une petit air de ressemblance entre Lee et Glouis)
mercredi, juin 16
Bigre.
* Si cette liaison débouche sur un mariage, ce sera un peu comme au Moyen-Age lorsque, pour que les chevaliers arrêtent de se couper la tête et de tacher leurs armures, on forçait le fils du Prince machin à épouser la fille du Roi Trucmuche. Du coup, tout le monde pouvait rentrer chez soi et recommencer à exercer son droit de cuissage et à organiser des tournois. Ce n'est pas une première ceci dit, on avait déjà eu une tentative malheureuse de rapprochement entre Elvis Presley et Michael Jackson. Apparemment, ceux-ci ont l'air d'avoir moins de mal à convaincre le monde qu'ils sont vraiment amoureux.
* Une très bonne idée : créer une musique spécialement conçue pour faire se pâmer les critiques. Il y a des MP3, je vous laisse juge de l'efficacité de la démarche.
Merci à No Rock'n'Roll Fun
* Une très bonne idée : créer une musique spécialement conçue pour faire se pâmer les critiques. Il y a des MP3, je vous laisse juge de l'efficacité de la démarche.
Merci à No Rock'n'Roll Fun
Tu es ce que tu manges.
Il y a toujours eu un lien organique entre le milieu gothique-électro et la pop synthétique, pour des raisons mi-étranges, mi-évidentes. C'est sans doute ce qui explique que les Pet Shop Boys aient été contactés pour remixer le nouveau single de Rammstein. Grâce au forum officiel des PSB, on en sait à présent un peu plus sur l'origine de ce remix.
Ce n'est pas la première fois que les PSB font des remixes inattendus. Depuis quelques années, ils ont notamment effectué des remixes pour The bloodhound gang, Yoko Ono, David Bowie, Atomizer ou Blur.
He [le chanteur de Rammstein] said that they contacted PSB because they are huge fans of the band – after all they have covered Depeche Mode and Kraftwerk before and are still huge fans of synthpop in general, because it reminds them of their teen years in East Germany. They didn't think N & C would agree to do it, and when they said yes, they were a bit worried that they would just make an easy buck with really lazy mixes. Instead of that PSB sent them SEVEN different mixes to choose from – Till has heard them described them as "gorgeous". He said that they feel really honoured about PSB's input and that Rammstein fans will really be surprised.
The track is indeed about the famous news story about the German cannibal who advertised for willing victims in the internet and the homosexual man who agreed to be eaten. N & C asked for the lyrics to be translated for them, but to Rammstein's huge surprise didn't object to them at all. Hence the mix name "You Are What You Eat Mix".
I also asked why they wanted PSB to remix Mein Teil, which is the heaviest and least melodic track on their album instead of some of the more obvious tracks. Till answered, that they didn't think that they would say yes in the first place, so they didn't think what track to send to them, But when PSB became interested and Mein Teil is the first single, they sent that.
Ce n'est pas la première fois que les PSB font des remixes inattendus. Depuis quelques années, ils ont notamment effectué des remixes pour The bloodhound gang, Yoko Ono, David Bowie, Atomizer ou Blur.
L'Enologie, c'est comme l'amour du bon vin....
"Before and after science" et "Another green world" sont deux des albums que je réécoute le plus souvent. C'est pour ça que certaines des chansons ont pu donner naissance dans mon esprit à des images incroyablement vivaces. C'est l'origine des deux 'visions' ci-dessous. J'ai eu envie, à l'occasion de la réédition des deux albums cette semaine, de les coucher par écrit. Je suppose que ces deux chansons généreront chez d'autres des images tout à fait différentes. Ainsi, un ami à moi a associé à Backwater des images d'une femme faisant un numéro de strip-tease assez vulgaire sur la scène d'un cabaret miteux, ce que j'ai un peu de mal à comprendre. Pourtant, malgré le caractère éminemment subjectif de l'exercice, j'espère que ça pourra donner envie à quelqu'un de les écouter. Je me laisserais sans doute aller à parler plus longuement des deux albums durant le week-end.
Dommage que ces rééditions, sans bonus et présentées dans un digipack assez minable, soient en vente à plus de 18€. Je ne suis pas prêt, je pense, à payer un tel prix juste pour le plaisir d'entendre un son remasterisé. Quoiqu'il ne faut jamais dire jamais.
Dommage que ces rééditions, sans bonus et présentées dans un digipack assez minable, soient en vente à plus de 18€. Je ne suis pas prêt, je pense, à payer un tel prix juste pour le plaisir d'entendre un son remasterisé. Quoiqu'il ne faut jamais dire jamais.
lundi, juin 14
Seconde vision. Imaginez....
...que vous ayez rencontré l'amour de votre vie quelques mois plus tôt. Les fêtes de fin d'année approchent et, avec elles, le moment tant redouté de la première rencontre avec la belle-famille. Une kyrielle d'oncles et de tantes, de cousins, cousines, qui tous vous dévisagent avec une bonhomie inquisitrice. Chaque visage est un nouveau nom, une nouvelle position dans l'arbre généalogique que vous devez vous excuser en riant de ne pas pouvoir retenir. Après une dizaine de minutes d'embrassades (imaginez que la famille soit nombreuse), vous vous asseyez enfin dans un fauteuil, un verre de vin à la main. Vous observez du coin de l'oeil l'interaction fluide de tous ces gens et sentez confusément que celle-ci se base sur un socle d'existence commune qui vous sera encore longtemps inaccessible. Les discussions vont bon train aux quatre coins du salon et vous en grappillez quelques mots de ci de là en buvant à petites gorgées. Une musique assez rythmée forme un agréable fond sonore depuis qu'un jeune cousin a discrètement introduit dans la platine un CD dont la pochette noire et blanche vous avait momentanément intrigué.
Brusquement, alors que débute le deuxième morceau du disque, les conversations s'interrompent, les regards se tournent vers les baffles et les visages arborent un vague sourire, apparemment sans objet, qui vous fait de prime abord un peu peur. Tout le monde se lève avec lenteur et se rassemble au milieu du salon, en formant une sorte de chaîne humaine. Une inquiètude sourde vous envahit, et vous vous voyez déjà embrigadé dans un consternant jeu de "mets les deux pieds en canard, pour pas que la chenille déraille". Vous parcourez la pièce du regard, tentant d'intercepter un clin d'oeil complice, une muette confirmation qu'il n'y a aucune raison de s'inquièter. Sans succès. Les regards sont sérieux, les mines fermées. C'est comme si vous n'existiez plus. Le silence est total. Quelqu'un a dû arrêter le disque. Les lumières ont été baissées et la pièce baigne dans une semi-pénombre. Tout le monde semble en attente. Puis la musique redémarre. Vous reconnaissez l'introduction sautillante qui avait, quelques secondes plus tôt, interrompu les conversations. Devant vos yeux incrédules, toute la famille, des plus vieux aux plus jeunes, se met alors à marcher en rythme, à dodeliner de la tête, à frapper dans les mains ou à chanter, mais pas dans une joyeuse improvisation festive. Non. Les mouvements de chacun semblent directement inspirés par les lignes de synthé qui bondissent tels des feux d'artifice entre deux couplets. Tout le monde semble savoir exactement ce qu'il a à faire et interagit avec ses voisins avec une aisance qui ne pourrait a priori s'expliquer que par de longues répétitions. C'est comme si une chorégraphie incroyablement complexe était naturellement incluse dans le patrimoine génétique de toute la famille et se révélait instinctivement lorsque les premières mesures de la chanson se faisaient entendre. Le plus troublant est sans doute le sérieux papal avec lequel la plupart des danseurs enchaînent leurs mouvements. Seuls les plus jeunes semblent prendre le tout comme un jeu.
Après dix minutes et trois passages de la chanson, la famille semble enfin reprendre ses esprits. Quelques appplaudissements spontanés fusent et les visages se fendent du sourire éclatant que seules peuvent produire les actions collectives totalement gratuites. Un sourire vous est d'ailleurs personnellement adressé et vient vous rassurer qu'il ne s'agissait là que d'une étrange tradition familiale, certes un peu ridicule, mais dont tout le monde s'accorde à dire qu'elle est inoffensive. Il vous prend l'envie soudaine de pouvoir, dans deux ans, vous perdre au milieu d'eux.
Brian Eno, Backwater. Extrait de Before and after science, 1977.
Brusquement, alors que débute le deuxième morceau du disque, les conversations s'interrompent, les regards se tournent vers les baffles et les visages arborent un vague sourire, apparemment sans objet, qui vous fait de prime abord un peu peur. Tout le monde se lève avec lenteur et se rassemble au milieu du salon, en formant une sorte de chaîne humaine. Une inquiètude sourde vous envahit, et vous vous voyez déjà embrigadé dans un consternant jeu de "mets les deux pieds en canard, pour pas que la chenille déraille". Vous parcourez la pièce du regard, tentant d'intercepter un clin d'oeil complice, une muette confirmation qu'il n'y a aucune raison de s'inquièter. Sans succès. Les regards sont sérieux, les mines fermées. C'est comme si vous n'existiez plus. Le silence est total. Quelqu'un a dû arrêter le disque. Les lumières ont été baissées et la pièce baigne dans une semi-pénombre. Tout le monde semble en attente. Puis la musique redémarre. Vous reconnaissez l'introduction sautillante qui avait, quelques secondes plus tôt, interrompu les conversations. Devant vos yeux incrédules, toute la famille, des plus vieux aux plus jeunes, se met alors à marcher en rythme, à dodeliner de la tête, à frapper dans les mains ou à chanter, mais pas dans une joyeuse improvisation festive. Non. Les mouvements de chacun semblent directement inspirés par les lignes de synthé qui bondissent tels des feux d'artifice entre deux couplets. Tout le monde semble savoir exactement ce qu'il a à faire et interagit avec ses voisins avec une aisance qui ne pourrait a priori s'expliquer que par de longues répétitions. C'est comme si une chorégraphie incroyablement complexe était naturellement incluse dans le patrimoine génétique de toute la famille et se révélait instinctivement lorsque les premières mesures de la chanson se faisaient entendre. Le plus troublant est sans doute le sérieux papal avec lequel la plupart des danseurs enchaînent leurs mouvements. Seuls les plus jeunes semblent prendre le tout comme un jeu.
Après dix minutes et trois passages de la chanson, la famille semble enfin reprendre ses esprits. Quelques appplaudissements spontanés fusent et les visages se fendent du sourire éclatant que seules peuvent produire les actions collectives totalement gratuites. Un sourire vous est d'ailleurs personnellement adressé et vient vous rassurer qu'il ne s'agissait là que d'une étrange tradition familiale, certes un peu ridicule, mais dont tout le monde s'accorde à dire qu'elle est inoffensive. Il vous prend l'envie soudaine de pouvoir, dans deux ans, vous perdre au milieu d'eux.
Brian Eno, Backwater. Extrait de Before and after science, 1977.
Trop, c'est trop ! Pas eux !
Jusqu'où la télé-réalité s'arrêtera-t-elle ? Non contente de nous infliger, année après année, des chanteurs et des chanteuses à voix ayant les personnalités flamboyantes d'amibes fossilisées, voilà qu'elle va à présent servir à ressuciter des dinosaures. INXS a en effet décidé de recruter son nouveau chanteur via une émission de télé-réalité. Ils nous menacent d'un nouvel album et d'une tournée mondiale. Le règlement ne précise pas si le gagnant aura un droit de cuissage sur les nouvelles popstars australiennes. Dommage, ça aurait peut-être contribué à donner un peu d'intérêt à ce concept inepte.
Ceci dit, je dois à l'honnêteté de reconnaitre que, si en France, il n'y a pour ainsi dire rien à sauver dans le marais des nouveaux interprètes issus de la téléréalité, cette dernière a produit en Grande-Bretagne une poignée de gens intéressants (Girls Aloud, Liberty X et, dans une moindre mesure, Will Young).
Ceci dit, je dois à l'honnêteté de reconnaitre que, si en France, il n'y a pour ainsi dire rien à sauver dans le marais des nouveaux interprètes issus de la téléréalité, cette dernière a produit en Grande-Bretagne une poignée de gens intéressants (Girls Aloud, Liberty X et, dans une moindre mesure, Will Young).
Première vision. Imaginez...
...une dune dans le désert. Sur cette dune, dans un léger contre-jour face au soleil couchant, marche un dromadaire (ou un chameau), seul (ou avec un bédouin sur le dos). Ces détails n'ont guère d'importance. En revanche, concentrez-vous sur la démarche de l'animal. Imaginez-le de profil. Il marche, ses pattes se soulèvent à tour de rôle. Son cou semble se balancer à contre-temps, ce qui donne à sa démarche une allure un peu syncopée. Faites ensuite remonter votre regard vers la tête de l'animal. Voyez ses babines sans cesse en mouvement, un peu comme les lèvres de Steve Tyler ou de Mick Jagger s'échauffant devant un miroir avant de participer à un grand concours de grimaces simiesques. Il fait chaud, mais pas trop. Un petit vent fait même frémir les foulards qui enveloppent la tête du bédouin (finalement, imaginez un bédouin sur le chameau, c'est mieux. Je continue à vous laisser imaginer un dromadaire si vous préférez). De ce spectacle émane une grande sérénité.
Ceci dit, cette sérénité provient sans doute du fait que, ce spectacle, vous ne le voyez pas parce que vous êtes vous-mêmes dans le désert. Grands dieux non ! Le désert, c'est sec, chaud, il y a du sable à perte de vue, et c'est l'enfer pour trouver un Canada Dry bien frais. Non, vous voyez ce spectacle de chez vous, en pyjama, allongés sur le lit, un jour dévolu à la paresse et à la contemplation. Vous vous laissez bercer par ces images rassurantes d'un exotisme de bon aloi, entre deux siestes, avant d'aller dormir pour la nuit. Il fait bon, vous n'avez rien à faire. La vaisselle sèche sur l'évier. C'est le bonheur.
The passage of time is flicking dimly upon the screen.
I can't see the lines I used to think I could read between.
Perhaps my brains have turned to sand.
Oh me oh my I think it's been an eternity.
You'd be suprised at my degree of uncertainty
How can moments go so slow
Several times I've seen the evening slide away.
Watching the signs taking over from the fading day.
Perhaps my brains are old and scrambled.
Several times I've seen the evening slide away.
Watching the signs taking over from the fading day.
Changing water into wine.
Several times I've seen the evening slide away
Watching the signs taking over from the fading day.
Putting grapes back on the vine.
(Brian Eno - The Golden Hours. Extrait de Another Green World, 1975)
Ceci dit, cette sérénité provient sans doute du fait que, ce spectacle, vous ne le voyez pas parce que vous êtes vous-mêmes dans le désert. Grands dieux non ! Le désert, c'est sec, chaud, il y a du sable à perte de vue, et c'est l'enfer pour trouver un Canada Dry bien frais. Non, vous voyez ce spectacle de chez vous, en pyjama, allongés sur le lit, un jour dévolu à la paresse et à la contemplation. Vous vous laissez bercer par ces images rassurantes d'un exotisme de bon aloi, entre deux siestes, avant d'aller dormir pour la nuit. Il fait bon, vous n'avez rien à faire. La vaisselle sèche sur l'évier. C'est le bonheur.
The passage of time is flicking dimly upon the screen.
I can't see the lines I used to think I could read between.
Perhaps my brains have turned to sand.
Oh me oh my I think it's been an eternity.
You'd be suprised at my degree of uncertainty
How can moments go so slow
Several times I've seen the evening slide away.
Watching the signs taking over from the fading day.
Perhaps my brains are old and scrambled.
Several times I've seen the evening slide away.
Watching the signs taking over from the fading day.
Changing water into wine.
Several times I've seen the evening slide away
Watching the signs taking over from the fading day.
Putting grapes back on the vine.
(Brian Eno - The Golden Hours. Extrait de Another Green World, 1975)
Je, je, suis Libertine. Je suis un kie-jun.
Après trois jours, Pete Doherty a fui le monastère où il était censé entreprendre une cure de désintoxication. On ne peut pas dire que ce soit une énorme surprise. Difficile de penser que ce qu'il ne fut pas capable de supporter plus de deux jours dans une clinique cinq étoiles en Angleterre, il pourrait la faire dans un monastère perdu au milieu de la jungle. Il serait à présent à Bangkok, ce qui n'est pas le meilleur endroit au monde si on tente de décrocher. On peut se demander si la réclusion forcée ne serait pas pour lui la meilleure solution. S'il suffit, sur un coup de tête, de renoncer au traitement pour arrêter la souffrance du manque, il est peu probable que ça puisse être efficace sur quelqu'un qui semble avoir aussi peu de contrôle sur sa vie que Pete Doherty.
Il y a finalement quelque chose d'un peu tragique dans toute cette histoire. Me connaissant, lorsque les choses en seront arrivées à leur inéluctable terme, je commencerai à trouver des qualités à la musique du groupe. En attendant, on peut toujours fredonner "This is for lovers... just for one day".
Il y a finalement quelque chose d'un peu tragique dans toute cette histoire. Me connaissant, lorsque les choses en seront arrivées à leur inéluctable terme, je commencerai à trouver des qualités à la musique du groupe. En attendant, on peut toujours fredonner "This is for lovers... just for one day".
samedi, juin 12
Vision d'horreur.... (oh, my goth !)
....à l'instant sur BBC ONE. Chaque semaine, à la fin du talk-show de Jonathan Ross, un groupe vient pousser la chansonnette. En général, il y a plutôt du bon monde (Supergrass, Franz Ferdinand, Morrissey il y a deux semaines par exemple), et aujourd'hui, c'était au tour de The Cure de s'y coller.
Abstraitement, je savais évidemment bien que Robert n'était plus tout jeune et qu'il avait un peu grossi. Pourtant, je n'étais pas préparé à 'ça'. A première vue, rien que de très normal, un type un peu enveloppé habillé tout en noir avec une coiffure grotesque mais qu'on a fini par considérer un peu comme faisant partie du patrimoine. Puis, au détour d'un gros plan, lorsque derrière le rideau capillaire, on entr'aperçoit son visage, une sorte de basculement s'opère et on a soudain l'impression de voir un vieux monsieur prisonnier d'une image et implorant notre aide pour en être libéré. Regardez-moi, semble-t-il dire, à plus de 40 ans encore à faire le zouave à la télé habillé en épouvantail, avec du rouge à lèvres de vieille femme et mon triple menton.
Il y avait dans ces quelques minutes de télévision quelque chose de pathétique (bizarrement, Sabrina chantant chez Patrick Sébastien il y a bien longtemps m'avait laissé exactement la même impression, quoique pour des raisons assez différentes).
Ceci dit, le single n'est pas une catastrophe (quoiqu'il n'a pas fait le poids face à In-between days qui a suivi) et les premières rumeurs veulent que l'album soit plutôt bon, donc leur retour n'est pas en soi une mauvaise nouvelle. Je me demande juste si Robert n'aurait pas eu intérêt à revenir à un look qui le remettrait en harmonie avec son âge. Je pense que la plupart des fans de Cure ne lui en auraient pas voulu. Après tout, bon nombre d'entre eux ont commencé à cotiser pout leur retraite il y a déjà quelques années. De plus, les autres membres du groupe, qu'ils soient ou non présents depuis le début, n'ont pas l'air de se sentir obligés de perpétuer les mêmes clichés visuels.
A moins évidemment, que ce ne soit pas un costume de scène et que Robert Smith s'habille vraiment comme ça en permanence, ce dont les fans semblent persuadés... Auquel cas, je n'ose imaginer à quoi il ressemblera dans 10 ans, pour le 1854ème comeback du groupe.
Abstraitement, je savais évidemment bien que Robert n'était plus tout jeune et qu'il avait un peu grossi. Pourtant, je n'étais pas préparé à 'ça'. A première vue, rien que de très normal, un type un peu enveloppé habillé tout en noir avec une coiffure grotesque mais qu'on a fini par considérer un peu comme faisant partie du patrimoine. Puis, au détour d'un gros plan, lorsque derrière le rideau capillaire, on entr'aperçoit son visage, une sorte de basculement s'opère et on a soudain l'impression de voir un vieux monsieur prisonnier d'une image et implorant notre aide pour en être libéré. Regardez-moi, semble-t-il dire, à plus de 40 ans encore à faire le zouave à la télé habillé en épouvantail, avec du rouge à lèvres de vieille femme et mon triple menton.
Il y avait dans ces quelques minutes de télévision quelque chose de pathétique (bizarrement, Sabrina chantant chez Patrick Sébastien il y a bien longtemps m'avait laissé exactement la même impression, quoique pour des raisons assez différentes).
Ceci dit, le single n'est pas une catastrophe (quoiqu'il n'a pas fait le poids face à In-between days qui a suivi) et les premières rumeurs veulent que l'album soit plutôt bon, donc leur retour n'est pas en soi une mauvaise nouvelle. Je me demande juste si Robert n'aurait pas eu intérêt à revenir à un look qui le remettrait en harmonie avec son âge. Je pense que la plupart des fans de Cure ne lui en auraient pas voulu. Après tout, bon nombre d'entre eux ont commencé à cotiser pout leur retraite il y a déjà quelques années. De plus, les autres membres du groupe, qu'ils soient ou non présents depuis le début, n'ont pas l'air de se sentir obligés de perpétuer les mêmes clichés visuels.
A moins évidemment, que ce ne soit pas un costume de scène et que Robert Smith s'habille vraiment comme ça en permanence, ce dont les fans semblent persuadés... Auquel cas, je n'ose imaginer à quoi il ressemblera dans 10 ans, pour le 1854ème comeback du groupe.
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