Je ne me rappelle plus quel était précisément le disque de Sunn O))) que j'avais écouté il y a quelques mois. En revanche, je me souviens très bien que, même à un volume raisonnable, il provoqua en moi un vague sentiment de nausée et fit trembler sur ses bases tout mon meuble hi-fi, à tel point que je devais sans cesse faire pause et diminuer le volume pour garantir son intégrité physique. J'avais donc rapidement rangé le groupe dans la catégorie "Musique à écouter lorsque l'on veut faire s'écrouler sa maison pour toucher l'assurance" et n'y avais plus guère pensé.
Lorsque leur nouvel album White 2 est sorti il y a quelques semaines, quelques échos favorables et deux bonnes chroniques dans la presse m'ont donné envie de m'y replonger et bien m'en prit puisque j'aime beaucoup. Comme pour Pan Sonic, je ne suis pas sûr de comprendre exactement pourquoi ces trois morceaux me plaisent, mais sans doute la raison est à trouver dans le ballet de goules et de momies pourrissantes qu'ils m'évoquent.
La première plage (Hell-0)))-Ween) est une lente suite d'accords graves, régulièrement répétés avec cet effet à la guitare (ou à la basse) qui fait que les notes durent des plombes*. On pense bizarrement un peu au début du premier mouvement de la 3ème Symphonie de Gorecki et à ces voix de contrebasses qui se répondent, mais on imagine surtout le groupe en train de jouer plongé dans un bain de mercure liquide. Chaque note semble enfantée dans le douleur, le fruit d'un effort contre-nature et on les écoute avec une fascination sadique et un peu morbide.
Dans le second (bassAliens), retentit à intervalles réguliers une note claire à la guitare, qui n'est pas sans évoquer le son du tocsin le jour du Jugement Dernier. Pour le reste, on retrouve les tremblements de basses qui avaient déjà causé tellement de torts à mes étagères, des parasites radio, quelques larsens parcimonieux et une bonne dose de bruits en -ments : deux-trois froissements indistincts, des sifflements, une poignée de crissements, des bruissements indéfinissables, des feulements étouffés.... Le tout pendant 20 minutes. La fin du morceau quant à elle n'évoque rien tant que le bruit que produirait un chat affamé enfermé après avoir reçu une injection de caféine dans une caisse opaque sur laquelle on aurait collé un micro.
Le troisième morceau (Decay2 Nihil's Maw) est essentiellement la bande-son d'un film d'horreur. Le vent souffle, de vagues mugissements évoquent des spectres décharnés vous fixant de leurs orbites désertes et agitant devant votre visage leurs doigts squelettiques et griffus. On croit au début deviner quelques hurlements étouffés extraits de gosiers que Lovecraft n'hésiterait sûrement pas à qualifier de sous-humains, mais peut-être s'agit-il d'hallucinations. Des bruits sourds de résonance métallique rappellent ceux accompagnant la téléportation dans les mauvais films de science-fiction. Vers le milieu du morceau apparaissent des voix indéniablement humaines, graves et détimbrées qui évoquent indifféremment les incantations psalmodiées lors des cultes sataniques dans les films de série Z et la scène de l'orgie dans Eyes Wide Shut (mais c'est un peu la même chose). Le NME, jamais avare d'informations, nous apprend qu'il s'agit de la voix de Attila Csihar, une légende du death-metal hongrois, chantant des textes en ancien Sanskrit, ce qui est tout de même plus rock'n'roll que la voix d'Adamo, le légendaire crooner belgo-italien, chantant Tombe la neige en japonais.
Un disque idéal pour les gueules de bois, en somme. Le terme proposé par allmusic pour définir leur musique est finalement assez juste (ambient doom drone). Leurs concerts ont tout l'air d'être apocalyptiques, et vraisemblablement criminels pour les tympans.
*J'ai voulu me renseigner pour trouver le terme technique qui correspond et ainsi passer pour un abonné à Guitar-Mag mais on m'a répondu que c'est un effet qui pouvait être obtenu par une basse avec de la grosse distorsion (fuzz), un compresseur réglé en mode sustainer ou un e-bow... J'ai renoncé.
Parce que la musique est une chose trop importante pour être laissée à ceux qui la prennent au sérieux.
mardi, août 31
dimanche, août 29
Elle a rejoint les Créatures de la nuit
Il est peu de choses plus désagréables que d'avoir une air en tête et de ne plus pouvoir lui associer un titre ou un interprète. Je me rappelle avoir passé, durant mon adolescence, des heures entières à me creuser les méninges et à chantonner sans relâche des lambeaux de mélodies en espérant qu'un jour, ma mémoire se débloque et me permette d'enchaîner sur la suite du morceau. Une autre solution était de tanner sans relâche mes proches pour qu'ils me délivrent de mon tourment. Ca donnait quelque chose du genre (imaginez une voix geignarde d'enfant boudeur) : "Mais si ! Une chanson qui fait 'Over and over again', assez lent et dramatique, puis une dernière phrase plus rapide qui finit par 'you' et après il y avait un solo de guitare. C'est une femme qui chante. J'suis sûûûûr que vous connaisseeez..." Vous imaginez le calvaire que ma famille a dû subir. Et encore, le multimédia en étant toujours, quoi qu'on en dise, à ses balbutiements, vous échappez ici à mes tentatives de reproduire la mélodie. La frustration était évidemment d'autant plus grande que j'étais persuadé que tout le monde connaissait cette chanson par coeur et qu'on me laissait mariner dans mon ignorance par pure méchanceté, comme pour dire "Tu chantes tellement faux. Comment veux-tu que l'on reconnaisse ?"
Cette question m'a obsédé pendant plusieurs mois jusqu'à ce qu'un jour, je réentende la chanson à la radio. Louée soit Chérie FM (quoiqu'elle n'a sans doute fait là que réparer le préjudice qu'elle m'avait d'abord fait subir en me fourrant la chanson en tête)*.
Jusqu'au milieu des années 90 et la généralisation d'Internet, même la connaissance partielle des paroles était souvent insuffisante pour retrouver l'interprète. C'est ainsi qu'une autre de ces chansons insaisissables qui ont pourri mon adolescence répondait en gros à ce signalement : "Oooh oooh ooh *bang* Oooh oooh ooh *bang* Ooooh oooh oooh oooh oooh oooh You take my self control... In the night...Ooooh ooh ooh *bang*" Ce n'est donc que quelques années plus tard qu'Internet me permit de retrouver le sommeil et de mettre un nom sur la chanson : Laura Branigan - Self Control.
Vous comprendrez qu'après tant de mois et d'années à conserver ce fragment de mélodie en moi, précieusement de peur qu'il ne s'efface avant d'avoir livré ses secrets, à le contempler sous toutes ces facettes comme un diamant rare, j'aie développé une relation un peu privilégiée avec le morceau, qui n'est pourtant pas ce que les années 80 ont livré de plus excitant. C'est donc avec une certaine tristesse que j'ai appris que Laura Branigan était morte il y a quelques jours d'une rupture d'anévrisme. Elle avait 47 ans. Par pudeur, je ne commenterai pas le caractère déplacé du petit drapeau américain que l'on trouve sur son site, et méditerai à la place ceci.
Merci au forum Popjustice pour l'info et le titre du billet.
* Si ça vous intéresse, la chanson en question était Woman in love de Barbra Streisand. Oui, je sais....
Cette question m'a obsédé pendant plusieurs mois jusqu'à ce qu'un jour, je réentende la chanson à la radio. Louée soit Chérie FM (quoiqu'elle n'a sans doute fait là que réparer le préjudice qu'elle m'avait d'abord fait subir en me fourrant la chanson en tête)*.
Jusqu'au milieu des années 90 et la généralisation d'Internet, même la connaissance partielle des paroles était souvent insuffisante pour retrouver l'interprète. C'est ainsi qu'une autre de ces chansons insaisissables qui ont pourri mon adolescence répondait en gros à ce signalement : "Oooh oooh ooh *bang* Oooh oooh ooh *bang* Ooooh oooh oooh oooh oooh oooh You take my self control... In the night...Ooooh ooh ooh *bang*" Ce n'est donc que quelques années plus tard qu'Internet me permit de retrouver le sommeil et de mettre un nom sur la chanson : Laura Branigan - Self Control.
Vous comprendrez qu'après tant de mois et d'années à conserver ce fragment de mélodie en moi, précieusement de peur qu'il ne s'efface avant d'avoir livré ses secrets, à le contempler sous toutes ces facettes comme un diamant rare, j'aie développé une relation un peu privilégiée avec le morceau, qui n'est pourtant pas ce que les années 80 ont livré de plus excitant. C'est donc avec une certaine tristesse que j'ai appris que Laura Branigan était morte il y a quelques jours d'une rupture d'anévrisme. Elle avait 47 ans. Par pudeur, je ne commenterai pas le caractère déplacé du petit drapeau américain que l'on trouve sur son site, et méditerai à la place ceci.
Merci au forum Popjustice pour l'info et le titre du billet.
* Si ça vous intéresse, la chanson en question était Woman in love de Barbra Streisand. Oui, je sais....
Fausse alerte
Souvent, on présente le journalisme comme un métier difficile, fait de rigueur et de recoupements d'informations. C'est sans doute vrai dans certains cas (la préface de 'Lettres de Londres' de Julian Barnes chez Folio est particulièrement édifiante), mais le journalisme musical semble souvent échapper à la règle et abuse d'à-peu-près, d'emphase, d'hyperbole, et de formules toutes faites.
Par exemple, méfiez-vous quand on essaye de vous présenter dans la presse généraliste tel ou telle artiste comme une superstar enchaînant les numéros 1 aux Etats-Unis. Le plus souvent, il n'en est rien, à part peut-être dans un de ces classements obscurs comme les Américains en ont le secret, genre le "top 45 download-only West-Coast-country track". Le plus souvent, il s'agit là d'une formule toute faite signifiant simplement qu'ils sont légèrement plus connus aux Etats-Unis qu'en Europe. On trouve un autre bel exemple dans une chronique récente de l'album de The Icarus Line qui mentionnait que le groupe était tellement à la mode qu'il faisait régulièrement la une du NME, alors que, en fait, euh... pas du tout. Ils ont juste bénéficié de deux ou trois chroniques bienveillantes et d'une ou deux interviews.
Cependant, le plus bel exemple récent provient sans doute d'un journal flamand (Het Nieuwsblad) qui, pour parler du concert des Tindersticks la semaine dernière dans le cadre du festival 'Feest in het park', a apparemment jugé utile d'en rajouter un peu dans le sensationnel, ce qui nous vaut un titre du genre "Demain, peut-être le dernier concert des Tindersticks". Apparemment, un concert d'un des meilleurs groupes actuels n'est pas en soi une information intéressante et ne le devient que s'il s'agit d'un concert d'adieux.
L'article affirmait tellement catégoriquement que le groupe allait prendre congé de son public sur scène dans des torrents de larmes que cetains fans s'en étaient émus, et le groupe s'est senti obligé de se fendre d'un communiqué via leur site officiel :
J'aime bien la manière dont ils accusent le journaliste de mentir sciemment, refusant même de plaider le diplomatique 'malentendu' qui aurait arrangé tout le monde. Retenons finalement de toute cette histoire que Stuart va (encore) faire la musique d'un film de Claire Denis et que le groupe refera sans doute un album l'année prochaine.
Par exemple, méfiez-vous quand on essaye de vous présenter dans la presse généraliste tel ou telle artiste comme une superstar enchaînant les numéros 1 aux Etats-Unis. Le plus souvent, il n'en est rien, à part peut-être dans un de ces classements obscurs comme les Américains en ont le secret, genre le "top 45 download-only West-Coast-country track". Le plus souvent, il s'agit là d'une formule toute faite signifiant simplement qu'ils sont légèrement plus connus aux Etats-Unis qu'en Europe. On trouve un autre bel exemple dans une chronique récente de l'album de The Icarus Line qui mentionnait que le groupe était tellement à la mode qu'il faisait régulièrement la une du NME, alors que, en fait, euh... pas du tout. Ils ont juste bénéficié de deux ou trois chroniques bienveillantes et d'une ou deux interviews.
Cependant, le plus bel exemple récent provient sans doute d'un journal flamand (Het Nieuwsblad) qui, pour parler du concert des Tindersticks la semaine dernière dans le cadre du festival 'Feest in het park', a apparemment jugé utile d'en rajouter un peu dans le sensationnel, ce qui nous vaut un titre du genre "Demain, peut-être le dernier concert des Tindersticks". Apparemment, un concert d'un des meilleurs groupes actuels n'est pas en soi une information intéressante et ne le devient que s'il s'agit d'un concert d'adieux.
L'article affirmait tellement catégoriquement que le groupe allait prendre congé de son public sur scène dans des torrents de larmes que cetains fans s'en étaient émus, et le groupe s'est senti obligé de se fendre d'un communiqué via leur site officiel :
I suppose I should have posted something yesterday
after I got a call from the label in Belgium. The
journalist in question knew full well that the band
had not split and that the gig today is not even the
last one this year but he choose to ignore these facts
and write the story the way he wanted to. As I
explained earlier this year the band are having a
break in order to complete various side projects and
solo recordings. These vary from Dickon doing the
mercedes ad music and a score for a new american film
to David recording some songs to Stuart doing the
score for Claire Denis new film and recording some
songs on his own. The band needed a break from the lp
- tour - lp - tour cycle which is what they are doing.
No one is thinking too far ahead at present, the band
are still doing the odd gig and more are planned for
later in the year and the tentative plan is for the
band to start work on new songs at christmas, I will
keep you posted on any developments one way or the
other. The band have been in this position at least
three times before and always ended up making another
record. Thats it for now. Peace. db
J'aime bien la manière dont ils accusent le journaliste de mentir sciemment, refusant même de plaider le diplomatique 'malentendu' qui aurait arrangé tout le monde. Retenons finalement de toute cette histoire que Stuart va (encore) faire la musique d'un film de Claire Denis et que le groupe refera sans doute un album l'année prochaine.
vendredi, août 27
Si Dragostea din tei fut le tube de l'été...
...sûrement ceci sera le tube de l'automne.
EDIT : Grâce à ce site, j'en sais maintentant un peu plus sur ce morceau. Comme on pouvait le craindre, il faut prendre tout cela au second degré. Cette vidéo est en fait une petite partie d'une mystification beaucoup plus large : l'invention complète de tout un pays, la Molvanie, censé se nicher entre la Roumanie et la Bulgarie. L'entreprise a trompé tellement de monde que même la BBC s'en est fait l'écho. Borges aurait été fier.
EDIT : Grâce à ce site, j'en sais maintentant un peu plus sur ce morceau. Comme on pouvait le craindre, il faut prendre tout cela au second degré. Cette vidéo est en fait une petite partie d'une mystification beaucoup plus large : l'invention complète de tout un pays, la Molvanie, censé se nicher entre la Roumanie et la Bulgarie. L'entreprise a trompé tellement de monde que même la BBC s'en est fait l'écho. Borges aurait été fier.
jeudi, août 26
Le morceau du jour
Tout d'abord, attention ! Cet en-tête pourrait laisser penser que je suis en train de lancer une nouvelle séquence quotidienne. Il n'en est évidemment rien, mais, comme entrée en matière, c'est tout de même plus vendeur que 'le morceau d'une période aléatoire pouvant aller d'un jour à deux mois selon mon humeur'.
Aujourd'hui : The Go! Team - The Ice Storm
Ca commence par quelques secondes de vent qui souffle à travers les sapins et un tintement de clochettes. Le décor est planté : une tempête de neige. On n'y voit pas à cent mètres. Il fait presque nuit. Apparait à l'horizon un traîneau, tiré par trois rennes, aux cous desquels tintinnabule une clochette. Un matelas cristallin amortit leurs pas. Leur avancée est rapide et sans heurts.
Le morceau démarre réellement avec l'entrée du piano, du glockenspiel ou de je ne sais quel autre instrument du même genre (voire de tous ceux-là à la fois), et on pense immédiatement au meilleur Yann Tiersen (celui qui joue Rue des Cascades ou reste chez lui) ou, dans une moindre mesure, à Wim Mertens (période 'Struggle for pleasure') ou Philip Glass (disons... période 'The Photographer'). Une ritournelle endiablée qui se répète sans cesse, avec juste ce qu'il faut de variations pour que l'on ne se lasse pas... et ça marche. Après chaque écoute, je n'ai qu'une seule envie : enlever mes moufles, souffler sur mes mains pour les réchauffer et rappuyer sur play.
Le morceau peut se trouver sur le EP de The Power is On, sorti récemment. Bizarrement, le morceau titre répondrait plutôt à la description : big-beat cuvée 1997 ponctué de cris féminins (pour paraphraser ce que j'ai entendu récemment à la radio, c'est un peu Fatboy Slim feat. The Beastie Girls). Ca n'a pas grand intérêt et cela aurait dû me mettre la puce à l'oreille. J'attendais beaucoup de leur premier album, et après deux écoutes, il s'agit d'une franche déception.
Une écoute partielle est possible ici.
Aujourd'hui : The Go! Team - The Ice Storm
Ca commence par quelques secondes de vent qui souffle à travers les sapins et un tintement de clochettes. Le décor est planté : une tempête de neige. On n'y voit pas à cent mètres. Il fait presque nuit. Apparait à l'horizon un traîneau, tiré par trois rennes, aux cous desquels tintinnabule une clochette. Un matelas cristallin amortit leurs pas. Leur avancée est rapide et sans heurts.
Le morceau démarre réellement avec l'entrée du piano, du glockenspiel ou de je ne sais quel autre instrument du même genre (voire de tous ceux-là à la fois), et on pense immédiatement au meilleur Yann Tiersen (celui qui joue Rue des Cascades ou reste chez lui) ou, dans une moindre mesure, à Wim Mertens (période 'Struggle for pleasure') ou Philip Glass (disons... période 'The Photographer'). Une ritournelle endiablée qui se répète sans cesse, avec juste ce qu'il faut de variations pour que l'on ne se lasse pas... et ça marche. Après chaque écoute, je n'ai qu'une seule envie : enlever mes moufles, souffler sur mes mains pour les réchauffer et rappuyer sur play.
Le morceau peut se trouver sur le EP de The Power is On, sorti récemment. Bizarrement, le morceau titre répondrait plutôt à la description : big-beat cuvée 1997 ponctué de cris féminins (pour paraphraser ce que j'ai entendu récemment à la radio, c'est un peu Fatboy Slim feat. The Beastie Girls). Ca n'a pas grand intérêt et cela aurait dû me mettre la puce à l'oreille. J'attendais beaucoup de leur premier album, et après deux écoutes, il s'agit d'une franche déception.
Une écoute partielle est possible ici.
lundi, août 23
Sweet dreams (are made of this)
Hier, c'était le dernier jour du festival gratuit Euritmix à Bruxelles. Au programme, Scala puis les Nits.
Nous arrivons sur la Grand-Place de Bruxelles vers 19h35, juste pour le troisième morceau de Scala. J'ai déjà dit tout le mal que je pensais a priori du concept. Ces impressions cependant n'étaient basées que sur les quelques chansons entendues distraitement à la radio. Après une heure de concert suivi avec patience et un esprit ouvert (je ne suis pas du genre à m'encombrer d'a priori.. quoique...), je peux en parler plus longuement et, franchement, c'est encore pire que ce que je craignais.
Passées dans la moulinette Scala, toutes les chansons se ressemblent : U2 ressemble à Radiohead et Gainsbourg ressemble à Indochine. Tout est ralenti, mollifié et impitoyablement dépouillé de toute personnalité. Restent les notes, les textes et... euh, c'est à peu près tout. Les ambiances, les rythmes, les phrasés, les nuances sont impitoyablement gommés pour se fondre dans la moule, et ce n'est pas toujours du meilleur goût : les rallentendos et les soufflets en fin de phrase, les demi-secondes de suspension, etc... Le plus consternant massacre est sans doute à chercher dans leur version de 'Creep'. Au départ, la chanson exprime une forme de dégoût de soi, ainsi qu'un soupçon de rébellion (perceptible dans le 'What the hell am I doing here?'). Interprétée par Scala, elle n'exprime absolument plus rien. C'est à se demander quel est le but poursuivi par les deux têtes pensantes du projet : l'arrangeur-pianiste et son frère qui dirige le choeur. Comment expliquer qu'ils choisissent un répertoire a priori estimable, si pas au-dessus de tous reproches (Radiohead, Gainsbourg, Manu Chao, Indochine, Muse, Police,...), pour ensuite l'expurger de tout ce qui en fait le prix ? Il y a vraiment là quelque chose qui m'échappe. La démarche me fait un peu penser à Rondo Veneziano. On y retrouve la même volonté apparente de rendre hommage à un type de musique particulier (pop-rock ici, musique classique là) et la même trahson, soit due à une incapacité à en extraire la substantifique moëlle (hypothèse haute) soit volontaire (hypothèse basse).
Loin de moi l'idée d'accabler les pauvres chanteuses qui font a priori ce qu'on leur demande et ne sont pas pour grand-chose dans le naufrage qui en résulte. D'autant que, les deux responsables semblant ne pas être peu imbus d'eux-mêmes (le directeur de choeur présentera son frère comme un 'génie'), il est très possible qu'elles n'aient guère voix au chapitre. Je me prends même à espérer que la plupart d'entre elles sont conscientes qu'il est grotesque de taper dans les mains et de se balancer comme une chorale gospel en répétant en boucle "When I think about you, I touch myself." (le seul moment du concert où je n'ai pu m'empêcher d'éclater de rire), mais qu'elles font contre mauvaise fortune bon c(h)oeur parce que ça leur permet de voir du pays.
Bon, je clos là parce que c'est finalement plus insignifiant que vraiment grave, mais je serais vraiment curieux d'entendre les arguments de ceux qui ont pu laisser croire que cela avait un quelconque intérêt (le cas des Inrocks est particulièrement intriguant). Je vous fiche mon billet que, d'ici quelques semaines, on aura droit à un 'Scala chante Noël'. Brrrr.
Ceci dit, la suite de la soirée allait être autrement plus enthousiasmante. Histoire de ne pas trop me répéter, voici mon compte-rendu du concert des Nits à l'Ancienne Belgique en décembre dernier. La plus grosse part de ce qui y est dit vaut toujours (le personnel est le même, les attitudes sur scène également et mon enthousiasme est tout aussi délirant). Les seules différences sont minimes. S'agissant d'un concert en plein air sur "la plus belle place du monde" (dixit l'Office du Tourisme bruxellois), la scène, ouverte à l'arrière, ne comprenait que les musiciens et leurs instruments, sans éclairage ou projections particulières.
La setlist évidemment n'est pas exactement la même. Ils ont surtout joué les morceaux les plus connus ou les plus entraînants, ce qui est logique pour un concert gratuit en plein air. Bien que le set fut plus court (95 minutes environ), ils ont joué quelques chansons qui avaient, à mon grand dam, brillé par leur absence en décembre dernier. Ainsi, lorsque les premières notes cristallines de 'Cars & Cars' ont retenti, j'ai pendant quelques secondes eu la chair de poule. Le son était absolument parfait et à aucun moment les bouchons ne furent nécessaires.
A chaque fois que je les vois, ou même simplement lorsque j'écoute leurs disques, je suis abasourdi de constater que ces chansons ne leur ont pas garanti un public plus large. Que l'Angleterre par exemple, terre de la pop par excellence, les aient toujours boudés reste pour moi un mystère.
Si je devais vraiment trouver un défaut à ce concert, ce serait que, bizarrement, Henk semble avoir voulu chanter 'Aquarium' comme un hymne rock, ce que la chanson (un morceau calme extrait de '1974') n'est clairement pas, mais bon, c'est vraiment si je suis obligé de chicaner, parce que je n'ai aucun état d'âme à qualifier un concert de parfait.
Pour ceux qui suivent la carrière du groupe d'un peu près, ce concert avait un statut un peu particulier. Il s'agissait en effet du dernier concert de (Lae)Titia Van Krieken, la musicienne que le groupe avait engagée à l'époque de 'Alankomaat' pour compenser sur scène et en studio le départ de Robert-Jan Stips (elle avait aussi activement participé à l'élaboration de 'Wool' en studio). Elle a décidé de quitter le groupe pour se consacrer à d'autres activités. Sans doute avait-elle un peu de mal à trouver exactement sa place dans un groupe ayant, depuis le retour de Stips, retrouvé sa configuration historique. L'événément est sans doute passé inaperçu du plus grand nombre vu que Henk s'est contenté de dire à la fin du premier rappel "Et maintenant, je vais embrasser Titia."
Embryon de setlist (dans le désordre le plus complet et il manque certainement quelques titres) :
Bike in head
The infinite shoeblack
Soap Bubble Box
Cars and cars
In the Dutch mountains
Nescio
The train
A touch of Henry Moore
Cabins
Adieu, sweet bahnhof
J.O.S Days
The dream
Aquarium
Eifelsucht
Rumspringa
Espresso Girl
Home before dark
Fire in my head (?)
Nous arrivons sur la Grand-Place de Bruxelles vers 19h35, juste pour le troisième morceau de Scala. J'ai déjà dit tout le mal que je pensais a priori du concept. Ces impressions cependant n'étaient basées que sur les quelques chansons entendues distraitement à la radio. Après une heure de concert suivi avec patience et un esprit ouvert (je ne suis pas du genre à m'encombrer d'a priori.. quoique...), je peux en parler plus longuement et, franchement, c'est encore pire que ce que je craignais.
Passées dans la moulinette Scala, toutes les chansons se ressemblent : U2 ressemble à Radiohead et Gainsbourg ressemble à Indochine. Tout est ralenti, mollifié et impitoyablement dépouillé de toute personnalité. Restent les notes, les textes et... euh, c'est à peu près tout. Les ambiances, les rythmes, les phrasés, les nuances sont impitoyablement gommés pour se fondre dans la moule, et ce n'est pas toujours du meilleur goût : les rallentendos et les soufflets en fin de phrase, les demi-secondes de suspension, etc... Le plus consternant massacre est sans doute à chercher dans leur version de 'Creep'. Au départ, la chanson exprime une forme de dégoût de soi, ainsi qu'un soupçon de rébellion (perceptible dans le 'What the hell am I doing here?'). Interprétée par Scala, elle n'exprime absolument plus rien. C'est à se demander quel est le but poursuivi par les deux têtes pensantes du projet : l'arrangeur-pianiste et son frère qui dirige le choeur. Comment expliquer qu'ils choisissent un répertoire a priori estimable, si pas au-dessus de tous reproches (Radiohead, Gainsbourg, Manu Chao, Indochine, Muse, Police,...), pour ensuite l'expurger de tout ce qui en fait le prix ? Il y a vraiment là quelque chose qui m'échappe. La démarche me fait un peu penser à Rondo Veneziano. On y retrouve la même volonté apparente de rendre hommage à un type de musique particulier (pop-rock ici, musique classique là) et la même trahson, soit due à une incapacité à en extraire la substantifique moëlle (hypothèse haute) soit volontaire (hypothèse basse).
Loin de moi l'idée d'accabler les pauvres chanteuses qui font a priori ce qu'on leur demande et ne sont pas pour grand-chose dans le naufrage qui en résulte. D'autant que, les deux responsables semblant ne pas être peu imbus d'eux-mêmes (le directeur de choeur présentera son frère comme un 'génie'), il est très possible qu'elles n'aient guère voix au chapitre. Je me prends même à espérer que la plupart d'entre elles sont conscientes qu'il est grotesque de taper dans les mains et de se balancer comme une chorale gospel en répétant en boucle "When I think about you, I touch myself." (le seul moment du concert où je n'ai pu m'empêcher d'éclater de rire), mais qu'elles font contre mauvaise fortune bon c(h)oeur parce que ça leur permet de voir du pays.
Bon, je clos là parce que c'est finalement plus insignifiant que vraiment grave, mais je serais vraiment curieux d'entendre les arguments de ceux qui ont pu laisser croire que cela avait un quelconque intérêt (le cas des Inrocks est particulièrement intriguant). Je vous fiche mon billet que, d'ici quelques semaines, on aura droit à un 'Scala chante Noël'. Brrrr.
Ceci dit, la suite de la soirée allait être autrement plus enthousiasmante. Histoire de ne pas trop me répéter, voici mon compte-rendu du concert des Nits à l'Ancienne Belgique en décembre dernier. La plus grosse part de ce qui y est dit vaut toujours (le personnel est le même, les attitudes sur scène également et mon enthousiasme est tout aussi délirant). Les seules différences sont minimes. S'agissant d'un concert en plein air sur "la plus belle place du monde" (dixit l'Office du Tourisme bruxellois), la scène, ouverte à l'arrière, ne comprenait que les musiciens et leurs instruments, sans éclairage ou projections particulières.
La setlist évidemment n'est pas exactement la même. Ils ont surtout joué les morceaux les plus connus ou les plus entraînants, ce qui est logique pour un concert gratuit en plein air. Bien que le set fut plus court (95 minutes environ), ils ont joué quelques chansons qui avaient, à mon grand dam, brillé par leur absence en décembre dernier. Ainsi, lorsque les premières notes cristallines de 'Cars & Cars' ont retenti, j'ai pendant quelques secondes eu la chair de poule. Le son était absolument parfait et à aucun moment les bouchons ne furent nécessaires.
A chaque fois que je les vois, ou même simplement lorsque j'écoute leurs disques, je suis abasourdi de constater que ces chansons ne leur ont pas garanti un public plus large. Que l'Angleterre par exemple, terre de la pop par excellence, les aient toujours boudés reste pour moi un mystère.
Si je devais vraiment trouver un défaut à ce concert, ce serait que, bizarrement, Henk semble avoir voulu chanter 'Aquarium' comme un hymne rock, ce que la chanson (un morceau calme extrait de '1974') n'est clairement pas, mais bon, c'est vraiment si je suis obligé de chicaner, parce que je n'ai aucun état d'âme à qualifier un concert de parfait.
Pour ceux qui suivent la carrière du groupe d'un peu près, ce concert avait un statut un peu particulier. Il s'agissait en effet du dernier concert de (Lae)Titia Van Krieken, la musicienne que le groupe avait engagée à l'époque de 'Alankomaat' pour compenser sur scène et en studio le départ de Robert-Jan Stips (elle avait aussi activement participé à l'élaboration de 'Wool' en studio). Elle a décidé de quitter le groupe pour se consacrer à d'autres activités. Sans doute avait-elle un peu de mal à trouver exactement sa place dans un groupe ayant, depuis le retour de Stips, retrouvé sa configuration historique. L'événément est sans doute passé inaperçu du plus grand nombre vu que Henk s'est contenté de dire à la fin du premier rappel "Et maintenant, je vais embrasser Titia."
Embryon de setlist (dans le désordre le plus complet et il manque certainement quelques titres) :
Bike in head
The infinite shoeblack
Soap Bubble Box
Cars and cars
In the Dutch mountains
Nescio
The train
A touch of Henry Moore
Cabins
Adieu, sweet bahnhof
J.O.S Days
The dream
Aquarium
Eifelsucht
Rumspringa
Espresso Girl
Home before dark
Fire in my head (?)
jeudi, août 19
Un petit jeu.
1) Allez lire ceci. Laissez-vous imprégner de ce qui y est dit. Vous pouvez être outré, amusé, attristé, effondré, hilare. Quel que soit votre sentiment, laissez-le mûrir pendant quelques secondes jusqu'à être convaincu qu'il est la seule réponse possible à cette comparaison.
2) Téléchargez ensuite ce fichier (a priori légal).
3) Analysez a posteriori votre sentiment.
Personnellement, je fus amusé après l'étape 1 avant de me dire, arrivé à l'étape 3, que finalement, c'était plutôt bien vu. Ca fait un moment que R.E.M. ne m'intéresse plus (depuis New Adventures in Hi-Fi sans doute), mais là, ils me semblent avoir atteint une sorte de point de non-retour dans l'insignifiance.
Une malédiction péserait-elle sur les Michael musiciens ? Il n'est pas vraiment nécessaire de s'appesantir sur pourquoi ça ne va pas fort pour Michael Jackson. Michael Hutchence est mort. Michael Jones a disparu sans laisser de traces. Michael Nyman erre sans but depuis 'The Piano', Michael George ne fait plus rien de bon, et voilà maintenant que Michael Stipe cesse d'avoir la moindre importance. Où sont les jeunes Michael qui viendront prendre la relève et redorer le prestige de leur prénom ? En tout cas, Franz Ferdinand vient de sortir un single portant ce titre. Peut-être sera-ce le déclic. Rendez-nous nos Michael !
2) Téléchargez ensuite ce fichier (a priori légal).
3) Analysez a posteriori votre sentiment.
Personnellement, je fus amusé après l'étape 1 avant de me dire, arrivé à l'étape 3, que finalement, c'était plutôt bien vu. Ca fait un moment que R.E.M. ne m'intéresse plus (depuis New Adventures in Hi-Fi sans doute), mais là, ils me semblent avoir atteint une sorte de point de non-retour dans l'insignifiance.
Une malédiction péserait-elle sur les Michael musiciens ? Il n'est pas vraiment nécessaire de s'appesantir sur pourquoi ça ne va pas fort pour Michael Jackson. Michael Hutchence est mort. Michael Jones a disparu sans laisser de traces. Michael Nyman erre sans but depuis 'The Piano', Michael George ne fait plus rien de bon, et voilà maintenant que Michael Stipe cesse d'avoir la moindre importance. Où sont les jeunes Michael qui viendront prendre la relève et redorer le prestige de leur prénom ? En tout cas, Franz Ferdinand vient de sortir un single portant ce titre. Peut-être sera-ce le déclic. Rendez-nous nos Michael !
Scotty voix d'or
Lorsqu'un chanteur atteint un certain niveau de célébrité, tout ce qu'il a pu enregistrer au cours de son existence devient en quelque sorte un fragment de son oeuvre et à ce titre digne d'intérêt, surtout s'il a eu le bon goût d'avoir une carrière-météore voire, c'est encore mieux, de mourir jeune. Signalons à ce propos que Grace, l'unique album de Jeff Buckley, va ou vient de ressortir dans une version 2CD+DVD (les fonds de tiroir chez les Buckley sont striés de traces d'ongles avides). Mais ce n'est pas de cela que je voulais parler aujourd'hui.
Je suis tombé sur un disque improbable intitulé 'In the beginning', qui reprend des enregistrements effectués par Scott Walker en 1958 et 1959, alors qu'il avait à peine une quinzaine d'années, bien avant donc les Walker Brothers ou sa tétralogie d'albums solos. A l'écoute, cela laisse une impression bizarre. Sa voix n'a pas encore trouvé le timbre quasi-extraterrestre qui allait transcender ses enregistrements d'adulte et il chante ici avec la voix de gorge d'un crooner de kermesse, le vibrato d'un roi de karaoké et l'assurance un peu gauche du gamin prodige qui a pris l'habitude d'être exhibé à la moindre occasion. Ce n'est pas à proprement parler désagréable à entendre. Les chansons, pour la plupart composées par un certain Baird, sont d'honorables exemples de pop des années 50 et 60 (Sing Boy Sing par exemple est assez entraînant, dans le genre). Ceci dit, avec le recul, le ridicule n'est jamais très loin et on peut se demander à quoi sert réellement un tel disque. Il existe certes un intérêt historique : ce disque prouve que même les chanteurs les plus intouchables, les plus vénérés peuvent avoir débuté leur carrière sous de douteux auspices. En écoutant ce disque, j'imagine très bien le jeune Scott, duvet aux lèvres, affublé d'un smoking trop étroit et d'un noeud papillon disproportionné, se dandinant seul sur scène face à une meute de grands-mères californiennes en mal d'attendrissement dont les yeux humides témoignent d'une résurgence d'instinct maternel, tandis qu'un manager sans scrupules compte ses dollars en coulisses. Je suppose que Scott Walker, dans sa tour d'ivoire, est au courant que ce disque existe et qu'il aurait pu en empêcher la sortie s'il l'avait voulu. S'il n'en a rien fait, c'est qu'il estime ne pas avoir à en rougir. Pourtant, comme toujours dans ces cas-là, le disque sort sur un obscur label anglais et il n'y a évidemment pas l'ombre d'un résidu de cette époque sur le (formidable) coffret rétrosepctif "Scott Walker in 5 easy pieces", sorti l'année dernière. Il ne doit donc pas non plus revendiquer complètement cette époque. Pour les fanatiques uniquement donc.
Toutes proportions gardées, cela me rappelle un disque intitulé 'Nick Carter : Before the Backstreet Boys', que j'ai eu la 'chance' d'écouter il y a quelques semaines. Certes, le style de musique est différent, mais l'intention derrière les sessions d'enregistrement et la manière de chanter ont l'air assez similaires. Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais le fait que Scott Walker et Nick Carter aient pu avoir, à un certain âge, des points communs me plonge dans des abîmes de perplexité.
Je suis tombé sur un disque improbable intitulé 'In the beginning', qui reprend des enregistrements effectués par Scott Walker en 1958 et 1959, alors qu'il avait à peine une quinzaine d'années, bien avant donc les Walker Brothers ou sa tétralogie d'albums solos. A l'écoute, cela laisse une impression bizarre. Sa voix n'a pas encore trouvé le timbre quasi-extraterrestre qui allait transcender ses enregistrements d'adulte et il chante ici avec la voix de gorge d'un crooner de kermesse, le vibrato d'un roi de karaoké et l'assurance un peu gauche du gamin prodige qui a pris l'habitude d'être exhibé à la moindre occasion. Ce n'est pas à proprement parler désagréable à entendre. Les chansons, pour la plupart composées par un certain Baird, sont d'honorables exemples de pop des années 50 et 60 (Sing Boy Sing par exemple est assez entraînant, dans le genre). Ceci dit, avec le recul, le ridicule n'est jamais très loin et on peut se demander à quoi sert réellement un tel disque. Il existe certes un intérêt historique : ce disque prouve que même les chanteurs les plus intouchables, les plus vénérés peuvent avoir débuté leur carrière sous de douteux auspices. En écoutant ce disque, j'imagine très bien le jeune Scott, duvet aux lèvres, affublé d'un smoking trop étroit et d'un noeud papillon disproportionné, se dandinant seul sur scène face à une meute de grands-mères californiennes en mal d'attendrissement dont les yeux humides témoignent d'une résurgence d'instinct maternel, tandis qu'un manager sans scrupules compte ses dollars en coulisses. Je suppose que Scott Walker, dans sa tour d'ivoire, est au courant que ce disque existe et qu'il aurait pu en empêcher la sortie s'il l'avait voulu. S'il n'en a rien fait, c'est qu'il estime ne pas avoir à en rougir. Pourtant, comme toujours dans ces cas-là, le disque sort sur un obscur label anglais et il n'y a évidemment pas l'ombre d'un résidu de cette époque sur le (formidable) coffret rétrosepctif "Scott Walker in 5 easy pieces", sorti l'année dernière. Il ne doit donc pas non plus revendiquer complètement cette époque. Pour les fanatiques uniquement donc.
Toutes proportions gardées, cela me rappelle un disque intitulé 'Nick Carter : Before the Backstreet Boys', que j'ai eu la 'chance' d'écouter il y a quelques semaines. Certes, le style de musique est différent, mais l'intention derrière les sessions d'enregistrement et la manière de chanter ont l'air assez similaires. Je ne sais pas ce qu'il en est pour vous, mais le fait que Scott Walker et Nick Carter aient pu avoir, à un certain âge, des points communs me plonge dans des abîmes de perplexité.
mardi, août 17
Sit still. It's still The Stills' "Still in love".
Il y a bien longtemps, j'ai exprimé mon étonnement face à l'indifférence apparemment rencontrée par "Still in love", la chanson de The Stills. Je comprenais mal pourquoi une chanson dont le refrain était à ce point entêtant et qui aurait été parfaitement à son aise sur un des deux albums d'Interpol n'était pas devenue un objet de culte pour tout ce que l'univers compte de corbeaux poppisants. L'explication en est peut-être que la chanson sort seulement cette semaine en Angleterre, là où toutes les hypes autour des groupes en 'The' semblent toujours naître. La vidéo est en tout cas visible ici, et franchement, quelques mois après, c'est toujours aussi bon.
EDIT : En fait, le single était déjà sorti il y a quelques mois dans une indifférence coupable. La maison de disques a dû penser que la chanson méritait une seconde chance. Nous verrons.
PS : J'espère que vous me pardonnerez la déplorable tentative humoristique qui sert de titre à ce billet. Il se fait tard et je viens de me farcir tout un album de dance du début des années 90 (Culture Beat pour ne pas les nommer) et, franchement, ça n'aide pas à conserver un esprit fin et alerte. Pour me faire pardonner, je signale néanmoins que, dans le tout nouveau catalogue d'un célèbre marchand suédois de meubles en kit (ou de puzzles 3D grandeur nature, selon le point de vue choisi), les étagères Billy, qui abritent des centaines de milliers de CD de par le monde, sont présentées sous le titre "l'idole Billy".
EDIT : En fait, le single était déjà sorti il y a quelques mois dans une indifférence coupable. La maison de disques a dû penser que la chanson méritait une seconde chance. Nous verrons.
PS : J'espère que vous me pardonnerez la déplorable tentative humoristique qui sert de titre à ce billet. Il se fait tard et je viens de me farcir tout un album de dance du début des années 90 (Culture Beat pour ne pas les nommer) et, franchement, ça n'aide pas à conserver un esprit fin et alerte. Pour me faire pardonner, je signale néanmoins que, dans le tout nouveau catalogue d'un célèbre marchand suédois de meubles en kit (ou de puzzles 3D grandeur nature, selon le point de vue choisi), les étagères Billy, qui abritent des centaines de milliers de CD de par le monde, sont présentées sous le titre "l'idole Billy".
lundi, août 16
Je ne vais pas me laisser abattre par si peu.
Bon, c'est pas tout ça, mais que s'est-il passé d'important dans le monde ces derniers jours ?
- J'ai appris que Richard Gotainer était devenu animateur sur une station de radio confidentielle réservée aux moins de 15 ans. Pauvre Richard. Après tant d'années de services loyalement rendus à la cause du calembour vaseux et de la chanson sautillante (tout le monde devrait vénérer Chants Zazous, au minimum), une telle ingratitude est criminelle. Didier Barbelivien n'est sans doute pas tombé si bas, et pourtant, qu'a-t-il apporté au monde, lui ?
- Justin Timberlake aurait décidé d'enterrer Nsync et de se consacrer à sa carrière solo. Il aurait dit non à l'enregistrement d'un nouvel album, et non aussi à l'enregistrement de deux nouvelles chansons pour la sortie d'une compilation à Noël. Il le regrettera d'ici cinq ans. Tant pis pour lui.
- Il y a deux semaines, le NME a publié une double interview de Pete Doherty et de Carl Barat, des Libertines. Je dois bien avouer avoir un peu décroché de cette saga interminable. J'attends la mort d'un des deux ou la réunifcation du groupe pour m'y intéresser à nouveau réellement mais, en gros, ça donne ça : lorsqu'il parvient à exprimer ses pensées avec un minimum de clarté (et ce n'est pas souvent), Pete joue aux victimes. Carl de son côté fait de son mieux pour gérer la crise, justifie sa décision de maintenir son ami en dehors du groupe et pèse chacun de ses mots pour ne pas risquer de heurter sa sensibilité. Après avoir lu les deux interviews, il m'est d'avis que ce n'est pas près de s'arranger. Peut-être que si Carl décidait de participer activement à la cure de désintoxication de Pete, il parviendrait à lui forcer la main ?
- Les tabloïdes américains bruissent de rumeurs sur la cause des mystérieuses ecchymoses apparues sur les bras de Paris Hilton. Nick Carter, récemment largué, est pointé du doigt. Et ça, mes amis, ça ferait un bien beau scandale.
- Björk a chanté un extrait de son nouvel album lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques. Bizarrement, rien n'a été fait pour donner à sa prestation un semblant de lien avec les Jeux, ce qui fait qu'on se demandait un peu ce qu'elle faisait là. Ceci dit, le nouvel album m'a tout l'air d'être dans la lignée de Vespertine.
- Si tu es une jeune femme d'environ 25 ans, vaguement française, vaguement chrétienne, les cheveux courts à la Jean Seberg et si tu aimes les garçons timides et romantiques, vaguement roux, j'ai peut-être un rencard à te proposer.
Voili voilà. Comme je n'écoute pas grand-chose de neuf en ce moment et que je ne fais pas de concerts, je n'ai pas grand-chose à dire. Ca devrait aller mieux d'ici quelques semaines où j'espère reprendre des mises à jour plus fréquentes.
- J'ai appris que Richard Gotainer était devenu animateur sur une station de radio confidentielle réservée aux moins de 15 ans. Pauvre Richard. Après tant d'années de services loyalement rendus à la cause du calembour vaseux et de la chanson sautillante (tout le monde devrait vénérer Chants Zazous, au minimum), une telle ingratitude est criminelle. Didier Barbelivien n'est sans doute pas tombé si bas, et pourtant, qu'a-t-il apporté au monde, lui ?
- Justin Timberlake aurait décidé d'enterrer Nsync et de se consacrer à sa carrière solo. Il aurait dit non à l'enregistrement d'un nouvel album, et non aussi à l'enregistrement de deux nouvelles chansons pour la sortie d'une compilation à Noël. Il le regrettera d'ici cinq ans. Tant pis pour lui.
- Il y a deux semaines, le NME a publié une double interview de Pete Doherty et de Carl Barat, des Libertines. Je dois bien avouer avoir un peu décroché de cette saga interminable. J'attends la mort d'un des deux ou la réunifcation du groupe pour m'y intéresser à nouveau réellement mais, en gros, ça donne ça : lorsqu'il parvient à exprimer ses pensées avec un minimum de clarté (et ce n'est pas souvent), Pete joue aux victimes. Carl de son côté fait de son mieux pour gérer la crise, justifie sa décision de maintenir son ami en dehors du groupe et pèse chacun de ses mots pour ne pas risquer de heurter sa sensibilité. Après avoir lu les deux interviews, il m'est d'avis que ce n'est pas près de s'arranger. Peut-être que si Carl décidait de participer activement à la cure de désintoxication de Pete, il parviendrait à lui forcer la main ?
- Les tabloïdes américains bruissent de rumeurs sur la cause des mystérieuses ecchymoses apparues sur les bras de Paris Hilton. Nick Carter, récemment largué, est pointé du doigt. Et ça, mes amis, ça ferait un bien beau scandale.
- Björk a chanté un extrait de son nouvel album lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques. Bizarrement, rien n'a été fait pour donner à sa prestation un semblant de lien avec les Jeux, ce qui fait qu'on se demandait un peu ce qu'elle faisait là. Ceci dit, le nouvel album m'a tout l'air d'être dans la lignée de Vespertine.
- Si tu es une jeune femme d'environ 25 ans, vaguement française, vaguement chrétienne, les cheveux courts à la Jean Seberg et si tu aimes les garçons timides et romantiques, vaguement roux, j'ai peut-être un rencard à te proposer.
Voili voilà. Comme je n'écoute pas grand-chose de neuf en ce moment et que je ne fais pas de concerts, je n'ai pas grand-chose à dire. Ca devrait aller mieux d'ici quelques semaines où j'espère reprendre des mises à jour plus fréquentes.
Qu'avez-vous fait de vos vingt ans ?
Loin de moi l'idée de présenter les fanatiques de musique comme des gens à plaindre, mais n'y a-t-il pas au coeur de cette course sans fin à la nouveauté, de cette frénésie d'achats et de ce besoin de tout connaître une fêlure cachée de la personnalité ? Depuis bientôt quinze ans, cette quête incessante d'informations, ce besoin de découvrir toujours plus de nouveaux groupes, de nouveaux genres de musique est un des principaux moteurs de mon existence. Tant qu'on se trouve dans le mouvement, cela semble finalement assez naturel, le fruit d'une curiosité intellectuelle qu'il serait bien malvenu de critiquer. Pourtant quand, pour une raison quelconque, on a l'occasion de prendre un peu de recul, d'objectiver son comportement, on se retrouve face à d'embarrassantes interrogations. A quoi cela sert-il d'acheter des disques ou de télécharger des fichiers, lorsque la plupart des disques bien rangés sur les étagères (jamais assez grandes) n'ont pas été écoutés plus de cinq fois ? Je ne sais même pas le plus souvent exactement ce que ma collection contient. Je sais juste que l'ensemble serait suffisant pour me permettre d'écouter de la musique 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pendant deux mois sans jamais avoir à mettre deux fois le même disque. Cela ne veut d'ailleurs pas dire que je n'écouterais pas deux fois la même chanson, car un à-côté désagréable de cette pulsion compulsive d'achat est de se retrouver parfois avec des doublons (j'ai déjà acheté par erreur cinq disques que j'avais déjà. Depuis, je me suis fait une liste) ou des quasi-doublons (le meilleur exemple étant sans doute pour moi les compilations années 80, toujours achetées à prix écrasés mais souvent quasi-identiques dans le choix des morceaux). Certes, l'instinct de collection est quelque chose qui n'est pas propre aux disques, et on pourrait certainement trouver des anecdotes tout aussi consternantes sur les philatélistes, les copocléphiles ou les fibulanomistes, mais la musique a ceci de particulier que notre environnement en est saturé. Quasiment tout le monde pratique la musique en dilettante, a un avis sur telle ou telle chanson à la mode ("Pfff. Las Ketchup, c'était quand même autre chose que O-Zone"... "Radiohead, ils sont trop géniaux"... "Obispo, c'est un naze") et possède au moins deux ou trois disques. Dans un tel contexte, les vrais mordus apparaissent d'autant plus excentriques.
Ces derniers temps, une autre question me vient souvent à l'esprit. Tout ce temps investi, tout cet argent dépensé sert-il un but tangible ? D'ici quelques semaines, je serai au chômage. Dans ces conditions, est-il bien raisonnable d'avoir encore acheté ces deux dernières semaines une bonne quinzaine de disques lors de deux expéditions chez les disquaires d'occasion de Bruxelles ? Ne ferais-je pas mieux de faire quelques économies et de me consacrer à la recherche d'un emploi ? Il y a quelque chose de glorieusement immature dans cette dévotion aveugle envers les oeuvres culturelles, et plus encore les modes d'expression populaire, ceux qui n'ont même pas le cachet chic des arts dits nobles. Certes, quand j'écoute Lycanthropy de Patrick Wolf, quand je vais voir un concert des Nits, quand je lis, le sourire aux lèvres, la chronique des singles de la semaine dans le NME ou bien quand je trouve en magasin un disque que je cherchais depuis longtemps, j'éprouve du plaisir et le plaisir peut être (et est le plus souvent) une fin en soi. Pourtant, le vil démon de la raison, vient de temps à autres perturber cette belle insouciance et demande à ce qu'on lui justifie les journées entières passées à classer, enregistrer, écouter ou commenter des disques. Que lui répondre ? La réponse logique serait de dire que je pourrai peut-être en vivre un jour et que cela justifiera a posteriori tout l'investissement consenti mais, même si c'est une possibilité que je caresse régulièrement pour le simple plaisir de l'entendre ronronner, je me rends bien compte que c'est assez improbable (beaucoup d'appelés, peu d'élus, pas les bonnes études,... toussah). J'en suis donc réduit à m'inventer des réponses telles que "On n'a que le bien que l'on se donne", "Ca m'a permis de rencontrer des tas de gens très bien" ou encore, en désespoir de cause, la franchement terrifiante "Au moins pendant de temps-là, je ne suis pas au bistrot et je ne vole pas les sacs des vieilles dames... et puis, c'est tout de même mieux que de s'intéresser à la formule 1, non ?"
...mais dans 10 ans, que restera-t-il de tout cela ?
Ces derniers temps, une autre question me vient souvent à l'esprit. Tout ce temps investi, tout cet argent dépensé sert-il un but tangible ? D'ici quelques semaines, je serai au chômage. Dans ces conditions, est-il bien raisonnable d'avoir encore acheté ces deux dernières semaines une bonne quinzaine de disques lors de deux expéditions chez les disquaires d'occasion de Bruxelles ? Ne ferais-je pas mieux de faire quelques économies et de me consacrer à la recherche d'un emploi ? Il y a quelque chose de glorieusement immature dans cette dévotion aveugle envers les oeuvres culturelles, et plus encore les modes d'expression populaire, ceux qui n'ont même pas le cachet chic des arts dits nobles. Certes, quand j'écoute Lycanthropy de Patrick Wolf, quand je vais voir un concert des Nits, quand je lis, le sourire aux lèvres, la chronique des singles de la semaine dans le NME ou bien quand je trouve en magasin un disque que je cherchais depuis longtemps, j'éprouve du plaisir et le plaisir peut être (et est le plus souvent) une fin en soi. Pourtant, le vil démon de la raison, vient de temps à autres perturber cette belle insouciance et demande à ce qu'on lui justifie les journées entières passées à classer, enregistrer, écouter ou commenter des disques. Que lui répondre ? La réponse logique serait de dire que je pourrai peut-être en vivre un jour et que cela justifiera a posteriori tout l'investissement consenti mais, même si c'est une possibilité que je caresse régulièrement pour le simple plaisir de l'entendre ronronner, je me rends bien compte que c'est assez improbable (beaucoup d'appelés, peu d'élus, pas les bonnes études,... toussah). J'en suis donc réduit à m'inventer des réponses telles que "On n'a que le bien que l'on se donne", "Ca m'a permis de rencontrer des tas de gens très bien" ou encore, en désespoir de cause, la franchement terrifiante "Au moins pendant de temps-là, je ne suis pas au bistrot et je ne vole pas les sacs des vieilles dames... et puis, c'est tout de même mieux que de s'intéresser à la formule 1, non ?"
...mais dans 10 ans, que restera-t-il de tout cela ?
lundi, août 9
Des étincelles de génie
Je parlais il y a peu de ces groupes qui viennent brouiller la ligne de démarcation imaginaire que je trace entre les groupes anglais et les groupes américains. Et bien, un nouveau nom est venu faire bien plus que simplement l'envelopper d'un brouillard indistinct, il l'a annihilée, en a rendu le concept même aussi vide de sens que des textes de Duran Duran. Et oui ! A l'encontre de toutes les lois régissant l'univers, les Sparks, les auteurs de "When do I get to sing My Way?" sont américains. Certes, à leurs débuts, leur glam-prog-pop (This town ain't big enough...) était moins situable géographiquement, mais leur virage pop synthétique dans les années 90 les avaient pour moi rendus aussi anglais que les trains en retard, le boeuf bouilli à la menthe et le porridge à la marmite. Et bien non, ils sont Californiens.. comme les Red Hot. Dingue. J'en suis encore tout ruisselant de stupéfaction (quoique la chaleur n'y est peut-être pas pour rien).
L'occasion de cette révélation fut leur dernier album, Lil' Beethoven (2002), dont j'avais déjà entendu quelques bribes par des moyens que l'amoral approuve, mais que je n'ai écouté en entier que hier. Tellement enthousiasmé je fus que toute la soirée en boucle il tourna. Si l'expression n'était pas une terme déposé, je dirais qu'il s'agit du disque le plus vavavoum qu'il m'ait été donné d'entendre. Il en devient même difficile à décrire. Il est finalement assez court, une quarantaine de minutes, mais tellement immense dans son ambition qu'il parait en fait beaucoup plus long. Les morceaux sont complexes et se déploient progressivement jusqu'à exploser dans un maelstrom étourdissant de choeurs qui se répondent et de mélodies qui s'emboîtent. Pourtant, à aucun moment on a l'impression qu'ils en font trop. Ca ne vire jamais dans le symphonique prétentieux, sans doute parce que le tout sonne incroyablement ludique. Dans les titres des morceaux ("How do I get to Carnegie Hall?", "Your call is very important to us. Please hold.", "Ugly guys with beautiful girls" ou le formidable "What are all those bands so angry about?"). Dans les textes ensuite qui, bien que tous basés sur la répétition de quelques phrases, sont consciencieusement retranscrits dans le livret.
Je défie quiconque d'écouter "Ugly guys with beautiful girls" sans sauter tout partout comme un chimpanzé sous acide en arborant le sourire béat du pyromane en villégiature estivale dans le Var. Quand je pense que certains se sont excités comme des malades sur des groupes qui tentaient, à peu près en même temps, d'atteindre le même résultat sans y parvenir (Electric Six par exemple), je me gondole comme un store vénitien.
En tout état de cause, j'ai un nouveau groupe culte. Et bonheur ultime, un vieux groupe culte. J'ai toujours été assez content de ne pas être un adepte du vieux rock qui tache, pourtant il y a un truc que je leur ai toujours envié. Lorsqu'ils découvrent un nouveau groupe, il peuvent parfois se retrouver face à 15 albums inconnus, à chercher dans les brocantes ou sur le Net. A chaque nouvelle révélation, une oeuvre complètement formée, toute auréolée de son caractère définitif, s'ouvre à eux, continent mystérieux à explorer. Sauf exception, le genre de musiques que j'aime ne me procure pas ces joies. Ici, trente ans de musique s'offrent à moi. Je pense que je vais commencer par le plus récent et leur période : "Et si on faisait du Pet Shop Boys". Ca me parait être un bon début.
L'occasion de cette révélation fut leur dernier album, Lil' Beethoven (2002), dont j'avais déjà entendu quelques bribes par des moyens que l'amoral approuve, mais que je n'ai écouté en entier que hier. Tellement enthousiasmé je fus que toute la soirée en boucle il tourna. Si l'expression n'était pas une terme déposé, je dirais qu'il s'agit du disque le plus vavavoum qu'il m'ait été donné d'entendre. Il en devient même difficile à décrire. Il est finalement assez court, une quarantaine de minutes, mais tellement immense dans son ambition qu'il parait en fait beaucoup plus long. Les morceaux sont complexes et se déploient progressivement jusqu'à exploser dans un maelstrom étourdissant de choeurs qui se répondent et de mélodies qui s'emboîtent. Pourtant, à aucun moment on a l'impression qu'ils en font trop. Ca ne vire jamais dans le symphonique prétentieux, sans doute parce que le tout sonne incroyablement ludique. Dans les titres des morceaux ("How do I get to Carnegie Hall?", "Your call is very important to us. Please hold.", "Ugly guys with beautiful girls" ou le formidable "What are all those bands so angry about?"). Dans les textes ensuite qui, bien que tous basés sur la répétition de quelques phrases, sont consciencieusement retranscrits dans le livret.
Je défie quiconque d'écouter "Ugly guys with beautiful girls" sans sauter tout partout comme un chimpanzé sous acide en arborant le sourire béat du pyromane en villégiature estivale dans le Var. Quand je pense que certains se sont excités comme des malades sur des groupes qui tentaient, à peu près en même temps, d'atteindre le même résultat sans y parvenir (Electric Six par exemple), je me gondole comme un store vénitien.
En tout état de cause, j'ai un nouveau groupe culte. Et bonheur ultime, un vieux groupe culte. J'ai toujours été assez content de ne pas être un adepte du vieux rock qui tache, pourtant il y a un truc que je leur ai toujours envié. Lorsqu'ils découvrent un nouveau groupe, il peuvent parfois se retrouver face à 15 albums inconnus, à chercher dans les brocantes ou sur le Net. A chaque nouvelle révélation, une oeuvre complètement formée, toute auréolée de son caractère définitif, s'ouvre à eux, continent mystérieux à explorer. Sauf exception, le genre de musiques que j'aime ne me procure pas ces joies. Ici, trente ans de musique s'offrent à moi. Je pense que je vais commencer par le plus récent et leur période : "Et si on faisait du Pet Shop Boys". Ca me parait être un bon début.
dimanche, août 1
Infos en vrac
- Le nouveau single de Robbie Williams serait écrit par Stephen Duffy. Selon ce dernier, il s'agirait d'"électro gothique". Une perspective intriguante, à tout le moins.
- Réjouissons-nous. Dee Snider et ses canines taillées en pointe (il se prenait pour la réincarnation du Comte Dracula), Jay-Jay French et Mark 'The Animal' Mendoza sont de retour. Et oui, contenez votre joie. Twisted Sister, les maîtres du glam-metal nous reviennent. Auteurs d'au moins deux très bons albums (Come out and play et Stay hungry) durant la première moitié des années 80, ils furent ma première ouverture sur le hard-rock et ma dévotion était à l'époque totale (enfin, aussi totale que peut être une dévotion à 10 ans) et je garde un souvenir très vivace de la vidéo de 'The leader of the pack', leur reprise des Shangri-Las. Depuis, je n'ai pu me défaire d'une sympathie coupable à leur endroit, sans aucun doute entretenue par une idée bizarre dont je ne peux me défaire (Dee Snider chante formidablement bien) et, surtout, leur ridicule glorieusement assumé (cheveux longs aux boucles étonnamment serrées, maquillages tribaux, tenues de biker,... tout l'attirail du parfait hardeux de l'époque). Ils sont en concert à Londres aujourd'hui même. Eussé-je été Londonien, ça m'aurait fait un formidable cadeau d'anniversaire. Hélas, je ne suis anglais que de coeur et devrai me contenter de réécouter l'album ce soir. Apparemment, le groupe du fils de Dee Snider, Jesse Blaze, n'a pas été invité pour assurer la première partie, ce qui n'est pas très sympa. Ce sont des petits gars qui en veulent et si on ne peut pas compter sur notre papounet pour nous mettre le pied à l'étrier, à quoi bon ?
- Vendredi soir, pour la première fois depuis la naissance de l'émission il y a 40 ans, Top of the Pops a été enregistré en plein air, pour un show d'une heure. Comme souvent, beaucoup de bonnes choses (Jamelia, Girls Aloud,...) et de moins bonnes (Natasha Beddingfield, Javine,...). Pour ma part, l'émission a surtout été l'occasion de découvrir, enfin, une bonne chanson de Busted. Busted, pour ceux qui ne connaissent pas, sont le produit d'une expérience à la Frankenstein qui a fonctionné au-delà de toutes les espérances : greffer les techniques du marketing de la pop pour enfants (matraquage radio-télévision, posters dans les magazines,...) sur une musique ""punk-rock"" à la Blink-182 (avec des gros guillemets). Le succès est total, ils ont à peine 20 ans et leurs trois albums se sont déjà vendus à plus d'un million d'exemplaires chacun. Pourtant, malgré une conviction profondément ancrée en moi (grâce à de nombreuses séances d'hypnose) que tout ce qui se vend en Angleterre ne peut être que formidable, je n'étais jamais parvenu à trouver ne serait-ce qu'intéressante la moindre de leurs chansons. Ils avaient bien fait une reprise de Teenage Kicks qui tenait à peu près la route, mais c'était un peu court. Là, sous l'impulsion sans doute du 'Crazy in love' de Beyonce, ils (ou leurs compositeurs parce que je ne suis pas sûr que ces braves gens écrivent eux-mêmes leurs chansons) ont eu une idée de génie : ajouter des cuivres. Cela donne Thunderbirds are go, un single absolument irrésistible, tiré de la BO de ce qui promet d'être un de plus beaux navets de l'année. De plus, on ne peut que compatir au destin de Charlie Simpson (le leader du groupe). Il porte des tee-shirts Elliott Smith. Son groupe préféré est Aereogramme et, pour gagner sa vie, il doit pourtant se résoudre à sauter tout partout sur scène devant un parterre de gamines de 10 ans en furie. Y a pas à dire, c'est dur la vie d'artiste ! Qu'il se rassure cependant, son calvaire se termine bientôt. La relève est déjà là, qui renifle ses plates-bandes avec arrogance (oui, oui, McFly, c'est de vous que je parle) et l'heure de la retraite approche.
- Ecoutes (rapides) de la semaine
* Pearls before swine : Constructive melancholy (Birdman). Une compile en mid-price qui est surtout l'occasion de découvrir l'original de The Jeweller (This Mortal Coil). C'est tellement bien que je vous en reparlerai peut-être.
* Madre Deus : O Espirito da paz. Leur meilleur album selon moi, et en prix sacrifié pendant les soldes.
* Tindersticks : la réédition de leur deuxième album que j'ai tout de même fini par acheter. Le CD bonus qui contient le live, déjà proposé lors de la sortie de l'album en édition limitée, est une petite merveille.
- Réjouissons-nous. Dee Snider et ses canines taillées en pointe (il se prenait pour la réincarnation du Comte Dracula), Jay-Jay French et Mark 'The Animal' Mendoza sont de retour. Et oui, contenez votre joie. Twisted Sister, les maîtres du glam-metal nous reviennent. Auteurs d'au moins deux très bons albums (Come out and play et Stay hungry) durant la première moitié des années 80, ils furent ma première ouverture sur le hard-rock et ma dévotion était à l'époque totale (enfin, aussi totale que peut être une dévotion à 10 ans) et je garde un souvenir très vivace de la vidéo de 'The leader of the pack', leur reprise des Shangri-Las. Depuis, je n'ai pu me défaire d'une sympathie coupable à leur endroit, sans aucun doute entretenue par une idée bizarre dont je ne peux me défaire (Dee Snider chante formidablement bien) et, surtout, leur ridicule glorieusement assumé (cheveux longs aux boucles étonnamment serrées, maquillages tribaux, tenues de biker,... tout l'attirail du parfait hardeux de l'époque). Ils sont en concert à Londres aujourd'hui même. Eussé-je été Londonien, ça m'aurait fait un formidable cadeau d'anniversaire. Hélas, je ne suis anglais que de coeur et devrai me contenter de réécouter l'album ce soir. Apparemment, le groupe du fils de Dee Snider, Jesse Blaze, n'a pas été invité pour assurer la première partie, ce qui n'est pas très sympa. Ce sont des petits gars qui en veulent et si on ne peut pas compter sur notre papounet pour nous mettre le pied à l'étrier, à quoi bon ?
- Vendredi soir, pour la première fois depuis la naissance de l'émission il y a 40 ans, Top of the Pops a été enregistré en plein air, pour un show d'une heure. Comme souvent, beaucoup de bonnes choses (Jamelia, Girls Aloud,...) et de moins bonnes (Natasha Beddingfield, Javine,...). Pour ma part, l'émission a surtout été l'occasion de découvrir, enfin, une bonne chanson de Busted. Busted, pour ceux qui ne connaissent pas, sont le produit d'une expérience à la Frankenstein qui a fonctionné au-delà de toutes les espérances : greffer les techniques du marketing de la pop pour enfants (matraquage radio-télévision, posters dans les magazines,...) sur une musique ""punk-rock"" à la Blink-182 (avec des gros guillemets). Le succès est total, ils ont à peine 20 ans et leurs trois albums se sont déjà vendus à plus d'un million d'exemplaires chacun. Pourtant, malgré une conviction profondément ancrée en moi (grâce à de nombreuses séances d'hypnose) que tout ce qui se vend en Angleterre ne peut être que formidable, je n'étais jamais parvenu à trouver ne serait-ce qu'intéressante la moindre de leurs chansons. Ils avaient bien fait une reprise de Teenage Kicks qui tenait à peu près la route, mais c'était un peu court. Là, sous l'impulsion sans doute du 'Crazy in love' de Beyonce, ils (ou leurs compositeurs parce que je ne suis pas sûr que ces braves gens écrivent eux-mêmes leurs chansons) ont eu une idée de génie : ajouter des cuivres. Cela donne Thunderbirds are go, un single absolument irrésistible, tiré de la BO de ce qui promet d'être un de plus beaux navets de l'année. De plus, on ne peut que compatir au destin de Charlie Simpson (le leader du groupe). Il porte des tee-shirts Elliott Smith. Son groupe préféré est Aereogramme et, pour gagner sa vie, il doit pourtant se résoudre à sauter tout partout sur scène devant un parterre de gamines de 10 ans en furie. Y a pas à dire, c'est dur la vie d'artiste ! Qu'il se rassure cependant, son calvaire se termine bientôt. La relève est déjà là, qui renifle ses plates-bandes avec arrogance (oui, oui, McFly, c'est de vous que je parle) et l'heure de la retraite approche.
- Ecoutes (rapides) de la semaine
* Pearls before swine : Constructive melancholy (Birdman). Une compile en mid-price qui est surtout l'occasion de découvrir l'original de The Jeweller (This Mortal Coil). C'est tellement bien que je vous en reparlerai peut-être.
* Madre Deus : O Espirito da paz. Leur meilleur album selon moi, et en prix sacrifié pendant les soldes.
* Tindersticks : la réédition de leur deuxième album que j'ai tout de même fini par acheter. Le CD bonus qui contient le live, déjà proposé lors de la sortie de l'album en édition limitée, est une petite merveille.
It's alright (baby's coming back)
Sur la mailing-list consacrée aux Nits, un sondage a été effectué il y a quelques mois (avant la sortie de 1974 donc) pour déterminer quel était l'album préféré des fans et, à ma grande surprise, les albums que je préfère (Ting et Adieu Swwet Bahnhof) étaient quasiment derniers. Plus étrange encore, l'album qui est arrivé en tête, avec une confortable avance qui plus est, était Wool, sans doute leur disque le plus en demi-teinte, que je trouve donc aussi difficile à aimer qu'à ne pas aimer. Etrange que des gens puissent ainsi se retrouver autour d'un même groupe mais en ayant des visions si différentes de leur musique. A chaque fois, cela m'étonne. Tout ça pour dire que le 22 août prochain, le groupe donnera un concert gratuit sur la Grand-Place de Bruxelles dans le cadre du Festival Euritmix. Bien que je suive leur carrière depuis le début des années 90 (quelque part entre Giant, Normal, Dwarf et Ting), mon premier concert d'eux, à mi-chemin entre récital intimiste et happening poétique, date seulement de l'année dernière et j'en garde un souvenir émerveillé. Je me demande comment ils pourront recréer cette magie lors d'un concert en plein air.
Ils suivront sur scène les collégiennes flamandes de Scala, la hype la plus incompréhensible de ces dernières années. Depuis quand des chorales scolaires interprétant sans émotion des chansons (pas toujours très fraiches qui plus est) est-il devenu le dernier concept à la mode ? Certes, reconnaissons-leur qu'elles ne chantent pas mal, mais les arrangements vaguement contemplatifs et les tempi subtilement ralentis tentent à tout niveler. Du coup, ça devient assez vite répétitif et on se lasse. Pourtant, après la Belgique, la France avait également succombé à cette marée blonde. Même les Inrocks, qui n'encenseraient pas à la légère un disque qui contient des bons gros morceaux d'Indochine, se sont laissés aller à émettre quelques couplets louangeurs. Un truc a dû m'échapper, mais quoi ? Ce sera une bonne occasion de pousser mon investigation plus avant.
Ils suivront sur scène les collégiennes flamandes de Scala, la hype la plus incompréhensible de ces dernières années. Depuis quand des chorales scolaires interprétant sans émotion des chansons (pas toujours très fraiches qui plus est) est-il devenu le dernier concept à la mode ? Certes, reconnaissons-leur qu'elles ne chantent pas mal, mais les arrangements vaguement contemplatifs et les tempi subtilement ralentis tentent à tout niveler. Du coup, ça devient assez vite répétitif et on se lasse. Pourtant, après la Belgique, la France avait également succombé à cette marée blonde. Même les Inrocks, qui n'encenseraient pas à la légère un disque qui contient des bons gros morceaux d'Indochine, se sont laissés aller à émettre quelques couplets louangeurs. Un truc a dû m'échapper, mais quoi ? Ce sera une bonne occasion de pousser mon investigation plus avant.
mardi, juillet 27
Ecoutes de la semaine
- Pan American : Quiet city. Après des recherches infructueuses pendant plusieurs semaines, j'ai enfin réussi à dénicher le nouvel album de Pan American. La première écoute laisse supposer un retour à des sons un peu plus acoustiques. Je vous en recauserai sans doute un de ces jours.
- The Killers : Hot Stuff. Souvent, on peut, rien qu'à l'écoute, distinguer les groupes britanniques des groupes américains. En traçant à grs traits des lignes de démarcation entre sophistication et retour aux sources ou entre guitares crades et guitares propres. Et souvent ça marche, Blur est anglais et Pavement est américain, les Red Hot Chili Peppers sont américains et les Beatles sont anglais. Parfois, pourtant, certains s'amusent à jouer les trouble-fêtes. Le cas le plus exemplaire est celui des Dandy Warhols que j'ai très longtemps cru être anglais. On peut dorénavant leur associer 'The Killers', un groupe de Las Vegas qu'on jurerait sorti tout droit des pubs de Camden. L'album commence sur les chapeaux de roues avec trois chansons rigoureusement imparables (Mr Brightside, Jenny was... et Somebody told me), puis ça se gâte légèrement avec notamment un 'Glamorous Indie Rock'n'Roll' que l'on peut difficilement écouter sans une petite moue de dégoût amusé. Dans l'ensemble, cela reste néanmoins une bonne surprise dans le genre dark-synth-indie-pop-rock, quelque part entre Interpol (on dira qu'ils étaient anglais, hein !), les Pet Shop Boys et Blur.
- Baby Dayliner : High Heart and low estate. Il faudra que je réécoute mais ça semble a priori assez prometteur. J'en reparlerai également si besoin est.
Le service minimum étant ce qu'il est. J'en reste là.
Bonnes vacances à tout le monde.
- The Killers : Hot Stuff. Souvent, on peut, rien qu'à l'écoute, distinguer les groupes britanniques des groupes américains. En traçant à grs traits des lignes de démarcation entre sophistication et retour aux sources ou entre guitares crades et guitares propres. Et souvent ça marche, Blur est anglais et Pavement est américain, les Red Hot Chili Peppers sont américains et les Beatles sont anglais. Parfois, pourtant, certains s'amusent à jouer les trouble-fêtes. Le cas le plus exemplaire est celui des Dandy Warhols que j'ai très longtemps cru être anglais. On peut dorénavant leur associer 'The Killers', un groupe de Las Vegas qu'on jurerait sorti tout droit des pubs de Camden. L'album commence sur les chapeaux de roues avec trois chansons rigoureusement imparables (Mr Brightside, Jenny was... et Somebody told me), puis ça se gâte légèrement avec notamment un 'Glamorous Indie Rock'n'Roll' que l'on peut difficilement écouter sans une petite moue de dégoût amusé. Dans l'ensemble, cela reste néanmoins une bonne surprise dans le genre dark-synth-indie-pop-rock, quelque part entre Interpol (on dira qu'ils étaient anglais, hein !), les Pet Shop Boys et Blur.
- Baby Dayliner : High Heart and low estate. Il faudra que je réécoute mais ça semble a priori assez prometteur. J'en reparlerai également si besoin est.
Le service minimum étant ce qu'il est. J'en reste là.
Bonnes vacances à tout le monde.
Chantez, jouez, dansez, mais ne parlez pas.
Les élections américaines approchant à grands pas, les pontes de l'entertainment sortent de leur réserve habituelle et se mettent à prendre position. C'est sans doute la marque d'une élection qui polarise plus que de coutume l'opinion. Après les Dixie Chicks, Sean Penn, Tim Robbins et les autres, c'est Linda Ronstadt qui a subi l'ire des spectateurs d'un gala qu'elle donnait dans un casino à Las Vegas, après qu'elle les ait encouragés à aller voir Fahrenheit 9/11. Elle s'est fait huer et certains spectateurs ont quitté la salle en déchirant les affiches aux murs. Michael Moore, qui n'en rate pas une, lui a envoyé un gros bouquet de fleurs en guise de consolation. Notons au passage que Justin Timberlake a décidé d'apporter publiquement son soutien aux démocrates, ce qui de la part de quelqu'un qui a refusé pendant des années toutes questions ayant trait à la politique est une petite surprise.
PS : Je pourrais en profiter pour signaler que ce même Justin Timberlake semble avoir définitivement tiré un trait sur une possible réunion de Nsync en refusant de retourner en studio pour enregistrer quelques titres pour un futur best-of. Le vilain ! Heureusement que Ian Brown n'est pas aussi difficile et a donné son accord à une réunion des Stone Roses. (Oui, je sais, le raccourci est osé.)
EDIT : Mes informations étaient fausses. Ian Brown a juste, pour la première fois depuis presque 10 ans, fait un concert contenant une majorité de chansons des Stone Roses, accompagné par deux membres d'un tribute band. Apparemment, cela ne prélude absolument pas à une reformation du groupe. Désolé.
PS : Je pourrais en profiter pour signaler que ce même Justin Timberlake semble avoir définitivement tiré un trait sur une possible réunion de Nsync en refusant de retourner en studio pour enregistrer quelques titres pour un futur best-of. Le vilain ! Heureusement que Ian Brown n'est pas aussi difficile et a donné son accord à une réunion des Stone Roses. (Oui, je sais, le raccourci est osé.)
EDIT : Mes informations étaient fausses. Ian Brown a juste, pour la première fois depuis presque 10 ans, fait un concert contenant une majorité de chansons des Stone Roses, accompagné par deux membres d'un tribute band. Apparemment, cela ne prélude absolument pas à une reformation du groupe. Désolé.
Mises à jour et corrections
Comme vous l'avez sans doute remarqué, je n'ai guère le temps en ce moment de poster régulièrement, attendez-vous à des mises à jour très irrégulières dans les prochaines semaines. L'actualité musicale tourne au ralenti et je me sens obligé de travailler un peu à ce pour quoi je suis payé (plus pour très longtemps, mais quand même). Donc, ce sera le service minimum. J'ai notamment omis de conserver les URL de mes sources. Une simple recherche sur GoogleNews devrait en général vous dépanner si nécessaire.
- Douze heures à peine après mon dernier message, les mixes de Rammstein (cfr mon post du 22/07) sont apparus sur le Net, soit quelques jours seulement avant leur sortie officielle, ce qui est en soi un bel exploit. Le "You are what you eat" mix est finalement assez proche de la version originale, dont ils ont gardé toute l'énergie rock. Ils ont certes ajouté quelques lignes de synthé à la Relentless, mais en conservant la trame générale de la chanson. L'effet obtenu est étrange, le côté grand-guignol de leur musique en est bizarrement accentué (les mélismes inquiétants du début par exemple m'ont immédiatement évoqué Cradle of Filth, alors que la comparaison ne m'était pas venue à l'esprit en entendant le morceau original). Le titre du deuxième mix parle de lui-même. Il s'appelle le 'There are no guitars on this mix' et ressemble un peu à un exercice de style. Comment faire pour recréer l'atmosphère du morceau original en le rendant tout synthétique ? Dans l'ensemble, c'est plutôt agréable à écouter, mais assez éloigné de ce que je pressentais. Les PSB n'ont pas profité de cette occasion pour explorer une veine plus sombre, mais ont fait des mixes comme ils en ont déjà réalisé plusieurs. Tant pis, on attendra le prochain album pour en savoir plus.
- En réécoutant, j'ai enfin entendu du saxophone sur Pressure Point des Zutons. Hourrah !
- Nick Carter et Paris Hilton, c'est fini. Elle va donc pouvoir se consacrer pleinement à sa 'Simple life' et lui à préparer le nouvel album et la nouvelle tournée des Backstreet Boys. Ne faites pas l'erreur d'appeler votre petite soeur pour lui annoncer la bonne nouvelle ceci dit. Leur prochain single supputé 'Beautiful woman' est apparu sur le Net et donne toutes les indications que le nouvel album sera très mauvais.
- Après avoir longtemps hésité, Britney Spears et Kevin Federline ont signé un 'pre-nup', une sorte de contrat de mariage préalable. Elle avait dans un premier temps refusé de le faire, arguant que c'était un mariage d'amour et qu'il ne fallait donc pas le ternir avec des questions bassement matérielles. Je ne suis pas sûr que sa vision romantique du couple résistera très longtemps à la pression de médias, aux pensions alimentaires et aux droits de visite de ses beaux-enfants (dont le deuxième est né il y a quelques jours), mais, courage!, on y croit encore.
- Douze heures à peine après mon dernier message, les mixes de Rammstein (cfr mon post du 22/07) sont apparus sur le Net, soit quelques jours seulement avant leur sortie officielle, ce qui est en soi un bel exploit. Le "You are what you eat" mix est finalement assez proche de la version originale, dont ils ont gardé toute l'énergie rock. Ils ont certes ajouté quelques lignes de synthé à la Relentless, mais en conservant la trame générale de la chanson. L'effet obtenu est étrange, le côté grand-guignol de leur musique en est bizarrement accentué (les mélismes inquiétants du début par exemple m'ont immédiatement évoqué Cradle of Filth, alors que la comparaison ne m'était pas venue à l'esprit en entendant le morceau original). Le titre du deuxième mix parle de lui-même. Il s'appelle le 'There are no guitars on this mix' et ressemble un peu à un exercice de style. Comment faire pour recréer l'atmosphère du morceau original en le rendant tout synthétique ? Dans l'ensemble, c'est plutôt agréable à écouter, mais assez éloigné de ce que je pressentais. Les PSB n'ont pas profité de cette occasion pour explorer une veine plus sombre, mais ont fait des mixes comme ils en ont déjà réalisé plusieurs. Tant pis, on attendra le prochain album pour en savoir plus.
- En réécoutant, j'ai enfin entendu du saxophone sur Pressure Point des Zutons. Hourrah !
- Nick Carter et Paris Hilton, c'est fini. Elle va donc pouvoir se consacrer pleinement à sa 'Simple life' et lui à préparer le nouvel album et la nouvelle tournée des Backstreet Boys. Ne faites pas l'erreur d'appeler votre petite soeur pour lui annoncer la bonne nouvelle ceci dit. Leur prochain single supputé 'Beautiful woman' est apparu sur le Net et donne toutes les indications que le nouvel album sera très mauvais.
- Après avoir longtemps hésité, Britney Spears et Kevin Federline ont signé un 'pre-nup', une sorte de contrat de mariage préalable. Elle avait dans un premier temps refusé de le faire, arguant que c'était un mariage d'amour et qu'il ne fallait donc pas le ternir avec des questions bassement matérielles. Je ne suis pas sûr que sa vision romantique du couple résistera très longtemps à la pression de médias, aux pensions alimentaires et aux droits de visite de ses beaux-enfants (dont le deuxième est né il y a quelques jours), mais, courage!, on y croit encore.
lundi, juillet 26
Fahrenheit 9/11
En général, je ne montre pas ici ce que j'écris sur le cinéma et mes avis passent directement sur tchitchaaa, mais comme je sui un peu paresseux ces temps-ci, je vais faire une exception et laisser ici quelques jours mon avis sur le film de Michael Moore. D'autant que ce n'est pas tout à fait hors-sujet, ne serait-ce que pour la séquence formidable où on voit Britney Spears nous expliquer qu'elle a toute confiance en son président.
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Lorsque Tarantino et son jury ont décidé de décerner la Palme d'Or à Fahrenheit 9/11 (en prétendant, ce qui n'a pas aidé, que leur choix était guidé par des considérations uniquement artistiques, dans lesquelles la politique ne jouait aucun rôle), ils ne se sont dans doute pas rendus compte qu'il s'agirait, en France tout du moins, d'un cadeau empoisonné. Michael Moore qui, jusque là, bénéficiait d'une bienveillance bonhomme de la part de la critique s'est retrouvé dans une posture d'ennemi. Il n'est plus seulement le gentil Américain qui dénonce les excès de son pays, mais est devenu également la tête de pont d'une tentative, perçue d'inspiration Hollywoodienne, de soumettre le 'grand cinéma' dont Cannes est la vitrine attitrée, aux lois du marché et de l'"entertainment". Certes, Michael Moore fait du cinéma de divertissement, sans grande finesse et en n'ayant pas peur d'utiliser des grosses ficelles, mais cela, il l'a toujours fait (le 'toujours' est surtout de ma part une généralisation hâtive vu que je n'ai vu de lui
que Bowling for Columbine) et que l'on ne s'en offusque que maintenant est une amusante étrangeté, qui montre bien la volatilité des opinions que tout un chacun peut se former.
Fahrenheit 9/11 est un pamphlet, un genre que ceux (dont moi) qui ne fréquentent pas assidûment les programmations alternatives des cinémathèques ne connaissent guère. Ce n'est ni un documentaire (aucune prétention au détachement ou à l'objectivité), ni, évidemment, une fiction. Il s'agit plutôt d'un réquisitoire, entièrement à charge, qui poursuit un objectif avoué : convaincre les Américains de ne pas aller voter pour Bush en novembre 2004. De même qu'Hollywood produit des films dont l'unique raison d'être est de rentabiliser leur coût durant le premier week-end d'exploitation, Michael Moore a fait un film dont le but est trivial, précis et terre-à-terre. Ce n'est pas ce que l'on demande en général à une oeuvre d'art, dont on dit souvent qu'elle doit transmettre plus de questions que de réponses. Ici, Moore n'apporte que des réponses. Le problème est alors de savoir si ces réponses sont convaincantes. En d'autres termes, est-ce un bon pamphlet ? La question est d'autant plus complexe que le film ne nous est pas destiné. Ce n'est pas nous que Moore veut convaincre, mais ses compatriotes. Donc, finalement, ce qu'il faudrait pour juger de la réussite du film, c'est interroger tous les spectateurs américains à la sortie des salles de cinéma aux Etats-Unis et leur demander pour qui ils comptaient voter avant d'avoir vu le film et si leur opinion a changé. Tout le reste, c'est passer à côté du problème à mon avis. Ceci dit, ça ne m'empêchera pas de donner mon avis.
On a beaucoup reproché, de ce côté-ci de l'Atlantique, au film de ne rien apporter de neuf sur la table, de se contenter de régurgiter des informations connues. Ce n'est pas tout à fait exact. Le film apprendra certainement des choses à son public cible, et j'ai pour ma part également appris deux ou trois petites choses et vu des images inédites. Ainsi, celles de ce responsable taliban en visite au Texas, celles des responsables US minimisant, au début de l'année 2001, l'importance de l'arsenal de guerre irakien, celles des députés noir-américains, impuissants faute de l'appui d'un Sénateur, se relayant lors de l'investiture de Bush pour dénoncer la manipulation des élections (dommage que le film n'ait pas pris là une minute pour expliquer la procédure parce que c'est pour moi resté assez obscur), sans parler des images de la guerre en Irak elle-même, assez rares à la télévision. De même, j'ai été surpris de d'apprendre la réduction des fonds de défense nationale (la séquence illustrant la surveillance des côtes de l'Oregon est assez parlante, même si je suppose que des radars et des satellites font tout aussi bien, sinon mieux, le travail que Moore voudrait voir effectuer par des policiers) ou bien les pensions militaires rognées.
D'un autre côté, Michael Moore emploie des raccourcis et prend des libertés avec la vérité tellement énormes que, même si on le soutient entièrement dans son combat, on ne peut s'empêcher de renâcler. Ainsi, il présente l'Irak d'avant-guerre comme une sorte de paradis terrestre plein d'enfants aux dent blanches, il énonce une liste des membres de la "coalition of the willing" qui ne fait rien pour désamorcer l'image d'Américains tellement imbus d'eux-mêmes qu'ils se désintéressent absolument du reste du monde, quitte à flirter avec une certaine forme de racisme. Les pays les plus folkloriques sont présentés comme des pantins dont il faut se moquer et ceux a priori plus respectables sont tout simplement omis. Il succombe là à des travers (la simplification à outrance, le manichéisme, l'américano-centrisme, le recours à l'émotion) que l'on associerait ici assez volontiers à Bush.
De même, il se focalise parfois sur des détails qui me semblent n'avoir qu'une importance toute relative (le fait que le cousin de Bush ait été responsable de la couverture de la soirée électorale sur Fox News par exemple) ou bien se fait l'écho d'hypothèses auxquelles je ne crois guère. Encore maintenant, je pense que la guerre en Afghanistan était effectivement motivée par une envie de se défendre et la thèse du complot sur fond de pipe-line me semble un peu tirée par les cheveux. On pourrait tout aussi bien expliquer le retard pris par les opérations dans le pays par une envie de faire les choses dans les règles et d'arriver à un consensus international, soit exactement ce qu'on leur a reproché de négliger en Irak.
Il se montre par ailleurs étrangement évasif ou passe rapidement sur des points plus graves. Les reponsables américains étaient-ils de bonne foi dans leurs discours sur l'Irak ? Croyaient-ils réellement à l'existence des armes de destruction massive ou bien à des liens organiques entre Saddam Hussein et Al-Qaeda ? Pour moi, la confirmation la plus incroyable du film est que, le 12 septembre, Bush et son entourage voulait déjà profiter des attentats pour régler son compte à Saddam Hussein. Il aurait peut-être suffi de quelques enquêtes supplémentaires pour prouver qu'à cette époque déjà, les liens vec l'Irak étaient totalement discrédités, auquel cas, cette réunion de crise au cours de laquelle les reponsables de la Nation ont décidé de faire l'impasse sur une menace réelle (et donc de sacrifier la sécurité de leurs concitoyens) pour poursuivre des objectifs personnels (enrichissement, atavisme familial,...), ferait voler en éclats l'image d'un George Bush dont le seul but est la défense du peuple américain. Ce genre de révélations serait en mesure, à elle seule, d'empêcher sa réélection. J'ai l'impression qu'elle était presque à portée de mains, mais Moore ne va pas au bout de son raisonnement. A-t-il eu peur ?
De plus, là où William Karel dans 'Le monde selon Bush' peint un portrait de Bush cohérent et assez convaincant : un être faible, dominé par son entourage et incapable de réfléchir par lui-même, Moore oscille entre cette vision des choses et celle d'un Bush tirant lui-même les ficelles (alors que si les informations du Monde sont exactes, Bush est un des seuls membres du gouvernement qui ne tirerait aucun profit direct de la guerre en Irak). Cette indécision déforce son propos, malgré cette image incroyable d'un Bush s'adressant à la Nation pour la mettre en garde du danger posé par les 'terroristes' avant de se vanter comme un enfant d'être doué au golf 'now look at that drive...'
Autre sujet d'ambivalence. Moore prend le risque, à travers deux ou trois séquences, de mettre les jeunes soldats sur la sellette, de blâmer leur ignorance ou leur inconscience, par exemple à travers l'interview de ces jeunes conducteurs de blindés expliquant que tirer sur des Irakiens la nuit en coutant du hard-rock est "the ultimate rush". Il aurait pu continuer sur cette voie en parlant des tortures à Abu Ghraib (il avait un instant pensé rajouter un chapitre à la version du film présentée à Cannes). Il n'en a rien fait, sans doute par peur de
s'opposer ainsi à ce qui semble être un consensus général à travers toute la société américaine : il faut apporter son soutien aux troupes ("support our boys"). A la place, il choisit pour conclure son film un autre angle d'attaque. Il explique comment l'Armée américaine part à la
pêche aux nouvelles recrues dans les quartiers les plus pauvres, comment elle leur fait miroiter une éducation tous frais payés, comment elle rétorque aux apprentis rappeurs que Shaggy aussi a été militaire, ou aux fans de basket que les équipes militaires sont un bon tremplin vers la
NBA. Ces séquences, en parallèle avec celles où des délégués de grands entreprises expliquent que l'Irak est pour l'instant le marché le plus porteur et une occasion unique de réaliser de plantureux bénéfices, sont très significatives dans un pays qui, 20 ans après la chute de l'"Empire du Mal", se vante d'avoir aboli le système de classes (ou en tout cas la "conscience de classe"). Le film se conclut ainsi sur une note quasi-marxisante : "Ce sont les gens issus des classes les plus défavorisées qui sont prêts à donner leur vie pour défendre le système responsable de leur asservissement. Tout ce qu'ils demandent en échange, c'est qu'on ne les envoie au casse-pipe qu'en cas d'extrême urgence, et pas pour l'enrichissement de quelques-uns."
Il faut tirer son chapeau à Michael Moore d'avoir réussi à faire un blockbuster (100 millions de dollars de recettes depuis ce week-end aux Etats-Unis) d'un film propageant ce genre de discours. Certes, on peut crier au populisme ou à la démagogie, mais lutte des classes et démagogie vont souvent de pair. Libre à chacun d'y accoler le terme qui convient le mieux à sa perception.
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Lorsque Tarantino et son jury ont décidé de décerner la Palme d'Or à Fahrenheit 9/11 (en prétendant, ce qui n'a pas aidé, que leur choix était guidé par des considérations uniquement artistiques, dans lesquelles la politique ne jouait aucun rôle), ils ne se sont dans doute pas rendus compte qu'il s'agirait, en France tout du moins, d'un cadeau empoisonné. Michael Moore qui, jusque là, bénéficiait d'une bienveillance bonhomme de la part de la critique s'est retrouvé dans une posture d'ennemi. Il n'est plus seulement le gentil Américain qui dénonce les excès de son pays, mais est devenu également la tête de pont d'une tentative, perçue d'inspiration Hollywoodienne, de soumettre le 'grand cinéma' dont Cannes est la vitrine attitrée, aux lois du marché et de l'"entertainment". Certes, Michael Moore fait du cinéma de divertissement, sans grande finesse et en n'ayant pas peur d'utiliser des grosses ficelles, mais cela, il l'a toujours fait (le 'toujours' est surtout de ma part une généralisation hâtive vu que je n'ai vu de lui
que Bowling for Columbine) et que l'on ne s'en offusque que maintenant est une amusante étrangeté, qui montre bien la volatilité des opinions que tout un chacun peut se former.
Fahrenheit 9/11 est un pamphlet, un genre que ceux (dont moi) qui ne fréquentent pas assidûment les programmations alternatives des cinémathèques ne connaissent guère. Ce n'est ni un documentaire (aucune prétention au détachement ou à l'objectivité), ni, évidemment, une fiction. Il s'agit plutôt d'un réquisitoire, entièrement à charge, qui poursuit un objectif avoué : convaincre les Américains de ne pas aller voter pour Bush en novembre 2004. De même qu'Hollywood produit des films dont l'unique raison d'être est de rentabiliser leur coût durant le premier week-end d'exploitation, Michael Moore a fait un film dont le but est trivial, précis et terre-à-terre. Ce n'est pas ce que l'on demande en général à une oeuvre d'art, dont on dit souvent qu'elle doit transmettre plus de questions que de réponses. Ici, Moore n'apporte que des réponses. Le problème est alors de savoir si ces réponses sont convaincantes. En d'autres termes, est-ce un bon pamphlet ? La question est d'autant plus complexe que le film ne nous est pas destiné. Ce n'est pas nous que Moore veut convaincre, mais ses compatriotes. Donc, finalement, ce qu'il faudrait pour juger de la réussite du film, c'est interroger tous les spectateurs américains à la sortie des salles de cinéma aux Etats-Unis et leur demander pour qui ils comptaient voter avant d'avoir vu le film et si leur opinion a changé. Tout le reste, c'est passer à côté du problème à mon avis. Ceci dit, ça ne m'empêchera pas de donner mon avis.
On a beaucoup reproché, de ce côté-ci de l'Atlantique, au film de ne rien apporter de neuf sur la table, de se contenter de régurgiter des informations connues. Ce n'est pas tout à fait exact. Le film apprendra certainement des choses à son public cible, et j'ai pour ma part également appris deux ou trois petites choses et vu des images inédites. Ainsi, celles de ce responsable taliban en visite au Texas, celles des responsables US minimisant, au début de l'année 2001, l'importance de l'arsenal de guerre irakien, celles des députés noir-américains, impuissants faute de l'appui d'un Sénateur, se relayant lors de l'investiture de Bush pour dénoncer la manipulation des élections (dommage que le film n'ait pas pris là une minute pour expliquer la procédure parce que c'est pour moi resté assez obscur), sans parler des images de la guerre en Irak elle-même, assez rares à la télévision. De même, j'ai été surpris de d'apprendre la réduction des fonds de défense nationale (la séquence illustrant la surveillance des côtes de l'Oregon est assez parlante, même si je suppose que des radars et des satellites font tout aussi bien, sinon mieux, le travail que Moore voudrait voir effectuer par des policiers) ou bien les pensions militaires rognées.
D'un autre côté, Michael Moore emploie des raccourcis et prend des libertés avec la vérité tellement énormes que, même si on le soutient entièrement dans son combat, on ne peut s'empêcher de renâcler. Ainsi, il présente l'Irak d'avant-guerre comme une sorte de paradis terrestre plein d'enfants aux dent blanches, il énonce une liste des membres de la "coalition of the willing" qui ne fait rien pour désamorcer l'image d'Américains tellement imbus d'eux-mêmes qu'ils se désintéressent absolument du reste du monde, quitte à flirter avec une certaine forme de racisme. Les pays les plus folkloriques sont présentés comme des pantins dont il faut se moquer et ceux a priori plus respectables sont tout simplement omis. Il succombe là à des travers (la simplification à outrance, le manichéisme, l'américano-centrisme, le recours à l'émotion) que l'on associerait ici assez volontiers à Bush.
De même, il se focalise parfois sur des détails qui me semblent n'avoir qu'une importance toute relative (le fait que le cousin de Bush ait été responsable de la couverture de la soirée électorale sur Fox News par exemple) ou bien se fait l'écho d'hypothèses auxquelles je ne crois guère. Encore maintenant, je pense que la guerre en Afghanistan était effectivement motivée par une envie de se défendre et la thèse du complot sur fond de pipe-line me semble un peu tirée par les cheveux. On pourrait tout aussi bien expliquer le retard pris par les opérations dans le pays par une envie de faire les choses dans les règles et d'arriver à un consensus international, soit exactement ce qu'on leur a reproché de négliger en Irak.
Il se montre par ailleurs étrangement évasif ou passe rapidement sur des points plus graves. Les reponsables américains étaient-ils de bonne foi dans leurs discours sur l'Irak ? Croyaient-ils réellement à l'existence des armes de destruction massive ou bien à des liens organiques entre Saddam Hussein et Al-Qaeda ? Pour moi, la confirmation la plus incroyable du film est que, le 12 septembre, Bush et son entourage voulait déjà profiter des attentats pour régler son compte à Saddam Hussein. Il aurait peut-être suffi de quelques enquêtes supplémentaires pour prouver qu'à cette époque déjà, les liens vec l'Irak étaient totalement discrédités, auquel cas, cette réunion de crise au cours de laquelle les reponsables de la Nation ont décidé de faire l'impasse sur une menace réelle (et donc de sacrifier la sécurité de leurs concitoyens) pour poursuivre des objectifs personnels (enrichissement, atavisme familial,...), ferait voler en éclats l'image d'un George Bush dont le seul but est la défense du peuple américain. Ce genre de révélations serait en mesure, à elle seule, d'empêcher sa réélection. J'ai l'impression qu'elle était presque à portée de mains, mais Moore ne va pas au bout de son raisonnement. A-t-il eu peur ?
De plus, là où William Karel dans 'Le monde selon Bush' peint un portrait de Bush cohérent et assez convaincant : un être faible, dominé par son entourage et incapable de réfléchir par lui-même, Moore oscille entre cette vision des choses et celle d'un Bush tirant lui-même les ficelles (alors que si les informations du Monde sont exactes, Bush est un des seuls membres du gouvernement qui ne tirerait aucun profit direct de la guerre en Irak). Cette indécision déforce son propos, malgré cette image incroyable d'un Bush s'adressant à la Nation pour la mettre en garde du danger posé par les 'terroristes' avant de se vanter comme un enfant d'être doué au golf 'now look at that drive...'
Autre sujet d'ambivalence. Moore prend le risque, à travers deux ou trois séquences, de mettre les jeunes soldats sur la sellette, de blâmer leur ignorance ou leur inconscience, par exemple à travers l'interview de ces jeunes conducteurs de blindés expliquant que tirer sur des Irakiens la nuit en coutant du hard-rock est "the ultimate rush". Il aurait pu continuer sur cette voie en parlant des tortures à Abu Ghraib (il avait un instant pensé rajouter un chapitre à la version du film présentée à Cannes). Il n'en a rien fait, sans doute par peur de
s'opposer ainsi à ce qui semble être un consensus général à travers toute la société américaine : il faut apporter son soutien aux troupes ("support our boys"). A la place, il choisit pour conclure son film un autre angle d'attaque. Il explique comment l'Armée américaine part à la
pêche aux nouvelles recrues dans les quartiers les plus pauvres, comment elle leur fait miroiter une éducation tous frais payés, comment elle rétorque aux apprentis rappeurs que Shaggy aussi a été militaire, ou aux fans de basket que les équipes militaires sont un bon tremplin vers la
NBA. Ces séquences, en parallèle avec celles où des délégués de grands entreprises expliquent que l'Irak est pour l'instant le marché le plus porteur et une occasion unique de réaliser de plantureux bénéfices, sont très significatives dans un pays qui, 20 ans après la chute de l'"Empire du Mal", se vante d'avoir aboli le système de classes (ou en tout cas la "conscience de classe"). Le film se conclut ainsi sur une note quasi-marxisante : "Ce sont les gens issus des classes les plus défavorisées qui sont prêts à donner leur vie pour défendre le système responsable de leur asservissement. Tout ce qu'ils demandent en échange, c'est qu'on ne les envoie au casse-pipe qu'en cas d'extrême urgence, et pas pour l'enrichissement de quelques-uns."
Il faut tirer son chapeau à Michael Moore d'avoir réussi à faire un blockbuster (100 millions de dollars de recettes depuis ce week-end aux Etats-Unis) d'un film propageant ce genre de discours. Certes, on peut crier au populisme ou à la démagogie, mais lutte des classes et démagogie vont souvent de pair. Libre à chacun d'y accoler le terme qui convient le mieux à sa perception.
jeudi, juillet 22
Mein Teil
On peut accéder à la vidéo du nouveau single de Rammstein via ce lien. Je n'ai jamais été très client de ce que fait le groupe, mais je dois bien avouer être assez impatient d'entendre ce que les Pet Shop Boys vont bien pouvoir faire de cette chanson (le single sort ce lundi en Allemagne). Par le passé, ils se sont déjà attelés à remixer des chansons improbables, avec des succès divers. Leurs remixes de 'Walking on thin ice' de Yoko Ono ou de 'Hallo Spaceboy' de Bowie par exemple étaient parfaits, celui de 'Mope' du Bloodhound Gang était en revanche un peu en-dessous, malgré une savoureuse référence à Falco. Si on en croit 'Jack & Jill Party', le single qu'ils ont écrit et produit pour Pete Burns (l'ex-chanteur de Dead or Alive), leur son est redevenu très électronique, presque 'dark', dans la lignée de 'Time on my hands' (la chanson qui ouvrait Disco 3 et faisait furieusement penser à du Front 242). On peut penser que ce remixe suivra les mêmes lignes. Plus que huit fois dormir et on devrait en savoir plus.
Top pop
Et pour terminer, mon classement des meilleures chansons pop-radio-MTV du semestre :
- Britney Spears : Toxic + Everytime
- JC Chasez : All day long I dream about sex (la version de l'album)
- O-Zone : Dragostea din tei
- Rachel Stevens : Some girls
- Jamelia : See it in a boy's eye
- Black-Eyed Peas : Shut up (tout juste en 2004 je pense)
- D-Side : Pushing me out
- The Rasmus : In the shadows
- Britney Spears : Toxic + Everytime
- JC Chasez : All day long I dream about sex (la version de l'album)
- O-Zone : Dragostea din tei
- Rachel Stevens : Some girls
- Jamelia : See it in a boy's eye
- Black-Eyed Peas : Shut up (tout juste en 2004 je pense)
- D-Side : Pushing me out
- The Rasmus : In the shadows
mercredi, juillet 21
L'avant-dernier de la série
Cette fois, ce seront les meilleurs albums du premier semestre 2004. Sachant que je n'ai pas dû écouter attentivement plus d'une vingtaine de nouveautés durant ces six derniers mois, j'espère que chacun réalisera l'absurdité de la démarche. Presque tout le monde gagne.
- Scissor Sisters : Scissor Sisters
- Hope of the States : The lost riots
- Morrissey : You are the quarry
- JC Chasez : Schizophrenic
- Franz Ferdinand : Franz Ferdinand
- The Zutons : Who killed the Zutons?
- Max Richter : The blue notebooks
- Pan Sonic : Kesto
- Adem : Homesongs
- Einstürzende Neubauten : Perpetuum Mobile
- Scissor Sisters : Scissor Sisters
- Hope of the States : The lost riots
- Morrissey : You are the quarry
- JC Chasez : Schizophrenic
- Franz Ferdinand : Franz Ferdinand
- The Zutons : Who killed the Zutons?
- Max Richter : The blue notebooks
- Pan Sonic : Kesto
- Adem : Homesongs
- Einstürzende Neubauten : Perpetuum Mobile
mardi, juillet 20
Top déceptions
Je poursuis ma série de classements sans suite par les déceptions et hypes démesurées du semestre. Le premier gagnant haut la main le prix de l'album le plus surestimé.
- The Streets : A grand don't come for free
- Lambchop : Aw Cmon/No Cmon
- TV on the radio : Desperate youth, Blood thirsty babes
- The Cure : The Cure
- The Vines : Winning days
et quand j'aurai écouté l'album de Razorlight, mon petit doigt me dit que je pourrai l'ajouter à cette liste.
EDIT 21/07/2004 : On n'écoute jamais assez son petit doigt.
- The Streets : A grand don't come for free
- Lambchop : Aw Cmon/No Cmon
- TV on the radio : Desperate youth, Blood thirsty babes
- The Cure : The Cure
- The Vines : Winning days
et quand j'aurai écouté l'album de Razorlight, mon petit doigt me dit que je pourrai l'ajouter à cette liste.
EDIT 21/07/2004 : On n'écoute jamais assez son petit doigt.
Chansons à voir
Il existe en Angleterre un terme dont je n'ai jamais réellement compris le sens, 'novelty song', qui désigne apparemment ces chansons à base de mélodies simplistes et de chorégraphies ringardes, qui régulièrement deviennent des tubes de l'été en Europe. C'est clairement un terme péjoratif et des débats homériques sont régulièrement tenus pour savoir si telle ou telle chanson est une inavouable 'novelty song' ou bien simplement une très bonne chanson pop déjantée. L'année dernière, ce fut 'Asereje' par Las Ketchup. Cette année, c'est 'Dragostea din tei' de O-Zone (deux excellentes chansons à mon avis). Il en est d'autres qui mettent tout le monde d'accord ceci dit, par exemple 'La danse des canards' ou 'Agadoo doo doo pousse la nana et mouds le café'.
Les deux chansons qui suivent ne devraient pas non plus générer des débats sans fin. Je vous présente donc un Jordy chinois, dont je ne sais rien (peut-être même n'est-ce pas une chanson réellement sortie mais un sketch des Inconnus locaux, qui sait ?) et le déjà mythique 'You touch my tralala, my ding ding dong' de Gunther.
Merci à Laurent de la np.
Les deux chansons qui suivent ne devraient pas non plus générer des débats sans fin. Je vous présente donc un Jordy chinois, dont je ne sais rien (peut-être même n'est-ce pas une chanson réellement sortie mais un sketch des Inconnus locaux, qui sait ?) et le déjà mythique 'You touch my tralala, my ding ding dong' de Gunther.
Merci à Laurent de la np.
lundi, juillet 19
Voix et guitares en bois
On dit souvent que c'est dans les vieilles marmites que l'on fait les meilleures soupes. Or, il est difficile de trouver marmite plus usagée que celle où, depuis des années, des garçons sensibles jettent en vrac leurs tourments, leurs voix mal assurées, et les mélodies délicates qu'ils découvrent en se gratouillant la six-cordes affalés sur leur lit, les yeux dans le vague (c'est en gros ce que j'appelle ici le 'folk', faute d'un terme plus adapté). Pourtant, à écouter trois disques sortis récemment, il semble bien que le choix de la marmite n'est pas tout et que, pour obtenir un bon potage, il ne faut pas hésiter à faire preuve d'un brin d'imagination dans le choix des ingrédients qu'on y plonge.
Les Kings of Convenience sont déjà des vieux routiers. Ils furent à la pointe il y a deux ou trois ans de l'éphémère 'New Acoustic Movement' que le NME tenta de lancer, avec les Turin Brakes notamment. Je garde de leur premier album (dont le titre sonnait comme un manifeste Quiet is the new loud) le souvenir d'un disque enchanteur, léger, cristallin, plein de mélodies bondissantes où leurs deux voix se chevauchaient sans cesse. Depuis, ils avaient sorti un album de remixes un peu décevant et l'un d'ente eux, Erlend Oye, s'était même découvert une vocation de DJ et avait sorti un album surfant sur la vague électroclash, enregistré au gré de ses rencontres. J'attendais donc avec une certaine impatience ce nouvel album en duo, me demandant comment ils allaient incorporer ces nouvelles influences dans leur musique. La réponse est de ce point de vue assez simple. Ils ne l'ont pas fait, d'où une pointe de déception. Certes, ils n'ont pas perdu leur sens de la phrase accrocheuse, certes l'album dégage toujours le charme délicat d'un pique-nique champêtre dans une clairière ensoleillée. Pourtant, maintenant que l'on en sait un peu plus sur les références musicales d'Erlend Oye et que l'effet de surprise ne joue plus, le charme n'opère plus tout à fait de la même façon et l'ensemble apparait un peu trop 'fabriqué', d'autant que la seconde moitié du disque où semblent rassemblées les chansons calmes marque à mon avis une nette baisse d'inspiration. Ce n'est en rien un mauvais disque, mais on en vient pourtant parfois à se demander si le monde avait vraiment encore besoin de nouveaux Art et Garfunkel, maintenant que les originaux se sont reformés.
Devendra Banhart envisage quant à lui son rôle de troubadour moderne d'une manière beaucoup moins conventionnelle, et son nouvel album génère sur la longueur un vrai sentiment d'étrangeté. Même si on se trouve à première vue en terrain connu, la joliesse de ses compositions et la fragilité de sa voix semblent toujours prêtes à céder la place à quelque chose de beacoup plus sinistre. Des accidents semblent venir en permanence mettre les chansons en danger et effectivement, parfois, sans crier gare, certaines basculent complètement et on se retrouve face à des morceaux qui ne dépareraient pas sur 'The Anthology of American Folk Music' (This beard is for Siobhan par exemple). Brusquement, on cesse d'entendre un jeune Canadien bien de sa personne sculptant avec compétence des petites miniatures folk pour imaginer un bluesman presque mort se lamentant sur son sort avec une voix tour à tour lasse et furieuse qui semble émaner du fond des âges. Durant les premières écoutes, le disque semble ainsi régulièrement osciller entre deux visages irréconciliables. Puis, au fur et à mesure que l'on se familiarise avec les chansons, on se rend compte qu'en fait le disque est d'une grande homogénéité et que le petit faiseur folk n'a jamais existé que dans notre armoire à stéréotypes et que le disque est tout entier l'oeuvre d'un vieux bluesman oublié. Comment ce dernier s'est retrouvé dans la peau d'un jeune Canadien d'à peine 20 ans reste cependant un mystère. En tout état de cause, lorsque le micro-label Hinah a déniché les premières démos de Devendra Banhart il y a deux ans, ils ont indéniablement eu du flair.
L'album de Gravenhurst sillonne de nouveau le même terrain. Toutes les chansons sont basées sur le binôme guitare et voix, et on entend même de temps en temps un harmonica dans la plus pure tradition folk 70s. Mais, au contraire de Devendra Banhart qui a renouvelé le genre en allant puiser dans le passé, Gravenhurst s'est tourné vers une production contemporaine qui, par petites touches d'orgues ou quelque effets d'échos, tire ses chansons classiques vers une douceur cotonneuse qui rappelle Mojave 3 par exemple. On pense aussi par moments à un Maximilian Hecker qui aurait remplacé le piano par la guitare. Même sens des atmosphères, même délicatesse, même fragilité. L'ensemble intrigue, sans doute parce qu'il ne semble jamais se contenter de suivre à la lettre une recette existante. Cette mise au goût du jour de la grammaire habituelle du folk n'étonne guère sur un label tel que Warp, qui n'était pas jusqu'ici vraiment connu pour ses obsessions passéistes.
Les Kings of Convenience sont déjà des vieux routiers. Ils furent à la pointe il y a deux ou trois ans de l'éphémère 'New Acoustic Movement' que le NME tenta de lancer, avec les Turin Brakes notamment. Je garde de leur premier album (dont le titre sonnait comme un manifeste Quiet is the new loud) le souvenir d'un disque enchanteur, léger, cristallin, plein de mélodies bondissantes où leurs deux voix se chevauchaient sans cesse. Depuis, ils avaient sorti un album de remixes un peu décevant et l'un d'ente eux, Erlend Oye, s'était même découvert une vocation de DJ et avait sorti un album surfant sur la vague électroclash, enregistré au gré de ses rencontres. J'attendais donc avec une certaine impatience ce nouvel album en duo, me demandant comment ils allaient incorporer ces nouvelles influences dans leur musique. La réponse est de ce point de vue assez simple. Ils ne l'ont pas fait, d'où une pointe de déception. Certes, ils n'ont pas perdu leur sens de la phrase accrocheuse, certes l'album dégage toujours le charme délicat d'un pique-nique champêtre dans une clairière ensoleillée. Pourtant, maintenant que l'on en sait un peu plus sur les références musicales d'Erlend Oye et que l'effet de surprise ne joue plus, le charme n'opère plus tout à fait de la même façon et l'ensemble apparait un peu trop 'fabriqué', d'autant que la seconde moitié du disque où semblent rassemblées les chansons calmes marque à mon avis une nette baisse d'inspiration. Ce n'est en rien un mauvais disque, mais on en vient pourtant parfois à se demander si le monde avait vraiment encore besoin de nouveaux Art et Garfunkel, maintenant que les originaux se sont reformés.
Devendra Banhart envisage quant à lui son rôle de troubadour moderne d'une manière beaucoup moins conventionnelle, et son nouvel album génère sur la longueur un vrai sentiment d'étrangeté. Même si on se trouve à première vue en terrain connu, la joliesse de ses compositions et la fragilité de sa voix semblent toujours prêtes à céder la place à quelque chose de beacoup plus sinistre. Des accidents semblent venir en permanence mettre les chansons en danger et effectivement, parfois, sans crier gare, certaines basculent complètement et on se retrouve face à des morceaux qui ne dépareraient pas sur 'The Anthology of American Folk Music' (This beard is for Siobhan par exemple). Brusquement, on cesse d'entendre un jeune Canadien bien de sa personne sculptant avec compétence des petites miniatures folk pour imaginer un bluesman presque mort se lamentant sur son sort avec une voix tour à tour lasse et furieuse qui semble émaner du fond des âges. Durant les premières écoutes, le disque semble ainsi régulièrement osciller entre deux visages irréconciliables. Puis, au fur et à mesure que l'on se familiarise avec les chansons, on se rend compte qu'en fait le disque est d'une grande homogénéité et que le petit faiseur folk n'a jamais existé que dans notre armoire à stéréotypes et que le disque est tout entier l'oeuvre d'un vieux bluesman oublié. Comment ce dernier s'est retrouvé dans la peau d'un jeune Canadien d'à peine 20 ans reste cependant un mystère. En tout état de cause, lorsque le micro-label Hinah a déniché les premières démos de Devendra Banhart il y a deux ans, ils ont indéniablement eu du flair.
L'album de Gravenhurst sillonne de nouveau le même terrain. Toutes les chansons sont basées sur le binôme guitare et voix, et on entend même de temps en temps un harmonica dans la plus pure tradition folk 70s. Mais, au contraire de Devendra Banhart qui a renouvelé le genre en allant puiser dans le passé, Gravenhurst s'est tourné vers une production contemporaine qui, par petites touches d'orgues ou quelque effets d'échos, tire ses chansons classiques vers une douceur cotonneuse qui rappelle Mojave 3 par exemple. On pense aussi par moments à un Maximilian Hecker qui aurait remplacé le piano par la guitare. Même sens des atmosphères, même délicatesse, même fragilité. L'ensemble intrigue, sans doute parce qu'il ne semble jamais se contenter de suivre à la lettre une recette existante. Cette mise au goût du jour de la grammaire habituelle du folk n'étonne guère sur un label tel que Warp, qui n'était pas jusqu'ici vraiment connu pour ses obsessions passéistes.
Tops tops tops
Parce qu'il n'est rien de plus satisfaisant pour l'esprit que de ranger des disques dans des petites boîtes numérotées, parce que même Supercoin s'y est mis, parce que les tops sont myopes (oh oh) et que c'est donc un exercice qu'il faut effectuer régulièrement, et surtout parce que c'est vite fait (surtout si on ne commente pas), je vais dresser dans les prochains jours quelques classements divers et variés relatifs au premier semestre 2004. Je n'ai pas eu la discipline nécessaire pour en faire un rendez-vous hebdomadaire mais j'espère que ma paresse habituelle me permettra de tenir un rythme bi-annuel (d'autant que six mois c'est long et que je ne jurerais pas que ces pages existeront encore en décembre).
Je commence par les meilleurs disques de 2003 découverts en 2004
- Johnny Cash - Unearthed
- The Hidden Cameras - The smell of our own
- Sun Kil Moon - Ghost of the great highway
- The Coral- Nightfreaks and the sons of Becker
- Basement Jaxx - Kish Kash
Je commence par les meilleurs disques de 2003 découverts en 2004
- Johnny Cash - Unearthed
- The Hidden Cameras - The smell of our own
- Sun Kil Moon - Ghost of the great highway
- The Coral- Nightfreaks and the sons of Becker
- Basement Jaxx - Kish Kash
vendredi, juillet 16
La ferme, les animaux !
Comment dénoncer la marchandisation de la musique en ces temps de globalisation galopante ? Comment faire comprendre au grand public que les musiciens sont essentiellement devenus des vaches à lait que des grandes multinationales vont traire jusqu'à ce que, ayant donné tout ce qu'elles avaient en elles, elles se dessèchent et que leurs carcasses soient laissées à pourrir dans les bacs à soldes ? Comment lui faire percevoir que, à chaque disque acheté, les artistes voient une part de leur humanité se perdre dans la brume des illusions perdues ? Sans doute est-ce la question que se sont posé deux groupes de métal avant de décider d'utiliser des animaux comme chanteurs.
Enfin.... disons que ça, c'est l'hypothèse haute. L'hypothèse basse serait plutôt Michael qui arrive au studio de répét' en disant "Uh.. huh.. Uh.. huh. J'écoutais Sepultura tranquille avec une bière dans mon fauteuil et y a Max qui a commencé à grogner/hennir/aboyer/miauler/caqueter comme un fou. La musique devait l'exciter, mais ça collait hyper bien avec le disque, c'était trop bizarre. Ca m'a donné une idée dingue. Comme Kevin a la pharyngite, on devrait prendre Max pour les vocaux, ce serait trop la mort." et le groupe de renchérir : "Ah... ah... ah... Cooooool."(*)
Quelle que soit la raison réelle, cela existe. D'un côté, nous avons donc Caninus, dont le chanteur est un bulldog. De l'autre, Hatebeak dont le chanteur est Waldo, un perroquet (même si à l'écoute, ça ressemble plus à un cheval qu'à autre chose). La légende veut que, ce dernier ayant horreur du bruit, ses vocaux soient enregistrés à part.
Dans tous les cas, ça s'écoute là et là. Avouez que ça aurait été dommage que je ne vous en fasse pas profiter.
Merci à Popbitch.
(*) Ami métalleux, si tu me lis, sache que je suis le premier navré de propager ces stéréotypes consternants.
Enfin.... disons que ça, c'est l'hypothèse haute. L'hypothèse basse serait plutôt Michael qui arrive au studio de répét' en disant "Uh.. huh.. Uh.. huh. J'écoutais Sepultura tranquille avec une bière dans mon fauteuil et y a Max qui a commencé à grogner/hennir/aboyer/miauler/caqueter comme un fou. La musique devait l'exciter, mais ça collait hyper bien avec le disque, c'était trop bizarre. Ca m'a donné une idée dingue. Comme Kevin a la pharyngite, on devrait prendre Max pour les vocaux, ce serait trop la mort." et le groupe de renchérir : "Ah... ah... ah... Cooooool."(*)
Quelle que soit la raison réelle, cela existe. D'un côté, nous avons donc Caninus, dont le chanteur est un bulldog. De l'autre, Hatebeak dont le chanteur est Waldo, un perroquet (même si à l'écoute, ça ressemble plus à un cheval qu'à autre chose). La légende veut que, ce dernier ayant horreur du bruit, ses vocaux soient enregistrés à part.
Dans tous les cas, ça s'écoute là et là. Avouez que ça aurait été dommage que je ne vous en fasse pas profiter.
Merci à Popbitch.
(*) Ami métalleux, si tu me lis, sache que je suis le premier navré de propager ces stéréotypes consternants.
mercredi, juillet 14
D'Amsterdam à Liverpool
Il y a un type de chansons auquel j'ai toujours accolé le terme de 'pop parfaite'. Ce ne sont pas les chansons que l'on entend tous les jours à la radio qui, pour efficaces qu'elles soient, donnent rarement l'impression d'avoir été écrites avec facilité. Tout, de la production à l'écriture, y est le résultat d'un patient travail d'assemblage, qu'on ne peut ignorer. Au contraire, j'associe le qualificatif de 'pop parfaite' à des chansons qui donnent une impression d'évidence, dont on se demande comment il est possible qu'elles n'aient jamais été écrites auparavant. Parfois, ce sont des tubes (Lemon Tree de Fool's Garden par exemple). Le plus souvent, pourtant, ce sont des chansons plus obscures.
Pendant des années (entre 82 et 93 environ), mes pourvoyeurs en ce domaine furent les Nits dont les albums laissaient toujours une terrassante impression de fluidité dans l'écriture. Puis, à partir de Alankomaat (et le départ de leur claviériste historique), ils ont bifurqué vers autre chose, une sorte de jazz-pop enfumé, très agréable à entendre mais qui ne donnait que rarement envie de taper du pied. Ils sont récemment revenus à leurs premières amours avec un formidable nouvel album à la fin de l'année dernière ('1974') mais il n'empêche qu'entre 1994 et 2001, à quelques rares exceptions près (le premier album des Catchers par exemple), je n'avais plus de groupes qui pouvaient étancher routinièrement ma soif de chansons évidentes. Fin 2001, le salut est arrivé sous la forme de The Coral, le groupe de Liverpool qui a commencé à aligner sans sourciller les chansons imparables à un rythme proprement effrayant. Outre les titres présents sur leurs deux albums et demi, ils joignaient en effet à tous leurs singles un minimum de trois inédits.
Dans la foulée, Liverpool a révélé une poignée de groupes partageant les mêmes influences. Il y eut d'abord The Bandits, dont le chanteur semblait cultiver un troublant mimétisme vocal avec James Skelly, mais j'ai appris hier qu'ils avaient splitté. Dommage, leur premier album était très bon.
Plus récemment apparurent les Zutons dont j'ai enfin reçu l'album. Apparemment, il est de bon ton de dire que The Zutons, c'est un peu The Coral si ceux-ci, au lieu d'écouter de la pop des années 60, avaient été fans de soul et de rock 70s. Le NME n'arrête par exemple pas de parler de saxophones en parlant de leur musique, histoire de bien mettre en évidence leurs racines 'soul'. J'adorerais renchérir (il faut reconnaitre que ça en jette comme description, et j'aime bien, par principe, être d'accord avec le NME), mais j'ai beau écouter l'album, je n'entends pas une seule note de saxophone. Je dois être sourd. Donc, je dirai juste que l'album des Zutons est un formidable album 'à la The Coral' et un bon moyen de patienter en attendant que ces derniers redescendent sur terre assez longtemps pour se remettre à écrire. Il me reste maintenant à partir en chasse de leurs B-sides, parce que s'ils sont aussi prolifiques que leurs collègues de label, j'ai encore des heures de plaisir en perspective.
PS : L'album des Scissor Sisters aussi se pose là en matière de pop parfaite.
Pendant des années (entre 82 et 93 environ), mes pourvoyeurs en ce domaine furent les Nits dont les albums laissaient toujours une terrassante impression de fluidité dans l'écriture. Puis, à partir de Alankomaat (et le départ de leur claviériste historique), ils ont bifurqué vers autre chose, une sorte de jazz-pop enfumé, très agréable à entendre mais qui ne donnait que rarement envie de taper du pied. Ils sont récemment revenus à leurs premières amours avec un formidable nouvel album à la fin de l'année dernière ('1974') mais il n'empêche qu'entre 1994 et 2001, à quelques rares exceptions près (le premier album des Catchers par exemple), je n'avais plus de groupes qui pouvaient étancher routinièrement ma soif de chansons évidentes. Fin 2001, le salut est arrivé sous la forme de The Coral, le groupe de Liverpool qui a commencé à aligner sans sourciller les chansons imparables à un rythme proprement effrayant. Outre les titres présents sur leurs deux albums et demi, ils joignaient en effet à tous leurs singles un minimum de trois inédits.
Dans la foulée, Liverpool a révélé une poignée de groupes partageant les mêmes influences. Il y eut d'abord The Bandits, dont le chanteur semblait cultiver un troublant mimétisme vocal avec James Skelly, mais j'ai appris hier qu'ils avaient splitté. Dommage, leur premier album était très bon.
Plus récemment apparurent les Zutons dont j'ai enfin reçu l'album. Apparemment, il est de bon ton de dire que The Zutons, c'est un peu The Coral si ceux-ci, au lieu d'écouter de la pop des années 60, avaient été fans de soul et de rock 70s. Le NME n'arrête par exemple pas de parler de saxophones en parlant de leur musique, histoire de bien mettre en évidence leurs racines 'soul'. J'adorerais renchérir (il faut reconnaitre que ça en jette comme description, et j'aime bien, par principe, être d'accord avec le NME), mais j'ai beau écouter l'album, je n'entends pas une seule note de saxophone. Je dois être sourd. Donc, je dirai juste que l'album des Zutons est un formidable album 'à la The Coral' et un bon moyen de patienter en attendant que ces derniers redescendent sur terre assez longtemps pour se remettre à écrire. Il me reste maintenant à partir en chasse de leurs B-sides, parce que s'ils sont aussi prolifiques que leurs collègues de label, j'ai encore des heures de plaisir en perspective.
PS : L'album des Scissor Sisters aussi se pose là en matière de pop parfaite.
mardi, juillet 13
En vitesse
- Moby ne va pas mieux. D'abord, il va voir des matches de cricket dégénéré (aussi appelé base-ball de par là-bas). Ensuite, il s'étonne que durant un match les joueurs professionnels restent concentrés tandis que les spectateurs le sont moins. Pour ne rien arranger, il prend des photos floues depuis les fenêtres de son taxi. Pour finir, il y voit des fantômes.
- Comme chaque année, les Inrocks profitent de l'été pour parler de la pop, sous l'angle cette semaine des tubes de l'été. Comme chaque année, ils le font avec condescendance (cfr l'article de Christophe Conte qui m'a laissé tout tremblotant de colère sur mon siège). Comme chaque année, je me demande pourquoi les Inrocks n'hésitent pas à ruer dans les brancards en matière de cinéma et restent dans une optique d'intégrisme froid pour tout ce qui touche à la musique. Puis, cette année, une petite surprise. Leur nouvelle recrue censée couvrir le segment djeune "arènnebijsépaquoi" (terme déposé), Johanna Séban, a le bon goût de reconnaître du génie à Dragostea Din Tei. Hourrah.
Ceci dit, comme chaque année, je vais plutôt relire le NME. Il y a un article sur Rachel Stevens, et pour être honnête, 'Some Girls' est encore bien meilleur que 'Dragostea Din Tei'.
- Comme chaque année, les Inrocks profitent de l'été pour parler de la pop, sous l'angle cette semaine des tubes de l'été. Comme chaque année, ils le font avec condescendance (cfr l'article de Christophe Conte qui m'a laissé tout tremblotant de colère sur mon siège). Comme chaque année, je me demande pourquoi les Inrocks n'hésitent pas à ruer dans les brancards en matière de cinéma et restent dans une optique d'intégrisme froid pour tout ce qui touche à la musique. Puis, cette année, une petite surprise. Leur nouvelle recrue censée couvrir le segment djeune "arènnebijsépaquoi" (terme déposé), Johanna Séban, a le bon goût de reconnaître du génie à Dragostea Din Tei. Hourrah.
Ceci dit, comme chaque année, je vais plutôt relire le NME. Il y a un article sur Rachel Stevens, et pour être honnête, 'Some Girls' est encore bien meilleur que 'Dragostea Din Tei'.
Au voleur !!!
Depuis des années, un pan entier de notre société vivait dans l'oppression, ostracisé par un apartheid culturel injuste. Alors que les médias de masse (Arthur en tête) nous vendent une nostalgie sur le mode Casimir-Goldorak-Emile et Images, quelles ressources ont pour s'attendrir sur leur passé les gens qui sont passés à côté de la culture populaire de cette époque ? Ceux qui ne regardaient pas la télé mais lisaient des romans, n'allaient pas voir le Grand Bleu mais Woody Allen, n'écoutaient pas le Top 50 mais Joy Division ou les Smiths. La tribu pré-Inrockuptible, si il fallait vraiment lui donner un nom, n'aurait-elle pas droit à sa Madeleine de Proust de masse, la possibilité de s'attendrir de concert devant des références communes ? Cela ne pouvait durer, il fallait agir. C'est ce qu'a bien compris Vincent Delerm, qui semble ainsi baser son écriture sur une énumération des souvenirs culturellement corrects des universitaires et des fil(le)s de bonne famille (qui sont bien souvent les mêmes).
Je partage bon nombre des références égrénées par Delerm : le fétichisme des collections de livres de poche, les références à Modiano, à Deutsche Grammophon, etc.... Pourtant, une amie qui me connait bien, m'avait dit que ce n'était pas un chanteur pour moi, que je ne devais pas écouter ses disques et que ça allait me mettre de mauvaise humeur. Je ne l'ai pas crue. J'aurais dû.
Très vite, cette litanie de noms, d'oeuvres, de marques, égrénée avec suffisance devient en effet insupportable. A chaque fois qu'apparait un nom qui fait partie de mon inconscient personnel (prenons Sergi Bruguera par exemple), je n'ai qu'une seule envie, l'occulter, l'oublier au plus vite, me convaincre qu'il ne m'évoque rien, de peur de me retrouver dans la vision du monde véhiculée par ce disque. Pourquoi tant de haine ? Une raison épidermique tout d'abord : la voix. Delerm chante (je ne suis pas sûr que ce soit le bon mot) sur un ton à ce point affecté qu'il devient pour moi une barrière infranchissable, derrière laquelle je ne perçois plus aucune humanité. Je ne conçois pas que des êtres de chair et de sang puissent parler ainsi, en tout cas pas ceux avec lesquels je pourrais partager des souvenirs autour d'un verre. Dès lors, il m'apparait plus comme une sorte d'entomologiste-braconnier venant chasser les papillons de ma jeunesse (oh oh) pour les épingler dans une vitrine au coeur d'un musée auquel je n'ai pas accès. Ces lambeaux de mémoire qui me sont chers, il les inscrit dans une vision de la vie qui m'est étrangère (un sorte de dandysme snob trop conscient de lui-même) et donc quelque part m'en dépossède.
Et puis, franchement, comment pourrais-je partager sans honte des
souvenirs avec quelqu'un qui ose écrire sans la moindre trace d'ironie : "des Anglaises pâlichonnes avec Joy Division (prononcé Djoï Divizionne, pour la rime, parce que bon, les rimes c'est important)" ou encore "du Henri Dutilleux quand elle relit Bourdieu (Chez ces gens-là, on ne lit pas Bourdieu. Non. On relit Bourdieu), ou bien encore faire rimer Telemann avec François Feldman ? La réponse est simple, je ne peux pas, et surtout je ne veux pas.
Je partage bon nombre des références égrénées par Delerm : le fétichisme des collections de livres de poche, les références à Modiano, à Deutsche Grammophon, etc.... Pourtant, une amie qui me connait bien, m'avait dit que ce n'était pas un chanteur pour moi, que je ne devais pas écouter ses disques et que ça allait me mettre de mauvaise humeur. Je ne l'ai pas crue. J'aurais dû.
Très vite, cette litanie de noms, d'oeuvres, de marques, égrénée avec suffisance devient en effet insupportable. A chaque fois qu'apparait un nom qui fait partie de mon inconscient personnel (prenons Sergi Bruguera par exemple), je n'ai qu'une seule envie, l'occulter, l'oublier au plus vite, me convaincre qu'il ne m'évoque rien, de peur de me retrouver dans la vision du monde véhiculée par ce disque. Pourquoi tant de haine ? Une raison épidermique tout d'abord : la voix. Delerm chante (je ne suis pas sûr que ce soit le bon mot) sur un ton à ce point affecté qu'il devient pour moi une barrière infranchissable, derrière laquelle je ne perçois plus aucune humanité. Je ne conçois pas que des êtres de chair et de sang puissent parler ainsi, en tout cas pas ceux avec lesquels je pourrais partager des souvenirs autour d'un verre. Dès lors, il m'apparait plus comme une sorte d'entomologiste-braconnier venant chasser les papillons de ma jeunesse (oh oh) pour les épingler dans une vitrine au coeur d'un musée auquel je n'ai pas accès. Ces lambeaux de mémoire qui me sont chers, il les inscrit dans une vision de la vie qui m'est étrangère (un sorte de dandysme snob trop conscient de lui-même) et donc quelque part m'en dépossède.
Et puis, franchement, comment pourrais-je partager sans honte des
souvenirs avec quelqu'un qui ose écrire sans la moindre trace d'ironie : "des Anglaises pâlichonnes avec Joy Division (prononcé Djoï Divizionne, pour la rime, parce que bon, les rimes c'est important)" ou encore "du Henri Dutilleux quand elle relit Bourdieu (Chez ces gens-là, on ne lit pas Bourdieu. Non. On relit Bourdieu), ou bien encore faire rimer Telemann avec François Feldman ? La réponse est simple, je ne peux pas, et surtout je ne veux pas.
samedi, juillet 10
D'un meilleur groupe du monde à l'autre
Aujourd'hui, Neil Tennant (des Pet Shop Boys) a 50 ans, l'âge de la respectabilité, l'âge des médailles en chocolat offertes par la reine d'Angleterre, l'âge des bilans, l'âge de la sagesse, en attendant celui des tarifs réduits dans les bus.
Que lui reste-t-il à accomplir avec les années qu'il lui reste ? On lui a déjà demandé de remplacer Chostakovitch pour la bande-son du Cuirassée Potemkine (les historiens du cinéma vont protester, mais je fais semblant de rien), il a déjà remixé la femme de John Lennon, écrit des chansons pour l'ex-femme du chanteur du groupe dans lequel joue le fils de Ringo Starr, envoyé une tarte sur la figure de Barbara Windsor, remixé le plus gros tube de l'ennemi juré du chanteur du groupe dans lequel joue le fils de Ringo Starr, fait des reprises d'un futur Prix Nobel de la paix, d'un musicien décadent allemand et du fondateur du rock'n'roll, collaboré avec des cinéastes expérimentaux, des artistes contemporains et des architectes couverts de prix prestigieux, mentionné dans ses textes Che Guevara, Debussy, Beckett et Lady Di, été exposé à la Tate Gallery, écrit le meilleur album de tous les temps, écrit des chansons pour "ça", ressucité la carrière d'une diva qui croupissait dans la drogue et l'alcool, inspiré des merdes à Guns'n'Roses, été repris par Arab Strap, JJ72, Gamma Ray, Meryl Bainbridge ET East 17 et écrit des chansons sur Chostakovitch (yep, toujours lui, il est fan).
Que faire après ça ?
Que lui reste-t-il à accomplir avec les années qu'il lui reste ? On lui a déjà demandé de remplacer Chostakovitch pour la bande-son du Cuirassée Potemkine (les historiens du cinéma vont protester, mais je fais semblant de rien), il a déjà remixé la femme de John Lennon, écrit des chansons pour l'ex-femme du chanteur du groupe dans lequel joue le fils de Ringo Starr, envoyé une tarte sur la figure de Barbara Windsor, remixé le plus gros tube de l'ennemi juré du chanteur du groupe dans lequel joue le fils de Ringo Starr, fait des reprises d'un futur Prix Nobel de la paix, d'un musicien décadent allemand et du fondateur du rock'n'roll, collaboré avec des cinéastes expérimentaux, des artistes contemporains et des architectes couverts de prix prestigieux, mentionné dans ses textes Che Guevara, Debussy, Beckett et Lady Di, été exposé à la Tate Gallery, écrit le meilleur album de tous les temps, écrit des chansons pour "ça", ressucité la carrière d'une diva qui croupissait dans la drogue et l'alcool, inspiré des merdes à Guns'n'Roses, été repris par Arab Strap, JJ72, Gamma Ray, Meryl Bainbridge ET East 17 et écrit des chansons sur Chostakovitch (yep, toujours lui, il est fan).
Que faire après ça ?
vendredi, juillet 9
Enthousiasme pavlovien
Peu après la sortie en janvier de Immortal Memory, le mari de Lisa Gerrard avait dit que les jours de 4AD comme maison de disques attitrée de sa femme étaient comptés. Selon lui, le label était devenu incapable de gérer la popularité sans cesse grandissante de l'ex-Dead Can Dance. Etrange argument alors qu'il me semblait au contraire que le public avait plutôt tendance à se désintéresser de ses nouveaux projets. Même moi, qui réponds toujours "Dead Can Dance" à la sempiternelle question "Quel est ton groupe préféré ?", avais fini par perdre patience de la voir se disperser dans des musiques de films sans intérêt (Gladiator, Whale Rider, Ali,...), d'autant que des rumeurs insistantes faisant état d'une dérive de la dame dans l'intégrisme chrétien avaient déjà fait beaucoup pour écorner son image de prêtresse païenne dans mon esprit. Après les deux-trois premières écoutes de Immortal Memory, j'étais même un peu en colère : un titre en latin sur fond d'orgues d'église, des textes en araméen (la langue natale de notre Sauveur le Christ, dixit le livret) et un repli de ses influences sur l'Occident Chrétien m'avaient exaspéré, même si, avec le recul, je dois bien avouer que l'album est, pour peu que l'on fasse abstraction de ces à-côtés, tout à fait écoutable.
Pourtant, même si Dead Can Dance n'est plus dans mon esprit le groupe intouchable qu'il a été, il reste un élément constitutif de mon éducation musicale. Je ne peux oublier les dizaines de soirées que j'ai passées, dans un noir quasi-complet à chanter à tue-tête Rakim, The Host of Seraphym, Song of the Sibyl, The Spider Stratagem, Persephone ou Cantara. Pendant 15 ans, Dead Can Dance était le groupe vers lequel je me tournais quand j'avais besoin de 'recharger mes batteries'.
En conséquence, la nouvelle qu'un nouvel album de Lisa Gerrard pourrait sortir d'ici la fin de l'année continue de me réjouir a priori. Le tracklisting annoncé est le suivant :
Mantras of a lost archetype
1. Damhasdeen
2. Eulogy for the Innocent
3. Soltress
4. Passage of the Paladin
5. Entry
6. Devota
7. Poem of Denied Redemption
8. Minus Sanctus
9. The Dove and the Serpent
10. Hymn for the Fallen
11. Yamyinar
12. Curve
13. Rejection
14. Dance of the desert breeze
15. Awakening.
Le nom choisi pour les morceaux n'est jamais très loin de l'auto-parodie je trouve. L'album devrait a priori sortir sans le support d'une maison de disques.... en espérant que cela soit trouvable malgré tout.
Si maintenant, Brendan pouvait enfin sortir son deuxième album, Zun zun, annoncé depuis plus de deux ans, ce serait parfait.
Pourtant, même si Dead Can Dance n'est plus dans mon esprit le groupe intouchable qu'il a été, il reste un élément constitutif de mon éducation musicale. Je ne peux oublier les dizaines de soirées que j'ai passées, dans un noir quasi-complet à chanter à tue-tête Rakim, The Host of Seraphym, Song of the Sibyl, The Spider Stratagem, Persephone ou Cantara. Pendant 15 ans, Dead Can Dance était le groupe vers lequel je me tournais quand j'avais besoin de 'recharger mes batteries'.
En conséquence, la nouvelle qu'un nouvel album de Lisa Gerrard pourrait sortir d'ici la fin de l'année continue de me réjouir a priori. Le tracklisting annoncé est le suivant :
Mantras of a lost archetype
1. Damhasdeen
2. Eulogy for the Innocent
3. Soltress
4. Passage of the Paladin
5. Entry
6. Devota
7. Poem of Denied Redemption
8. Minus Sanctus
9. The Dove and the Serpent
10. Hymn for the Fallen
11. Yamyinar
12. Curve
13. Rejection
14. Dance of the desert breeze
15. Awakening.
Le nom choisi pour les morceaux n'est jamais très loin de l'auto-parodie je trouve. L'album devrait a priori sortir sans le support d'une maison de disques.... en espérant que cela soit trouvable malgré tout.
Si maintenant, Brendan pouvait enfin sortir son deuxième album, Zun zun, annoncé depuis plus de deux ans, ce serait parfait.
La patience, c'est bon pour les autres.
George Michael vient de fermer le forum de discussions qui était proposé sur son site officiel .
Le pauvre ne supportait apparemment plus que ses fans s'en servent pour le critiquer. La manière dont il présente les choses est assez fumeuse :
La dernière phrase est particulièrement grotesque. Il s'attendait vraiment à faire l'unanimité avec ses dernières chansons ? Son nouveau single par exemple n'est qu'un décalque d'un mini-tube dance d'il y a un an ou deux ('Flawless' par The Ones), sur lequel il se contente de plaquer des phrases sans suite. Le résultat n'a rigoureusement aucun intérêt.
Ca fait presque 10 ans qu'il n'a plus sorti une bonne chanson, et la vraie surprise en fait, ce serait plutôt qu'il y ait encore des gens désireux d'aller discuter de son fantôme de carrière sur Internet. Alors si en plus ils doivent se forcer à être enthousiastes....
Le pauvre ne supportait apparemment plus que ses fans s'en servent pour le critiquer. La manière dont il présente les choses est assez fumeuse :
"As many of you will know, much of my reasoning for the future is to stay away from the negativity of the media, I think that it is bad for me and for music in general, so I find it really sad to see the forums so packed full of negative comment. [...] the rooms will close. I feel bad for those of you who have always been supportive, but I'm afraid I want nothing to do with the bitching that has evolved between some members,
Sorry guys, but that's the way it goes... Peace and Love...or nothing at all. "
La dernière phrase est particulièrement grotesque. Il s'attendait vraiment à faire l'unanimité avec ses dernières chansons ? Son nouveau single par exemple n'est qu'un décalque d'un mini-tube dance d'il y a un an ou deux ('Flawless' par The Ones), sur lequel il se contente de plaquer des phrases sans suite. Le résultat n'a rigoureusement aucun intérêt.
Ca fait presque 10 ans qu'il n'a plus sorti une bonne chanson, et la vraie surprise en fait, ce serait plutôt qu'il y ait encore des gens désireux d'aller discuter de son fantôme de carrière sur Internet. Alors si en plus ils doivent se forcer à être enthousiastes....
Et après, on s'étonne qu'il pleuve.
Après une décennie miraculeuse où la pop dominait de la tête et des épaules les meilleures ventes de disques, les années 90 n'ont été qu'une longue traversée du désert. Je me suis amusé un jour à parcourir la liste des numéros 1 en Angleterre durant ces années et il n'y avait presque rien à sauver. La mauvaise dance et le mauvais rock régnaient sans partage. Pour vous dire l'étendue du désastre, les deux plus gros succès de la décennie furent : 'Everything I do I do it for you' de Bryan Adams et 'Love is all around' de Wet Wet Wet. Difficile d'imaginer musique plus stupidement insipîde. Fort heureusement, Bryan Adams n'embête plus personne (à part peut-être Ryan Adams) et soigne sa vilaine peau quelque part au fin fond du Canada. En revanche, j'apprends avec horreur que Wet Wet Wet se reforme. Tous aux abris ! Le spectre terrifiant d'un revival 90s est à nos portes. Combien de temps avant que Londonbeat ne sorte une compile ou bien que Aerosmith ne nous revienne avec des ballades gonflées aux hormones ?
jeudi, juillet 8
Exclusivité mondiale
On vient d'apprendre que Justin Timberlake a repoussé la sortie de son autobiographie de quelques semaines de peur qu'elle ne se retrouve éclipsée par celle de Robbie Williams, qui doit également sortir en septembre. Il me semblerait pourtant a priori que le risque est assez faible. Robbie Williams étant un quasi-inconnu aux Etats-Unis, aucune concurrence n'est à craindre là-bas. De plus, si son bouquin répond à la question que tout le monde se pose "A quel âge Britney a-t-elle cessé d'être 'that innocent' ?", je vois mal ce que Robbie pourrait trouver de plus porteur. Enfin, nous verrons.
J'ai en tout cas réussi à obtenir des copies sur microfilms des meilleurs passages de cette autobiographie ('auto' étant bien évidemment à prendre au sens le plus large du terme). Les voici en avant-première :
"Je sais bien que le fait d'écrire une autobiographie à 23 ans peut paraitre extrêmement prétentieux, mais il s'est dit tellement de choses sur moi, mes amis et ma famille, le plus souvent fausses, qu'il me semblait important de présenter la vérité à mes fans."
"J'ai rencontré Britney Spears pour la première fois à 11 ans. J'étais loin de savoir en voyant arriver cette petite fille timide toute en dentelles et boucles blondes qu'elle serait la cause des plus grandes joies et des plus grandes peines de ma vie."
"A la cérémonie de remise des Grammies, lorsque mon nom est sorti de l'enveloppe, je me suis imaginé un instant inscrit au panthéon de la musique, quelque part entre Marvin Gaye et Stevie Wonder. Durant des années, Nsync ne fut jamais pris au sérieux, et j'ai vécu comme une sorte de revanche d'être ainsi reconnu par mes pairs comme un des leurs."
"Durant toute mon adolescence, j'ai été obligé de conserver cette coiffure grotesque à base de boucles blondes. Je haïssais ça."
"Ma maman a toujours été ma meilleure amie."
"Chaque jour, je rends grâce à Dieu de m'avoir donné les meilleurs fans du monde."
Avouez que ça donne envie.
J'ai en tout cas réussi à obtenir des copies sur microfilms des meilleurs passages de cette autobiographie ('auto' étant bien évidemment à prendre au sens le plus large du terme). Les voici en avant-première :
"Je sais bien que le fait d'écrire une autobiographie à 23 ans peut paraitre extrêmement prétentieux, mais il s'est dit tellement de choses sur moi, mes amis et ma famille, le plus souvent fausses, qu'il me semblait important de présenter la vérité à mes fans."
"J'ai rencontré Britney Spears pour la première fois à 11 ans. J'étais loin de savoir en voyant arriver cette petite fille timide toute en dentelles et boucles blondes qu'elle serait la cause des plus grandes joies et des plus grandes peines de ma vie."
"A la cérémonie de remise des Grammies, lorsque mon nom est sorti de l'enveloppe, je me suis imaginé un instant inscrit au panthéon de la musique, quelque part entre Marvin Gaye et Stevie Wonder. Durant des années, Nsync ne fut jamais pris au sérieux, et j'ai vécu comme une sorte de revanche d'être ainsi reconnu par mes pairs comme un des leurs."
"Durant toute mon adolescence, j'ai été obligé de conserver cette coiffure grotesque à base de boucles blondes. Je haïssais ça."
"Ma maman a toujours été ma meilleure amie."
"Chaque jour, je rends grâce à Dieu de m'avoir donné les meilleurs fans du monde."
Avouez que ça donne envie.
Filles qui chantent sur les garçons et les filles
Deux très bons singles ont déboulé cette dernière semaine. Ca faisait longtemps (un bon mois) que ça n'était plus arrivé. Les deux clips sont visibles ici pour quelques jours.
* Rachel Stevens : "Some Girls"
Une rythmique synthétique lourde à la Goldfrapp. Des choeurs féminins qui font 'Hé', 'Oh Oh Oh' ou 'No no no', des cascades de tambours ponctuant la fin des couplets, une chorégraphie irrésistible à base de poings fermés que l'on cogne l'un au-dessus de l'autre (il faut le voir, une simple description ne peut faire justice à un tel éclair de génie), un refrain où les derniers mots de chaque phrase sont dits deux fois (il faut l'entendre, une simple description ne peut faire justice à un tel éclat de génie), un clip dont le principe est en gros de faire descendre sur la ville une armée de bimbos en mini-jupes, une production par Richard 'Girls on Top' X et des paroles du type: 'Il y a des filles à qui tout réussit. Pourquoi n'ai-je jamais que les miettes ?'. Je vous laisse imaginer le monstre que la combinaison de tous ces éléments peut créer. Après 'Sweet dreams my LA ex', un des grands singles pop de l'année dernière en Angleterre à n'avoir apparemment pas atteint nos contrées, Rachel Stevens a encore frappé et prouve qu'il existe une vie après S Club, en tout cas pour elle (n'ayant pas accès aux chaines de télé-achat anglaises, je suis malheureusement sans nouvelles des autres).
* Jamelia : "See it in a boy's eye"
Sur un accompagnement blippant à souhait, un couplet assez quelconque, de ceux qui n'existent que parce qu'il faut laisser le temps aux gens dans leur voiture d'augmenter le volume avant que le refrain n'arrive... mais quel refrain ! Il ne paye d'abord guère de mine, un peu de gros son, un accompagnement au piano, pas de quoi se trémousser en pagne au clair de lune a priori, puis insidieusement, écoute après écoute, il s'infiltre dans le cerveau jusqu'à se faire une petite place au chaud au coeur du lobe pariétal. Aux deux tiers du morceau, un bizarre intermède où une voix mal assurée chantonne la mélodie du refrain (pendant quelques secondes, on se croirait dans un des disques lo-fi de Baby Bird), puis quand ce dernier est repris avec piano, choeurs et tout le tintouin, on rend les armes. La répétition incessante de ces trois phrases a un effet hypnotique qu'il serait vain de vouloir contrer. Ce sens de la mélodie classique, limpide et qui prend le temps de se déployer sur plusieurs phrases, est assez rare dans le "arennebi", plus enclin, surtout depuis quelques années, a cherché son salut dans les expérimentations sonores et les mélodies hachées. Un raison en est sans doute la participation de Chris "Europe 2" Martin à l'écriture, mais ce n'est pas la seule. Après Superstar (oublions le deuxième single, décevant), Jamelia semble avoir trouvé la voie d'une 'pop-soul' typiquement anglaise, où la mélodie prend le pas sur les vocalises (à la longue un peu saoûlantes) des chanteuses américaines (Mariah, Beyoncé et les autres). Je serais curieux de jeter une oreille sur son album.
* En revanche, je viens de tomber sur une reprise de 'Take my breath away' de Berlin par Madame Jessica Simpson... Je voudrais que quelqu'un m'explique la raison d'être de cette chose. Sacrée Jessica. Heureusement qu'il y a Newlyweds sur MTV pour donner une justification à sa célébrité.
* Rachel Stevens : "Some Girls"
Une rythmique synthétique lourde à la Goldfrapp. Des choeurs féminins qui font 'Hé', 'Oh Oh Oh' ou 'No no no', des cascades de tambours ponctuant la fin des couplets, une chorégraphie irrésistible à base de poings fermés que l'on cogne l'un au-dessus de l'autre (il faut le voir, une simple description ne peut faire justice à un tel éclair de génie), un refrain où les derniers mots de chaque phrase sont dits deux fois (il faut l'entendre, une simple description ne peut faire justice à un tel éclat de génie), un clip dont le principe est en gros de faire descendre sur la ville une armée de bimbos en mini-jupes, une production par Richard 'Girls on Top' X et des paroles du type: 'Il y a des filles à qui tout réussit. Pourquoi n'ai-je jamais que les miettes ?'. Je vous laisse imaginer le monstre que la combinaison de tous ces éléments peut créer. Après 'Sweet dreams my LA ex', un des grands singles pop de l'année dernière en Angleterre à n'avoir apparemment pas atteint nos contrées, Rachel Stevens a encore frappé et prouve qu'il existe une vie après S Club, en tout cas pour elle (n'ayant pas accès aux chaines de télé-achat anglaises, je suis malheureusement sans nouvelles des autres).
* Jamelia : "See it in a boy's eye"
Sur un accompagnement blippant à souhait, un couplet assez quelconque, de ceux qui n'existent que parce qu'il faut laisser le temps aux gens dans leur voiture d'augmenter le volume avant que le refrain n'arrive... mais quel refrain ! Il ne paye d'abord guère de mine, un peu de gros son, un accompagnement au piano, pas de quoi se trémousser en pagne au clair de lune a priori, puis insidieusement, écoute après écoute, il s'infiltre dans le cerveau jusqu'à se faire une petite place au chaud au coeur du lobe pariétal. Aux deux tiers du morceau, un bizarre intermède où une voix mal assurée chantonne la mélodie du refrain (pendant quelques secondes, on se croirait dans un des disques lo-fi de Baby Bird), puis quand ce dernier est repris avec piano, choeurs et tout le tintouin, on rend les armes. La répétition incessante de ces trois phrases a un effet hypnotique qu'il serait vain de vouloir contrer. Ce sens de la mélodie classique, limpide et qui prend le temps de se déployer sur plusieurs phrases, est assez rare dans le "arennebi", plus enclin, surtout depuis quelques années, a cherché son salut dans les expérimentations sonores et les mélodies hachées. Un raison en est sans doute la participation de Chris "Europe 2" Martin à l'écriture, mais ce n'est pas la seule. Après Superstar (oublions le deuxième single, décevant), Jamelia semble avoir trouvé la voie d'une 'pop-soul' typiquement anglaise, où la mélodie prend le pas sur les vocalises (à la longue un peu saoûlantes) des chanteuses américaines (Mariah, Beyoncé et les autres). Je serais curieux de jeter une oreille sur son album.
* En revanche, je viens de tomber sur une reprise de 'Take my breath away' de Berlin par Madame Jessica Simpson... Je voudrais que quelqu'un m'explique la raison d'être de cette chose. Sacrée Jessica. Heureusement qu'il y a Newlyweds sur MTV pour donner une justification à sa célébrité.
mercredi, juillet 7
De l'autre côté du miroir
J'ai toujours pensé qu'il était impossible de se forger une opinion sur un événement quel qu'il soit, si on ne prend pas en compte la vision qu'en ont tous les protagonistes. Ainsi, on ne comprend rien à l'opposition entre la France et les Etats-Unis si on ne prend pas la peine de lire ou d'écouter les arguments des néo-conservateurs américains (cfr les éditos du toujours désopilant William Safire dans le NY Times par exemple). Deux beaux exemples dans le petit monde du rock'n'roll :
Après que tout le monde (moi y compris) ait glosé à tout va sur la question, Pete Doherty donne enfin une vision de l'intérieur de ses tentatives avortées de désintoxication dans le Sunday Mirror et apporte un éclairage nouveau sur son état d'esprit. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas folichon. "Musique et drogues sont pour moi deux faces de la même chose", dit-il en (hum hum) substance. Peut-être cela l'aide-t-il à composer de la meilleure musique (quoique) mais une chose est sûre, ça ne l'aide pas à gérer la vie de groupe et les obligations qui vont avec. Et à quoi bon composer des chansons qu'on trouve hyper-extra-cool sur le moment même si personne d'autre que lui ne pourra jamais les entendre ? En fait, tant qu'il continuera à osciller entre "Les drogues, c'est de la merde" et "Les drogues, c'est hyper-cool et ça développe ma créativité", je vois difficilement comment il pourrait cesser d'être simplement pour les tabloïdes un sujet d'articles édifiants, à destination de lecteurs qui, pour la plupart, seraient incapables de chantonner une seule mélodie des Libertines. What a waste(r).
Dans le même esprit, Jack White a pour la première fois évoqué (sur whitestripes.net) sa petite séance de boxe pendant un concert de Blanche, celle qui a mené à cette photo du chanteur des Von Bondies. Le moins que l'on puisse dire est qu'il n'est pas pétrifié par les remords. En gros, si on en croit le NME, il explique comment Jason Stollsteimer a totalement exploité l'incident en fournissant la photo à la presse (comprenez "quel vilain rapporteur celui-là, il est pas réglo. Quand on est un homme, on lave son linge sale en privé"). Il renchérit ensuite en disant "Regardez bien, son visage n'est pas du tout plein de plaies comme il voudrait nous le faire croire. Une fois qu'on enlève tout le sang séché, il a juste un oeil au beurre noir" (comprenez "bon, OK, il ressemblait vraiment à ça après que j'en eus fini avec lui, mais franchement, c'est pas si grave que ça en a l'air"). Avant de conclure par un formidable "Quand je pense que j'ai été si gentil avec Jason (et son groupe). Je les ai laissés répéter chez moi gratuitement, je leur ai trouvé un contrat, j'ai produit leur premier album...". Effectivement, quelle ingratitude.... Malgré tous ces bienfaits, JS a le culot de lui en vouloir de lui avoir cassé la gueule sans raisons. Je me demande combien d'albums JW estime devoir produire pour avoir le droit de lui crever un oeil. Deux ? Trois ? Allez, disons quatre, mais alors il a aussi le droit de lui casser un doigt et d'insulter ses parents.
Qu'il ait lui-même dit ces choses en pensant que ça allait le rendre sympathique indique qu'il a complètement perdu le lien avec la réalité.
Après que tout le monde (moi y compris) ait glosé à tout va sur la question, Pete Doherty donne enfin une vision de l'intérieur de ses tentatives avortées de désintoxication dans le Sunday Mirror et apporte un éclairage nouveau sur son état d'esprit. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas folichon. "Musique et drogues sont pour moi deux faces de la même chose", dit-il en (hum hum) substance. Peut-être cela l'aide-t-il à composer de la meilleure musique (quoique) mais une chose est sûre, ça ne l'aide pas à gérer la vie de groupe et les obligations qui vont avec. Et à quoi bon composer des chansons qu'on trouve hyper-extra-cool sur le moment même si personne d'autre que lui ne pourra jamais les entendre ? En fait, tant qu'il continuera à osciller entre "Les drogues, c'est de la merde" et "Les drogues, c'est hyper-cool et ça développe ma créativité", je vois difficilement comment il pourrait cesser d'être simplement pour les tabloïdes un sujet d'articles édifiants, à destination de lecteurs qui, pour la plupart, seraient incapables de chantonner une seule mélodie des Libertines. What a waste(r).
Dans le même esprit, Jack White a pour la première fois évoqué (sur whitestripes.net) sa petite séance de boxe pendant un concert de Blanche, celle qui a mené à cette photo du chanteur des Von Bondies. Le moins que l'on puisse dire est qu'il n'est pas pétrifié par les remords. En gros, si on en croit le NME, il explique comment Jason Stollsteimer a totalement exploité l'incident en fournissant la photo à la presse (comprenez "quel vilain rapporteur celui-là, il est pas réglo. Quand on est un homme, on lave son linge sale en privé"). Il renchérit ensuite en disant "Regardez bien, son visage n'est pas du tout plein de plaies comme il voudrait nous le faire croire. Une fois qu'on enlève tout le sang séché, il a juste un oeil au beurre noir" (comprenez "bon, OK, il ressemblait vraiment à ça après que j'en eus fini avec lui, mais franchement, c'est pas si grave que ça en a l'air"). Avant de conclure par un formidable "Quand je pense que j'ai été si gentil avec Jason (et son groupe). Je les ai laissés répéter chez moi gratuitement, je leur ai trouvé un contrat, j'ai produit leur premier album...". Effectivement, quelle ingratitude.... Malgré tous ces bienfaits, JS a le culot de lui en vouloir de lui avoir cassé la gueule sans raisons. Je me demande combien d'albums JW estime devoir produire pour avoir le droit de lui crever un oeil. Deux ? Trois ? Allez, disons quatre, mais alors il a aussi le droit de lui casser un doigt et d'insulter ses parents.
Qu'il ait lui-même dit ces choses en pensant que ça allait le rendre sympathique indique qu'il a complètement perdu le lien avec la réalité.
dimanche, juillet 4
vendredi, juillet 2
Deux fois virtuel...
Vous avez aimé le blog de Fred Durst ? Vous allez adorer le blog d'Alex Kapranos, le chanteur de Franz Ferdinand. Il y parle de sa tournée, de sa musique préférée, de son futur mariage avec une française. Bon, pour être honnête, il y a un petit détail qui pourrait en gêner certains : il s'agit du fruit de l'imagination hyperactive d'un fan ayant du temps à perdre. Il faut néanmoins saluer l'exercice de style, d'autant que, pour éviter des erreurs factuelles trop flagrantes, cela doit demander un travail de recherche assez poussé.
Sinon, j'ai été stupéfié de voir que des dizaines de blogs-jeux de rôle du même genre existent sur le web. On peut notamment (rien qu'en faisant un tour sur la liste des 'amis' de 'Alex Kapranos') trouver les trois acteurs principaux de Harry Potter, Kate Moss, Damon Albarn,... j'en passe et des meilleurs.
Sinon, j'ai été stupéfié de voir que des dizaines de blogs-jeux de rôle du même genre existent sur le web. On peut notamment (rien qu'en faisant un tour sur la liste des 'amis' de 'Alex Kapranos') trouver les trois acteurs principaux de Harry Potter, Kate Moss, Damon Albarn,... j'en passe et des meilleurs.
Le lien avec la musique est ténu, mais vu que....
.... c'est mon blog et que ça m'attriste, j'vous le dis quand même. Anthony Buckeridge est mort en début de semaine. Le nom ne dira peut-être pas grand chose à la plupart d'entre vous, mais il était l'auteur des aventures de Jennings. Celles-ci furent traduites en français dans la Bilbiothèque Verte (puis Rose) : Bennett et Mortimer, Bennett et la Cartomancienne, Bennett et les grenouilles et Bennett fait son numéro (mon préféré)... Les six premières aventures du bonhomme ont été rééditées en anglais il y a 2 ou 3 ans, à ma grande joie. Malheureusement, elles n'ont pas, comme on dit pudiquement dans ces cas-là, 'rencontré leur public'. Aucune réédition n'est plus prévue pour les autres titres. Dommage, ça m'avait presque fait autant rire en anglais il y a quelques mois qu'à l'époque en français.
R.I.P ou R.S.V.P (au choix)
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