lundi, juillet 26

Fahrenheit 9/11

En général, je ne montre pas ici ce que j'écris sur le cinéma et mes avis passent directement sur tchitchaaa, mais comme je sui un peu paresseux ces temps-ci, je vais faire une exception et laisser ici quelques jours mon avis sur le film de Michael Moore. D'autant que ce n'est pas tout à fait hors-sujet, ne serait-ce que pour la séquence formidable où on voit Britney Spears nous expliquer qu'elle a toute confiance en son président.

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Lorsque Tarantino et son jury ont décidé de décerner la Palme d'Or à Fahrenheit 9/11 (en prétendant, ce qui n'a pas aidé, que leur choix était guidé par des considérations uniquement artistiques, dans lesquelles la politique ne jouait aucun rôle), ils ne se sont dans doute pas rendus compte qu'il s'agirait, en France tout du moins, d'un cadeau empoisonné. Michael Moore qui, jusque là, bénéficiait d'une bienveillance bonhomme de la part de la critique s'est retrouvé dans une posture d'ennemi. Il n'est plus seulement le gentil Américain qui dénonce les excès de son pays, mais est devenu également la tête de pont d'une tentative, perçue d'inspiration Hollywoodienne, de soumettre le 'grand cinéma' dont Cannes est la vitrine attitrée, aux lois du marché et de l'"entertainment". Certes, Michael Moore fait du cinéma de divertissement, sans grande finesse et en n'ayant pas peur d'utiliser des grosses ficelles, mais cela, il l'a toujours fait (le 'toujours' est surtout de ma part une généralisation hâtive vu que je n'ai vu de lui
que Bowling for Columbine) et que l'on ne s'en offusque que maintenant est une amusante étrangeté, qui montre bien la volatilité des opinions que tout un chacun peut se former.

Fahrenheit 9/11 est un pamphlet, un genre que ceux (dont moi) qui ne fréquentent pas assidûment les programmations alternatives des cinémathèques ne connaissent guère. Ce n'est ni un documentaire (aucune prétention au détachement ou à l'objectivité), ni, évidemment, une fiction. Il s'agit plutôt d'un réquisitoire, entièrement à charge, qui poursuit un objectif avoué : convaincre les Américains de ne pas aller voter pour Bush en novembre 2004. De même qu'Hollywood produit des films dont l'unique raison d'être est de rentabiliser leur coût durant le premier week-end d'exploitation, Michael Moore a fait un film dont le but est trivial, précis et terre-à-terre. Ce n'est pas ce que l'on demande en général à une oeuvre d'art, dont on dit souvent qu'elle doit transmettre plus de questions que de réponses. Ici, Moore n'apporte que des réponses. Le problème est alors de savoir si ces réponses sont convaincantes. En d'autres termes, est-ce un bon pamphlet ? La question est d'autant plus complexe que le film ne nous est pas destiné. Ce n'est pas nous que Moore veut convaincre, mais ses compatriotes. Donc, finalement, ce qu'il faudrait pour juger de la réussite du film, c'est interroger tous les spectateurs américains à la sortie des salles de cinéma aux Etats-Unis et leur demander pour qui ils comptaient voter avant d'avoir vu le film et si leur opinion a changé. Tout le reste, c'est passer à côté du problème à mon avis. Ceci dit, ça ne m'empêchera pas de donner mon avis.

On a beaucoup reproché, de ce côté-ci de l'Atlantique, au film de ne rien apporter de neuf sur la table, de se contenter de régurgiter des informations connues. Ce n'est pas tout à fait exact. Le film apprendra certainement des choses à son public cible, et j'ai pour ma part également appris deux ou trois petites choses et vu des images inédites. Ainsi, celles de ce responsable taliban en visite au Texas, celles des responsables US minimisant, au début de l'année 2001, l'importance de l'arsenal de guerre irakien, celles des députés noir-américains, impuissants faute de l'appui d'un Sénateur, se relayant lors de l'investiture de Bush pour dénoncer la manipulation des élections (dommage que le film n'ait pas pris là une minute pour expliquer la procédure parce que c'est pour moi resté assez obscur), sans parler des images de la guerre en Irak elle-même, assez rares à la télévision. De même, j'ai été surpris de d'apprendre la réduction des fonds de défense nationale (la séquence illustrant la surveillance des côtes de l'Oregon est assez parlante, même si je suppose que des radars et des satellites font tout aussi bien, sinon mieux, le travail que Moore voudrait voir effectuer par des policiers) ou bien les pensions militaires rognées.

D'un autre côté, Michael Moore emploie des raccourcis et prend des libertés avec la vérité tellement énormes que, même si on le soutient entièrement dans son combat, on ne peut s'empêcher de renâcler. Ainsi, il présente l'Irak d'avant-guerre comme une sorte de paradis terrestre plein d'enfants aux dent blanches, il énonce une liste des membres de la "coalition of the willing" qui ne fait rien pour désamorcer l'image d'Américains tellement imbus d'eux-mêmes qu'ils se désintéressent absolument du reste du monde, quitte à flirter avec une certaine forme de racisme. Les pays les plus folkloriques sont présentés comme des pantins dont il faut se moquer et ceux a priori plus respectables sont tout simplement omis. Il succombe là à des travers (la simplification à outrance, le manichéisme, l'américano-centrisme, le recours à l'émotion) que l'on associerait ici assez volontiers à Bush.

De même, il se focalise parfois sur des détails qui me semblent n'avoir qu'une importance toute relative (le fait que le cousin de Bush ait été responsable de la couverture de la soirée électorale sur Fox News par exemple) ou bien se fait l'écho d'hypothèses auxquelles je ne crois guère. Encore maintenant, je pense que la guerre en Afghanistan était effectivement motivée par une envie de se défendre et la thèse du complot sur fond de pipe-line me semble un peu tirée par les cheveux. On pourrait tout aussi bien expliquer le retard pris par les opérations dans le pays par une envie de faire les choses dans les règles et d'arriver à un consensus international, soit exactement ce qu'on leur a reproché de négliger en Irak.

Il se montre par ailleurs étrangement évasif ou passe rapidement sur des points plus graves. Les reponsables américains étaient-ils de bonne foi dans leurs discours sur l'Irak ? Croyaient-ils réellement à l'existence des armes de destruction massive ou bien à des liens organiques entre Saddam Hussein et Al-Qaeda ? Pour moi, la confirmation la plus incroyable du film est que, le 12 septembre, Bush et son entourage voulait déjà profiter des attentats pour régler son compte à Saddam Hussein. Il aurait peut-être suffi de quelques enquêtes supplémentaires pour prouver qu'à cette époque déjà, les liens vec l'Irak étaient totalement discrédités, auquel cas, cette réunion de crise au cours de laquelle les reponsables de la Nation ont décidé de faire l'impasse sur une menace réelle (et donc de sacrifier la sécurité de leurs concitoyens) pour poursuivre des objectifs personnels (enrichissement, atavisme familial,...), ferait voler en éclats l'image d'un George Bush dont le seul but est la défense du peuple américain. Ce genre de révélations serait en mesure, à elle seule, d'empêcher sa réélection. J'ai l'impression qu'elle était presque à portée de mains, mais Moore ne va pas au bout de son raisonnement. A-t-il eu peur ?

De plus, là où William Karel dans 'Le monde selon Bush' peint un portrait de Bush cohérent et assez convaincant : un être faible, dominé par son entourage et incapable de réfléchir par lui-même, Moore oscille entre cette vision des choses et celle d'un Bush tirant lui-même les ficelles (alors que si les informations du Monde sont exactes, Bush est un des seuls membres du gouvernement qui ne tirerait aucun profit direct de la guerre en Irak). Cette indécision déforce son propos, malgré cette image incroyable d'un Bush s'adressant à la Nation pour la mettre en garde du danger posé par les 'terroristes' avant de se vanter comme un enfant d'être doué au golf 'now look at that drive...'

Autre sujet d'ambivalence. Moore prend le risque, à travers deux ou trois séquences, de mettre les jeunes soldats sur la sellette, de blâmer leur ignorance ou leur inconscience, par exemple à travers l'interview de ces jeunes conducteurs de blindés expliquant que tirer sur des Irakiens la nuit en coutant du hard-rock est "the ultimate rush". Il aurait pu continuer sur cette voie en parlant des tortures à Abu Ghraib (il avait un instant pensé rajouter un chapitre à la version du film présentée à Cannes). Il n'en a rien fait, sans doute par peur de
s'opposer ainsi à ce qui semble être un consensus général à travers toute la société américaine : il faut apporter son soutien aux troupes ("support our boys"). A la place, il choisit pour conclure son film un autre angle d'attaque. Il explique comment l'Armée américaine part à la
pêche aux nouvelles recrues dans les quartiers les plus pauvres, comment elle leur fait miroiter une éducation tous frais payés, comment elle rétorque aux apprentis rappeurs que Shaggy aussi a été militaire, ou aux fans de basket que les équipes militaires sont un bon tremplin vers la
NBA. Ces séquences, en parallèle avec celles où des délégués de grands entreprises expliquent que l'Irak est pour l'instant le marché le plus porteur et une occasion unique de réaliser de plantureux bénéfices, sont très significatives dans un pays qui, 20 ans après la chute de l'"Empire du Mal", se vante d'avoir aboli le système de classes (ou en tout cas la "conscience de classe"). Le film se conclut ainsi sur une note quasi-marxisante : "Ce sont les gens issus des classes les plus défavorisées qui sont prêts à donner leur vie pour défendre le système responsable de leur asservissement. Tout ce qu'ils demandent en échange, c'est qu'on ne les envoie au casse-pipe qu'en cas d'extrême urgence, et pas pour l'enrichissement de quelques-uns."

Il faut tirer son chapeau à Michael Moore d'avoir réussi à faire un blockbuster (100 millions de dollars de recettes depuis ce week-end aux Etats-Unis) d'un film propageant ce genre de discours. Certes, on peut crier au populisme ou à la démagogie, mais lutte des classes et démagogie vont souvent de pair. Libre à chacun d'y accoler le terme qui convient le mieux à sa perception.

jeudi, juillet 22

Mein Teil

On peut accéder à la vidéo du nouveau single de Rammstein via ce lien. Je n'ai jamais été très client de ce que fait le groupe, mais je dois bien avouer être assez impatient d'entendre ce que les Pet Shop Boys vont bien pouvoir faire de cette chanson (le single sort ce lundi en Allemagne). Par le passé, ils se sont déjà attelés à remixer des chansons improbables, avec des succès divers. Leurs remixes de 'Walking on thin ice' de Yoko Ono ou de 'Hallo Spaceboy' de Bowie par exemple étaient parfaits, celui de 'Mope' du Bloodhound Gang était en revanche un peu en-dessous, malgré une savoureuse référence à Falco. Si on en croit 'Jack & Jill Party', le single qu'ils ont écrit et produit pour Pete Burns (l'ex-chanteur de Dead or Alive), leur son est redevenu très électronique, presque 'dark', dans la lignée de 'Time on my hands' (la chanson qui ouvrait Disco 3 et faisait furieusement penser à du Front 242). On peut penser que ce remixe suivra les mêmes lignes. Plus que huit fois dormir et on devrait en savoir plus.

Top pop

Et pour terminer, mon classement des meilleures chansons pop-radio-MTV du semestre :

- Britney Spears : Toxic + Everytime
- JC Chasez : All day long I dream about sex (la version de l'album)
- O-Zone : Dragostea din tei
- Rachel Stevens : Some girls
- Jamelia : See it in a boy's eye
- Black-Eyed Peas : Shut up (tout juste en 2004 je pense)
- D-Side : Pushing me out
- The Rasmus : In the shadows

mercredi, juillet 21

L'avant-dernier de la série

Cette fois, ce seront les meilleurs albums du premier semestre 2004. Sachant que je n'ai pas dû écouter attentivement plus d'une vingtaine de nouveautés durant ces six derniers mois, j'espère que chacun réalisera l'absurdité de la démarche. Presque tout le monde gagne.

- Scissor Sisters : Scissor Sisters
- Hope of the States : The lost riots
- Morrissey : You are the quarry
- JC Chasez : Schizophrenic
- Franz Ferdinand : Franz Ferdinand
- The Zutons : Who killed the Zutons?
- Max Richter : The blue notebooks
- Pan Sonic : Kesto
- Adem : Homesongs
- Einstürzende Neubauten : Perpetuum Mobile

mardi, juillet 20

Top déceptions

Je poursuis ma série de classements sans suite par les déceptions et hypes démesurées du semestre. Le premier gagnant haut la main le prix de l'album le plus surestimé.

- The Streets : A grand don't come for free
- Lambchop : Aw Cmon/No Cmon
- TV on the radio : Desperate youth, Blood thirsty babes
- The Cure : The Cure
- The Vines : Winning days

et quand j'aurai écouté l'album de Razorlight, mon petit doigt me dit que je pourrai l'ajouter à cette liste.

EDIT 21/07/2004 : On n'écoute jamais assez son petit doigt.

Chansons à voir

Il existe en Angleterre un terme dont je n'ai jamais réellement compris le sens, 'novelty song', qui désigne apparemment ces chansons à base de mélodies simplistes et de chorégraphies ringardes, qui régulièrement deviennent des tubes de l'été en Europe. C'est clairement un terme péjoratif et des débats homériques sont régulièrement tenus pour savoir si telle ou telle chanson est une inavouable 'novelty song' ou bien simplement une très bonne chanson pop déjantée. L'année dernière, ce fut 'Asereje' par Las Ketchup. Cette année, c'est 'Dragostea din tei' de O-Zone (deux excellentes chansons à mon avis). Il en est d'autres qui mettent tout le monde d'accord ceci dit, par exemple 'La danse des canards' ou 'Agadoo doo doo pousse la nana et mouds le café'.

Les deux chansons qui suivent ne devraient pas non plus générer des débats sans fin. Je vous présente donc un Jordy chinois, dont je ne sais rien (peut-être même n'est-ce pas une chanson réellement sortie mais un sketch des Inconnus locaux, qui sait ?) et le déjà mythique 'You touch my tralala, my ding ding dong' de Gunther.

Merci à Laurent de la np.

lundi, juillet 19

Voix et guitares en bois

On dit souvent que c'est dans les vieilles marmites que l'on fait les meilleures soupes. Or, il est difficile de trouver marmite plus usagée que celle où, depuis des années, des garçons sensibles jettent en vrac leurs tourments, leurs voix mal assurées, et les mélodies délicates qu'ils découvrent en se gratouillant la six-cordes affalés sur leur lit, les yeux dans le vague (c'est en gros ce que j'appelle ici le 'folk', faute d'un terme plus adapté). Pourtant, à écouter trois disques sortis récemment, il semble bien que le choix de la marmite n'est pas tout et que, pour obtenir un bon potage, il ne faut pas hésiter à faire preuve d'un brin d'imagination dans le choix des ingrédients qu'on y plonge.

Les Kings of Convenience sont déjà des vieux routiers. Ils furent à la pointe il y a deux ou trois ans de l'éphémère 'New Acoustic Movement' que le NME tenta de lancer, avec les Turin Brakes notamment. Je garde de leur premier album (dont le titre sonnait comme un manifeste Quiet is the new loud) le souvenir d'un disque enchanteur, léger, cristallin, plein de mélodies bondissantes où leurs deux voix se chevauchaient sans cesse. Depuis, ils avaient sorti un album de remixes un peu décevant et l'un d'ente eux, Erlend Oye, s'était même découvert une vocation de DJ et avait sorti un album surfant sur la vague électroclash, enregistré au gré de ses rencontres. J'attendais donc avec une certaine impatience ce nouvel album en duo, me demandant comment ils allaient incorporer ces nouvelles influences dans leur musique. La réponse est de ce point de vue assez simple. Ils ne l'ont pas fait, d'où une pointe de déception. Certes, ils n'ont pas perdu leur sens de la phrase accrocheuse, certes l'album dégage toujours le charme délicat d'un pique-nique champêtre dans une clairière ensoleillée. Pourtant, maintenant que l'on en sait un peu plus sur les références musicales d'Erlend Oye et que l'effet de surprise ne joue plus, le charme n'opère plus tout à fait de la même façon et l'ensemble apparait un peu trop 'fabriqué', d'autant que la seconde moitié du disque où semblent rassemblées les chansons calmes marque à mon avis une nette baisse d'inspiration. Ce n'est en rien un mauvais disque, mais on en vient pourtant parfois à se demander si le monde avait vraiment encore besoin de nouveaux Art et Garfunkel, maintenant que les originaux se sont reformés.

Devendra Banhart envisage quant à lui son rôle de troubadour moderne d'une manière beaucoup moins conventionnelle, et son nouvel album génère sur la longueur un vrai sentiment d'étrangeté. Même si on se trouve à première vue en terrain connu, la joliesse de ses compositions et la fragilité de sa voix semblent toujours prêtes à céder la place à quelque chose de beacoup plus sinistre. Des accidents semblent venir en permanence mettre les chansons en danger et effectivement, parfois, sans crier gare, certaines basculent complètement et on se retrouve face à des morceaux qui ne dépareraient pas sur 'The Anthology of American Folk Music' (This beard is for Siobhan par exemple). Brusquement, on cesse d'entendre un jeune Canadien bien de sa personne sculptant avec compétence des petites miniatures folk pour imaginer un bluesman presque mort se lamentant sur son sort avec une voix tour à tour lasse et furieuse qui semble émaner du fond des âges. Durant les premières écoutes, le disque semble ainsi régulièrement osciller entre deux visages irréconciliables. Puis, au fur et à mesure que l'on se familiarise avec les chansons, on se rend compte qu'en fait le disque est d'une grande homogénéité et que le petit faiseur folk n'a jamais existé que dans notre armoire à stéréotypes et que le disque est tout entier l'oeuvre d'un vieux bluesman oublié. Comment ce dernier s'est retrouvé dans la peau d'un jeune Canadien d'à peine 20 ans reste cependant un mystère. En tout état de cause, lorsque le micro-label Hinah a déniché les premières démos de Devendra Banhart il y a deux ans, ils ont indéniablement eu du flair.

L'album de Gravenhurst sillonne de nouveau le même terrain. Toutes les chansons sont basées sur le binôme guitare et voix, et on entend même de temps en temps un harmonica dans la plus pure tradition folk 70s. Mais, au contraire de Devendra Banhart qui a renouvelé le genre en allant puiser dans le passé, Gravenhurst s'est tourné vers une production contemporaine qui, par petites touches d'orgues ou quelque effets d'échos, tire ses chansons classiques vers une douceur cotonneuse qui rappelle Mojave 3 par exemple. On pense aussi par moments à un Maximilian Hecker qui aurait remplacé le piano par la guitare. Même sens des atmosphères, même délicatesse, même fragilité. L'ensemble intrigue, sans doute parce qu'il ne semble jamais se contenter de suivre à la lettre une recette existante. Cette mise au goût du jour de la grammaire habituelle du folk n'étonne guère sur un label tel que Warp, qui n'était pas jusqu'ici vraiment connu pour ses obsessions passéistes.

Tops tops tops

Parce qu'il n'est rien de plus satisfaisant pour l'esprit que de ranger des disques dans des petites boîtes numérotées, parce que même Supercoin s'y est mis, parce que les tops sont myopes (oh oh) et que c'est donc un exercice qu'il faut effectuer régulièrement, et surtout parce que c'est vite fait (surtout si on ne commente pas), je vais dresser dans les prochains jours quelques classements divers et variés relatifs au premier semestre 2004. Je n'ai pas eu la discipline nécessaire pour en faire un rendez-vous hebdomadaire mais j'espère que ma paresse habituelle me permettra de tenir un rythme bi-annuel (d'autant que six mois c'est long et que je ne jurerais pas que ces pages existeront encore en décembre).

Je commence par les meilleurs disques de 2003 découverts en 2004
- Johnny Cash - Unearthed
- The Hidden Cameras - The smell of our own
- Sun Kil Moon - Ghost of the great highway
- The Coral- Nightfreaks and the sons of Becker
- Basement Jaxx - Kish Kash

vendredi, juillet 16

La ferme, les animaux !

Comment dénoncer la marchandisation de la musique en ces temps de globalisation galopante ? Comment faire comprendre au grand public que les musiciens sont essentiellement devenus des vaches à lait que des grandes multinationales vont traire jusqu'à ce que, ayant donné tout ce qu'elles avaient en elles, elles se dessèchent et que leurs carcasses soient laissées à pourrir dans les bacs à soldes ? Comment lui faire percevoir que, à chaque disque acheté, les artistes voient une part de leur humanité se perdre dans la brume des illusions perdues ? Sans doute est-ce la question que se sont posé deux groupes de métal avant de décider d'utiliser des animaux comme chanteurs.

Enfin.... disons que ça, c'est l'hypothèse haute. L'hypothèse basse serait plutôt Michael qui arrive au studio de répét' en disant "Uh.. huh.. Uh.. huh. J'écoutais Sepultura tranquille avec une bière dans mon fauteuil et y a Max qui a commencé à grogner/hennir/aboyer/miauler/caqueter comme un fou. La musique devait l'exciter, mais ça collait hyper bien avec le disque, c'était trop bizarre. Ca m'a donné une idée dingue. Comme Kevin a la pharyngite, on devrait prendre Max pour les vocaux, ce serait trop la mort." et le groupe de renchérir : "Ah... ah... ah... Cooooool."(*)

Quelle que soit la raison réelle, cela existe. D'un côté, nous avons donc Caninus, dont le chanteur est un bulldog. De l'autre, Hatebeak dont le chanteur est Waldo, un perroquet (même si à l'écoute, ça ressemble plus à un cheval qu'à autre chose). La légende veut que, ce dernier ayant horreur du bruit, ses vocaux soient enregistrés à part.

Dans tous les cas, ça s'écoute et .  Avouez que ça aurait été dommage que je ne vous en fasse pas profiter.

Merci à Popbitch.

(*) Ami métalleux, si tu me lis, sache que je suis le premier navré de propager ces stéréotypes consternants.

mercredi, juillet 14

D'Amsterdam à Liverpool

Il y a un type de chansons auquel j'ai toujours accolé le terme de 'pop parfaite'. Ce ne sont pas les chansons que l'on entend tous les jours à la radio qui, pour efficaces qu'elles soient, donnent rarement l'impression d'avoir été écrites avec facilité. Tout, de la production à l'écriture, y est le résultat d'un patient travail d'assemblage, qu'on ne peut ignorer. Au contraire, j'associe le qualificatif de 'pop parfaite' à des chansons qui donnent une impression d'évidence, dont on se demande comment il est possible qu'elles n'aient jamais été écrites auparavant. Parfois, ce sont des tubes (Lemon Tree de Fool's Garden par exemple). Le plus souvent, pourtant, ce sont des chansons plus obscures.

Pendant des années (entre 82 et 93 environ), mes pourvoyeurs en ce domaine furent les Nits dont les albums laissaient toujours une terrassante impression de fluidité dans l'écriture. Puis, à partir de Alankomaat (et le départ de leur claviériste historique), ils ont bifurqué vers autre chose, une sorte de jazz-pop enfumé, très agréable à entendre mais qui ne donnait que rarement envie de taper du pied. Ils sont récemment revenus à leurs premières amours avec un formidable nouvel album à la fin de l'année dernière ('1974') mais il n'empêche qu'entre 1994 et 2001, à quelques rares exceptions près (le premier album des Catchers par exemple), je n'avais plus de groupes qui pouvaient étancher routinièrement ma soif de chansons évidentes. Fin 2001, le salut est arrivé sous la forme de The Coral, le groupe de Liverpool qui a commencé à aligner sans sourciller les chansons imparables à un rythme proprement effrayant. Outre les titres présents sur leurs deux albums et demi, ils joignaient en effet à tous leurs singles un minimum de trois inédits.

Dans la foulée, Liverpool a révélé une poignée de groupes partageant les mêmes influences. Il y eut d'abord The Bandits, dont le chanteur semblait cultiver un troublant mimétisme vocal avec James Skelly, mais j'ai appris hier qu'ils avaient splitté. Dommage, leur premier album était très bon.

Plus récemment apparurent les Zutons dont j'ai enfin reçu l'album. Apparemment, il est de bon ton de dire que The Zutons, c'est un peu The Coral si ceux-ci, au lieu d'écouter de la pop des années 60, avaient été fans de soul et de rock 70s. Le NME n'arrête par exemple pas de parler de saxophones en parlant de leur musique, histoire de bien mettre en évidence leurs racines 'soul'. J'adorerais renchérir (il faut reconnaitre que ça en jette comme description, et j'aime bien, par principe, être d'accord avec le NME), mais j'ai beau écouter l'album, je n'entends pas une seule note de saxophone. Je dois être sourd. Donc, je dirai juste que l'album des Zutons est un formidable album 'à la The Coral' et un bon moyen de patienter en attendant que ces derniers redescendent sur terre assez longtemps pour se remettre à écrire. Il me reste maintenant à partir en chasse de leurs B-sides, parce que s'ils sont aussi prolifiques que leurs collègues de label, j'ai encore des heures de plaisir en perspective.

PS : L'album des Scissor Sisters aussi se pose là en matière de pop parfaite.

mardi, juillet 13

En vitesse

- Moby ne va pas mieux. D'abord, il va voir des matches de cricket dégénéré (aussi appelé base-ball de par là-bas). Ensuite, il s'étonne que durant un match les joueurs professionnels restent concentrés tandis que les spectateurs le sont moins. Pour ne rien arranger, il prend des photos floues depuis les fenêtres de son taxi. Pour finir, il y voit des fantômes.

- Comme chaque année, les Inrocks profitent de l'été pour parler de la pop, sous l'angle cette semaine des tubes de l'été. Comme chaque année, ils le font avec condescendance (cfr l'article de Christophe Conte qui m'a laissé tout tremblotant de colère sur mon siège). Comme chaque année, je me demande pourquoi les Inrocks n'hésitent pas à ruer dans les brancards en matière de cinéma et restent dans une optique d'intégrisme froid pour tout ce qui touche à la musique. Puis, cette année, une petite surprise. Leur nouvelle recrue censée couvrir le segment djeune "arènnebijsépaquoi" (terme déposé), Johanna Séban, a le bon goût de reconnaître du génie à Dragostea Din Tei. Hourrah.

Ceci dit, comme chaque année, je vais plutôt relire le NME. Il y a un article sur Rachel Stevens, et pour être honnête, 'Some Girls' est encore bien meilleur que 'Dragostea Din Tei'.

Au voleur !!!

Depuis des années, un pan entier de notre société vivait dans l'oppression, ostracisé par un apartheid culturel injuste. Alors que les médias de masse (Arthur en tête) nous vendent une nostalgie sur le mode Casimir-Goldorak-Emile et Images, quelles ressources ont pour s'attendrir sur leur passé les gens qui sont passés à côté de la culture populaire de cette époque ? Ceux qui ne regardaient pas la télé mais lisaient des romans, n'allaient pas voir le Grand Bleu mais Woody Allen, n'écoutaient pas le Top 50 mais Joy Division ou les Smiths. La tribu pré-Inrockuptible, si il fallait vraiment lui donner un nom, n'aurait-elle pas droit à sa Madeleine de Proust de masse, la possibilité de s'attendrir de concert devant des références communes ? Cela ne pouvait durer, il fallait agir. C'est ce qu'a bien compris Vincent Delerm, qui semble ainsi baser son écriture sur une énumération des souvenirs culturellement corrects des universitaires et des fil(le)s de bonne famille (qui sont bien souvent les mêmes).

Je partage bon nombre des références égrénées par Delerm : le fétichisme des collections de livres de poche, les références à Modiano, à Deutsche Grammophon, etc.... Pourtant, une amie qui me connait bien, m'avait dit que ce n'était pas un chanteur pour moi, que je ne devais pas écouter ses disques et que ça allait me mettre de mauvaise humeur. Je ne l'ai pas crue. J'aurais dû.

Très vite, cette litanie de noms, d'oeuvres, de marques, égrénée avec suffisance devient en effet insupportable. A chaque fois qu'apparait un nom qui fait partie de mon inconscient personnel (prenons Sergi Bruguera par exemple), je n'ai qu'une seule envie, l'occulter, l'oublier au plus vite, me convaincre qu'il ne m'évoque rien, de peur de me retrouver dans la vision du monde véhiculée par ce disque. Pourquoi tant de haine ? Une raison épidermique tout d'abord : la voix. Delerm chante (je ne suis pas sûr que ce soit le bon mot) sur un ton à ce point affecté qu'il devient pour moi une barrière infranchissable, derrière laquelle je ne perçois plus aucune humanité. Je ne conçois pas que des êtres de chair et de sang puissent parler ainsi, en tout cas pas ceux avec lesquels je pourrais partager des souvenirs autour d'un verre. Dès lors, il m'apparait plus comme une sorte d'entomologiste-braconnier venant chasser les papillons de ma jeunesse (oh oh) pour les épingler dans une vitrine au coeur d'un musée auquel je n'ai pas accès. Ces lambeaux de mémoire qui me sont chers, il les inscrit dans une vision de la vie qui m'est étrangère (un sorte de dandysme snob trop conscient de lui-même) et donc quelque part m'en dépossède.

Et puis, franchement, comment pourrais-je partager sans honte des
souvenirs avec quelqu'un qui ose écrire sans la moindre trace d'ironie : "des Anglaises pâlichonnes avec Joy Division (prononcé Djoï Divizionne, pour la rime, parce que bon, les rimes c'est important)" ou encore "du Henri Dutilleux quand elle relit Bourdieu (Chez ces gens-là, on ne lit pas Bourdieu. Non. On relit Bourdieu), ou bien encore faire rimer Telemann avec François Feldman ? La réponse est simple, je ne peux pas, et surtout je ne veux pas.

samedi, juillet 10

D'un meilleur groupe du monde à l'autre

Aujourd'hui, Neil Tennant (des Pet Shop Boys) a 50 ans, l'âge de la respectabilité, l'âge des médailles en chocolat offertes par la reine d'Angleterre, l'âge des bilans, l'âge de la sagesse, en attendant celui des tarifs réduits dans les bus.

Que lui reste-t-il à accomplir avec les années qu'il lui reste ? On lui a déjà demandé de remplacer Chostakovitch pour la bande-son du Cuirassée Potemkine (les historiens du cinéma vont protester, mais je fais semblant de rien), il a déjà remixé la femme de John Lennon, écrit des chansons pour l'ex-femme du chanteur du groupe dans lequel joue le fils de Ringo Starr, envoyé une tarte sur la figure de Barbara Windsor, remixé le plus gros tube de l'ennemi juré du chanteur du groupe dans lequel joue le fils de Ringo Starr, fait des reprises d'un futur Prix Nobel de la paix, d'un musicien décadent allemand et du fondateur du rock'n'roll, collaboré avec des cinéastes expérimentaux, des artistes contemporains et des architectes couverts de prix prestigieux, mentionné dans ses textes Che Guevara, Debussy, Beckett et Lady Di, été exposé à la Tate Gallery, écrit le meilleur album de tous les temps, écrit des chansons pour "ça", ressucité la carrière d'une diva qui croupissait dans la drogue et l'alcool, inspiré des merdes à Guns'n'Roses, été repris par Arab Strap, JJ72, Gamma Ray, Meryl Bainbridge ET East 17 et écrit des chansons sur Chostakovitch (yep, toujours lui, il est fan).

Que faire après ça ?

vendredi, juillet 9

Enthousiasme pavlovien

Peu après la sortie en janvier de Immortal Memory, le mari de Lisa Gerrard avait dit que les jours de 4AD comme maison de disques attitrée de sa femme étaient comptés. Selon lui, le label était devenu incapable de gérer la popularité sans cesse grandissante de l'ex-Dead Can Dance. Etrange argument alors qu'il me semblait au contraire que le public avait plutôt tendance à se désintéresser de ses nouveaux projets. Même moi, qui réponds toujours "Dead Can Dance" à la sempiternelle question "Quel est ton groupe préféré ?", avais fini par perdre patience de la voir se disperser dans des musiques de films sans intérêt (Gladiator, Whale Rider, Ali,...), d'autant que des rumeurs insistantes faisant état d'une dérive de la dame dans l'intégrisme chrétien avaient déjà fait beaucoup pour écorner son image de prêtresse païenne dans mon esprit. Après les deux-trois premières écoutes de Immortal Memory, j'étais même un peu en colère : un titre en latin sur fond d'orgues d'église, des textes en araméen (la langue natale de notre Sauveur le Christ, dixit le livret) et un repli de ses influences sur l'Occident Chrétien m'avaient exaspéré, même si, avec le recul, je dois bien avouer que l'album est, pour peu que l'on fasse abstraction de ces à-côtés, tout à fait écoutable.

Pourtant, même si Dead Can Dance n'est plus dans mon esprit le groupe intouchable qu'il a été, il reste un élément constitutif de mon éducation musicale. Je ne peux oublier les dizaines de soirées que j'ai passées, dans un noir quasi-complet à chanter à tue-tête Rakim, The Host of Seraphym, Song of the Sibyl, The Spider Stratagem, Persephone ou Cantara. Pendant 15 ans, Dead Can Dance était le groupe vers lequel je me tournais quand j'avais besoin de 'recharger mes batteries'.

En conséquence, la nouvelle qu'un nouvel album de Lisa Gerrard pourrait sortir d'ici la fin de l'année continue de me réjouir a priori. Le tracklisting annoncé est le suivant :

Mantras of a lost archetype

1. Damhasdeen
2. Eulogy for the Innocent
3. Soltress
4. Passage of the Paladin
5. Entry
6. Devota
7. Poem of Denied Redemption
8. Minus Sanctus
9. The Dove and the Serpent
10. Hymn for the Fallen
11. Yamyinar
12. Curve
13. Rejection
14. Dance of the desert breeze
15. Awakening.

Le nom choisi pour les morceaux n'est jamais très loin de l'auto-parodie je trouve. L'album devrait a priori sortir sans le support d'une maison de disques.... en espérant que cela soit trouvable malgré tout.

Si maintenant, Brendan pouvait enfin sortir son deuxième album, Zun zun, annoncé depuis plus de deux ans, ce serait parfait.

La patience, c'est bon pour les autres.

George Michael vient de fermer le forum de discussions qui était proposé sur son site officiel .

Le pauvre ne supportait apparemment plus que ses fans s'en servent pour le critiquer. La manière dont il présente les choses est assez fumeuse :

"As many of you will know, much of my reasoning for the future is to stay away from the negativity of the media, I think that it is bad for me and for music in general, so I find it really sad to see the forums so packed full of negative comment. [...] the rooms will close. I feel bad for those of you who have always been supportive, but I'm afraid I want nothing to do with the bitching that has evolved between some members,
Sorry guys, but that's the way it goes... Peace and Love...or nothing at all. "


La dernière phrase est particulièrement grotesque. Il s'attendait vraiment à faire l'unanimité avec ses dernières chansons ? Son nouveau single par exemple n'est qu'un décalque d'un mini-tube dance d'il y a un an ou deux ('Flawless' par The Ones), sur lequel il se contente de plaquer des phrases sans suite. Le résultat n'a rigoureusement aucun intérêt.

Ca fait presque 10 ans qu'il n'a plus sorti une bonne chanson, et la vraie surprise en fait, ce serait plutôt qu'il y ait encore des gens désireux d'aller discuter de son fantôme de carrière sur Internet. Alors si en plus ils doivent se forcer à être enthousiastes....

Et après, on s'étonne qu'il pleuve.

Après une décennie miraculeuse où la pop dominait de la tête et des épaules les meilleures ventes de disques, les années 90 n'ont été qu'une longue traversée du désert. Je me suis amusé un jour à parcourir la liste des numéros 1 en Angleterre durant ces années et il n'y avait presque rien à sauver. La mauvaise dance et le mauvais rock régnaient sans partage. Pour vous dire l'étendue du désastre, les deux plus gros succès de la décennie furent : 'Everything I do I do it for you' de Bryan Adams et 'Love is all around' de Wet Wet Wet. Difficile d'imaginer musique plus stupidement insipîde. Fort heureusement, Bryan Adams n'embête plus personne (à part peut-être Ryan Adams) et soigne sa vilaine peau quelque part au fin fond du Canada. En revanche, j'apprends avec horreur que Wet Wet Wet se reforme. Tous aux abris ! Le spectre terrifiant d'un revival 90s est à nos portes. Combien de temps avant que Londonbeat ne sorte une compile ou bien que Aerosmith ne nous revienne avec des ballades gonflées aux hormones ?

jeudi, juillet 8

Exclusivité mondiale

On vient d'apprendre que Justin Timberlake a repoussé la sortie de son autobiographie de quelques semaines de peur qu'elle ne se retrouve éclipsée par celle de Robbie Williams, qui doit également sortir en septembre. Il me semblerait pourtant a priori que le risque est assez faible. Robbie Williams étant un quasi-inconnu aux Etats-Unis, aucune concurrence n'est à craindre là-bas. De plus, si son bouquin répond à la question que tout le monde se pose "A quel âge Britney a-t-elle cessé d'être 'that innocent' ?", je vois mal ce que Robbie pourrait trouver de plus porteur. Enfin, nous verrons.

J'ai en tout cas réussi à obtenir des copies sur microfilms des meilleurs passages de cette autobiographie ('auto' étant bien évidemment à prendre au sens le plus large du terme). Les voici en avant-première :

"Je sais bien que le fait d'écrire une autobiographie à 23 ans peut paraitre extrêmement prétentieux, mais il s'est dit tellement de choses sur moi, mes amis et ma famille, le plus souvent fausses, qu'il me semblait important de présenter la vérité à mes fans."

"J'ai rencontré Britney Spears pour la première fois à 11 ans. J'étais loin de savoir en voyant arriver cette petite fille timide toute en dentelles et boucles blondes qu'elle serait la cause des plus grandes joies et des plus grandes peines de ma vie."

"A la cérémonie de remise des Grammies, lorsque mon nom est sorti de l'enveloppe, je me suis imaginé un instant inscrit au panthéon de la musique, quelque part entre Marvin Gaye et Stevie Wonder. Durant des années, Nsync ne fut jamais pris au sérieux, et j'ai vécu comme une sorte de revanche d'être ainsi reconnu par mes pairs comme un des leurs."

"Durant toute mon adolescence, j'ai été obligé de conserver cette coiffure grotesque à base de boucles blondes. Je haïssais ça."

"Ma maman a toujours été ma meilleure amie."

"Chaque jour, je rends grâce à Dieu de m'avoir donné les meilleurs fans du monde."

Avouez que ça donne envie.

Filles qui chantent sur les garçons et les filles

Deux très bons singles ont déboulé cette dernière semaine. Ca faisait longtemps (un bon mois) que ça n'était plus arrivé. Les deux clips sont visibles ici pour quelques jours.

* Rachel Stevens : "Some Girls"
Une rythmique synthétique lourde à la Goldfrapp. Des choeurs féminins qui font 'Hé', 'Oh Oh Oh' ou 'No no no', des cascades de tambours ponctuant la fin des couplets, une chorégraphie irrésistible à base de poings fermés que l'on cogne l'un au-dessus de l'autre (il faut le voir, une simple description ne peut faire justice à un tel éclair de génie), un refrain où les derniers mots de chaque phrase sont dits deux fois (il faut l'entendre, une simple description ne peut faire justice à un tel éclat de génie), un clip dont le principe est en gros de faire descendre sur la ville une armée de bimbos en mini-jupes, une production par Richard 'Girls on Top' X et des paroles du type: 'Il y a des filles à qui tout réussit. Pourquoi n'ai-je jamais que les miettes ?'. Je vous laisse imaginer le monstre que la combinaison de tous ces éléments peut créer. Après 'Sweet dreams my LA ex', un des grands singles pop de l'année dernière en Angleterre à n'avoir apparemment pas atteint nos contrées, Rachel Stevens a encore frappé et prouve qu'il existe une vie après S Club, en tout cas pour elle (n'ayant pas accès aux chaines de télé-achat anglaises, je suis malheureusement sans nouvelles des autres).

* Jamelia : "See it in a boy's eye"
Sur un accompagnement blippant à souhait, un couplet assez quelconque, de ceux qui n'existent que parce qu'il faut laisser le temps aux gens dans leur voiture d'augmenter le volume avant que le refrain n'arrive... mais quel refrain ! Il ne paye d'abord guère de mine, un peu de gros son, un accompagnement au piano, pas de quoi se trémousser en pagne au clair de lune a priori, puis insidieusement, écoute après écoute, il s'infiltre dans le cerveau jusqu'à se faire une petite place au chaud au coeur du lobe pariétal. Aux deux tiers du morceau, un bizarre intermède où une voix mal assurée chantonne la mélodie du refrain (pendant quelques secondes, on se croirait dans un des disques lo-fi de Baby Bird), puis quand ce dernier est repris avec piano, choeurs et tout le tintouin, on rend les armes. La répétition incessante de ces trois phrases a un effet hypnotique qu'il serait vain de vouloir contrer. Ce sens de la mélodie classique, limpide et qui prend le temps de se déployer sur plusieurs phrases, est assez rare dans le "arennebi", plus enclin, surtout depuis quelques années, a cherché son salut dans les expérimentations sonores et les mélodies hachées. Un raison en est sans doute la participation de Chris "Europe 2" Martin à l'écriture, mais ce n'est pas la seule. Après Superstar (oublions le deuxième single, décevant), Jamelia semble avoir trouvé la voie d'une 'pop-soul' typiquement anglaise, où la mélodie prend le pas sur les vocalises (à la longue un peu saoûlantes) des chanteuses américaines (Mariah, Beyoncé et les autres). Je serais curieux de jeter une oreille sur son album.

* En revanche, je viens de tomber sur une reprise de 'Take my breath away' de Berlin par Madame Jessica Simpson... Je voudrais que quelqu'un m'explique la raison d'être de cette chose. Sacrée Jessica. Heureusement qu'il y a Newlyweds sur MTV pour donner une justification à sa célébrité.

mercredi, juillet 7

De l'autre côté du miroir

J'ai toujours pensé qu'il était impossible de se forger une opinion sur un événement quel qu'il soit, si on ne prend pas en compte la vision qu'en ont tous les protagonistes. Ainsi, on ne comprend rien à l'opposition entre la France et les Etats-Unis si on ne prend pas la peine de lire ou d'écouter les arguments des néo-conservateurs américains (cfr les éditos du toujours désopilant William Safire dans le NY Times par exemple). Deux beaux exemples dans le petit monde du rock'n'roll :

Après que tout le monde (moi y compris) ait glosé à tout va sur la question, Pete Doherty donne enfin une vision de l'intérieur de ses tentatives avortées de désintoxication dans le Sunday Mirror et apporte un éclairage nouveau sur son état d'esprit. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas folichon. "Musique et drogues sont pour moi deux faces de la même chose", dit-il en (hum hum) substance. Peut-être cela l'aide-t-il à composer de la meilleure musique (quoique) mais une chose est sûre, ça ne l'aide pas à gérer la vie de groupe et les obligations qui vont avec. Et à quoi bon composer des chansons qu'on trouve hyper-extra-cool sur le moment même si personne d'autre que lui ne pourra jamais les entendre ? En fait, tant qu'il continuera à osciller entre "Les drogues, c'est de la merde" et "Les drogues, c'est hyper-cool et ça développe ma créativité", je vois difficilement comment il pourrait cesser d'être simplement pour les tabloïdes un sujet d'articles édifiants, à destination de lecteurs qui, pour la plupart, seraient incapables de chantonner une seule mélodie des Libertines. What a waste(r).

Dans le même esprit, Jack White a pour la première fois évoqué (sur whitestripes.net) sa petite séance de boxe pendant un concert de Blanche, celle qui a mené à cette photo du chanteur des Von Bondies. Le moins que l'on puisse dire est qu'il n'est pas pétrifié par les remords. En gros, si on en croit le NME, il explique comment Jason Stollsteimer a totalement exploité l'incident en fournissant la photo à la presse (comprenez "quel vilain rapporteur celui-là, il est pas réglo. Quand on est un homme, on lave son linge sale en privé"). Il renchérit ensuite en disant "Regardez bien, son visage n'est pas du tout plein de plaies comme il voudrait nous le faire croire. Une fois qu'on enlève tout le sang séché, il a juste un oeil au beurre noir" (comprenez "bon, OK, il ressemblait vraiment à ça après que j'en eus fini avec lui, mais franchement, c'est pas si grave que ça en a l'air"). Avant de conclure par un formidable "Quand je pense que j'ai été si gentil avec Jason (et son groupe). Je les ai laissés répéter chez moi gratuitement, je leur ai trouvé un contrat, j'ai produit leur premier album...". Effectivement, quelle ingratitude.... Malgré tous ces bienfaits, JS a le culot de lui en vouloir de lui avoir cassé la gueule sans raisons. Je me demande combien d'albums JW estime devoir produire pour avoir le droit de lui crever un oeil. Deux ? Trois ? Allez, disons quatre, mais alors il a aussi le droit de lui casser un doigt et d'insulter ses parents.

Qu'il ait lui-même dit ces choses en pensant que ça allait le rendre sympathique indique qu'il a complètement perdu le lien avec la réalité.

dimanche, juillet 4

Serait-il le Messie ?

En tout cas, le prophète Antonio a déjà prédit sa prochaine crucifixion.

vendredi, juillet 2

Deux fois virtuel...

Vous avez aimé le blog de Fred Durst ? Vous allez adorer le blog d'Alex Kapranos, le chanteur de Franz Ferdinand. Il y parle de sa tournée, de sa musique préférée, de son futur mariage avec une française. Bon, pour être honnête, il y a un petit détail qui pourrait en gêner certains : il s'agit du fruit de l'imagination hyperactive d'un fan ayant du temps à perdre. Il faut néanmoins saluer l'exercice de style, d'autant que, pour éviter des erreurs factuelles trop flagrantes, cela doit demander un travail de recherche assez poussé.
Sinon, j'ai été stupéfié de voir que des dizaines de blogs-jeux de rôle du même genre existent sur le web. On peut notamment (rien qu'en faisant un tour sur la liste des 'amis' de 'Alex Kapranos') trouver les trois acteurs principaux de Harry Potter, Kate Moss, Damon Albarn,... j'en passe et des meilleurs.

Le lien avec la musique est ténu, mais vu que....

.... c'est mon blog et que ça m'attriste, j'vous le dis quand même. Anthony Buckeridge est mort en début de semaine. Le nom ne dira peut-être pas grand chose à la plupart d'entre vous, mais il était l'auteur des aventures de Jennings. Celles-ci furent traduites en français dans la Bilbiothèque Verte (puis Rose) : Bennett et Mortimer, Bennett et la Cartomancienne, Bennett et les grenouilles et Bennett fait son numéro (mon préféré)... Les six premières aventures du bonhomme ont été rééditées en anglais il y a 2 ou 3 ans, à ma grande joie. Malheureusement, elles n'ont pas, comme on dit pudiquement dans ces cas-là, 'rencontré leur public'. Aucune réédition n'est plus prévue pour les autres titres. Dommage, ça m'avait presque fait autant rire en anglais il y a quelques mois qu'à l'époque en français.

R.I.P ou R.S.V.P (au choix)

jeudi, juillet 1

The lost riots

En cette époque où même les candidats recalés aux éliminatoires de Pop Idol Liechtenstein bénéficient d'un plan de promotion très serré, il est surprenant de voir que le premier album de Hope of the States ne sort que maintenant, plus d'un an après la sortie très remarquée du premier de leurs trois singles (mais que les retardataires se rassurent, ils sont tous repris ici). Le groupe a donc pris tout son temps, ce qui s'explique sans doute en partie par le suicide de son guitariste Jimmi Lawrence, juste après l'enregistrement de l'album.


Lorsqu'on tient l'objet en main, ce qui frappe tout d'abord est le soin apporté au visuel. Certes, il est rigoureusement inrangeable sur une étagère à CD mais il n'en est pas moins très beau. Il se présente dans une pochette en carton surdimensionnée qui s'ouvre par une languette prédécoupée (un peu à la manière d'un paquet de biscuits). L'ensemble est presque entièrement noir, avec juste le dessin d'un oiseau (un corbeau ?) posé sur un fil de fer barbelé. A l'intérieur, on trouve le disque proprement dit et un jeu de reproductions de planches médicales à l'ancienne (cerveau, coeur, poumons, etc..) sur lesquelles les paroles de morceaux se mélangent avec les noms des organes. L'ensemble est parsemé de petits dessins guerriers (soldats, archers, avions,...). De fait, tout l'album semble tourner autour de l'idée du soulèvement armé, de la révolution (notamment américaine, explicitement évoquée par George Washington et 1776). Cela se traduit par son titre 'The Lost Riots' ou bien encore des textes tels que
All the money in the world / Won't save You / We're coming home. / All the prisons that you build / won't hold us. / Just let us go.'


Le disque semble à première vue comme très politique, presque comme un appel à l'insurrection. Certains ne manqueront pas d'objecter que ce genre de discours perd beaucoup de sa crédibilité lorsqu'il apparaît sur un disque Sony Music mais il rend encore plus évident la parenté entre le groupe et Godspeed You Black Emperor. Outre dans le sous-texte politique, des similitudes se retrouvent dans l'instrumentation utilisée, dans la structure des morceaux ou encore dans le visuel dont ils s'entourent. Dans tous ces domaines cependant, s'ils s'inspirent de leurs cousins canadiens, c'est en refusant de se couper du grand public. Ainsi, ils n'hésitent pas à s'appuyer sur une major pour toucher le plus grand nombre et les longues plages de 20 minutes ou plus laissent la place à des morceaux construits comme de vraies chansons, plus courts et, oserais-je le dire, plus "pop". Ce parti-pris est parfaitement illustré par Black Dollar bills, le premier single, et une des révélations de l'année dernière. Ca commence par une voix seule sur un tapis de quelques notes de piano éparses. Les textes sont d'un nihilisme terrifiant
I've seen broken people smile. They lie [...] No one hopes for anything when there's nothing at all
Entre ce qu'on pourrait appeler des couplets, le refrain prend la forme d'un mur de guitares hurlantes, mais laissant une impression de grand calme (à la manière de ce que Mogwai faisait très bien sur Helicon), avant un final instrumental de trois minutes, sous la forme d'un long crescendo qui se dissout finalement dans le silence.

Ce morceau est un bon résumé de la manière dont ils semblent avoir abordé l'écriture de l'album. Une vision désespérée du monde mise en musique sous la forme de longues lamentations d'une beauté qui est souvent assez terrassante. Sur un canevas GYBEsque, ils parviennent à greffer à la fois la beauté fragile de Mercury Rev ET le sens de la démesure de Muse, ce qui n'est pas une mince affaire. L'album serait même à mon avis un petit chef-d'oeuvre s'il n'y avait la voix du chanteur, geignarde et un peu forcée. Sur le refrain du dernier single (The Red, the White, the Blues), ça finit même pas provoquer un certain embarras. On pense alors à plein de choses (notamment à un ivrogne qui chanterait à tue-tête au coin de la rue pendant que les braves gens essaient de dormir), mais plus du tout à ce que la chanson est censée évoquer. C'est peut-être ce qui explique que le premier morceau, instrumental, est celui que je préfère.

mardi, juin 29

Je comprends pas tout, mais ça a l'air grave...

Un festival appelé le Fury Festival a eu lieu ce weekend au Mans et a apparemment connu pas mal de problèmes. Mes clowns préférés de Slipknot ont l'air d'être en partie responsables. Ils auraient joué aux rockstars à la grosse tête et auraient eu des exigences financières insupportables. En conséquence, ils se seraient fait huer pendant tout le concert. Il y a des pages et des pages (et encore d'autres pages) de commentaires sur le sujet. Enfin, quand je dis commentaires, il y aussi pas mal de noms d'oiseaux parce que ce petit microcosme m'a tout de même l'air assez complexe, avec une foultitude de chapelles (grind, doom, death, trash, hardcore, nu-metal.... la liste semble infinie) qui s'opposent farouchement et les arguments des uns et des autres semblent souvent un peu légers.

On sort d'une lecture en diagonale de cette multitude de messages avec la tête qui tourne un peu, mais une idée semble néanmoins se détacher. Apparemment, les fans de metal (les purs) supportent difficilement le fait que Slipknot plaise aux gamins de 12 ans et voient dans leur musique un abâtardissement du genre. Remarquez que, confusément, on pouvait s'en douter. Le groupe est signé sur une major. Il comprend un DJ qui fait des scratches comme un vulgaire Benny B. Ils ont des costumes de scène et vendent beaucoup de disques. Ca fait beaucoup

Finalement, ça prouve bien ce que j'avançais précédemment, c'est à dire que le rock est actuellement une des formes les plus pures de la pop. Franchement quel groupe pourrait prétendre être aussi glorieusement ridicule que Slipknot ?

Ceci dit, tout cela ne me dit pas quels sont ces groupes de rock 'authentiques' dont on entend régulièrement parler. Je reste à l'affût.

Sinon, pour une vision plus géopolitique des événements qui ont eu lieu au Fury Festival, je ne peux que conseiller le forum du label américain du groupe.

Bonnes ou mauvaises, mais nouvelles

- La sortie en Angleterre de All Day Long I Dream About Sex, la chanson de JC Chasez dont je disais le plus grand bien ici il y a quelques jours, semble compromise. Elle a en tout cas disparu des plans de sortie et le disque n'est plus proposé à l'achat par Amazon ou HMV. L'absence assez incompréhensible de diffusions radio n'y est sans doute pas pour rien (pourquoi BBC Radio 1, par exemple, a-t-elle playlisté le précédent single, qui n'était pas très bon, et pas celui-ci ? Mystère). Son album semble désormais destiné à être un grand disque maudit. Les campagnes lancées par différents sites pop n'y changeront rien. Les quelques diffusions radio dont la chanson a bénéficié en Belgique non plus.

- La première vidéo de Patrick Wolf, To the lighthouse, est enfin visible. Il est peu probable qu'elle passe en boucle sur les chaînes musicales, donc je conseille vivement d'aller y jeter un oeil (et une oreille, c'est une des meilleures chansons de l'album) sur son site officiel (cliquer ensuite sur video). Vous y verrez Patrick qui court dans les champs, Patrick qui se cache derrière les arbres ou encore Patrick qui monte les escaliers. Ca a dû coûter à peu près autant que le budget pickles de la tournée des Pixies, mais que cela ne vous arrête pas. Sinon, pour rester sur le même sujet, deux chansons de son album servent de bande-son à une expo de photos de Nan Goldin à la Galerie Yvon Lambert à Paris. De plus, et c'est plus surprenant, Patrick Wolf aurait apparemment dû monter sur scène pour deux titres lors de la première partie (les Chicks on Speed) des Red Hot Chili Peppers à Hyde Park. Je ne sais pas si cela a finalement pu se faire. Vu la réception mitigée du set des formidables Chicks on Speed, on peut en douter.

- Le verdict est tombé. Dans le grand supermarché culturel local, les rééditions des albums des Tindersticks sont à 21€40. Ce sera donc de nouveau sans moi... en espérant tomber sur des occasions durant les vacances.

Bon, c'est bien beau de discuter de gens pas très connus qui font de la formidable musique (et des gens très très connus mais qui font de la moins bonne musique), mais c'est pas ça qui va faire grimper mon compteur. Permettez-moi donc maintenant de me vautrer avec délices dans le cocon douillet de la presse people.

- Semaine chargée en informations sur Britney Spears. D'abord, on nous annonce ses (nouvelles) fiançailles avec un de ses danseurs, Kevin Federline. Ce serait une bonne nouvelle si celui-ci n'attendait pas lui-même un deuxième enfant de son ex-compagne dans quelques jours. Y a pas à dire, elle a le chic pour se mettre dans des situations impossibles. Les ligues de vertu américaines vont s'en donner à coeur joie.

- Brooke Hogan, la fille de l'incroyable Hulk (le catcheur qui jouait dans Rocky III, pas le Géant Vert) va se lancer dans la chanson et pense avoir le potentiel d'être 10 fois plus célèbre que Britney Spears (ce qui signifie sans doute qu'elle a prévu des tournées de promotion sur Proxima de Centaure, la Lune et l'Atlantide). Accessoirement, c'est aussi la petite amie actuelle de Aaron Carter, le frère de Nick Carter (qui fut, un temps, célèbre pour être membre des Backstreet Boys, mais est maintenant plus connu comme le copain, très très tolérant ou vaguement benêt (au choix), de Paris Hilton).

vendredi, juin 25

Rock is the new pop

Les gens qui n'aiment pas la pop et préfèrent le rock utilisent souvent comme argument que le rock est plus 'authentique' (real) que la pop. Pourquoi alors les groupes de rock ont-ils aussi peu de scrupules à brider leur authenticité pour vendre quelques disques de plus ? Oui, oui. Linkin Park, c'est à vous que je parle. On n'a pas idée d'avouer ainsi que vos personnalités sur scène sont factices. Vous foutez en l'air toute la mythologie du rock'n'roll et vous montrez pour ce que vous êtes, de la pop à guitares.

Bon, je reconnais volontiers que partir de Linkin Park pour généraliser ensuite sur le rock est osé. Après tout, ils furent décrits à leurs débuts comme le premier boy-band nu-metal. Ils ont recruté leur chanteur via casting et ont même, gasp !, un DJ qui fait du scratch dans leurs rangs. Objection retenue.

Prenons Slipknot alors. Les guitares poussent des borborygmes informes, les chanteurs saturent, et la batterie assomme le tout avec des coups de massue à deux mains sur la tronche. Ca, c'est du rock, c'est sûr. Pas le moindre gramme de choeurs 'lalalayéyéyé', de 'Wooohooo' ou de mélodies sautillantes. Rien que du rock, de la testostérone, du métal avec juste ce qu'il faut d'esprit rebelle djeune autour.

J'ai souvent été étonné de voir que Slipknot recrutait la majorité de leurs fans chez les moins de 15 ans (les sweatshirts Slipknot sont essentiellement portés par les très jeunes adolescents). J'essaye de me remémorer cet âge et ne suis pas sûr qu'un groupe à la musique aussi particulière aurait pu me plaire à l'époque, quoique je pourrais sans doute faire un parallèle avec Twisted Sister et Sigue Sigue Sputnik, deux groupes que je vénérais à 12 ans. En fait, c'est peut-être là que réside l'explication. Ceux-ci partageaient en effet avec Slipknot un côté clownesque, et les enfants aiment les clowns, c'est bien connu, surtout les méchants clowns, et c'est pour ça qu'ils lisent Stephen King et écoutent Slipknot. CQFD. C'est ainsi équipé de ma nouvelle théorie à deux balles que je poursuis mon raisonnement.

Le groupe s'est sans doute lui aussi rendu compte que son public-cible était très jeune et a conçu le nouvel album en conséquence. La meilleure preuve en est qu'il n'arbore plus le label d'authenticité rock'n'roll attitude 'Parental Advisory'. Pas un seul juron pendant une heure. Un disque résolument tout public, ce que le précédent n'était pas du tout, lui qui commençait par un truc du genre 'I wanna slit your throat and fuck the wound'. Ici, au contraire, on nage dans un conformisme bon enfant, avec des élans de métaphysique à deux balles très prétentieuses que seuls les adolescents peuvent entendre sans sourire. En fait, on a l'impression que le disque est calibré pour taper dans l'oreille du type un peu marginal mais 'achement cool, comme on en a tous connus au moins un durant nos années d'école. Celui qui avait l'air un peu bizarre, avec ses cheveux ébouriffés, qui s'amenait parfois au cours avec un livre tout écorné d'un type au nom imprononçable (Nietzsche ou un truc du genre) dont il disait qu'il avait changé sa vie et qu'il citait à longueur de récréation. Evidemment, on ne comprenait pas exactement tout ce qu'il répétait ainsi (et rétrospectivement, on n'est pas sûrs qu'il en comprenait beaucoup plus), mais boudiou que ça sonnait bien.

The Subliminal Verses regorge pareillement de sentences définitives qu'on imagine parfaitement gravées au canif sur les bancs en bois de l'école par un adolescent pétrifié d'ennui durant un cours de latin particulièrement soporifique. Des trucs du genre :

* 'To find the time is to lose the momentum' (Parfois, il vaut mieux ne pas trop réfléchir et foncer. D'ailleurs, je me suis mis au parapente.)
* 'I am all, but what am I ?' (Où suis-je ? Où vais-je ? Dans quel but ?)
* 'I'm sick of being the butt of a cosmic joke' (A quoi tout cela rime-t-il ? Pourquoi nous a-t-on ainsi placés au centre d'un jeu dont on ne nous a pas expliqués les règles ?)
* 'The only way is all the way' (Tout ou rien. Carpe Diem. Oh Capitaine mon capitaine, toussah !)
* 'All of my questions are answers to my sins' (Oooh, c'est profond ça. Sûrement, ça ne peut pas être une manière détournée de dire que le bonheur est dans le fait de ne pas s'interroger, si ?)
* 'I am a world before I am a man' (Ce genre de phrases, ça marche toujours, une sorte de méthode Coué contre le sentiment d'insignifiance)
* 'Now, as far as I know, I don't know anything' (En général, c'est après avoir dit un truc de ce style que le type un peu bizarre précédemment cité voyait son petit groupe d'admirateurs se regarder en opinant du bonnet. Ca sonne formidablement bien, et ça fait tellement philosophique que ça doit sûrement être vrai... L'humilité de l'homme face aux mystères de l'existence... L'espace est tellement infini... Comment pourrait-on jamais en faire le tour ?)
* 'The ony way to go is to go away' (Ca aussi, les phrases sentencieuses basées sur les jeux de langage, c'est souvent payant. Le filon est inépuisable : la libéralisation du marché est une couverture pour la marchandisation des libertés, il est interdit d'interdire, toute l'évolution actuelle de la société est dominée par la recherche d'un équilibre entre le sens des valeurs et la valeur des sens... ce genre de choses.)

Musicalement, ils tentent également d'arriver à autre chose avec même sur un titre ce qui ressemble furieusement à des violons. Ca sonne toujours très bien, même si le disque contient moins de chansons marquantes que leur précédent album (Iowa, dont la dernière plage est pour moi ce qu'ils ont fait de mieux). Cette impression provient peut-être aussi de l'inadéquation totale entre les paroles et la musique qui fait que l'on est parfois obligé d'en rire, ce qui pour un groupe qui semble curieusement ne fonctionner qu'au premier degré, est gênant.

Sinon, je dois reconnaître que le livret est absolument splendide et très très très très très très inspiré par le travail de V23 pour 4AD. Même police de caractères, même mise en page, même utilisation des photos, des recouvrements, etc.... Il mériterait presque à lui seul l'achat.

jeudi, juin 24

Pauvre Angleterre....

...éliminée de l'Euro 2004. Ceci dit, je sentais bien que 'Come on England' était un crime qui ne pourrait pas rester impuni.

mercredi, juin 23

Hateful or hollow... Yep, c'est tout lui.

Beaucoup de gens sont mis en rage par cette image. Heureusement, l'inverse (Morrissey portant un Tee-Shirt Limp Bizkit) reste encore difficilement envisageable.



J'en profite pour donner à ceux qui ne la connaissent pas encore, l'adresse du blog de Fred Durst. Ses réflexions métaphysiques sur la vanité de l'existence valent leur pesant de popcorn (voir l'entrée du 11 juin par exemple).

Mec, est-ce que tu samples Dido, dis donc ? (désolé)

Difficile d'imaginer deux personnalités a priori plus dissemblables que celles de Dido et d'Eminem. La première s'est spécialisée dans la confection de chansons douces (et pour tout dire un brin chiantes) et est ainsi devenue une des rares chanteuses actuelles (avec Norah Jones) qui plait en général plus aux parents qu'à leurs enfants, tandis qu'Eminem, malgré ses récentes tentatives d'assagissement, continue à exhaler un subtil parfum de rébellion, même s'il s'agit d'une rébellion commercialement très réfléchie.

En fait, seule une (formidable) chanson les reliait jusqu'à présent. Ils se sont à présent trouvés un autre point commun. Ils n'ont pas assez d'argent. Quelle tristesse !

A l'époque de la sortie de 'Stan', Dido n'était encore pour le grand public qu'une inconnue et a bâti sa carrière en bonne partie sur le dos de cette collaboration. Eminem, quant à lui, a connu sans doute son plus grand succès public et critique avec cette chanson, ce qui lui a permis de trouver sa place dans le 'mainstream' aux USA. Une bonne affaire donc qu'aucune des parties ne devrait légitimement regretter. Ca ne les empêche apparemment pas de se disputer maintenant l'argent du beurre.

Un jour j'apprendrai que les membres des Smiths se sont mutuellement poursuivis en justice pour des questions de royalties, que McCartney a exigé une révision des crédits des titres qu'il a écrits en collaboration avec John Lennon, ou bien que l'instituteur de 'Etre et Avoir' a exigé une plus grosse part du gâteau. Et ce jour-là, je serai triste.

Toi aussi, tu te repais de la souffrance d'autrui,..

Et bien, réjouis-toi !
Des os broyés, des cris de détresse, de la panique, des millions de dollars perdus en quelques secondes et des dizaines de millers de personnes en détresse, avec en prime une petite pointe d'érotisme. Tout cela, sur ton écran. Gratuitement et à volonté.

Enfin, ça, c'est la théorie. En pratique, la réalisation, comme souvent pour des accidents inopinés, laisse un peu à désirer. Pas de gros plan, pas de cri, juste une silhouette qui se trémousse, s'abandonne totalement à son art, puis sort brusquement du cadre par le bas.

Comme de nombreux cinéphiles aiment à répéter, tout est dans le hors-champ.

mardi, juin 22

Kesto

Je dois bien avouer avoir un peu hésité avant d'acheter le nouveau coffret de 4CD de Pan Sonic. Certes, ils annoncent 234 minutes, 48 secondes et 4 centièmes de musique, mais il est tellement facile de faire long avec des machines. Une fois la boucle ou le générateur aléatoire programmé, ça ne coûte plus rien de laisser l'ordinateur créer de la durée, alors qu'en rock vient toujours un moment où le guitariste attrape une crampe et où le batteur s'arrête parce qu'il ne sait plus quelle chanson il est en train de jouer. Je craignais donc que ces 240 minutes soient un peu fastidieuses. Il n'en est heureusement, si on excepte le CD4, rien. De plus, l'objet est très beau. Un petit coffret contient les quatre CD dans leur pochette cartonnée. Sur chacun d'entre eux, une photo (dont on nous fournit gracieusement le JPEG pour en faire un économiseur d'écran. Merci Mute). Les notes de pochette sont assez minimalistes, mêmes s'ils ont gentiment pris la peine de traduire le titre des morceaux du finnois vers l'anglais.

Les CD 1 et 2 ressemblent assez fort à ce qu'ils ont pu produire par le passé. Des morceaux assez courts, une alternance de bruits, de sifflements et de rythmiques lourdes qui justifie le terme de techno minimaliste qu'on leur associe parfois (Mayhem I, II et III portent particulièrement bien leur nom). Le CD3 est plus ambient et contient, ce qui me semble assez rare chez eux, pas mal de samples. De nombreux bruits sont facilement identifiables (le disque commence par un bruit de chasse d'eau), et ils se servent de ce matériau de base pour créer de longues plages contemplatives, pleines de silence. C'est pendant ce disque que des amis de passage pourraient le plus facilement s'exclamer "C'est dingue ce que ton appartement est bruyant !". Pour peu que l'on vive dans un environnement où des bruits parasites existent, il faut chaque fois quelques secondes pour définir si ce que l'on entend vient du disque ou bien s'il s'agit d'un craquement de plancher, de bruit de l'eau circulant dans les tuyaux ou bien du bourdonnement d'un frigo. C'est quelque chose qui m'a toujours plu chez eux. Cette capacité à faire se brouiller les repères entre la musique et le bruit, le signal et les parasites (de ce point de vue, on n'est pas très éloigné de la démarche de Brian Eno théorisant l'ambient). Le CD4 est le plus jusqu'au-boutiste. Une seule plage (dédiée à Charlemagne Palestine, avec lequel ils ont collaboré apparemment) à base de longues nappes sonores, sans la moindre évolution. On peut commencer l'écoute au début, ou après 30 minutes, ça ne change rien. C'est un jeu sur la durée qui rejoint en cela les travaux de Brian Eno (toujours lui, il faut que j'arrête de le citer à tout bout de champ, on se croirait dans les Inrocks) dans des disques tels que Thursday Afternoon ou Neroli. Sur ce quatrième CD, on atteint une sorte de limite de ce que je suis capable de comprendre et d'apprécier sur un disque. Si ce n'est pas désagréable à écouter dans certaines circonstances, ça laisse quand même un léger arrière-goût d'inutilité. A quoi bon refaire un disque sur ces prémisses, quand cela a déjà été fait maintes fois par d'autres, parfois 20 ans plus tôt ?

En revanche, sur les trois premiers disques, j'ai accroché tout de suite, ce qui ne laisse jamais de m'étonner. J'ai a priori du mal à expliquer mon attrait pour la musique de Pan Sonic. Pourquoi eux et pas Merzbow ou Oval ou tous les autres tenants de ce genre de recherches sonores ? A bien y réfléchir, peut-être parce que, bien que le disque soit entièrement électronique et que l'on puisse légitimement penser que l'idée même d'instruments acoustiques leur est étrangère, il y a quelque chose dans les rythmes et dans les fréquences utilisés qui fait de leur musique quelque chose de concret, d'incarné, de quasiment organique : on croit entendre de la pluie, un coeur qui bat, une respiration, des bruits de pas, et les rythmiques ont le temps de prendre vie, de diffuser leur pouvoir hypnotique, d'entrer en résonance avec le rythme propre au corps de l'auditeur. L'ensemble crée un univers dans laquelle on peut se perdre et retrouver des repères familiers. C'est sans doute dans ce contraste entre une musique abstraite, froide, entièrement artificielle, parfois à la limite de l'expérimentation, et l'impression d'humanité qui s'en dégage qu'il faut sans doute chercher l'origine de la fascination qu'elle exerce.

lundi, juin 21

Parlons football

Il en faut beaucoup pour que je me mette à critiquer la pop-culture anglaise, mais il y a malgré tout quelques lignes rouges, et clairement l'une d'entre elles a été franchie cette semaine. Il est de tradition chaque année de voir fleurir avant les grandes compétitions des chansons officielles ou officieuses censées assurer la bande-son de la marche triomphale de l'équipe d'Angleterre vers la victoire. Elles remplissent donc assez rarement leur office, mais ont souvent le mérite d'être inoffensives (voire même bonnes parfois : New Order par exemple). Cette année, la chanson officielle est une reprise de 'All together now' de The Farm, ce qui ne va embêter personne.

En revanche, un single officieux est sorti la semaine dernière, par un groupe subtilement nommé 4-4-2. Ca s'appelle Come on England et c'est une reprise de l'inoxydable 'Come on Eileen' des Dexy's Midnight Runners. Une reprise beauf à mourir, chantée avec les voix abièrées d'un troupeau de hooligans et qui contient des paroles du type "One- il, Two-nil, Three-nil, Four-nil, Five Keep that nation's dream alive"
Un massacre en bonne et due forme. La mauvaise idée dans toute sa splendeur, mal réalisée et pour de mauvaises raisons. Leur prestation à Top of the Pops était tellement embarrassante que j'ai failli zapper sur le Bigdil quelques instants. Heureusement, j'ai tenu bon car, juste après, Rachel Stevens est venu présenter 'Some girls', une chanson qui arrive avec brio à refourguer le son du dernier album de Goldfrapp au grand public, et la première pop-song imparable de l'été en Angleterre.

jeudi, juin 17

Il est fou, ou il fait le fou?

Dans le petit monde de la pop-music, il est un type qui parvient l'apparemment insurmontable tâche de paraître plus stupide que Mariah Carey. Il s'appelle Lee Ryan et est membre de Blue, ceux-là même qui ont enregistré "Sorry must be the hardest word" avec Elton John il y a deux ans. Pour ceux qui ne voient pas, Lee est celui qui fait les ad-libs pleins d'émotion (comprenez celui qui hurle à la mort à la fin de chaque phrase).

Il était déjà responsable de LA citation ultime sur les attentats du 11 septembre, qui est tellement énorme que je vous la remets :

They are ignoring animals that are more important. Animals need saving and that’s more important. This New York thing is being blown out of proportion.[...] Who gives a fuck about New York when elephants are being killed? [...] I’m not afraid to say this, it has to be said and that’s why I’m the outspoken one from the band.


J'aime particulièrement la dernière phrase.

Il a encore fait parler de lui en traumatisant une auditrice de NRJ, avec toute la subtilité qu'un amoureux des éléphants peut conjurer. Cette histoire en elle-même n'est pas passionante mais elle rajoute une petite dimension supplémentaire à l'idée que l'on peut se faire du personnage, un des plus 'pittoresques' (à défaut d'un meilleur terme) de la pop mondiale.

Ceci dit, comme je n'aime pas accabler les gens (il est certainement plus bête que méchant), je dois dire qu'il a enregistré une chanson pour une compilation (du NME je pense) contre la guerre en Irak qui est étonnamment potable.

PS : L'allusion à Germain Et Nous est volontaire (il y a une petit air de ressemblance entre Lee et Glouis)

mercredi, juin 16

Bigre.

* Si cette liaison débouche sur un mariage, ce sera un peu comme au Moyen-Age lorsque, pour que les chevaliers arrêtent de se couper la tête et de tacher leurs armures, on forçait le fils du Prince machin à épouser la fille du Roi Trucmuche. Du coup, tout le monde pouvait rentrer chez soi et recommencer à exercer son droit de cuissage et à organiser des tournois. Ce n'est pas une première ceci dit, on avait déjà eu une tentative malheureuse de rapprochement entre Elvis Presley et Michael Jackson. Apparemment, ceux-ci ont l'air d'avoir moins de mal à convaincre le monde qu'ils sont vraiment amoureux.

* Une très bonne idée : créer une musique spécialement conçue pour faire se pâmer les critiques. Il y a des MP3, je vous laisse juge de l'efficacité de la démarche.

Merci à No Rock'n'Roll Fun

Tu es ce que tu manges.

Il y a toujours eu un lien organique entre le milieu gothique-électro et la pop synthétique, pour des raisons mi-étranges, mi-évidentes. C'est sans doute ce qui explique que les Pet Shop Boys aient été contactés pour remixer le nouveau single de Rammstein. Grâce au forum officiel des PSB, on en sait à présent un peu plus sur l'origine de ce remix.

He [le chanteur de Rammstein] said that they contacted PSB because they are huge fans of the band – after all they have covered Depeche Mode and Kraftwerk before and are still huge fans of synthpop in general, because it reminds them of their teen years in East Germany. They didn't think N & C would agree to do it, and when they said yes, they were a bit worried that they would just make an easy buck with really lazy mixes. Instead of that PSB sent them SEVEN different mixes to choose from – Till has heard them described them as "gorgeous". He said that they feel really honoured about PSB's input and that Rammstein fans will really be surprised.
The track is indeed about the famous news story about the German cannibal who advertised for willing victims in the internet and the homosexual man who agreed to be eaten. N & C asked for the lyrics to be translated for them, but to Rammstein's huge surprise didn't object to them at all. Hence the mix name "You Are What You Eat Mix".
I also asked why they wanted PSB to remix Mein Teil, which is the heaviest and least melodic track on their album instead of some of the more obvious tracks. Till answered, that they didn't think that they would say yes in the first place, so they didn't think what track to send to them, But when PSB became interested and Mein Teil is the first single, they sent that.


Ce n'est pas la première fois que les PSB font des remixes inattendus. Depuis quelques années, ils ont notamment effectué des remixes pour The bloodhound gang, Yoko Ono, David Bowie, Atomizer ou Blur.

L'Enologie, c'est comme l'amour du bon vin....

"Before and after science" et "Another green world" sont deux des albums que je réécoute le plus souvent. C'est pour ça que certaines des chansons ont pu donner naissance dans mon esprit à des images incroyablement vivaces. C'est l'origine des deux 'visions' ci-dessous. J'ai eu envie, à l'occasion de la réédition des deux albums cette semaine, de les coucher par écrit. Je suppose que ces deux chansons généreront chez d'autres des images tout à fait différentes. Ainsi, un ami à moi a associé à Backwater des images d'une femme faisant un numéro de strip-tease assez vulgaire sur la scène d'un cabaret miteux, ce que j'ai un peu de mal à comprendre. Pourtant, malgré le caractère éminemment subjectif de l'exercice, j'espère que ça pourra donner envie à quelqu'un de les écouter. Je me laisserais sans doute aller à parler plus longuement des deux albums durant le week-end.

Dommage que ces rééditions, sans bonus et présentées dans un digipack assez minable, soient en vente à plus de 18€. Je ne suis pas prêt, je pense, à payer un tel prix juste pour le plaisir d'entendre un son remasterisé. Quoiqu'il ne faut jamais dire jamais.

lundi, juin 14

Seconde vision. Imaginez....

...que vous ayez rencontré l'amour de votre vie quelques mois plus tôt. Les fêtes de fin d'année approchent et, avec elles, le moment tant redouté de la première rencontre avec la belle-famille. Une kyrielle d'oncles et de tantes, de cousins, cousines, qui tous vous dévisagent avec une bonhomie inquisitrice. Chaque visage est un nouveau nom, une nouvelle position dans l'arbre généalogique que vous devez vous excuser en riant de ne pas pouvoir retenir. Après une dizaine de minutes d'embrassades (imaginez que la famille soit nombreuse), vous vous asseyez enfin dans un fauteuil, un verre de vin à la main. Vous observez du coin de l'oeil l'interaction fluide de tous ces gens et sentez confusément que celle-ci se base sur un socle d'existence commune qui vous sera encore longtemps inaccessible. Les discussions vont bon train aux quatre coins du salon et vous en grappillez quelques mots de ci de là en buvant à petites gorgées. Une musique assez rythmée forme un agréable fond sonore depuis qu'un jeune cousin a discrètement introduit dans la platine un CD dont la pochette noire et blanche vous avait momentanément intrigué.

Brusquement, alors que débute le deuxième morceau du disque, les conversations s'interrompent, les regards se tournent vers les baffles et les visages arborent un vague sourire, apparemment sans objet, qui vous fait de prime abord un peu peur. Tout le monde se lève avec lenteur et se rassemble au milieu du salon, en formant une sorte de chaîne humaine. Une inquiètude sourde vous envahit, et vous vous voyez déjà embrigadé dans un consternant jeu de "mets les deux pieds en canard, pour pas que la chenille déraille". Vous parcourez la pièce du regard, tentant d'intercepter un clin d'oeil complice, une muette confirmation qu'il n'y a aucune raison de s'inquièter. Sans succès. Les regards sont sérieux, les mines fermées. C'est comme si vous n'existiez plus. Le silence est total. Quelqu'un a dû arrêter le disque. Les lumières ont été baissées et la pièce baigne dans une semi-pénombre. Tout le monde semble en attente. Puis la musique redémarre. Vous reconnaissez l'introduction sautillante qui avait, quelques secondes plus tôt, interrompu les conversations. Devant vos yeux incrédules, toute la famille, des plus vieux aux plus jeunes, se met alors à marcher en rythme, à dodeliner de la tête, à frapper dans les mains ou à chanter, mais pas dans une joyeuse improvisation festive. Non. Les mouvements de chacun semblent directement inspirés par les lignes de synthé qui bondissent tels des feux d'artifice entre deux couplets. Tout le monde semble savoir exactement ce qu'il a à faire et interagit avec ses voisins avec une aisance qui ne pourrait a priori s'expliquer que par de longues répétitions. C'est comme si une chorégraphie incroyablement complexe était naturellement incluse dans le patrimoine génétique de toute la famille et se révélait instinctivement lorsque les premières mesures de la chanson se faisaient entendre. Le plus troublant est sans doute le sérieux papal avec lequel la plupart des danseurs enchaînent leurs mouvements. Seuls les plus jeunes semblent prendre le tout comme un jeu.

Après dix minutes et trois passages de la chanson, la famille semble enfin reprendre ses esprits. Quelques appplaudissements spontanés fusent et les visages se fendent du sourire éclatant que seules peuvent produire les actions collectives totalement gratuites. Un sourire vous est d'ailleurs personnellement adressé et vient vous rassurer qu'il ne s'agissait là que d'une étrange tradition familiale, certes un peu ridicule, mais dont tout le monde s'accorde à dire qu'elle est inoffensive. Il vous prend l'envie soudaine de pouvoir, dans deux ans, vous perdre au milieu d'eux.

Brian Eno, Backwater. Extrait de Before and after science, 1977.

Trop, c'est trop ! Pas eux !

Jusqu'où la télé-réalité s'arrêtera-t-elle ? Non contente de nous infliger, année après année, des chanteurs et des chanteuses à voix ayant les personnalités flamboyantes d'amibes fossilisées, voilà qu'elle va à présent servir à ressuciter des dinosaures. INXS a en effet décidé de recruter son nouveau chanteur via une émission de télé-réalité. Ils nous menacent d'un nouvel album et d'une tournée mondiale. Le règlement ne précise pas si le gagnant aura un droit de cuissage sur les nouvelles popstars australiennes. Dommage, ça aurait peut-être contribué à donner un peu d'intérêt à ce concept inepte.

Ceci dit, je dois à l'honnêteté de reconnaitre que, si en France, il n'y a pour ainsi dire rien à sauver dans le marais des nouveaux interprètes issus de la téléréalité, cette dernière a produit en Grande-Bretagne une poignée de gens intéressants (Girls Aloud, Liberty X et, dans une moindre mesure, Will Young).

Première vision. Imaginez...

...une dune dans le désert. Sur cette dune, dans un léger contre-jour face au soleil couchant, marche un dromadaire (ou un chameau), seul (ou avec un bédouin sur le dos). Ces détails n'ont guère d'importance. En revanche, concentrez-vous sur la démarche de l'animal. Imaginez-le de profil. Il marche, ses pattes se soulèvent à tour de rôle. Son cou semble se balancer à contre-temps, ce qui donne à sa démarche une allure un peu syncopée. Faites ensuite remonter votre regard vers la tête de l'animal. Voyez ses babines sans cesse en mouvement, un peu comme les lèvres de Steve Tyler ou de Mick Jagger s'échauffant devant un miroir avant de participer à un grand concours de grimaces simiesques. Il fait chaud, mais pas trop. Un petit vent fait même frémir les foulards qui enveloppent la tête du bédouin (finalement, imaginez un bédouin sur le chameau, c'est mieux. Je continue à vous laisser imaginer un dromadaire si vous préférez). De ce spectacle émane une grande sérénité.

Ceci dit, cette sérénité provient sans doute du fait que, ce spectacle, vous ne le voyez pas parce que vous êtes vous-mêmes dans le désert. Grands dieux non ! Le désert, c'est sec, chaud, il y a du sable à perte de vue, et c'est l'enfer pour trouver un Canada Dry bien frais. Non, vous voyez ce spectacle de chez vous, en pyjama, allongés sur le lit, un jour dévolu à la paresse et à la contemplation. Vous vous laissez bercer par ces images rassurantes d'un exotisme de bon aloi, entre deux siestes, avant d'aller dormir pour la nuit. Il fait bon, vous n'avez rien à faire. La vaisselle sèche sur l'évier. C'est le bonheur.

The passage of time is flicking dimly upon the screen.
I can't see the lines I used to think I could read between.
Perhaps my brains have turned to sand.

Oh me oh my I think it's been an eternity.
You'd be suprised at my degree of uncertainty
How can moments go so slow

Several times I've seen the evening slide away.
Watching the signs taking over from the fading day.
Perhaps my brains are old and scrambled.

Several times I've seen the evening slide away.
Watching the signs taking over from the fading day.
Changing water into wine.

Several times I've seen the evening slide away
Watching the signs taking over from the fading day.
Putting grapes back on the vine.

(Brian Eno - The Golden Hours. Extrait de Another Green World, 1975)

Je, je, suis Libertine. Je suis un kie-jun.

Après trois jours, Pete Doherty a fui le monastère où il était censé entreprendre une cure de désintoxication. On ne peut pas dire que ce soit une énorme surprise. Difficile de penser que ce qu'il ne fut pas capable de supporter plus de deux jours dans une clinique cinq étoiles en Angleterre, il pourrait la faire dans un monastère perdu au milieu de la jungle. Il serait à présent à Bangkok, ce qui n'est pas le meilleur endroit au monde si on tente de décrocher. On peut se demander si la réclusion forcée ne serait pas pour lui la meilleure solution. S'il suffit, sur un coup de tête, de renoncer au traitement pour arrêter la souffrance du manque, il est peu probable que ça puisse être efficace sur quelqu'un qui semble avoir aussi peu de contrôle sur sa vie que Pete Doherty.

Il y a finalement quelque chose d'un peu tragique dans toute cette histoire. Me connaissant, lorsque les choses en seront arrivées à leur inéluctable terme, je commencerai à trouver des qualités à la musique du groupe. En attendant, on peut toujours fredonner "This is for lovers... just for one day".

samedi, juin 12

Vision d'horreur.... (oh, my goth !)

....à l'instant sur BBC ONE. Chaque semaine, à la fin du talk-show de Jonathan Ross, un groupe vient pousser la chansonnette. En général, il y a plutôt du bon monde (Supergrass, Franz Ferdinand, Morrissey il y a deux semaines par exemple), et aujourd'hui, c'était au tour de The Cure de s'y coller.

Abstraitement, je savais évidemment bien que Robert n'était plus tout jeune et qu'il avait un peu grossi. Pourtant, je n'étais pas préparé à 'ça'. A première vue, rien que de très normal, un type un peu enveloppé habillé tout en noir avec une coiffure grotesque mais qu'on a fini par considérer un peu comme faisant partie du patrimoine. Puis, au détour d'un gros plan, lorsque derrière le rideau capillaire, on entr'aperçoit son visage, une sorte de basculement s'opère et on a soudain l'impression de voir un vieux monsieur prisonnier d'une image et implorant notre aide pour en être libéré. Regardez-moi, semble-t-il dire, à plus de 40 ans encore à faire le zouave à la télé habillé en épouvantail, avec du rouge à lèvres de vieille femme et mon triple menton.

Il y avait dans ces quelques minutes de télévision quelque chose de pathétique (bizarrement, Sabrina chantant chez Patrick Sébastien il y a bien longtemps m'avait laissé exactement la même impression, quoique pour des raisons assez différentes).

Ceci dit, le single n'est pas une catastrophe (quoiqu'il n'a pas fait le poids face à In-between days qui a suivi) et les premières rumeurs veulent que l'album soit plutôt bon, donc leur retour n'est pas en soi une mauvaise nouvelle. Je me demande juste si Robert n'aurait pas eu intérêt à revenir à un look qui le remettrait en harmonie avec son âge. Je pense que la plupart des fans de Cure ne lui en auraient pas voulu. Après tout, bon nombre d'entre eux ont commencé à cotiser pout leur retraite il y a déjà quelques années. De plus, les autres membres du groupe, qu'ils soient ou non présents depuis le début, n'ont pas l'air de se sentir obligés de perpétuer les mêmes clichés visuels.

A moins évidemment, que ce ne soit pas un costume de scène et que Robert Smith s'habille vraiment comme ça en permanence, ce dont les fans semblent persuadés... Auquel cas, je n'ose imaginer à quoi il ressemblera dans 10 ans, pour le 1854ème comeback du groupe.

vendredi, juin 11

C'est pour ça qu'il est si méchant !

Sur Mistress, la liste de discussion la plus connue consacrée à Mark Kozelek, a été posté hier un commentaire présentant une explication assez convaincante de pourquoi il apparait comme distant et désagréable sur scène. Je la reproduis telle quelle. Ne serait-ce que pour la citation à la fin qui est un modèle du genre.

Also, Mark has this problem that he's one of the cool burnout metal kids and a self-proclaimed ladies man, but 80% of his fans are geeky depressed men! The very people his music most appeals to are definitely not his first choice for hangout buddies. And it pisses him off. And that's where we get gems like "Some guy told me the other night how my music saved his life -- what a fucking loser." (I'm paraphrasing -- it was actually a lot worse.)


On est face au syndrôme habituel de ceux qui ne parviennent pas à trouver le public qu'ils espéraient. C'est le lot de tous les artistes pop en manque de crédibilité par exemple ou bien d'un groupe hardcore engagé qui se retrouverait entre Blink-182 et Sum-41 à l'affiche d'un méga-festival sponsorisé par une grande marque de bière.

News en rafale

En anglais et toutes plus captivantes ls unes que les autres.

* Gilbert Montagné court toujours.

* Le chanteur de Midnight Oil se relance dans la politique. Il ne pouvait sans doute plus dormir de voir tous ces lits qui brûlent.

* Morrissey souhaite que George W. Bush meure. Ce n'est pas d'une folle originalité en ces temps troublés, mais bon, ça lui permet de faire parler de lui.

* Britney Spears s'est cassé le genou en filmant la vidéo de son prochain single 'Outrageous'. Les premières images qui circulent et la présence de Snoop Dogg laissent penser qu'elle se lance dans le hiphop. Ca promet.

* Vous pensiez que la pop était le refuge des enfants sages et que pour la violence et la méchanceté pure, il fallait aller voir des concerts de post-hardcore satanique ? Détrompez-vous. Les zones de non-droit se trouvent aux endroits les plus inattendus. Mais que fait Police ?

jeudi, juin 10

Cry Wolf. Woohoo. Time to worry.

On est habitués depuis longtemps à voir débarquer des groupes de gamins de même pas 20 ans, qui font un boucan pas possible en croyant, à tort ou à raison, révolutionner le rock'n'roll. Ca peut donner Electric Soft Parade, The Music (et Kyo?) par exemple, ou encore The Coral dans le meilleur des cas. En revanche, il est plus rare de voir débarquer un(e) singer-songwriter de cet âge, prêt(e) à affronter le monde extérieur et le regard d'autrui, paré(e) de son seul nom. Depuis quelques années, qui peut-on citer ? Fiona Apple, Ron Sexsmith, Sondre Lerche, Gemma Hayes, et quelques autres sans doute. Aucun de ces noms pourtant n'a jamais suscité mon enthousiasme, et il faut bien avouer qu'aucun d'entre eux n'a connu de carrière fulgurante. En sera-t-il autrement pour Patrick Wolf ?

Son nom devrait en tout cas être chéri comme un trésor précieux par tous ceux qui aiment voir des univers singuliers se révéler à eux. Quand de plus cette révélation se fait sur la base d'un album aussi original que 'Lycanthropy', ça tourne carrément au miracle et l'enthousiasme devrait être de rigueur. Lycanthropy vient d'être distribué il y a quelques semaines en Allemagne et aux Etats-Unis, après une sortie en Angleterre l'année dernière. Le succès sera-t-il au rendez-vous ? Sans doute pas, mais ce fut sans conteste mon album de 2003. Bien qu'il bénéficie d'un mini-buzz prometteur en Belgique et que son concert à l'Ancienne Belgique fut un mini-triomphe, la France semble rester pour l'instant réfractaire. Pas de critiques dans les journaux, pas de concerts prévus.

Donc, pour compenser, permettez-moi d'être outrageusement dithyrambique, tout en conservant (évidemment) mon objectivité coutumière.

De Patrick Wolf je sais qu'il a plus ou moins 20 ans, qu'il a vécu à Londres et à Paris et qu'il joue parfois de la viole sur scène avec The Hidden Cameras. A peu près rien donc. Dès lors, tout mon enthousiasme a une seule cause. L'album, 'Lycanthropy', un disque complètement schizophrène, une sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde mis en musique.

Stylistiquement, c'est à la fois un disque folk acoustique et un disque électro. On peut passer d'une plage instrumentale avec violon, viole, guitare sèche, accordéon, clarinette et tout le toutim à des passages qui font penser à une sorte d'Atari Teenage Riot junior, d'une folk-song qui fait furieusement penser à 'The streets of London' de Ralph McTell ('Pigeon song', et si vous ne connaissez pas Ralph McTell, croyez-moi quand je vous dis que dans le genre folk urbain, ça se pose là) à un tube électro-pop imparable ('Bloodbeat'), ou encore d'un morceau qui rappelle Soft Cell ('Don't say no') à une comptine enfantine à la guitare ('Peter Pan').

Thématiquement, c'est un disque où les contraires semblent indissociables, l'innocence et la perversion, la vie et la mort. Patrick Wolf y apparait tour à tour naïf et cynique, enfantin et adulte, confiant dans l'avenir et convaincu de l'imminence de sa propre disparition. Un vrai disque d'adolescent donc, avec ses sautes d'humeur, sa propension à la grandiloquence et à l'auto-dénigrement. Les texte oscillent entre un romantisme adolescent, ombrageux mais teinté d'un optimisme mesuré ("I want two dogs, two cats, a big kitchen and a welcome mat. A boy like me don't ever give, give up his dream.") et un nihilisme teinté d'humour noir ("I used to say just follow your dreams/But my dreams always led me to murders").

Au milieu du disque se trouve une chanson inouïe, 'The Childcatcher' qui, en ces temps de procès à rallonge, laisse songeur. Comme son titre peut le laisser penser, on y trouve des phrases telles que 'You gave me shoes and pretty clothes and I gave you what I had between my legs' ou 'I think you even enjoyed it. I think I even saw you come'. Patrick Wolf endosse à la fois le rôle du prédateur, de la proie innocente et de la mère de celui-ci, en changeant de voix à chaque fois dans un morceau qui à force d'emphase expressionniste finit par fasciner (en plus de mettre mal à l'aise). Je ne crois pas me tromper en disant que vous n'avez jamais rien entendu de pareil. Et lorsque, dans la foulée, on entend 'Demolition', une longue méditation acoustique sur la douleur de n'être pas aimé en retour, on ne peut plus douter que l'on est en présence d'un grand disque.

Bien sûr, l'album n'est pas sans défauts. Patrick Wolf a une voix brute, pas travaillée, et il se laisse par moments aller à des dégueulandos pas piqués des hannetons ou à des "hohoho" ou de "éhéhé", qui semblent tout droit sortis du "Vice-Versa" des Inconnus. De même, par instants, une pointe de naïveté et un manque de retenue trahissent son âge. Cependant, quand on voit qu'il cumule les casquettes d'auteur, compositeur, interprète et instrumentiste, on ne peut que reconnaitre que ce projet est une vraie réussite. On se prend à rêver à ce qu'il aurait pu produire avec une production plus riche... avant de se dire que peut-être l'équilibre instable de ce premier album n'a été rendu possible que par l'absence de moyens. L'avenir nous le dira sans doute. Un deuxième album est d'ores et déjà en préparation. On parle d'un concept-album (gasp!) plus acoustique.

Dans un monde idéal, 'Lycanthropy' rencontrerait le succès, une maison de disques proposerait alors un pont d'or à Patrick Wolf, son deuxième album serait un succès mondial, et son troisième album pourrait avoir comme thème "comment la gloire m'a bousillé". Dans le monde réel cependant, Lycnathropy rebutera le plus grand nombre et sera un objet de culte pour quelques privilégiés. Un beau destin dans tous les cas.

PS : Vous n'êtes toujours pas convaincus que ce disque est génial ? Deux autres arguments :
- le disque commence par un loup qui hurle (loup, wolf, wolf, loup...jeu de mots)
- dans les crédits, on peut lire 'The instruments were not played by themselves. Although... close your eyes open your ears and do imagine they do.. Unfold into magic" (je ne traduis pas car ça sonne beaucoup moins bien en français)

Ca ne suffit toujours pas ? Tant pis pour vous. Vous faites partie du monde réel.

Sinon, si vous allez à Benicassim cet été, ne manquez pas d'aller jeter un oeil sur son concert. Vous pourriez peut-être y croiser Neil Tennant, ce qui fait toujours un truc à raconter au camping le lendemain.

PS : Une interview récente du bonhomme vient d'apparaître sur le Net. L'album vient aussi d'être chroniqué par Pitchfork. Pour la première fois également, je suis tombé sur une interview en français du bonhomme.

Dot Cotton (pour ceux qui voient) et Harry Potter dans le NME

Deux articles bizarres dans le NME de la semaine (celui daté du 5 juin). Le premier parle d'un temple bouddhiste en Thaïlande spécialisé dans les cures de désintoxication. Pete Doherty, des Libertines, vient d'ailleurs d'y être admis.

L'article ne serait finalement pas si étonnant (quoique le lien avec June Brown ou bien la technique du 'projectile vomit' peuvent laisser perplexe) si l'article n'embrayait ensuite sur une histoire abracadabrante. Apparemment, le chef spirituel du temple (le moine supérieur en quelque sorte) compose des mélodies basées sur les 'lignes' de la nature, mélodies qu'un ancien pensionnaire issu d'un obscur groupe anglais recycle depuis quelques mois en morceaux électro ou indie.

Il faut vraiment le lire pour le croire (ou pas).

Le deuxième article est tout aussi bizarre même si sa raison d'être est moins mystérieuse. IPC, qui édite le NME, et les studios Warner partageant in fine les mêmes actionnaires, le NME s'est proposé d'interviewer Daniel Radcliffe (l'interprète de Harry Potter au cinéma, 14 ans), sur ses goûts musicaux.

Morceaux choisis :
"I love Bloc Party. Awesome band."
"....really fresh bands like Art Brut."
"The Others and the Rocks are really cool."
"I went to the Strokes... which was fantastic."
"The Pixies... are like one of my favourites, favourites bands".
"Kurt Cobain is a genius"
"I absolutely adore The Zutons."
"Sid Vicious is my idol."
"The Sex Pistols are my favourite band."
"I'd kill to meet Lou Reed."
"Ben Kweller is great."
et ainsi de suite pendant deux pages. The Walkmen, Hope of the States, The Killers, Razorlight, the Libertines, Radiohead, the Delgados, Jet, Kings of Leon, Mercury Rev, Morrissey, The Jam, The Ordinary Boys.... ils y passent tous. A se demander où il trouve le temps d'écouter tout ça.

Ce n'est qu'à la dernière question qu'il accepte de dire ce qu'il n'aime pas : les Yeah Yeah Yeahs et les White Stripes, parce qu'il ne comprend pas leur manière d'envisager la batterie. Soit. Le pire est à venir.

Dommage en effet qu'il fasse s'évaporer en une phrase le capital de sympathie généré par son enthousiasme sans limites pour tout (et n'importe quoi) en terminant par : "Et évidemment, je hais la pop music. Ce n'est pas un genre de musique à faire, et encore moins à vendre. Je pense que les magasins de disques devraient payer une amende à chaque fois qu'ils vendent un disque pop. C'est la seule chose que je ferais si jamais j'étais élu Premier Ministre", avant de retomber sur Terre en ajoutant "ce qui, si l'Angleterre a encore un peu de bon sens, n'arrivera jamais."

Sacré Daniel. Ceci dit, venant de quelqu'un qui trouve que les chansons des RHCP ne sont pas toutes un peu pareilles, je ne m'étonne de rien.

Cette interview a d'ailleurs eu un prolongement amusant. Quelques jours après avoir ainsi révélé au monde qu'il adorait Art Brut et Bloc Party et toute la nouvelle scène londonienne qui leur est associée, il fut invité à un showcase de groupes proches de cette mouvance. Son père le força à refuser l'invitation sous le fallacieux prétexte qu'il était en pleines révisions pour ses examens.

Franchement, obéir ainsi aveuglément à la dictature exercée par ses parents. Etudier au lieu de vivre une vie de rock star, c'est pas une attitude digne d'un disciple de Sid Vicious, si ? Daniel, si tu me lis, je sens que tu serais plus dans ton élément en écoutant Britney Spears. Tu luttes contre ta vraie nature, là. Enfin bon, je dis ça, je dis rien.

lundi, juin 7

O Rom / Hol Ga Do / ZZZ ZZZ

Le nouveau EP de Sigur Ros, Ba Ba / Ti Ki / Di Do, vient de sortir. C'est leur première sortie depuis qu'ils ont quitté Fat Cat pour EMI, ce qui ne prête encore guère à conséquences puisqu'il s'agit d'une sortie US via Geffen qui n'est disponible ici qu'en import.

Comme toujours avec Sigur Ros, c'est un bel objet, d'une sobriété de bon aloi. Le minimalisme de la pochette ferait pâlir d'envie l'album blanc des Beatles, quoique sous une lumière rasante, on peut distinguer quelques silhouettes rapidement dessinées qui semblent décrire des pas de danse. Peut-être est-ce là une réponse à une question que je me pose régulièrement : comment prend-on note d'une chorégraphie ?

Le CD reprend en effet la musique que le groupe avait dû improviser pour un ballet de Merce Cunningham (l'autre moitié de la bande-son était confiée à Radiohead et fut créée dans les mêmes conditions. Je n'en ai malheureusement toujours pas trouvé d'enregistrement.)

Ici, Jonsi ne (c)hante pas, ce qui prive la musique du groupe de sa caractéristique la plus marquante. On se rapproche ainsi de ce que le groupe pouvait faire sur 'Von', où les voix étaient plus rares, mais en y ajoutant une bonne dose d'électronique. Pour aller vite, on pourrait dire qu'on se situe ici en gros à mi-chemin entre le Boards of Canada du premier EP et le Brian Eno des Plateaux of Mirror, ce qui est plutôt un bel endroit à occuper, calme et sophistiqué (*). On y trouve des tapis de notes aléatoires se répétant sans cesse et que quelques accords planouillants viennent lester d'une sérénité bienvenue. Vers la fin s'ajoutent des samples vocaux saccadés qui parviennent à créer un léger sentiment de transe avant que tout ne se dissolve dans un bain de guitares acides.

Et c'est tout. Ca ne dure que 20 minutes. C'est certes un peu peu mais rien n'empêche de répéter ces 20 minutes à l'infini. Elles s'y prêtent plutôt bien.

(*) Je pourrais tout aussi bien dire qu'on est à mi-chemin entre Richard Claydermann et Jean-Michel Jarre mais, bien que ce ne soit pas une comparaison tellement plus fantaisiste, elle laisserait sans doute une impression moins favorable. Je m'en tiendrai donc à Boards of Canada et Brian Eno, qui ont le mérite d'être culturellement corrects jusqu'au bout des sillons.

vendredi, juin 4

Désolé pour le manque d'updates

Il faut s'en prendre aux contingences techniques inhérentes à toutes activités informatiques.

Dire que je voudrais tant causer des rééditions des quatre albums de Brian Eno, du nouveau EP de Sigur Ros ou des textes hilarants de l'album de Slipknot. Ce sera pour dans quelques jours. Tout au plus, ai-je le temps de dire que Justin Sullivan a sorti un très bon disque l'année dernière et que les reprises technoïdes de California Dreamin' ou des bandes originales de Chaplin sont des crimes contre l'humanité.