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jeudi, novembre 8

Patrick Wolf, Ancienne Belgique, 31 octobre 2012 (II)

A 20 h précises, Abi Wade rentre sur scène, violoncelle à la main et s'installe, non sans quelques difficultés : il faut fixer le pied du violoncelle, placer précisément les pédales lui permettant de frapper le tambourin et la boîte en bois qui lui servent de percussions. Tout cela prend du temps et ni le public ni elle ne semblent disposés à briser le silence, étonnamment pesant, qui règne dans la salle. Des deux côtés, on s'observe, on se jauge.

Quand la musique commence, c'est elle qui prend l'initiative dans ce lent processus d'apprivoisement réciproque. Les morceaux sont courts, accrocheurs et sa voix d'alto se marie parfaitement avec le son des instruments. Outre les percussions précédemment mentionnées, elle joue de son violoncelle soit en pizz soit avec l'archet, ou en frappant la caisse de résonance avec des mailloches. Tout est joué en direct. Contrairement à bon nombre d'artistes du même genre, aucune pédale de sample n'est utilisée.

Musicalement, on n'est pas très éloigné de tUnE-yArDs, en plus sage, ou des débuts de Florence and the Machine, quand cette dernière n'était pas encore une bête de stade mais semblait juste être une harpiste un peu dérangée, qui avait décidé sur un coup de tête de se lancer dans la pop.

Une artiste à suivre en tout cas. Le premier single vient de sortir ou devrait sortir incessamment



21 h. Un piano à queue, un violon, une harpe, un ukulélé, deux hautbois. Les instruments visibles sur scène résument bien l'esprit de l'album qui vient de sortir et de la tournée qui l'accompagne : revisiter en acoustique dix ans de carrière en picorant quelques chansons emblématiques dans un répertoire qui a souvent joué sur les contrastes entre acoustique et électronique, douceur folk et caractère abrupt des beats synthétiques.

Pour certaines chansons, déjà essentiellement acoustiques, cela ne pose guère de problèmes, pour d'autres (Together, Vulture,..) l'exercice est nettement plus ardu, mais souvent réussi. Dans Vulture par exemple, les passages les plus bruitistes sont intelligemment remplacés par des traits de virtuosité au piano, soudain trop-plein sonore qui permet d'en rendre la dynamique. Dans un autre genre, Together (non joué ce soir), dépouillé de sa ligne de basse dansante, révèle un cœur tout palpitant de romantisme. Le seul regret que je pourrais formuler est que, dans cet écrin dépouillé, il est plus difficile d'ignorer certains de ses maniérismes vocaux (les glissandos notamment).

Au cours de la soirée, Patrick alterne entre piano, harpe et ukulélé et est ponctuellement rejoint par un accordéoniste, son stage-manager/hautboïste ou Abi Wade, venue jouer du violoncelle sur deux ou trois titres. Bizarrement, le violon ne quittera pas son support de toute la soirée, quoique sa présence sur scène, au cas où, peut s'expliquer : la setlist change chaque soir, parfois à la demande du public. J'ai ainsi le plaisir d'entendre une de mes chansons préférées, Pumpkin Soup, de circonstance en ce soir d'Halloween et demandée par une de ses fans fidèles du premier rang.



Le parti-pris général de sobriété des arrangements se confirme aussi dans son costume de scène, noir et étonnamment sage, malgré une tête de mort en bois portée en collier (et qu'il finira par lancer dans la foule en prévenant 'It's heavy ! You can't sue me if someone gets hurt !'). La scène est presque vide, éclairée par quelques spots, dont la puissance sera diminuée en cours de concert à sa demande, et par des projections noir et blanc en arrière-plan que ma voisine qualifiera perfidement d'"album de vacances des jeunesses hitlériennes", juste parce que Patrick y gambade à plusieurs reprises torse nu dans les alpages, un pistolet à la main, et qu'on y voit des danses folkloriques qui fleurent bon l'apfelstrudel et les culottes de peau.


Plus que tout cela, cependant, le prix de ce concert pour moi a été de voir sur scène un musicien souriant et apaisé, content d'être là, allant même jusqu'à évoquer les mauvais souvenirs qu'il gardait de ses précédents concerts bruxellois (l'annonce juste avant de monter sur scène de la mort d'une de ses tantes, le bus de tournée cambriolé et les papiers d'identité volés, sa présence incongrue au sein d'une affiche plutôt rock lors de son premier concert au Domino Festival,....) avant de dédier The City au public bruxellois, composant au passant une rime riche destinée à passer à la postérité "We kiss by the Manneken Pis".

Je ne me fais en général guère d'illusions sur le caractère sincère des compliments qu'un artiste lance sur scène à son public mais je dois dire qu'après le concert renfrogné et légèrement hostile de l'année dernière, cette soirée m'a réconcilié avec le personnage. Au cours de sa carrière, le mal-être a sans doute nourri certaines des chansons les plus abouties de son répertoire, mais force est de constater que le bonheur lui sied mieux. Puisse-t-il en être ainsi jusqu'à la prochaine tournée.

Bien que le prix hallucinant du tour EP (cinq titres sur un CD gravé dans une pochette en papier pour 25€ !) m'a fait tiquer (sorry William), il n'a été qu'une ombre passagère sur mon humeur euphorique d'après concert.

lundi, novembre 5

Patrick Wolf, Ancienne Belgique, 31 octobre 2012 (I)

Voulant préparer la rédaction de ce billet, je me suis rendu compte que je n'avais bizarrement chroniqué aucun de mes concerts de Patrick Wolf par ici. Celui-ci sera donc l'occasion d'un petit bilan rétrospectif.

J'ai découvert Patrick Wolf dans le NME un peu avant la sortie de son premier album, commandé dans la foulée sur Amazon (Amazon, qui se souvient de tout, me rappelle que dans cette commande se trouvaient aussi The Rapture, Mark Owen, Justin Timberlake, Atomizer et Richard X, c'était donc en plein milieu de ma phase de réamour avec la pop).

Immédiatement tombé sous le charme de l'electro-pop de Bloodbeat et de la folk biscornue de Pigeon Song, j'en parle partout autour de moi, me faisant le héraut de la bonne parole lupine sur les forums (Popjustice) et les mailing-listes que je fréquente (la défunte Lenoirliste), allant jusqu'à le "plugger" aux radios que j'écoutais à l'époque (Radio 21 par exemple). Je finirai même par l'interviewer pour la Blogothèque (une expérience dont je garde un souvenir mitigé; ayant négligé la difficulté technique de l'enregistrement de la conversation, la transcription fut très difficile et le résultat écrit décevant).

Je garde de cette période de "militantisme" un fort investissement émotionnel dans la carrière du bonhomme. Contrairement à la plupart des artistes que je suis, j'assiste à un concert de Patrick Wolf pas seulement pour le plaisir de l'entendre chanter ou de le voir titiller la corde avec son archet, mais aussi pour prendre de ses nouvelles. Où se situe-t-il dans sa carrière ? Est-il heureux de jouer ? Aime-t-il encore son "métier" ? Quel est son public ?

De ce point de vue, les enseignements au cours des années furent nombreux et variés. Au début de sa carrière, Patrick Wolf n'aimait guère la scène et cela se sentait. Il était emprunté, mal à l'aise, taiseux. C'était particulièrement le cas lors de son tout premier concert en Belgique, à l'AB Club en 2004 (je me souviens que, une demi-heure avant de jouer, il traînait, l'air mal à l'aise, près du stand merchandising et que sa manager de l'époque, qui tenait le stand, l'encourageait à faire un effort en lui répétant que c'était 'an important gig!') ou lors de son premier passage au Pukkelpop en août 2005.

Pour compenser, il s'était ensuite dissimulé derrière une course à l'extravagance qui se manifestait notamment dans les costumes. Ensuite, lors de son (court) passage sur une major pour le troisième album, son comportement sur scène était devenu proche de l'auto-destruction. Il piquait des colères terribles, balançant des sièges sur ses musiciens, écourtant ses concerts sur un coup de tête, congédiant ses musiciens. Les concerts de cette époque auxquels j'ai assisté m'avaient durablement attristé. Le loup était en berne, la flamme éteinte, l'envie absente. Il semblait n'être sur scène que parce qu'il y était contractuellement obligé, possiblement sous l'emprise de quelque drogue en -ine. L'album, The Magic Position, ayant en outre été pour moi une déception, j'avais à cette époque presque renoncé à le suivre.

Heureusement, il a rapidement quitté son label (ou été viré, les versions divergent) pour financer son album suivant sur Bandcamp, amorçant ainsi une renaissance qui a donné lieu à The Bachelor, un de ses meilleurs albums, coproduit en partie par Alec Empire, et à sa meilleure tournée (le concert d'octobre 2009 au Bota était parfait). Le dernier album était plutôt bon mais le concert de la Rotonde en 2011 était une énorme déception, pour des raisons qui deviendront claires dans le prochain billet. Pendant ces années, j'ai aussi vu son public évoluer, sensiblement rajeunir et se féminiser, jusqu'à devenir à certains moments un public de midinettes, ce que confirment d'ailleurs des forums presque désertés et des pages tumblr hyperactives pleines de gifs  kikou-lol-too-cute.

Prendre un ticket pour un concert de Patrick Wolf revient donc souvent à acheter une pochette surprise. On ne sait jamais ce que l'on pourra en fin de compte en retirer, à tel point que j'avais fini par appréhender mes rendez-vous annuels avec Patrick, susceptibles de se révéler, le jour venu, magiques ou désastreux, sans que le public, à chaque fois conquis d'avance, n'y puisse rien changer.

(la suite ici)

dimanche, octobre 11

"The boy is doing fine"

En attendant mon prochain compte-rendu du concert de Patrick Wolf au Botanique :




lundi, avril 13

The Bachelor

Allez ici pour vous faire une idée du nouvel album de Patrick Wolf.

A suivre durant la semaine : un billet sur les joies du shopping dans les boutiques de CD d'occasion à Londres.

lundi, janvier 5

Max et Patrick ne sont pas vraiment dans le même bateau

- Je me suis régulièrement demandé ce qu'était devenu Max Martin, un temps pourvoyeur avec ses amis du studio Cheiron de bombinettes pop pour tout ce que le monde occidental comptait de pop-stars (les premières chansons de Britney Spears, la plupart des chansons connues de *Nsync et des Backstreet Boys première période, etc...). Il s'était fait plus discret ces dernières années, si on excepte le Since You've Been Gone de Kelly Clarkson. Et bien, en écoutant la nouvelle édition des compiles Now, j'ai eu la réponse à ma question : il est toujours bien là. Il est même (co-)responsable de deux des plus gros tubes pop mondiaux de l'année 2008.

(le follow-up, Hot'n'Cold, est au moins aussi bon et est de lui aussi) et


Pour ceux que ça intéresse, une liste complète de ses (mé)faits est dressée ici.

- Lycanthropy de Patrick Wolf est longtemps resté sans réelle descendance et le genre "quirky electro-folk" n'a pas fait autant recette que je l'aurais voulu. Pourtant, ces derniers mois, quelques noms et chansons sont venus titiller respectivement mes yeux et mes oreilles. Je crois ainsi voir déjà dit un mot de Fryars (MySpace) mais, au cas où, voici une petite vidéo pour vous rafraîchir la mémoire.



(Les fans de Depeche Mode seront aussi intéressés de savoir que Dave Gahan fait les choeurs sur une de ses chansons récentes)

Coïncidence étrange, Fryars et Patrick se retrouvent depuis peu sur Bandstocks, un site qui propose aux fans (uniquement britanniques pour l'instant, hélas) de financer l'enregistrement et la commercialisation des nouveaux albums de leurs artistes préférés. Je me rappelle avoir émis ici-même des doutes quant à l'avenir de Patrick Wolf qui semblait souffrir le martyre dans son costume étriqué d'artiste signé sur une major. Je ne peux donc que me réjouir qu'il tente de voler de ses propres ailes, même si l'expérience risque de tourner court. Le compteur en haut de la page semble en effet indiquer que les fonds qu'il a collectés ne sont pas à la hauteur de ses attentes.

Dans (à peu près) le même panier, on peut aussi placer deux de mes découvertes récentes : John Maus (MySpace... mais qu'est-ce qu'il fout à Toulouse ?) et Simon Bookish (MySpace), dont je vous reparlerai peut-être un de ces jours.

jeudi, février 28

Le nouveau Patrick Wolf

Je ne sais plus si j'en ai déjà parlé ici, mais certains présentent Fryars comme un possible successeur à Patrick Wolf. Personnellement, je crois que j'aime bien le peu que j'en connais, mais je vous laisse juge :



dimanche, août 26

Je retrouve mon Patrick

Oublions les quelques secondes de Razorlight et pâmons-nous devant son deuxième choix de reprise pour son set à Reading il y a quelques jours.



Cela aurait été mieux encore s'il avait chanté Around The World, mais bon, on ne peut pas tout avoir.

Et tant que j'en suis dans le culturel inattaquable :
- Lil' Chris a sorti une reprise de We Don't Have To Take Our Clothes Off, qui n'a à dire vrai qu'un intérêt limité.



- Girls Aloud revient avec une nouvelle chanosn qui ressemble à mon avis un chouïa trop aux précédentes.



- Une démo possible pour le prochain album de Britney Spears est apparue sur le vilain Internet mondial. Elle n'est que très modérément formidable.

- Et tant qu'on en est à parler de Britney, Don't Stop The Pop a évoqué hier Ellie Campbell, une starlette Stock-Aitken-Waterman de la fin des années 70, dont je n'avais encore jamais entendu parler. Sa chanson Don't Want You Back présente plus qu'un ressemblance avec le Crazy de Mrs Fed-Ex.

Pour la suite de mon CR du Pukkelpop, il faudra encore attendre un jour ou deux, j'ai eu d'autres choses à écrire ces derniers jours.

lundi, avril 23

Une fin de loup ?

J'ai à dire vrai un peu arrêté de suivre la carrière de Patrick Wolf depuis quelques mois. Le nouvel album ne me plaît qu'à moitié et, vu qu'il semble résolu à ne pas venir jouer en Belgique, je n'ai pas l'occasion de juger ce que cela donne en live. Je tombe donc un peu des nues.

Patrick Wolf semble en tout cas résolu (provisoirement ?) à mettre un terme à sa carrière musicale. On peut penser ce qu'on veut de son dernier album mais ce serait tout de même une tragédie mineure.

Apparemment, l'information trouve son origine dans un message posté par Patrick lui-même sur le forum semi-officiel qui lui est consacré. Ce message fait suite à la réaction de ses fans à cette vidéo où, bien éméché, PW parle hors de son cul (comme disent les anglais) et s'en prend à son batteur.



Cela finira peut-être par s'arranger (espérons en tout cas) mais, en attendant, toute cette histoire me laisse une impression de grand gâchis. Qu'est-ce qui lui a pris de signer sur une major ? Il me semblait évident depuis le début que ce serait (pour lui en tout cas) une mauvaise idée.

En attendant d'en savoir plus, les âmes éplorées pourront se consoler avec ce concert enregistré aux Pays-Bas.

samedi, octobre 7

Patriiick (bis)

Un nouveau morceau de l'album de Patrick Wolf est disponible ici.

Pour le reste, je devrais sans doute vous parler du concert consacré au label Type auquel j'ai assisté le weekend dernier au Planetarium de Bruxelles (avec Helios et Deaf Center). Je vais essayer de trouver le temps demain de goupiller un rapide compte-rendu (parce que, bon, la baisse brutale du nombre de visites quotidiennes me fait un peu de peine).

PS : Ma belle-soeur ne me lit pas mais elle aurait adoré ceci. Robbie Williams goes disco. Je n'ai malheureusement pas encore dégoté les morceaux enregistrés avec les Pet Shop Boys.

lundi, octobre 2

Patriiiick

Un des morceaux du nouvel album de Patrick Wolf est disponible dans le dernier Podcast des Inrocks. La voix de Jean-Daniel Beauvallet est assez insupportable et il tend à se répandre en banalités sur les chansons qu'il diffuse (et il ne prend d'ailleurs même pas la peine d'en donner le titre) mais bon, ça permet d'en savoir un peu plus sur à quoi ressemblera The Magic Position.

Sinon, je devrais sans doute signaler à mes lecteurs bien-aimés (c'est vous) que, ma charge de travail s'étant subitement alourdie depuis quelques jours, je risque d'être moins présent dans les prochaines semaines, voire dans les prochains mois. Première conséquence : j'ai échangé ma place hebdomadaire du vendredi sur la Blogothèque par une place bimensuelle le lundi. Deuxième conséquence : je ne vous cache pas que j'ai quelques doutes quant à ma capacité à rédiger en décembre-janvier la traditionnelle série de billets sur les albums de l'année. Nous verrons bien.

PS : Deux nouveaux mp3-blogs sont liés dans la colonne de gauche (et désolé à ceux dont j'étais persuadé qu'ils s'y trouvaient... et qui ne s'y trouvaient pas)

samedi, septembre 23

Accident and Emergency

La vidéo du nouveau single de Patrick Wolf est apparue sur NME.com. Après deux visions, je suis franchement déçu, sans parvenir à expliquer précisément pourquoi. J'en reparlerai sans doute plus tard, par exemple lorsque la vidéo sera accessible sur un site qui ne nécessite pas une inscription préalable (cela dit, l'inscription sur NME.com est gratuite et ne génère pas de spam).

EDIT : En attendant, la chanson elle-même est disponible ici. La meilleure qualité sonore permet de se rendre compte que les arrangements sont plus complexes qu'ils n'en ont l'air a priori.

lundi, août 29

Pukkelpop Samedi

(suite de ce billet)

La programmation du samedi est traditionnellement celle qui m'intéresse le moins. Entre Patrick Wolf (14h30) et Nick Cave (23h30), il n'y a pas grand-chose rien qui m'emballait a priori. Je me préparais donc à passer une journée sous le signe de la découverte et de l'intérêt poli, et c'est en moyenne ce à quoi j'ai eu droit.

La journée commence, après une grasse matinée bienvenue, par l'ami Patrick Wolf. C'est la troisième fois que j'ai l'occasion de le voir sur scène, mais la première fois en festival. En conséquence, le piano à queue des précédents concerts est ici remplacé par un orgue électrique tout rikiki, posé sur une chaise et qui lui arrive au bas des genoux quand il s'assied pour en jouer. Il faut sans doute porter à son crédit que, malgré ces conditions difficiles, le concert soit si proche de celui de l'Ancienne Belgique il y a quelques mois : même gilet troué de serveur de restaurant devenu clochard, même air gêné quand il regarde les spectateurs mais même capacité à retenir leur attention, même accompagnement par un batteur et setlist analogue, principalement tirée de son excellent deuxième album Wind in the wires. La seule vraie surprise du concert fut sa reprise du Running up that hill de Kate Bush, qu'il interprète comme une de ses chansons, c'est-à-dire avec un sens du pathos (placements de voix, rallentendos,...) qui ravit certains spectateurs et en irrite d'autres. C'est sans doute en écoutant cette reprise que je comprends le mieux les reproches que l'on peut faire à sa musique : maniérée, inutilement emphatique, etc.. Ce qui fonctionne parfaitement dans ses propres compositions a tendance à paraître naïf et forcé lorsque transposé aux chansons des autres mais bon, ceci est un reproche mineur. Un très bon concert, donc, malgré quelques fausses notes et un brouhaha constant, inévitable au Château. Je suis personnellement tout prêt à voir un concert de Patrick Wolf tous les six mois pour entretenir ma fan-attitude et celui-ci convenait parfaitement. A l'année prochaine donc, si tout va bien.

J'enchaîne avec le concert de Boom Bip. Le programme du festival le définit comme un 'human beatbox', d'autres le décrivent comme d'abord et avant tout un rappeur tandis que se musique évoque à certains de l'électronica post-rock disco. En fait, la musique de Boom Bip se situe exactement à mi-chemin entre le (post-)rock et l'électronica, une sorte d'hybride parfait qui refuse jusqu'au bout de choisir son camp. Ils sont quatre sur scène, la tonalité générale est plutôt gentiment mid-tempo et le tout fait un concert parfait pour le milieu d'après-midi de ce dernier jour, alors que la fatigue accumulée les jours précédents commence à se faire sérieusement sentir. Sons and daughters vont ensuite gentiment réinsuffler un peu de tonus dans les esprits. Tous habillés de noir, les quatre membres du groupe (deux hommes, deux femmes) font une musique qui évoque tout à la fois le blues crade des White Stripes (ou des Kills) et le rock'n'folk hanté de Sixteen-Horsepower. Je suis complètement rentré dedans malgré une chanteuse qui se laissait parfois un peu emporter par son envie de hurler à la mort. Je suppute néanmoins que, sur disque, ce problème ne se pose pas et que le groupe pourrait donc vite devenir un substitut adéquat des White Stripes pour ceux (dont moi) qui considèrent que le succès a rendu Jack White rédhibitoirement tête à claques.

Nous enchaînons par un petit quart d'heure nourriture et rafraîchissements en écoutant de loin les Dropkick Murphys, un groupe dont je ne connaissais même pas le nom et avait les honneurs de la grande scène. Je suppose qu'on peut décrire leur musique comme du punk hardcore avec des gros bouts de cornemuse dedans, ce qui est un créneau assez peu fréquenté. Il fallait bien qu'un groupe se dévoue pour l'occuper. Ils se sont proposés. Bravo à eux. Nous passons ensuite jeter un oeil sur Riton, groupe dont j'avais vaguement écouté l'album il y a un an, sur la foi d'une chronique du NME et d'une reprise de Killing an arab. Le groupe se comporte d'un chanteur, d'un guitariste et d'un bidouilleur et crée une musique que je serais bien en peine de définir, quelque part entre la house poisseuse, le funk lubrique (il y a des intonations de Prince dans la voix) et le post-punk salace. Pendant vingt minutes, je me suis cru téléporté dans une discothèque louche des fins fonds du New York des années 70. Des beats robotiques et des riffs de guitare soutiennent un chanteur qui harangue les spectateurs, non sans un soupçon de vulgarité. Drôle d'expérience, d'autant que le Chateau était étouffant de chaleur à ce moment. J'en suis sorti avec un début de mal de crâne. On ne m'y reprendra plus.

Le programme présente les Towers of London en citant Motley Crüe et les Sex Pistols. On ne pourrait mieux dire : les cheveux de Motley Crue et les tee-shirts des Sex Pistols, les solos de guitare de Motley Crue dans des morceaux à la manière des Sex Pistols. L'interaction du groupe avec le public est également un étrange mariage de l'attitude antagoniste des Sex Pistols (le chanteur hurlant "Come on. Move, you paltry cunts.") et des poses de guitar-hero du pire hair-metal des années 80. Le tout est très drôle mais à oublier très vite sous peine de graves séquelles psychiatriques. Le contraste avec le trip-pop de Ozark Henry sur la grande scène n'aurait pas pu être plus grand. Certains n'ont retenu du concert que la verrue de la chanteuse sur les écrans géants. N'ayant pas eu la curiosité de regarder les écrans géants, je n'en ai rien retenu du tout, bien que j'aime plutôt bien ce que je connais des albums du groupe.

La fatigue accumulée m'a rendu assez paresseux en ce dernier jour de festival. En conséquence, je ne me décide que très tard à aller faire un tour au dance-hall pour voir T. Raumschmiere. A ma grande surprise, le chapiteau est bourré à craquer de clubbers rendus fous par une sorte de dance bourrine à base de percussions et de riffs de guitare. Ca m'évoque en fait beaucoup le morceau I'm so crazy de Part-T-One vs INXS sorti il y a quelques années. Trente secondes à peine après notre arrivée, un nouveau morceau commence, accueilli par des milliers de hurlements de joie et de sauts en l'air. Devant cet enthousiasme unanime de la foule (j'ai rarement vu une telle clameur au début d'un morceau, tous concerts confondus), je me demande un instant si Mr T aurait écrit un tube planétaire sans que je ne m'en rende compte, mais non. La mélodie reprise en choeur par des milliers de gosiers extatiques ne m'évoque strictement rien. La comparaison la plus proche que je puisse faire est le Satisfaction de Benny Benassi. C'est une expérience troublante de se retrouver ainsi perdu au milieu d'une foule réagissant comme un seul homme à des stimuli que l'on ne comprend pas. Si l'un de vous peut me dire comment s'appelle le tube ultime de ce monsieur, ça m'intéresse. Je serais curieux d'entendre à quoi ressemble la version studio.

(EDIT : La chanson s'appelle Monster Truck Driver et peur s'écouter ici ou .)

Cette après-midi piteuse laisse la place à un début de soirée tout aussi piteux, qui commence par deux morceaux de Morcheeba, que je pourrais difficilement décrire autrement que comme insipides, d'autant que la chanteuse historique du groupe a mis les voiles et que le groupe en a donc engagé pour cette tournée une nouvelle, qui ferait presque regretter les versions studio (et pour que je regrette des chansons de Morcheeba, il en faut beaucoup). Le NME a un jour dit que Morcheeba faisait de la "musique d'ascenseur pour conducteurs de Volvo qui mettent des cravates beiges". C'est assez bien vu. N'ayant ni Volvo ni cravate beige, il ne me reste plus qu'à partir discrètement prendre un bain de glamour hollywoodien avec le concert de Juliette and the Licks. Juliet Lewis, dans une combinaison rouge moulante, y tente de nous convaincre que le rock'n'roll a toujours été sa vraie passion et que sa carrière sur grand écran n'était qu'un trempli vers son véritable amour, la scène. Elle serait plus crédible si elle savait chanter et si ses chansons avaient un soupçon d'intérêt.

La cerise sur le gâteau de la médiocrité festivalière sera posée par Korn, qui est pour moi au nu-metal ce que les Who sont au 'classic-rock', c'est-à-dire un groupe culte ('séminal' diraient certains) mais dont je serais bien en peine de citer ne serait-ce que le titre d'une chanson. Aucune diffusion à la radio ou sur les chaînes musicales, pas d'amis fans (Dieu merci) et un a-priori immensément négatif ont fait de Korn un des groupes dont je peux dire le plus grand mal sans en rien connaître et sans la moindre mauvaise conscience. Le petit quart d'heure passé à regarder Jonathan Davis (dont le charisme sur scène est rigoureusement nul) et ses dreadlocks s'agiter sur des chansons n'ayant ni queue ni tête n'ont rien fait pour me dissuader de continuer à l'avenir de me servir de mon ignorance comme d'un étendard. Le set se termine par une reprise d'Another Brick in the wall qui se contente de singer l'original avec une voix rocailleuse de grand fumeur. Dieu seul sait (et il l'a sûrement dit à l'ex-guitariste du groupe) comment ils ont pu penser que c'était une bonne idée.

Heureusement, une fois qu'on a atteint le fond du puits , on ne peut plus que remonter et les deux derniers concerts de la journées allaient me réconcilier avec la musique. Celui de !!! commence on ne peut mieux lorsque le chanteur monte sur la scène du club, très exposée aux sons provenant de la scène principale, en disant : "Sorry for being late. We were waiting for that awful racket [Korn] to end." En une phrase, j'étais déjà quasiment conquis, exploit d'autant plus admirable que, sur disque, !!! m'a toujours laissé perplexe. En fait, comme pour The Go! Team, j'ai l'impression que la musique du groupe ne trouve sa vraie dimension qu'interprétée sur scène. Tout y est en effet centré autour de l'énergie véhiculée. En fait, voir le chanteur sauter, danser, ramper, se contorsionner sans jamais faire de pause pendant une heure tandis que derrière les percussionistes tabassent leurs fûts avec jubilation, c'est un peu comme découvrir le mode d'emploi d'un lecteur CD dont le tiroir aurait jusque là toujours refusé de s'ouvrir. Je doute que cette épiphanie m'aide à mieux apprécier l'album mais il est indéniable que, pendant une heure passée à sautiller sur place avec un sourire béat, !!! avait tous les atouts pour être le meilleur groupe de festival du monde, sans doute parce qu'ils ne laissent planer aucun doute sur le plaisir qu'ils prennent à jouer sur scène, plaisir qui finit forcément par contaminer le spectateur.

La soirée (et le festival) se termine par un concert qui vient démentir ce que des années de festival m'avaient fait appeler la malédiction de la grande scène, condamnée dans mon esprit à empêcher la musique qui y est jouée de transporter une émotion autre que l'habituel "Putain, ça tabasse". J'avais d'ailleurs été surpris d'apprendre que Nick Cave and the bad seeds avaient été choisis pour clôturer le dernier jour de festival. Sa musique sombre ne m'apparaissait pas a priori propice à réunir 40000 festivaliers. Sans doute avais-je sous-estimé la popularité du personnage car il a rempli son rôle à la perfection. Le son était parfait et le choix de la set-list ne l'était pas moins. Certains ont eu du mal à se faire au départ de Blixa Bargeld et à l'introduction d'un choeur gospel sur le (mirifique) dernier album mais je suis de plus en plus persuadé que cette adjonction du choeur est une des meilleures idées que Nick Cave ait eues depuis longtemps. Même les anciennes chansons bénéficient énormément, je trouve, de ces touches soul qui viennent tempérer la furie orchestrale des 7 Bad Seeds. Durant 1h15, le public écoutera, dans un recueillement quasi-religieux, les morceaux emblématiques de la carrière de Nick Cave alterner avec les extraits de son dernier album. C'est sans aucun doute le meilleur concert que j'aie jamais vu sur la scène principale d'un grand festival et, franchement, ça m'a donné envie de revenir l'année prochaine.

...

Ouf, voilà, je suis arrivé au bout de mon compte-rendu kilométrique. Félicitations à ceux qui ont tout lu depuis le début. Ils ont bien du mérite.

mardi, mars 1

Chronique du Patrick Wolf dans Magic

Recopié du numéro du mois de mars de Magic :

PATRICK WOLF Wind In The Wires
(Tomlab/La Baleine)
Avec son violon sous le bras et sa coupe de cheveux façon “perruque mal posée” digne d’un Andy Wharol pubère qui s’habillerait de surcroît comme un sac, le Londonien Patrick Wolf vaut mieux que ce que son aspect débilitant ne laisse imaginer. Certes, ses frasques vestimentaires s’accordent assez bien à sa musique bariolée, mais un peu de fantasme n’a jamais fait de mal, surtout en pop music. Le syndrome Moldy Peaches, probablement. Du même âge qu’Adam Green — c’est-à-dire une dizaine d’années à la sortie du Loser de Beck —, notre jeune loup témoigne comme le défunt duo d’une créativité débordante derrière une démarche un tantinet brouillon. Chouchou de FatCat Records et repéré par Capitol K, cet adepte d’Atari, d’ukulélé grande taille et de crincrin façon folklore yiddish est, sur disque comme à la scène, incontestablement audacieux... Quand la table de mixage devient instrument, Wind In The Wires se sent pousser des ailes et parvient à décoller—sur la moitié seulement des morceaux—, atteignant des (petits) sommets d’élégance branque, avec ses structures éclatées dignes du Bowie 70’s et cette voix de Tom Waits qui aurait oublié de muer. Issues d’un apprentissage musical schizophrène entre conservatoire et performances de rues, ces treize compositions dépeignent “une quête de liberté personnelle dans un âge de stagnation, d’immobilité et de manque d’invention” (dixit leur auteur). On ne saurait dès lors que trop conseiller à ce multi-instrumentiste dispersé d’ouvrir ses petits désordres intimes à quelques partenaires de choix un peu d’air frais ferait en effet le plus grand bien à ses chansons qui sentent trop souvent le (homestudio) renfermé. À part ça, Patriiiiiiiiiiiiick Wolf se baladerait désormais en noir des pieds à la tête et aurait plutôt fière allure. Le succès ne devrait donc plus tarder...
Renaud Paulik
3/6

samedi, février 26

J'ai basculé du côté obscur.

La Blogothèque a mis les petits plats dans les grands pour traiter de la sortie du deuxième album de Patrick Wolf : une belle chronique de l'album, un beau compte-rendu du concert et l'interview que j'ai réalisée au début du mois sont en ligne depuis quelques jours. Si on ajoute à cela une chronique dans les Inrocks, bientôt une dans Magic, des passages dans l'émission de Bernard Lenoir sur France-Inter et une multitude de chroniques et interviews fleurissant sur le Web francophone, il faut bien se rendre à l'évidence : Patrick Wolf devient hype. Quand on pense qu'à une époque, une recherche Google "Patrick Wolf Lycanthropy" limitée aux sites francophones ne me renvoyait qu'à moi-même, il faut féliciter Tomlab qui semble avoir pris la promotion de ce deuxième album en France très au sérieux.

On ne peut évidemment que s'en réjouir. Pendant deux ans, j'ai chanté à qui voulait les entendre (et aux autres) les louanges de Lycanthropy. Cela n'a pas été tout à fait inutile et j'aime à me dire (même si ce n'est sans doute pas vrai) que tous les Belges francophones qui ont connu Patrick Wolf en 2003 l'ont fait par mon intermédiaire (plus ou moins directement). J'en tire une certaine fierté. J'ai toujours été un prosélyte dans mes goûts musicaux car je vis dans l'illusion que si quelqu'un écoute sans a priori une chanson que j'aime, il ne peut qu'y succomber. C'est évidemment faux (ne serait-ce que parce que cela contredit ma conviction que le concept de "qualité intrinsèque" d'une oeuvre est dangereux). Pourtant, cette illusion est en grande partie la raison d'être de ce blog ou sous-tend la manière dont je parle musique avec des amis.

Cette vision des choses n'est pas partagée par tout le monde. Sur le forum plus ou moins officiel consacré à Patrick Wolf, des voix s'élèvent d'ailleurs déjà pour regretter de voir le moyen public (parler de 'grand public' me semble encore un peu présomptueux) s'y intéresser. C'est une attitude très répandue et que je n'avais jusque là jamais bien comprise.

Peut-être suis-je à présent plus à même de la comprendre. Lorsque, la semaine dernière, j'ai ouvert le Télé-Moustique (une sorte de Télé 7 jours belge) et y ai découvert une chronique dithyrambique de Wind in the Wires, j'ai ressenti un court pincement au coeur. Je l'ai bien vite réprimé car il contredit toute ma vision de la musique mais le fait est qu'il était là. Dorénavant, je ne pourrai plus me moquer ouvertement de ceux qui prétendent que les premiers concerts d'Autechre en Belgique devant 20 personnes étaient (forcément) les meilleurs. Je suis contaminé.

PS : L'interview que j'ai effectuée m'a aussi permis de me rendre compte que journaliste musical, c' est un vrai boulot, autant en amont pour la préparation des questions qu'en aval pour la retranscription, la rédaction de l'article et la mise en page. (mais bon, cela reste malgré tout la carrière qui me fait le plus rêver en ce moment donc n'hésitez pas à m'envoyer vos offres d'emploi. :) Sinon, la prochaine fois, j'essaierai d'être plus au point techniquement dans l'enregistrement de l'interview et penserai à avoir une montre devant les yeux, histoire de ne pas devoir quémander quelques minutes supplémentaires en avouant, tout penaud, que je n'ai aucune idée du temps qu'il me reste.

jeudi, janvier 20

Wolf update

Sur le site officiel de Patrick Wolf, vous pouvez pour l'instant télécharger une chanson inédite, Souvenirs.

jeudi, septembre 30

Quand on parle du loup

Le deuxième album de Patrick Wolf est terminé. Sortie prévue en février 2005. Il n'aura donc fait aucun concert en France pour promouvoir Lycanthropy. Pas étonnant dès lors que je sois encore à la recherche d'une première chronique dans la presse française.

jeudi, juin 10

Cry Wolf. Woohoo. Time to worry.

On est habitués depuis longtemps à voir débarquer des groupes de gamins de même pas 20 ans, qui font un boucan pas possible en croyant, à tort ou à raison, révolutionner le rock'n'roll. Ca peut donner Electric Soft Parade, The Music (et Kyo?) par exemple, ou encore The Coral dans le meilleur des cas. En revanche, il est plus rare de voir débarquer un(e) singer-songwriter de cet âge, prêt(e) à affronter le monde extérieur et le regard d'autrui, paré(e) de son seul nom. Depuis quelques années, qui peut-on citer ? Fiona Apple, Ron Sexsmith, Sondre Lerche, Gemma Hayes, et quelques autres sans doute. Aucun de ces noms pourtant n'a jamais suscité mon enthousiasme, et il faut bien avouer qu'aucun d'entre eux n'a connu de carrière fulgurante. En sera-t-il autrement pour Patrick Wolf ?

Son nom devrait en tout cas être chéri comme un trésor précieux par tous ceux qui aiment voir des univers singuliers se révéler à eux. Quand de plus cette révélation se fait sur la base d'un album aussi original que 'Lycanthropy', ça tourne carrément au miracle et l'enthousiasme devrait être de rigueur. Lycanthropy vient d'être distribué il y a quelques semaines en Allemagne et aux Etats-Unis, après une sortie en Angleterre l'année dernière. Le succès sera-t-il au rendez-vous ? Sans doute pas, mais ce fut sans conteste mon album de 2003. Bien qu'il bénéficie d'un mini-buzz prometteur en Belgique et que son concert à l'Ancienne Belgique fut un mini-triomphe, la France semble rester pour l'instant réfractaire. Pas de critiques dans les journaux, pas de concerts prévus.

Donc, pour compenser, permettez-moi d'être outrageusement dithyrambique, tout en conservant (évidemment) mon objectivité coutumière.

De Patrick Wolf je sais qu'il a plus ou moins 20 ans, qu'il a vécu à Londres et à Paris et qu'il joue parfois de la viole sur scène avec The Hidden Cameras. A peu près rien donc. Dès lors, tout mon enthousiasme a une seule cause. L'album, 'Lycanthropy', un disque complètement schizophrène, une sorte de Docteur Jekyll et Mister Hyde mis en musique.

Stylistiquement, c'est à la fois un disque folk acoustique et un disque électro. On peut passer d'une plage instrumentale avec violon, viole, guitare sèche, accordéon, clarinette et tout le toutim à des passages qui font penser à une sorte d'Atari Teenage Riot junior, d'une folk-song qui fait furieusement penser à 'The streets of London' de Ralph McTell ('Pigeon song', et si vous ne connaissez pas Ralph McTell, croyez-moi quand je vous dis que dans le genre folk urbain, ça se pose là) à un tube électro-pop imparable ('Bloodbeat'), ou encore d'un morceau qui rappelle Soft Cell ('Don't say no') à une comptine enfantine à la guitare ('Peter Pan').

Thématiquement, c'est un disque où les contraires semblent indissociables, l'innocence et la perversion, la vie et la mort. Patrick Wolf y apparait tour à tour naïf et cynique, enfantin et adulte, confiant dans l'avenir et convaincu de l'imminence de sa propre disparition. Un vrai disque d'adolescent donc, avec ses sautes d'humeur, sa propension à la grandiloquence et à l'auto-dénigrement. Les texte oscillent entre un romantisme adolescent, ombrageux mais teinté d'un optimisme mesuré ("I want two dogs, two cats, a big kitchen and a welcome mat. A boy like me don't ever give, give up his dream.") et un nihilisme teinté d'humour noir ("I used to say just follow your dreams/But my dreams always led me to murders").

Au milieu du disque se trouve une chanson inouïe, 'The Childcatcher' qui, en ces temps de procès à rallonge, laisse songeur. Comme son titre peut le laisser penser, on y trouve des phrases telles que 'You gave me shoes and pretty clothes and I gave you what I had between my legs' ou 'I think you even enjoyed it. I think I even saw you come'. Patrick Wolf endosse à la fois le rôle du prédateur, de la proie innocente et de la mère de celui-ci, en changeant de voix à chaque fois dans un morceau qui à force d'emphase expressionniste finit par fasciner (en plus de mettre mal à l'aise). Je ne crois pas me tromper en disant que vous n'avez jamais rien entendu de pareil. Et lorsque, dans la foulée, on entend 'Demolition', une longue méditation acoustique sur la douleur de n'être pas aimé en retour, on ne peut plus douter que l'on est en présence d'un grand disque.

Bien sûr, l'album n'est pas sans défauts. Patrick Wolf a une voix brute, pas travaillée, et il se laisse par moments aller à des dégueulandos pas piqués des hannetons ou à des "hohoho" ou de "éhéhé", qui semblent tout droit sortis du "Vice-Versa" des Inconnus. De même, par instants, une pointe de naïveté et un manque de retenue trahissent son âge. Cependant, quand on voit qu'il cumule les casquettes d'auteur, compositeur, interprète et instrumentiste, on ne peut que reconnaitre que ce projet est une vraie réussite. On se prend à rêver à ce qu'il aurait pu produire avec une production plus riche... avant de se dire que peut-être l'équilibre instable de ce premier album n'a été rendu possible que par l'absence de moyens. L'avenir nous le dira sans doute. Un deuxième album est d'ores et déjà en préparation. On parle d'un concept-album (gasp!) plus acoustique.

Dans un monde idéal, 'Lycanthropy' rencontrerait le succès, une maison de disques proposerait alors un pont d'or à Patrick Wolf, son deuxième album serait un succès mondial, et son troisième album pourrait avoir comme thème "comment la gloire m'a bousillé". Dans le monde réel cependant, Lycnathropy rebutera le plus grand nombre et sera un objet de culte pour quelques privilégiés. Un beau destin dans tous les cas.

PS : Vous n'êtes toujours pas convaincus que ce disque est génial ? Deux autres arguments :
- le disque commence par un loup qui hurle (loup, wolf, wolf, loup...jeu de mots)
- dans les crédits, on peut lire 'The instruments were not played by themselves. Although... close your eyes open your ears and do imagine they do.. Unfold into magic" (je ne traduis pas car ça sonne beaucoup moins bien en français)

Ca ne suffit toujours pas ? Tant pis pour vous. Vous faites partie du monde réel.

Sinon, si vous allez à Benicassim cet été, ne manquez pas d'aller jeter un oeil sur son concert. Vous pourriez peut-être y croiser Neil Tennant, ce qui fait toujours un truc à raconter au camping le lendemain.

PS : Une interview récente du bonhomme vient d'apparaître sur le Net. L'album vient aussi d'être chroniqué par Pitchfork. Pour la première fois également, je suis tombé sur une interview en français du bonhomme.