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dimanche, août 17

Darkside, Pukkelpop, 16 août 2014


Il fut un temps, pas si lointain, où j'avais le verbe aisé et la plume alerte et où chaque festival donnait lieu à un compte-rendu kilométrique (vous en trouverez encore des traces en utilisant les tags de ce blog).

Aujourd'hui, je préfère utiliser Twitter et poster des photos prises à l'aide de mon téléphone portable, le plus souvent floues pour faire vrai (photos-vérité, sans trucage, le réel à l'état brut), d'autant que réagir en temps réel permet une interaction immédiate avec les autres festivaliers et oblige à faire court, ce qui est rarement un mal, comme le prouvera encore ce billet.

Néanmoins, je renoue avec mes anciennes habitudes pour ce concert de Darkside hier soir à 20h45 au Marquee, qui m'a tellement plu, et désarçonné, que je me sens obligé d'en parler plus longuement.

Une confidence pour commencer : alors que j'écris ces lignes, je ne sais absolument rien de Darkside. C'est un de ces groupes que je suis allé voir simplement parce que j'avais un trou dans mon planning et que la tente était idéalement placée. Je n'avais pas la moindre idée de ce que j'allais voir ou entendre.


Lorsque le concert commence, la scène est plongée dans le noir. Des arpèges de synthé se font entendre, puis quelques notes de guitare qui se développent en une sorte de long solo Knopflérien. Je suis déjà hypnotisé, sans bien savoir pourquoi. Je passerai l'heure de concert à tenter de comprendre.

Commençons l'enquête en décrivant les protagonistes sur scène. A droite, un bellâtre fait face à un synthé et quelques autres machines à manettes, voyants, leviers et/ou boutons. A gauche, un type avec la coiffure de Jean Teulé a une guitare en bandoulière et se tient devant une autre machine à l'allure vaguement synthétisiforme. à laquelle il touchera finalement assez peu.

La musique produite par le duo est difficilement descriptible et, même en cette période de pré-rentrée scolaire, je peine à coller sur elle une jolie étiquette toute faite : empruntant clairement sa trame à la techno, bifurquant par moments vers le post-punk (le bellâtre de droite chante sur certains morceaux, avec une voix qui fait irrésistiblement penser à Alan Vega) ou vers la musique psychédélique, grâce à certains longs solos de guitare.

Un tel mélange de guitares et d'électronique n'a rien de neuf (d'autant qu'en cette époque post-post-moderne, tout se mélange avec tout) mais la disposition scénique, le fait que les musiciens ne sont que deux sur scène et que chacun se cantonne dans son rôle rendent cette juxtaposition extrêmement parlante, presque programmatique. Je n'ai jamais vu un concert aussi ancré dans une opposition conceptuelle, presque un affrontement, entre deux types de musiciens et, partant, de musiques. Pourtant, cet affrontement, visuellement très fort, entre deux styles produit au final une musique extrêmement homogène.

Dans l'ensemble, le set fait plutôt dans la délicatesse et l'ornementation. On est ici  loin de la techno bourrine dont nous ont gratifié certains autres artistes présents à l'affiche du Pukkelpop cette année (Forest Swords, c'est à vous que je pense, j'ai dû partir après cinq minutes, tellement les basses étaient insoutenables). Un beat régulier en infra-basse fait bien parfois ici aussi son apparition, faisant trembler plancher, os, vêtements et bouchons d'oreille, mais presque toujours pour moins longtemps qu'on ne le croit. J'ai même une fois compté le nombre de beats, et ce n'était pas un multiple de huit, c'est dire à quel point on se situe ici dans le domaine de l'expérimentation la plus débridée.

Le bellâtre (je ne vais quand même pas aller chercher son nom sur Wikipedia alors que j'en suis déjà presque à la moitié de mon billet, ça n'en vaut plus la peine) a l'intelligence de se servir de ces sons qui font physiquement entrer le spectateur dans la musique (ou plus exactement entrer la musique dans le spectateur) mais sans en abuser, parce que ces sons ont aussi une fâcheuse tendance à couvrir tout le reste (en tout cas pour moi, parce que cela ne semble guère gêner les gens qui m'entourent).

En effet, le public, très nombreux (et criant son enthousiasme au début de certains morceaux, ce qui tend à prouver l'existence de 'tubes', soit à cause de passages à la radio, de vidéos Youtube ou d'utilisation dans des séries ou films à la mode), dodeline de la tête, marquant souvent la pulsation d'un mouvement d'épaules chaloupé, voire d'un mouvement pseudo-coïtal du bassin (le bellâtre sur scène est par ailleurs également très porté sur les mouvements pseudo-coïtaux du bassin) mais ne s'enflamme véritablement que lorsque la surpuissante pulsation de basse réapparaît, c'est-à-dire justement quand je suis forcé de décrocher parce que je perds le fil de ce que la musique raconte. Ces passages sont clairement conçus comme des sommets, mais des sommets qui me restent inaccessibles parce que la musique cesse pour moi d'exister dès qu'ils sont atteints.

NB : Ceci était le passage Calimero de mon billet... ("Cali-quoi ?" répondront mes plus jeunes lecteurs... "Eh, arrête de croire que tu as de jeunes lecteurs !", diront les autres).

J'ai donc aussi vécu ce concert comme un grand moment de solitude, réagissant à contre-temps, ou à contre-courant, des milliers de personnes qui m'entouraient, tentant d'intellectualiser ce que je ressentais, ce que je croyais ressentir ou, pis encore, ce que je pensais de ce que je ressentais, tandis que tout autour de moi, la foule vivait la musique à un niveau plus basique, réagissant aux stimuli rythmiques, sans avoir l'air de se poser de questions en totale communion avec la musique.

Pourtant, malgré cet étrange sentiment d'aliénation, j'ai passionnément aimé cette heure au Marquee. D'ailleurs, et je termine ce billet comme je l'ai commencé, par une confidence, je le maîtrisais bien aussi, ce mouvement d'épaule (et quelle chaleur dans celui-ci !). Il paraîtrait même que j'ai gentiment tapoté le plancher du talon, bien que les témoignages divergent sur ce point.



Ci-dessous : le set de Darkside au Pitchfork festival à Paris, un set auquel, à moins que vous n'ayez trafiqué votre ordinateur ou votre tablette pour frimer dans des conventions de tuning  il manquera la puissance des pulsations de basse mais qui donne une bonne idée du potentiel de fascination de la musique de Nicolas et Dave (parce que oui, ils s'appellent Nicolas et Dave...... je n'aurais pas dû aller chercher leur nom sur Wikipedia, le "bellâtre" et le "sosie de Jean Teulé" étaient des noms bien plus nimbés de mystère). 


mercredi, mai 21

Dirge, La Zone, Liège, 18 mai 2014

J'ai toujours vécu à Liège et ai assisté, dirais-je, à environ 200 concerts. Pourtant, c'était la première fois ce dimanche que j'allais à la Zone, une des trois ou quatre salles de concert historiques de la ville.

Les raisons en sont multiples. Pour commencer, je suis un adepte des groupes "du milieu", ceux dont la notoriété est déjà en partie acquise mais qui jouent encore dans des salles à taille humaine. En conséquence, mes habitudes me poussent surtout vers des salles bruxelloises comme le Botanique ou l'Ancienne Belgique, qui doivent à elles deux représenter environ les trois quarts des concerts auxquels j'ai assisté.

Ensuite, la Zone se spécialise dans les musiques alternatives, terme vague mais qui me semble assez différent de celui de musiques indépendantes, qui regroupe la majorité des groupes que j'écoute. Cette différence que je fais entre les deux termes n'existe peut-être que pour moi-même, mais si je devais la résumer en quelques mots, je dirais qu'il y a dans ma notion de musiques alternatives un caractère de contestation politique, ou en tout cas de discours sur la société, qui n'existe pas vraiment dans la musique indépendante, terme qui désigne essentiellement un mode de production et de diffusion de la musique différent de celui des majors mais dont la finalité reste au bout du compte de faire connaître les groupes et les artistes au plus grand nombre.

Pendant longtemps, le terme de musiques alternatives a donc surtout désigné pour moi toute la scène punkoïde française liée à Boucherie Productions. Les musiques alternatives sont également indissociables dans mon esprit à une notion de tribu, à des genres et des sous-genres qui vivent en vase clos, se méfiant instinctivement de toute récupération commerciale ou de toute visibilité médiatique excessive (là où trop souvent les groupes indépendants vendent leur âme au diable une fois que le succès commercial arrive).

Vu sous cet angle, la scène métal et tous ses dérivés me semblent bien rentrer dans cette définition des musiques alternatives : labels dédiés, magazines dédiés, émissions radio dédiées, festivals dédiés ou scènes dédiées dans les festivals généralistes (on pourrait d'ailleurs monter un argument selon lequel la scène techno/clubbing est aussi une scène alternative, même si nettement moins intéressante). Le public métal a son look, ses codes, ses icônes, ses lieux de concert (la Zone en fait partie) et il se mélange rarement aux autres. Bien que j'écoute du métal, plus souvent peut-être que les gens qui me connaissent pourraient le croire, je n'ai côtoyé les métalleux qu'à de très rares occasions : un concert d'Opeth au Pukkelpop l'année dernière, un concert de Sunn O))) à l'Ancienne Belgique il y a quelques années et.... je crois que c'est à peu près tout. (Cette rareté est due à ma pusillanimité plus qu'à mon absence de curiosité : par exemple, Mayhem joue ce soir à l'AB. Bien que ce soit un groupe que je serais très curieux de voir en concert, pour me faire une idée, je n'ai jamais songé sérieusement à m'y rendre)

Ce n'est d'ailleurs pas une surprise de constater que, parmi la petite vingtaine de personnes présentes à la Zone ce dimanche, je n'en connais pas une seule, là où la plupart du temps, je retrouve toujours lors de mes concerts liégeois le même public. Ici, le noir était de rigueur, les cheveux étaient longs, les piercings en évidence et si barbe il y avait, ce n'était pas le collier plus ou moins bien taillé du hipster-blogueur trentenaire, mais le long bouc noir jais du métalleux. Que faisais-je là alors, tel un poil dans le bouillon ? La question est légitime et je me la suis d'ailleurs posée. Disons que j'ai été invité par une amie parisienne qui a gentiment suggéré de me faire figurer sur la guest-list. Comme je suis dans l'ensemble un garçon bien élevé (on ne ricane pas là-bas au fond de la salle !), j'ai accepté l'invitation, tout prêt à me confronter à une altérité dépaysante, ne serait-ce que pour le plaisir de pouvoir ensuite analyser cette confrontation et me répandre en exégèses tellement longues qu'elles rebuteront même les lecteurs les plus aguerris.

D'ailleurs, je m'aperçois avec un effroi amusé que, après une pleine page et presque 4000 caractères, je n'ai pas encore écrit le nom du groupe que je suis allé voir : Dirge donc, un quatuor parisien formé au milieu des années 90 et qui, après une évolution apparemment assez sensible, joue actuellement une sorte de post-metal mâtiné d'influences doom et death . Ce sont des genres qui m'intéressent depuis longtemps, et des groupes que je vénère comme Dolorian, Sunn O))), Amplifier et Wardruna par exemple, forment un quadrilatère dont Dirge pourrait bien se trouver au centre. 

Tout cela étant dit, je peux reprendre une narration plus chronologique. Ce dimanche en début de soirée, je partis vers la salle d'un bon pas, animé d'une réelle curiosité. Une fois arrivé, j'ai d'abord inspecté les lieux (une entrée qui ne paye pas de mine sur un quai de la Dérivation, un escalier menant au sous-sol, un plafond très bas, des murs couverts de graffitis, assez réussis), un verre de soda à la main (très bon marché) qui, s'il n'aidait guère à me faire passer pour un habitué me donnait au moins un semblant de contenance. Quelques minutes d'acclimatation et un tour des lieux ont finalement suffi à ce que je me débarrasse de cette sensation étrange de ne pas être à ma place (sensation que je viens par ailleurs d'exorciser a posteriori dans cette digression logorrhéique, qui touche seulement à son terme).

La salle était vide, très vide (moins de dix personnes), et pendant longtemps, j'ai cru que chacune d'entre elles allait à un moment ou à un autre de la soirée monter sur scène. Quelques spectateurs supplémentaires sont arrivés au compte-gouttes tandis que la sono diffuse une sorte de stoner-rock-doom (je hais les étiquettes, je les maltraite donc avec une joie mauvaise), qui m'a beaucoup plu (je ne sais absolument pas ce que c'était). Finalement, lorsque le concert commence, vers 21h20, j'ai compté entre dix et vingt vrais spectateurs, ce qui est très peu et m'a fait un peu honte pour ma ville, dont la réputation festive aurait pu faire espérer que plus de monde se déplace. Je me sens toujours étrangement responsable lorsque des groupes qui viennent de loin, repartent de Liège avec le sentiment que c'est un lieu mort, où les spectateurs ne se déplacent pas/n'écoutent pas la musique/papotent pendant tout le concert/n'y connaissent rien/sont peu sympas/sont impolis/etc.....

Le groupe monte sur scène dans un profond silence et une obscurité quasi-complète. Le bassiste (clône, volontaire sans doute, de Billy Corgan, en moins grand) est entouré de deux guitaristes-chanteurs : à gauche, le grunter/growler, massif, pas très grand, barbu, à droite, le chanteur mélodique, plus grand, plus baraqué, du genre à avoir un abonnement à une salle de sports. Le batteur est caché au fond de la scène, dans une pénombre totale. J'étais à deux mètres de la scène et n'ai à aucun moment vu son visage (en avait-il seulement un ?).

Le terme que j'emploierais pour décrire leur musique serait sans doute doom-metal, c'est-à-dire dans mon esprit des morceaux longs, au tempo relativement lent, peu mélodique au sens strict mais construite sur des changements d'harmonie longuement préparés : de nombreuses mesures où un accord plein de tension est appuyé, répété, asséné avec insistance avant d'être résolu par un accord de tonique qu'on laisse résonner pendant quelques secondes, avant de recommencer le processus (je m'avance peut-être un peu en utilisant le terme de tonique mais c'est un pont qui me semble raisonnable entre ce que je connais de l'harmonie classique et ce que j'ai ressenti lors du concert). 

En ressort une musique hypnotique, où les chansons finissent par s'entremêler, les minutes succédant aux minutes dans une infinie répétition du même (on n'est pas loin du drone), fascinante et enveloppante. Les morceaux durent huit minutes comme ils pourraient en durer quatre ou vingt. Après les deux premiers titres, qui servent en quelque sorte de sas d'entrée, la réalité se met à lentement se dissiper et le spectateur à flotter dans l'éther, sans attaches si ce n'est ce sentiment de résolution harmonique dont l'inexorable retour toutes les vingt ou trente secondes finit par former l'entièreté de l'univers sensible. 

Ce sentiment d'irréalité est entretenu par la pénombre, par le caractère statique des musiciens, par la lenteur de leurs rares mouvements ainsi que par la manière dont les (rares) parties vocales sont sous-mixées, volontairement je suppose (et pas seulement à cause de mes bouchons d'oreille, accessoire évidemment obligatoire pour un concert du genre). Il m'a vraiment fallu tendre l'oreille pour les entendre, ce qui surtout dans le cas du "growler" donne une impression étrange de décalage entre le son et l'image. Hurlement discret sonne comme un oxymore mais ce concept est au cœur de la musique de Dirge (et de beaucoup de groupes du même genre) et j'ai pour la première fois pu apprécier à quel point cela participe à l'effet produit en concert.

Les morceaux vont s'enchaîner pendant un peu plus d'une heure, sans grande interaction avec le public, qui se contentera d'applaudir poliment entre chaque morceau, restant essentiellement statique le reste du temps. Je signalerai juste un spectateur, bourré, sur la droite, qui viendra lors d'un morceau à proximité du guitariste pour faire des moulinets d'encouragement avec le poing, lorsque le jeu se fera plus technique, lors d'un passage vaguement psychédélique (entendez par là un passage où le guitariste se met à jouer des traits plus rapides, rappelant la musique répétitive ou indienne, mais toujours en arrière-plan sonore pour ne pas déforcer l'effet harmonique décrit ci-dessus).

Dans cette torpeur et cette immobilité ambiante, ma gestuelle d'auditeur de doom-metal fait de moi l'une des personnes les plus actives de l'assistance. En quoi consiste cette gestuelle ? Disons qu'un talon marque les coups de batterie les plus importants, surtout ceux où la tension se résout (pas toujours le même talon d'ailleurs, parfois un début de crampe me fait changer de jambe), le haut du corps se balance lentement, comme soumis au clapotis d'une marée sonore, du flux et du reflux d'une musique qui serait la respiration d'une énorme bête endormie. La tête suit toujours les mouvements du corps avec un léger retard, comme à regret. Tous les gestes sont lents, circulaires, sans variations brusques de direction, calculés pour pouvoir s'enchaîner indéfiniment. Les yeux sont la plupart du temps fermés

Après une heure, c'est presque une surprise lorsque trois des quatre membres du groupe quittent la scène sans dire un mot, laissant leurs amplis réverbérer les dernières notes et le guitariste/growler mettre un touche finale au morceau. Lorsque ce dernier part à son tour, les lumières se rallument. Le concert est terminé, me laissant avec le sentiment étrange de me réveiller d'un long rêve. 

jeudi, mai 8

Nits, AB Club, 6 mai 2014

J'ai déjà beaucoup écrit sur les Nits, et notamment sur les concerts auxquels j'ai assisté (une petite dizaine, même si je me rends compte avec surprise que seulement deux d'entre eux ont été chroniqués sur ce blog).

Il est donc inutile que je revienne sur la bonne humeur communicative du trio, sur leur évidente complicité sur scène, sur le jeu poétique et souple de Rob Kloet aux percussions, sur la mine concentrée de Robert Jan Stips aux claviers ou sur la bonhomie rigolarde de Henk Hofstede. Tout cela participe grandement au plaisir que je prends à tous leurs concerts mais je doute d'être capable de le réexprimer d'une manière qui ne soit pas un simple décalque de ce que j'ai déjà pu écrire auparavant à leur sujet.


Il me semble plus intéressant de m'appesantir sur ce qui fait la particularité de cette tournée et de ce concert bruxellois (outre la petite taille de la salle) : il est entièrement consacré aux dix premières années de l'existence du groupe et à leurs cinq premiers albums  (Tent, New Flat, Work, Omsk et Adieu Sweet Bahnhof). Pour accentuer ce côté rétrospectif, l'ordre des chansons sur la set-list, en dehors des rappels, est entièrement chronologique. La partie la plus connue de leur discographie se retrouve ainsi escamotée. A part Nescio et Adieu Sweet Bahnhof, ce concert ne contenait aucune des chansons emblématiques des tournées récentes du groupe (pas de In the Dutch Mountains, de Bike In Head, de JOS Days ou de Cars & Cars par exemple).



Or, il se fait que je connais finalement assez mal le début de leur carrière. Je n'ai découvert les albums à leur sortie qu'à partir de Giant Normal Dwarf au début des années 90, et ma remontée dans le temps s'est surtout concentrée sur les albums les plus proches, ceux où je retrouvais l'évidence pop, la poésie des arrangements et des instrumentations qui faisaient le prix de cet album ou du suivant, Ting. C'est ainsi que je connais presque par cœur des albums comme Adieu Sweet Bahnhof ou Omsk, mais beaucoup moins bien les trois premiers.

A cette époque, le groupe suivait un canevas post-punk/new-wave assez classique (guitare, basse, claviers, batterie), avec des chansons de trois minutes environ, un son brut, assez peu travaillé, la recherche dans les compositions d'une forme d'efficacité immédiate qui ne dédaigne pas une pointe de sophistication arty, mais sans effets de manche ou mise en avant de la compétence des musiciens (à cette époque, la technique instrumentale était encore honnie, souvenir nauséabond des pires heures du prog-rock). Leur son de cette époque m'évoque personnellement des groupes comme Devo ou Gang of Four, voire les Talking Heads ou les premiers albums solo de Brian Eno (les influences glam en moins).


Cette description pourrait (devrait même, sans doute) donner envie, mais je dois avouer que Tent, leur premier album de 1979, que j'écoute en tapant ceci, me laisse toujours étrangement froid. J'y regrette le simplisme des mélodies, l'absence d'envolées poétiques ou de trouvailles rythmiques (Rob est encore assez basique dans sa manière de jouer, plus batteur que percussionniste). C'est très (trop ?) carré et je n'y retrouve pas vraiment ce que j'aime chez les Nits. 

Ce n'est donc qu'aux environs du dixième morceau (avec Slip of The Tongue), lorsque la set-list a atteint le milieu des années 80, que j'ai retrouvé mes marques et pu identifier des chanson à leur intro. Pendant la demi-heure qui a précédé, j'ai eu l'impression d'entendre un groupe dont je ne savais pas grand chose. Seuls quelques lambeaux de mélodies éparses évoquaient en moi de vagues souvenirs, le plus souvent insituables.

Dans ces conditions, le miracle de ce concert fut sans doute que ces chansons des débuts, qui m'avaient jusque là résisté (et me résistent encore dans leurs versions studio), se sont imposées à moi avec évidence une fois interprétées avec l'énergie du live. Les rythmes abrupts de Ping Pong, les velléités psychédéliques de Empty Room, l'atmosphère entêtante de Hook Of Holland ont soudain fait sens. On peut à ce propos sans doute saluer le côté bon camarade de Robert Jan Stips qui participe à une tournée où il interprète pour moitié des chansons qui datent d'avant son arrivée dans le groupe.

Je sens bien que je ne parviens pas tout à fait à exprimer les raisons pour lesquelles ce concert m'est apparu comme une révélation. Attendez-vous à des modifications de ce billet une fois que les mots me seront venus. En attendant cette hypothétique inspiration, je vous propose ci-dessous quelques vidéos tirées d'un concert récent de la même tournée. Quelques secondes suffiront à faire comprendre aux habitués à quel point cette tournée est différente des autres : une scène plus resserrée, moins de discussions avec le public et de digressions, des morceaux plus courts. Tout, jusque dans l'attitude des musiciens sur scène, indique une inspiration, un état d'esprit et des points de référence différents. Je n'avais jamais vu Henk comme ça, arqué sur sa guitare électrique, concentré sur son jeu, presque tendu par moments.

Pendant cette première demi-heure, j'ai donc eu l'impression étrange de découvrir un autre groupe. Ce n'était clairement pas les Nits que je connaissais, ou que je croyais connaître, mais un groupe obscur du début des années 80, qui serait venu, par on ne sait quel stratagème temporel, jouer en 2014 sa tournée de 1981, à l'identique.

Ce concert m'a ainsi fait prendre conscience que, derrière les chansons plus tardives du groupe se dissimulait en palimpseste une source d'énergie basique, anguleuse et inquiétante, que je ne soupçonnais pas et qui irradie les premières années de leur carrière. Cette découverte est évidemment bienvenue. Elle apporte une nouvelle dimension à mon appréciation du groupe. Il me revient à présent de chercher à retrouver la trace de cette énergie primitive lorsque j'écoute les premiers albums. Je ne garantis pas que je vais y parvenir, mais je ne ménagerai pas mes efforts. Le deuxième meilleur groupe du monde ne mérite pas moins.


















En attendant, je remercie mes bataves préférés pour ces deux petites heures de bonheur. Je les reverrai en décembre, dans la même salle, pour une tournée plus classique. Je saurai alors si mes efforts ont porté leurs fruits et si Tent, New Flat et Work se sont taillé une place plus grande dans mon cœur. Dans le cas contraire, cela signifiera que je le souvenir de ce concert, et de l'énergie qui s'en dégageait, s'est estompé et je ne pourrai m'en prendre qu'à moi-même.




jeudi, novembre 8

Patrick Wolf, Ancienne Belgique, 31 octobre 2012 (II)

A 20 h précises, Abi Wade rentre sur scène, violoncelle à la main et s'installe, non sans quelques difficultés : il faut fixer le pied du violoncelle, placer précisément les pédales lui permettant de frapper le tambourin et la boîte en bois qui lui servent de percussions. Tout cela prend du temps et ni le public ni elle ne semblent disposés à briser le silence, étonnamment pesant, qui règne dans la salle. Des deux côtés, on s'observe, on se jauge.

Quand la musique commence, c'est elle qui prend l'initiative dans ce lent processus d'apprivoisement réciproque. Les morceaux sont courts, accrocheurs et sa voix d'alto se marie parfaitement avec le son des instruments. Outre les percussions précédemment mentionnées, elle joue de son violoncelle soit en pizz soit avec l'archet, ou en frappant la caisse de résonance avec des mailloches. Tout est joué en direct. Contrairement à bon nombre d'artistes du même genre, aucune pédale de sample n'est utilisée.

Musicalement, on n'est pas très éloigné de tUnE-yArDs, en plus sage, ou des débuts de Florence and the Machine, quand cette dernière n'était pas encore une bête de stade mais semblait juste être une harpiste un peu dérangée, qui avait décidé sur un coup de tête de se lancer dans la pop.

Une artiste à suivre en tout cas. Le premier single vient de sortir ou devrait sortir incessamment



21 h. Un piano à queue, un violon, une harpe, un ukulélé, deux hautbois. Les instruments visibles sur scène résument bien l'esprit de l'album qui vient de sortir et de la tournée qui l'accompagne : revisiter en acoustique dix ans de carrière en picorant quelques chansons emblématiques dans un répertoire qui a souvent joué sur les contrastes entre acoustique et électronique, douceur folk et caractère abrupt des beats synthétiques.

Pour certaines chansons, déjà essentiellement acoustiques, cela ne pose guère de problèmes, pour d'autres (Together, Vulture,..) l'exercice est nettement plus ardu, mais souvent réussi. Dans Vulture par exemple, les passages les plus bruitistes sont intelligemment remplacés par des traits de virtuosité au piano, soudain trop-plein sonore qui permet d'en rendre la dynamique. Dans un autre genre, Together (non joué ce soir), dépouillé de sa ligne de basse dansante, révèle un cœur tout palpitant de romantisme. Le seul regret que je pourrais formuler est que, dans cet écrin dépouillé, il est plus difficile d'ignorer certains de ses maniérismes vocaux (les glissandos notamment).

Au cours de la soirée, Patrick alterne entre piano, harpe et ukulélé et est ponctuellement rejoint par un accordéoniste, son stage-manager/hautboïste ou Abi Wade, venue jouer du violoncelle sur deux ou trois titres. Bizarrement, le violon ne quittera pas son support de toute la soirée, quoique sa présence sur scène, au cas où, peut s'expliquer : la setlist change chaque soir, parfois à la demande du public. J'ai ainsi le plaisir d'entendre une de mes chansons préférées, Pumpkin Soup, de circonstance en ce soir d'Halloween et demandée par une de ses fans fidèles du premier rang.



Le parti-pris général de sobriété des arrangements se confirme aussi dans son costume de scène, noir et étonnamment sage, malgré une tête de mort en bois portée en collier (et qu'il finira par lancer dans la foule en prévenant 'It's heavy ! You can't sue me if someone gets hurt !'). La scène est presque vide, éclairée par quelques spots, dont la puissance sera diminuée en cours de concert à sa demande, et par des projections noir et blanc en arrière-plan que ma voisine qualifiera perfidement d'"album de vacances des jeunesses hitlériennes", juste parce que Patrick y gambade à plusieurs reprises torse nu dans les alpages, un pistolet à la main, et qu'on y voit des danses folkloriques qui fleurent bon l'apfelstrudel et les culottes de peau.


Plus que tout cela, cependant, le prix de ce concert pour moi a été de voir sur scène un musicien souriant et apaisé, content d'être là, allant même jusqu'à évoquer les mauvais souvenirs qu'il gardait de ses précédents concerts bruxellois (l'annonce juste avant de monter sur scène de la mort d'une de ses tantes, le bus de tournée cambriolé et les papiers d'identité volés, sa présence incongrue au sein d'une affiche plutôt rock lors de son premier concert au Domino Festival,....) avant de dédier The City au public bruxellois, composant au passant une rime riche destinée à passer à la postérité "We kiss by the Manneken Pis".

Je ne me fais en général guère d'illusions sur le caractère sincère des compliments qu'un artiste lance sur scène à son public mais je dois dire qu'après le concert renfrogné et légèrement hostile de l'année dernière, cette soirée m'a réconcilié avec le personnage. Au cours de sa carrière, le mal-être a sans doute nourri certaines des chansons les plus abouties de son répertoire, mais force est de constater que le bonheur lui sied mieux. Puisse-t-il en être ainsi jusqu'à la prochaine tournée.

Bien que le prix hallucinant du tour EP (cinq titres sur un CD gravé dans une pochette en papier pour 25€ !) m'a fait tiquer (sorry William), il n'a été qu'une ombre passagère sur mon humeur euphorique d'après concert.

lundi, novembre 5

Patrick Wolf, Ancienne Belgique, 31 octobre 2012 (I)

Voulant préparer la rédaction de ce billet, je me suis rendu compte que je n'avais bizarrement chroniqué aucun de mes concerts de Patrick Wolf par ici. Celui-ci sera donc l'occasion d'un petit bilan rétrospectif.

J'ai découvert Patrick Wolf dans le NME un peu avant la sortie de son premier album, commandé dans la foulée sur Amazon (Amazon, qui se souvient de tout, me rappelle que dans cette commande se trouvaient aussi The Rapture, Mark Owen, Justin Timberlake, Atomizer et Richard X, c'était donc en plein milieu de ma phase de réamour avec la pop).

Immédiatement tombé sous le charme de l'electro-pop de Bloodbeat et de la folk biscornue de Pigeon Song, j'en parle partout autour de moi, me faisant le héraut de la bonne parole lupine sur les forums (Popjustice) et les mailing-listes que je fréquente (la défunte Lenoirliste), allant jusqu'à le "plugger" aux radios que j'écoutais à l'époque (Radio 21 par exemple). Je finirai même par l'interviewer pour la Blogothèque (une expérience dont je garde un souvenir mitigé; ayant négligé la difficulté technique de l'enregistrement de la conversation, la transcription fut très difficile et le résultat écrit décevant).

Je garde de cette période de "militantisme" un fort investissement émotionnel dans la carrière du bonhomme. Contrairement à la plupart des artistes que je suis, j'assiste à un concert de Patrick Wolf pas seulement pour le plaisir de l'entendre chanter ou de le voir titiller la corde avec son archet, mais aussi pour prendre de ses nouvelles. Où se situe-t-il dans sa carrière ? Est-il heureux de jouer ? Aime-t-il encore son "métier" ? Quel est son public ?

De ce point de vue, les enseignements au cours des années furent nombreux et variés. Au début de sa carrière, Patrick Wolf n'aimait guère la scène et cela se sentait. Il était emprunté, mal à l'aise, taiseux. C'était particulièrement le cas lors de son tout premier concert en Belgique, à l'AB Club en 2004 (je me souviens que, une demi-heure avant de jouer, il traînait, l'air mal à l'aise, près du stand merchandising et que sa manager de l'époque, qui tenait le stand, l'encourageait à faire un effort en lui répétant que c'était 'an important gig!') ou lors de son premier passage au Pukkelpop en août 2005.

Pour compenser, il s'était ensuite dissimulé derrière une course à l'extravagance qui se manifestait notamment dans les costumes. Ensuite, lors de son (court) passage sur une major pour le troisième album, son comportement sur scène était devenu proche de l'auto-destruction. Il piquait des colères terribles, balançant des sièges sur ses musiciens, écourtant ses concerts sur un coup de tête, congédiant ses musiciens. Les concerts de cette époque auxquels j'ai assisté m'avaient durablement attristé. Le loup était en berne, la flamme éteinte, l'envie absente. Il semblait n'être sur scène que parce qu'il y était contractuellement obligé, possiblement sous l'emprise de quelque drogue en -ine. L'album, The Magic Position, ayant en outre été pour moi une déception, j'avais à cette époque presque renoncé à le suivre.

Heureusement, il a rapidement quitté son label (ou été viré, les versions divergent) pour financer son album suivant sur Bandcamp, amorçant ainsi une renaissance qui a donné lieu à The Bachelor, un de ses meilleurs albums, coproduit en partie par Alec Empire, et à sa meilleure tournée (le concert d'octobre 2009 au Bota était parfait). Le dernier album était plutôt bon mais le concert de la Rotonde en 2011 était une énorme déception, pour des raisons qui deviendront claires dans le prochain billet. Pendant ces années, j'ai aussi vu son public évoluer, sensiblement rajeunir et se féminiser, jusqu'à devenir à certains moments un public de midinettes, ce que confirment d'ailleurs des forums presque désertés et des pages tumblr hyperactives pleines de gifs  kikou-lol-too-cute.

Prendre un ticket pour un concert de Patrick Wolf revient donc souvent à acheter une pochette surprise. On ne sait jamais ce que l'on pourra en fin de compte en retirer, à tel point que j'avais fini par appréhender mes rendez-vous annuels avec Patrick, susceptibles de se révéler, le jour venu, magiques ou désastreux, sans que le public, à chaque fois conquis d'avance, n'y puisse rien changer.

(la suite ici)

mercredi, octobre 24

Richard Gotainer, Casino de Chaudfontaine, 18 octobre 2012

Si on exclut Brian Eno et Scott Walker, qui ne font plus de concerts, et les Cocteau Twins, qui n'existent plus, Richard Gotainer était sans doute le dernier des artistes dont je me dirais vraiment fan et que je n'avais jamais vu en concert.

Le concept du spectacle est "Comme à la maison", d'où un décor de salon bourgeois, avec théière sur table basse et fauteuil confortable, d'où aussi une setlist qui alterne tubes fédérateurs (la salle semblait particulièrement impatiente d'entendre Le Youki) et morceaux plus obscurs, dont deux pour moi incontournables : Le Béquillard des bois et surtout, l'hexalogie zazou Les quatre saisons, sommet indiscutable de l'oeuvre gotaineresque.



Les arrangements sont relativement proches des versions studio, avec un accent plus rock. Ainsi, le synthé est rarement mis en avant comme dans ses tubes 80s. Les quatre musiciens et la choriste sont dans l'ensemble très bons, avec mention spéciale au batteur, et le timbre de voix légèrement voilé de Gotainer semble ne pas avoir trop souffert du passage des ans.  Cadeau Bonux : le mythique Celmar Engel, complice depuis les débuts, avait même fait le déplacement pour s'occuper de la console.

Dans le domaine de la musique live, rien ne surpasse pour moi le plaisir d'un concert où je reconnais la moindre chanson après quelques secondes et ce fut bien le cas ici (sauf une, extraite d'un album que je n'ai écouté qu'une fois, ai immédiatement rejeté et devrais sans doute réécouter). J'ai fredonné la plupart des paroles, le sourire aux lèvres, content de laisser simplement se succéder des chansons que j'aime, interprétées par un chanteur et des musiciens qui avaient l'air contents d'être là. Aucune surprise donc, mais un excellent concert qui a rapidement conquis le public du casino de Chaudfontaine, quasiment plein.

Ce public était par ailleurs d'un type que j'ai peu connu durant mes années de rat de concerts : ce que les médias appelleraient sans doute un public "familial" et "populaire". Des parents avec leurs enfants (riant bruyamment aux allusions scatologiques), des parents avec leurs parents (souriant aux allusions nostalgiques), des enfants avec leurs enfants (courant dans les allées) et des enfants avec leurs parents (ricanant discrètement aux allusions salaces). Pour la plupart, les spectateurs semblaient être venus pour les tubes, parce qu'ils avaient un abonnement au festival ou pour d'autres raisons obscures liées au sponsoring de la manifestation.

L'impression générale était donc d'un public qui n'avait qu'une connaissance approximative de l'oeuvre, qui était avant tout là pour s'amuser devant un concert qu'ils espéraient comique (comme mes voisins de derrière qui ont passé tout l'avant-concert à s'invectiver bruyamment et à rire de tout et de rien, jusqu'à faire fuir presque toute la rangée devant eux vers d'autres sièges).

Comment ce public allait-il réagir aux chansons moins connues, où la drôlerie cède la place aux allitérations poétiques (Le Béquillard) ou à la mélancolie (Elle est partie avec Robert, Rupture de stock) ? A ma grande surprise, elles sont accueillies avec enthousiasme, si pas quand elles sont annoncées, au moins quand elles se terminent. Durant les rappels (vingt bonnes minutes tout de même), la salle est debout ("tout le monde se lève pour..."). Je parlerais presque d'un triomphe. Comme quoi, le talent paie toujours.



Seul regret, ils n'ont pas joué Hallelujah, qui faisait pourtant partie du spectacle en début de tournée.

Bonus : Une esquisse en deux billets de la carrière de Gotainer par bibi ici et

Setlist (à quelques erreurs près) :
Tout Foufou
La ballade de l'obsédé
Quéquette blues
Chlorophylle est de retour
Avant de voir ses yeux
Youpi, c'est l'été
La photo qui jaunit
Elle est partie avec Robert
A gue gue/Le renouveau
Trois vieux papis
Le béquillard des bois
Une petite perle
Rupture de stock
Le Youki
Chipie
Primitif
Poil au tableau
Maman flashe et papa flippe
Belle des champs/BN/Vittel/Banga
Le sampa
Le Mambo du décalco

mercredi, octobre 3

Dead Can Dance, Cirque Royal, 29 septembre 2012

Seize ans après l'annulation de la tournée Spiritchaser pour cause d'engueulades récurrentes entre Brendan Perry et Lisa Gerrard, Dead Can Dance revient à Bruxelles. C'est la troisième fois que je les vois en concert, après la tournée Toward the Within en 1993 et leur concert au Palais des Beaux-Arts en 2005.

En 1993, ce concert avait été pour moi une sorte de pèlerinage, je partais me prosterner devant deux demi-dieux, auxquels je rendais depuis des mois pieusement hommage tous les jours après l'école en écoutant The Arrival and the Reunion, The Host of Seraphim ou Avatar à fort volume dans une maison vide, histoire de m'élever au-dessus des soucis de la journée. A l'époque, je mangeais, buvais, dormais, rêvais, marchais, pensais, travaillais, vivais Dead Can Dance. Ils étaient omniprésents dans mes pensées, du lever au coucher. J'ai commencé à lire les Inrocks parce qu'ils avaient publié une interview d'eux (interview médiocre, comme toutes celles qu'ils ont données au cours de leur carrière), à écouter Max sur Fun Radio la nuit parce qu'il les aimait bien, à écouter les Cocteau Twins, This Mortal Coil et plus généralement la musique indé parce que c'était l'univers dont ils étaient issus. C'est la seule époque de ma vie au cours de laquelle j'ai laissé de côté mon ouverture d'esprit musicale. Les chansons qui passaient à la radio m'ennuyaient, terrain de jeu réservé aux médiocres qui n'avaient pas encore vu la lumière. Non, j'avoue. Je n'étais pas très rigolo à cette époque.

Quand quelques années plus tard (1996 ?), le groupe s'est séparé. Je me rappelle n'avoir pas été particulièrement affecté. Les disques étaient toujours là, à portée de main, et le pouvoir régénérateur de la musique qu'ils contiennent m'affectait toujours autant. Que l'oeuvre soit close ne posait guère de problèmes pour un groupe dont je pouvais écouter dix fois d'affilée la même chanson sans me lasser. Se sont ensuite succédé des projets solos plus ou moins réussis. Lisa Gerrard alternait des bandes originales de film, où elle gaspillait son talent à marmonner quelques notes d'un air distrait sur un tapis de nappes synthétiques, et des albums toujours moins denses où, à force de gommer toute aspérité et tout rythme, elle parvenait à faire perdre à sa voix presque tout son pouvoir incantatoire (je devrais réécouter aujourd'hui Immortal Memory, que j'avais violemment rejeté à l'époque). Brendan Perry se faisait plus rare, organisant des stages de percussion à Quivvy et ne sortant qu'un album solo à la fin des années 90 (le deuxième, Zun Zun, longtemps annoncé, n'a jamais vu le jour).

Pour ma part, je reprenais goût à d'autres musiques. A cette époque est réapparu mon goût de la pop commerciale (je scrutais les sorties Cheiron, achetais les compilations Now et regardais religieusement Top of the Pops sur la BBC), que je faisais voisiner avec celui de la musique indé (le binôme Lenoir-Inrocks). C'était la période où je voyais plus de trente concerts par an. Certes, Dead Can Dance était resté le groupe n°1 dans le classement de mes groupes préférés (exercice vain mais obligé de tout fan obsessionnel de musique), mais je les écoutais peu et quand je les écoutais, c'était le plus souvent en faisant autre chose. Mon rapport à leur musique n'était plus de l'ordre de la contemplation respectueuse. Ils étaient devenus presque un groupe comme les autres, pourvoyeur de chansons à passer entre First We Take Manhattan, Another Night In ou Stripped dans mes demi-heures "J'écoute de la musique en rangeant et en chantonnant". Le groupe était rentré dans le rang.

Puis vint en 2005 la tournée de reformation, dont je parle abondamment ici. Il s'agissait d'une tournée sans album, basée essentiellement sur la nostalgie, qui donnait parfois l'impression de voir deux concerts solo en parallèle mais n'apportait finalement pas grand-chose à la carrière du groupe.

En 2010, Brendan Perry publia enfin son deuxième album solo, Ark, assez éloigné de son premier. En onze ans, son rapport aux instruments semblait avoir changé. Finie la recherche éperdue d'instruments exotiques et de sons du monde. Vive les sons électroniques et synthétiques. Le résultat était souvent impressionnant, mais, n'était sa voix, j'aurais sans doute peiné à y reconnaître spontanément la patte du grand ordonnateur de Aion ou The Serpent's Egg.

Enfin, en 2012, l'annonce assez inattendue d'un nouvel album et d'une nouvelle tournée. L'album, Anastasis, est plutôt bon je crois, mais totalement sans surprises. Si on m'avait demandé d'extrapoler à partir de Ark et de Spiritchaser sa description, je ne serais sans doute pas tombé très loin de la réalité. Ce qui frappe de prime abord en parcourant le livret est l'absence totale de musiciens crédités. Il semblerait soit que Brendan et Lisa aient honteusement exploité des intervenants de l'ombre, soit qu'ils aient réellement tout interprété eux-mêmes. Cette dernière hypothèse expliquerait sans doute le recours fréquent aux sons synthétiques, notamment pour les percussions. Anastasis serait ainsi l’œuvre de deux musiciens qui pour reprendre leur collaboration artistique, souvent compliquée et longtemps interrompue, se sont recentrés sur eux-mêmes, sans intervention extérieure.

L'album respecte scrupuleusement en surface la parité : quatre morceaux chantés par Lisa, quatre par Brendan, mais indépendamment de cette équilibre des voix, l'album est manifestement plus l’œuvre du second : l'inexorable avancée des percussions, les cris d'oiseau, la construction même des morceaux rappelle de manière criante ce que Brendan faisait en solo, tandis que les albums solo de Lisa se sont au fil des ans éloignés toujours davantage de la matrice thanatopotentioterpsichoresque (à moins que ce ne soit thanatodynamoterpsichoresque). Il m'apparaît de plus en plus évident que, contrairement à ce que beaucoup disent, Brendan est véritablement l'âme du groupe. Seul, il peut faire du Dead Can Dance. Lisa en semble par contre incapable.

Bien sûr, on n'atteint pas tout à fait le niveau de leurs grandes oeuvres passées et certains morceaux sont un peu faciles. Return of the She-King en particulier m'ennuie (corny muse ?) mais l'ampleur du son, le hiératisme et la pesanteur des atmosphères, le contraste des voix, bref ce qui a fait l'essentiel de la gloire du groupe était bel et bien présent, apparemment intact après toutes ces années.

La question se pose donc : que reste-t-il  de Dead Can Dance aujourd'hui ? Que représente encore le groupe en 2012 ? J'y vois une collaboration, plus ou moins étroite selon les époques, de deux fortes personnalités qui sont par bien des points antagonistes mais tentent de trouver un point d'équilibre entre terre et éther, entre mysticisme et animisme, entre folk et new-age, entre Occident et Orient, entre mort et danse, ayant suivi un parcours compliqué mais somme toute cohérent qui les a menés du punk gothique à la musique du monde, de l'obscurité à la lumière, de l'enfermement aux grands espaces, de la tension à une forme d'apaisement teinté d'inquiétude. Plus personnellement, le groupe est sans doute aussi la bande-son de l'évolution de mon rapport à la musique et au monde, passant de l'adoration adolescente mystique vers une appréciation objective basée essentiellement sur les mérites artistiques, encore accompagnée par une petite pointe de nostalgie.

Comment cela allait-il se traduire en concert ? Ce qui frappe de prime abord est que, même si l'album semblait être une œuvre à deux, six personnes entrent sur scène, dont deux percussionnistes. En live au moins, l'acoustique prime encore sur l'électronique. Autre bonne nouvelle, on a vraiment l'impression de voir un groupe jouer sur scène. Contrairement à la tournée de 2006, l'un(e) ne part plus en coulisses pendant que l'autre chante. Ils collaborent sur presque tous les morceaux, même si leurs voix se mêlent rarement. Ils interprètent l'entièreté du nouvel album, quasiment à l'identique, plus quelques morceaux plus anciens (Rakim, Sanvean, Dreams Made Flesh, The Host Of Seraphim, The Ubiquitous Mr Lovegrove, Nierika), une reprise par Brendan de son bien-aimé Tim Buckley (Song to the Siren, déjà repris par qui vous savez) et deux inédits, auxquels Lisa adjoint quelques dispensables morceaux de sa carrière solo, dont une très vilaine chanson tirée de la BO de Gladiator.

Depuis vingt ans, j'utilisais pour mesurer le degré de mysticisme et d'évaporation de Lisa Gerrard le tempo de Sanvean. Samedi, celui-ci était tellement lent et hiératique que l'aiguille pointait résolument vers "complètement dans les limbes". Pourtant, Lisa semble plus ancrée dans le réel et en bien meilleure santé que lors de ses précédentes apparitions en public. Elle a notamment réappris à marcher seule et n'a plus besoin qu'on la soutienne pour faire deux pas. Mon côté médisant pourrait ajouter que la chirurgie esthétique l'a rendue quasiment méconnaissable (pour une femme qui a donné si longtemps l'impression d'être en-dehors/au-delà du monde matériel, le processus mental qui mène à souhaiter un lifting paraît par ailleurs bien incongru).

Le public est un mélange hétérogène de corbeaux en costumes, de fans de la première heure et de pedzouilles venus se montrer au concert branchouille de la semaine (ce qui explique sans doute que le morceau accueilli avec le plus de ferveur fut contre toute logique Now We Are Free). Pourtant, dès que le groupe faisait mine de quitter la scène, ces 2500 personnes, a priori si différentes, se levaient d'un seul bloc, sauf mes voisins, rétifs. Même assagi, même rentré dans le rang, même en grande partie débarrassé de sa mystique, le groupe inspire donc encore la dévotion, par la seule force de sa musique. Ce n'est pas rien.

Setlist  (quand rien n'est précisé, le morceau est extrait du dernier album Anastasis)

- Children of the Sun
- Anabasis
- Rakim (Toward the within)
- Kiko
- Lamma Bada (inédit)
- Agape
- Amnesia
- Sanvean (Toward the within ou The Mirror Pool)
- Nierika (Spiritchaser)
- Opium
- The Host of Seraphim (The Serpent's Egg)
- Ime Prezakias (inédit)
- Now We Are Free (Gladiator OST)
- All in Good Time

Encore:
- The Ubiquitous Mr. Lovegrove (Into the Labyrinth)
- Dreams Made Flesh (1er album de This Mortal Coil)

Encore 2:
- Song to the Siren (reprise de Tim Buckley)
- Return of the She-King

Encore 3:
- Wandering Star (The Silver Tree)

lundi, mars 21

Compte-rendu : Pet Shop Boys et Javier de Frutos - The Most Incredible Thing

Ce texte a été écrit pour un forum anglophone. Tout commentaire sur les erreurs de grammaire et/ou d'orthographe est bienvenu. :)

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I went to see the show on Satruday night with some French and Belgian fans and I don't quite know what to make of it.

The problem of the show for me is not the dancing itself. I thought that, as a way of expressing inner thoughts and actions, it worked quite well. It also looked very good at times,especially during acts two and three, which contain a few very impressive pieces of choreography, especially the 10th hour (looking very much like a live Dragon Ball episode at times, which is probably not intentional) and the forced marriage of the princess with the baddie.

I have some reservations about the music, which is desperately in need of a broader range of emotions to express. Like most pop people toying with classical musical forms, the PSB tend to put too many notes and instruments in their music, mistakenly believing that everything should sound like a post-romantic symphony. I wish they had trusted a bit more their abilities to write melodies and, at times, tried to emulate simpler musical forms, a string quartet with electronics would have been a very intriguing prospect for instance. To me, "classical" music is in its purer form in chamber music, when just a few instruments manage to produce the whole range of human emotions. Here, in this ballet, they are doing too much of everything, too much percussion, too much volume, and not enough variation. Quite often in music, less is more and I think the PSB forgot it in quite a few scenes.

Still, as a whole, the score mainly does what it needs to do and I think it'd be unfair to say that the Pet Shop Boys's score is the weakest part of the whole thing.

In fact, what I liked least is the way the story is being told on stage, especially the spoof of "Kingdom's got talent". The writers, whoever they are, did not have enough trust in the ability of the public to understand what is going on on stage and felt like they had to spell it out. So they included a few cringeworthy vodka commercials and a Davina McCall-like TV presenter, which looked cheap and completely out of place to me. A fairytale should exist in a fantasy world, and not be polluted with the basest forms of modern media 'culture' (can you tell I'm not a fan of reality TV? :).

This is especially frustrating as a lot of work obviously went into the stage design and the video projections. Almost everything on stage looks great and set designers made great use of the shapes and imagery conjured by the concept of clocks.

All in all, it is probably a flawed show, but not a disastrous one, which for such a hybrid piece of theatre is in itself a commendable achievement. It'd probably work better for me if it was sized down a bit, and more understated. It would add mystery to the show, which is possibly the thing it lacks most.

lundi, novembre 23

The Big Pink + The Germans, Ancienne Belgique, 3 novembre 2009

Cela faisait longtemps que je n'étais plus entré dans la petite salle du Club de l'Ancienne Belgique, au moins trois ans je dirais. Est-ce parce que mes goûts sont devenus plus mainstream et que les artistes qui m'intéressent jouent à présent dans de plus grandes salles, ou plus généralement parce que l'expérience du live me tente moins qu'auparavant ? Un peu les deux sans doute. Pourtant, bien que je me sentais un peu en porte-à-faux avec le public déjà présent, la mallette que j'ai bien été obligé de ramener du boulot n'arrangeant rien, j'ai retrouvé avec un certain plaisir cette atmosphère confinée, qui me rappelle certains concerts de Godspeed You Black Emperor, des Kills, de Patrick Wolf ou de Sunn O))).

La raison de ma présence est The Big Pink, duo londonien porté par un buzz qui ne faiblit pas (les requêtes Google menant quotidiennement sur ce blog en témoignent) et dont les deux premiers singles m'avaient tout à la fois rappelé tout un pan de la musique indé des années 90 (quelque part entre le trip-hop, le shoegaze de Slowdive et l'indie crapoteux mâtiné d'électro de The Wolfgang Press) et semblé totalement original. Cet enthousiasme avait dans un premier temps été amplifié par leur signature sur mon label fétiche 4AD avant de retomber quelque peu à l'écoute de l'album, pas totalement convaincant sur la longueur.

Mais commençons par le commencement, c'est-à-dire la première partie assurée par The Germans, groupe belge néerlandophone dont le post-rock basé sur la répétition et l'empilement des couches sonores m'a à dire vrai semblé en 2009 un peu anachronique (voire parachronique me souffle le petit Robert). Il y a bien cà et là quelques idées intrigantes, dans l'utilisation des voix notamment, et le batteur se débrouille plutôt bien, mais dans l'ensemble j'ai trouvé ça assez faiblard. J'ai pourtant cru un instant que le dernier morceau allait emporter sur le fil mon adhésion, avec sa ligne de synthé glaciale sur laquelle une voix monocorde venait scander quelques mots désespérés. Hélas, bien vite, le morceau retombe dans les travers des précédents. Le tempo s'emballe, le bassiste surbouge et le public se rendort. Pire, le claviériste nous dégote en guise de baroud d'honneur un crapuleux son d'ultra-basse qui tombe comme un cheveu dans la soupe et qui a bien failli retourner les estomacs de tout le public, ce qui était sans nul doute le but poursuivi mais bon, n'est pas Sunn O))) qui veut et je dois bien avouer que la fin du set m'est apparue comme une délivrance.

Commence ensuite le ballet des roadies installant le matos, avec notamment des racks à pédales kilométriques, tandis que de la fumée est injectée à jets continus dans la salle, à tel point que l'on finit par se demander si la salle contiendra encore assez d'oxygène pour assurer la survie du public pendant le concert. Des essais de spot, ostentatoirement dirigés directement vers les visages du public, semblent d'ailleurs indiquer que l'effet recherché par les techniciens est celui d'un lever de soleil dans le brouillard, ce qui ne serait pas si grave si cet effet brouillardeux n'avait aussi présidé à la balance sonore.

En effet, lorsque le groupe entre en scène, c'est pour instantanément ériger un mur de guitares et de basse que même les coups de boutoir de la batteuse ne parviendront jamais à abattre. La voix était par moments tellement couverte qu'il en devenait difficile de reconnaître les morceaux joués. Dommage car, comme l'écoute de l'album le confirme, leurs meilleures chansons valent surtout pour la manière dont la voix plaintive du chanteur se combine avec les blips, les effets électroniques et les changements d'atmosphère qui parsèment les chansons. Si on ajoute à cela une communication avec le public proche du zéro absolu pendant la toute petite heure de concert, il est difficile de ne pas en arriver à la conclusion que le groupe n'a absolument rien à proposer en live. Une occasion ratée.

lundi, novembre 16

A-Ha, Ancienne Belgique, 11 novembre 2009

Je me souviens assez mal de mon premier concert de A-Ha. C'était déjà à l'Ancienne Belgique, en 2003 pour la tournée Lifelines. Surnage seulement le souvenir de mon enthousiasme de grand enfant face à un des groupes phares de mes douze ans, que je ne pensais jamais voir en concert, tempéré par une légère déception qu'ils n'aient pas fait un peu plus d'efforts : son un peu bouillasse, arrangements approximatifs, peu de communication avec le public, voix fatiguée. Lorsqu'un nouveau concert à l'AB a été annoncé il y a quelques semaines, j'ai donc un peu hésité avant d'acheter ma place, pour me laisser finalement convaincre par l'écoute de quelques chansons du nouvel album, qui semblait marquer le retour aux sonorités pop synthétiques de leur (excellent) premier album. Bien m'en prit car, quelques semaines plus tard, le groupe a annoncé sa future séparation. Il y a donc de bonnes chances que cela soit le dernier concert d'eux auquel j'aie l'occasion d'assister. Snif, dirait Beigbeder!

Lorsque j'arrive devant la salle à 19h10, je constate que des barrièrs Nadar ont été placées sur le trottoir afin de canaliser la foule voulant. C'est la première fois que de telles précautions sont prises pour un concert auquel j'assiste. Bien que cela fait presque 20 ans que A-Ha n'est plus un groupe à la mode, les organisateurs ont prévu un dispositif superstar, ce qui est sans doute mérité vu le monde présent 80 minutes avant le début du concert. Je prends place dans la file, qui avance heureusement assez vite. Une fois dans le hall, se pose la question du placement. Vais-je me placer dans la fosse, le plus près possible de la scène, comme d'habitude, ou au contraire m'installer dans les gradins au fond de la salle, histoire d'amortir la déception que je crains déjà de ressentir? Je décide finalement de me placer dans la fosse et de patienter debout pendant la grosse heure d'attente, tout en écoutant discuter les fans autour de moi. Le fan de pop commerciale que je suis assiste finalement assez rarement à des concerts pop et j'aime bien, quand l'occasion se présente, écouter discuter le public et voir comme il diffère de celui des concerts indés : plus âgé (la trentaine en moyenne), assez pop sur lui, moins de coiffures d'indie-kid anglais, plus de queues de cheval et de coupes passe-partout, moins de tee-shirts Kraftwerk et plus de tenues d'employés de bureau, d'enseignants et/ou de secrétaires, un public moins blasé et venu dans le seul but de s'amuser entre amis. Beaucoup d'étrangers aussi, notamment des Français, dont certains avaient déjà assisté au concert parisien de la veille (la communauté des fans français de A-Ha est étonnamment active et bien organisée).

Dès l'extinction des lumières, il paraît clair que ce concert ne sera pas aussi rudimentaire que celui de 2003. Une bande-son introductive intrigante, dans laquelle se mêlent synthés inquiétants et lambeaux de voix, indique clairement que ce show a été pensé comme un vrai spectacle, et pas comme un simple enchaînement d'interprétations approximatives d'extraits de leur répertoire. Ces louables intentions se voient confirmées quand, après le lever de rideau, l'organisation de la scène est révélée au public : taille maximale, avec le fond couvert d'un écran géant sur lequel se succèderont pendant deux heures images fixes, clips, gros plans filmés en direct, etc.. Les éclairages sont également très réussis.

Autre bonne surprise : le son est parfait, avec un mix très clair. Les trois membres du groupe sont accompagnés sur scène de deux musiciens et il est difficile de dire qui fait quoi. Il est clair que Magne Furuholmen ne joue pas tout en direct (le riff de Take On Me par exemple est clairement pré-enregistré, mais celui de Train of Thought semble être interprété sur place), et si Pal Waaktaar garde sa guitare en bandoulière durant tout le concert, il est parfois bien difficile de distinguer ce qu'il joue vraiment. Dès lors, peut-être pour faire taire les fâcheux (dont je serais très peiné de faire partie), ils se sont autorisé un bref intermède acoustique à la mi-concert, comprenant si je me souviens bien And You Tell Me et Velvet. Cela dit, qu'importe toutes ces considérations. Je n'étais pas là pour les lignes de piano de Magne (n'aurait-il pas été cocasse qu'il soit membre de Depeche) ou les solos de guitare de Pal, mais bien pour écouter Morten chanter et la balance était de ce point de vue parfaite, faisait la part belle à sa voix, placée très en avant.

Parlons-en, d'ailleurs, de cette voix que j'ai pris l'habitude de qualifier de deuxième plus beau timbre de la musique mondiale (après l'inaccessible Lisa, évidemment). A ce stade, mon indéfectible honnêteté et mon objectivité foncière m'obligent malhereusement à mentionner que la voix de Morten Harket, n'a plus tout à fait le même souflle épique, la même agilité dans les changements de registre que dans les années 80. Son falsetto en particulier a perdu ses harmoniques et sonne moins plein, plus forcé. Cela dit, bien qu'à les voir sur scène, on aurait tendance à l'oublier (ils n'ont pour ainsi dire pas changé...je suppute que, quelque part dans un grenier de la banlieue d'Oslo, un portrait du groupe subit à leur place les outrages du temps), il faut garder à l'esprit que tout ce beau monde approche gentiment du demi-siècle et qu'il est tout à fait admirable que, à cinquante ans, Morten puisse encore en remontrer à 95% des chanteurs actuels, d'autant que son type de voix n'est pas a priori celui qui vieillit le mieux (Stuart Staples au hasard est de ce point de vue plus tranquille).

Pour continuer dans les bonnes nouvelles, la set-list est aux petits oignons et fait la part belle aux deux premiers albums, ainsi qu'au petit dernier, le franchement très bon Foot Of The Mountain. Alors bien sûr, on peut regretter l'absence de Living A Boy's Adventure Tale, de I've been losing you ou de The Weight Of The Wind (qui auraient tous avantageusement remplacé Velvet) mais bon, l'essentiel des tubes et des albums-tracks incontournables sont là. J'avoue avec un honte à peine revendiquée que les intros de Scoundrel Days ou Dream Myself Alive m'ont donné la chair de poule.

Pour terminer, je dirais que Morten et Magne, très souriants, semblent plutôt heureux d'être là (c'est moins sûr pour Pal, plus renfrogné), se sentant possiblement plus à l'aise avec leur statut de pop-stars vieillissantes après être tombé d'accord pour dissoudre le groupe en janvier 2011. Magne est celui qui communique le plus facilement, s'essayant au français, et même à quelques mots de néerlandais, lorsqu'il interpelle le public. Aucune mention ne sera faite d'un possible retour en Belgique pour leur tournée d'adieux. Seule réelle déception d'une soirée qui m'a laissé gentiment euphorique. Je me sens plus fan maintenant qu'il y a deux semaines. La preuve ? J'ai réécouté en écrivant ceci les trois albums enregistrés entre 1990 et 2003, ceux dont je pensais qu'il n'y avait rien à sauver et y ai déniché cinq morceaux que j'aime vraiment bien. Comme quoi. En attendant qu'un jour peut-être, je me lance ici dans une discographie commentée du groupe, je m'en vais me repasser les deux albums suivants. Peut-être parviendrais-je même à réécouter Analogue avec une oreille neuve et réévaluer à la hausse un album qui m'avait laissé à l'époque le souvenir d'un immense ratage? Qui sait. Après un concert pareil, tout est possible.

Setlist :

- The Sun Always Shines On TV (Hunting High and Low)
- Riding The Crest (Foot Of The Mountain)
- The Bandstand (Foot Of The Mountain)
- Scoundrel Days (Scoundrel Days)
- Stay On These Roads (Stay On These Roads)
- Manhattan Skyline (Scoundrel Days)
- Hunting High And Low (Hunting High and Low)
- The Blood That Moves The Body (Stay On These Roads)
- I Dream Myself Alive (Hunting High and Low)
- And You Tell Me (Hunting High and Low)
- Velvet (Minor Earth, Major Sky)
- Train Of Thought (Hunting High and Low)
- Sunny Mystery (Foot Of The Mountain)
- Forever Not Yours (Lifelines)
- Shadowside (Foot Of The Mountain)
- Summer Moved On (Minor Earth, Major Sky)
- Foot Of The Mountain (Foot Of The Mountain)
----
- Cry Wolf (Scoundrel Days)
- Analogue (Analogue)
- The Living Daylights (Stay On These Roads)
----
- Take On Me (Hunting High and Low)

(et j'ai encore quatre autres brouillons de compte-rendu de concert à mettre au net)

lundi, octobre 5

Klaus Schulze & Lisa Gerrard, AB, 25 septembre 2009 (II)

(ceci est la suite de ce billet)



J'ai rarement vu l'Ancienne Belgique présenter une moyenne d'âge aussi élevée. Une étude sociologique rigoureuse des spectateurs visibles depuis mon siège m'apprendra que le spectateur moyen était ventru, portait des lunettes et voyait avec désespoir sa chevelure blanchir et/ou disparaître (paille, poutre, toussah).

Les gérants de l'Ancienne Belgique connaissant bien leur métier, la salle est en configuration "musique de vieux" (comme pour Lambchop, Sigur Ros, etc.), ce qui signifie que les deux-tiers arrière de la fosse sont garnis de sièges en gradin. Tant mieux, le programme annonce une première partie solo pour Klaus Schulze et la perspective de me laisser bercer par ses nappes enveloppantes, douillettement prostré dans un fauteuil moelleux, me tente assez. Il sera toujours temps d'aller me prosterner aux pieds de la reine Lisa durant la seconde partie.

Lorsque le rideau s'ouvre à 20h30, la scène présente cinq énormes diffuseurs-amplis disposés en arc-de-cercle et couverts de boutons à pousser, de curseurs à tirer, de molettes à tourner et de loupiotes clignotantes. Devant l'espace ainsi délimité se trouvent à gauche et à droite des synthétiseurs et au milieu un Moog et un Mac. Au milieu de tout cela, un siège en cuir et, assis sur ce dernier, un type à lunettes, mal coiffé, en veston et tee-shirt, remercie le public de son accueil par un petit geste de la main... (comme quoi même les légendes vivantes peuvent aussi ressembler à des vendeurs d'électro-ménager.)

La taille imposante de toute cette machinerie évoque une curieuse impression de modernité ringarde. Un peu comme si, ayant pleinement conscience d'être un produit des années 70 et assez confiant dans son statut pour ne pas se sentir obligé de faire semblant de s'adapter aux technologies actuelles, Klaus Schulze avait crânement refusé de remplacer l'essentiel de son matos de l'époque (Mac excepté). Ce refus de participer à la course à la miniaturisation en électronique m'est plutôt sympathique.

Musicalement parlant, ça commence plutôt mal par quelques échantillons de voix que Klaus Schulze semble empiler en déput du bon sens à l'aide du synthé situé à sa droite, alternant on ne sait trop pourquoi le très aigu et le très grave. Et moi de penser d'un air inquiet que ce n'est pas parce qu'on a inventé un style et fait des disques cultes qu'on est capable d'improviser en direct et que
peut-être l'heure et demie de concert serait ainsi composée de brics et de brocs assemblés à la truelle. Heureusement, cette introduction ratée ne dure que quelques minutes, puis Klaus Schulze prend place à l'autre extrémité de son bunker. Immédiatement, il est évident que la suite du concert sera plus construite et, rapidement, la musique se rapproche de ce à quoi je m'attendais : des nappes planantes qui se succèdent comme des vagues sur lesquelles surnagent une écume composée de beats légers mid-tempo et de quelques arpèges charmants. C'est très agréable, même si on ne peut s'empêcher de penser que composer et/ou interpréter ce genre de choses ne doit plus demander beaucoup d'effort, que l'ami Klaus ne fait ici qu'appliquer les techniques qu'il a mises en place par le passé et pourrait tout aussi bien rester à la maison (Klaus ?) et demander à un roadie d'appuyer sur Start au début du concert. D'ailleurs, anecdote croustillante, c'est exactement ce qui s'est produit lors d'une date à Essen en Allemagne quelques jours plus
tôt. KS, souffrant, avait été obligé de garder le lit et Lisa Gerrard avait assuré le concert seule en scène sans que cela semble poser le moindre problème logistique.

Après un gros quart d'heure, un long decrescendo au cours duquel les différentes couches sonores disparaissent les une après les autres semble annoncer une autre phase du concert et, effectivement, en contradiction flagrante avec l'horaire officiel, Lisa apparaît, dans une robe de soirée rouge, et prend place au micro situé à la gauche de la scène.

Voir Lisa Gerrard chanter est toujours pour moi une expérience aussi étrange : ses yeux tour à tour fermés ou anormalement exorbités, ses regards fixes et hallucinés, son placement légèrement de biais par rapport à l'axe du micro, ce surprenant tic qui la fait régulièrement poser la main sur le pied de son micro, peut-être pour vérifier qu'elle est toujours bien à la bonne distance, le lent balancement de gauche à droite de sa tête lorsqu'elle veut créer un effet de vibrato. Ce n'est qu'en la voyant chanter en direct que l'on comprend à quel point son art est aussi le fruit d'un effort permanent, le résultat de longues années de travail et de perfectionnement. Vocalement parlant, Lisa apparaît ici en pleine possession de ses moyens. Elle retrouve même par moments une certaine forme d'urgence dans la voix qui rappelle Dead Can Dance (Yulunga par exemple), mais ces moments où elle semble sur le point d'entrer en transe ne sont jamais poussés à leur terme, même à la toute fin du morceau, malgré un tempo qui s'accélère quelque peu et une interaction plus poussée entre la voix et les machines. Mais bon, dans l'ensemble, je suis plutôt rassuré...sauf que, dès que le rideau se referme pour l'entracte, une inquiétude sourde m'étreint soudainement. Et si l'horaire officiel (première partie : KS solo, deuxième partie, les deux ensemble) était simplement inversé ? Et si Lisa ne revenait plus ?

Heureusement, il n'en est rien et, si on excepte le fait que la robe de Lisa est passée du rouge au bleu et un solo virtuose de Moog de l'ami Klaus dans les premières minutes (qui rappelle à ceux qui l'auraient oublié que Klaus Schulze vient quand même du rock progressif), la seconde partie ressemble d'ailleurs beaucoup à la première, en mieux.

En guise de résumé, je dirai que, pendant la grosse heure et demi de concerts, Klaus Schulze et Lisa Gerrard donnent parfois l'impression de se chercher, ce qui est inévitable si, comme j'en ai eu l'impression et comme les spécialistes semblent le confirmer, Lisa Gerrard chante réellement en improvisant et en se laissant guider par les impulsions données par la musique de Klaus Schulze. Cela dit, quand ils se trouvent, ils se trouvent bien. Lorsque, lors des cinq-dix dernières minutes de la deuxième partie (extrait ici), les meilleures de tout le concert, Lisa et Klaus parviennent à marier leurs deux sons, à les fondre l'un dans l'autre, tout prend un sens nouveau et les possibilités offertes par cette collaboration étrange apparaissent clairement.

Après un tel moment de grâce, le rappel est au mieux anecdotique. Je n'en ai d'ailleurs retenu que la phrase amusante prononcée par Klaus Schulze en remontant sur scène : "I'm going to start alone. She'll come back in a moment. She's getting air.... She's not a synthesizer you know. She's analogue.", qui est me semble-t-il la meilleure conclusion possible pour ce trop long billet.

Pour ceux qui veulent un autre son de cloche, vous trouverez ici la chronique du concert de Paris par un ami, qui est avant tout fan de Klaus Schulze.

(Source de l'image ici)

dimanche, septembre 27

Klaus Schulze & Lisa Gerrard, AB, 25 septembre 2009 (I)

Par bien des points, il s'agit d'une collaoration contre-nature. Les synthés d'une froideur toute germanique de Klaus Schulze (je m'autorise à utiliser un cliché aussi éculé car je ne connais pour ainsi dire rien de ses oeuvres et il faut bien que je fasse illusion, surtout dans un paragraphe d'introduction) et les vocalises supra-terrestres débordantes d'émotion de Lisa Gerrard n'auraient jamais dû se rencontrer, et encore moins se fondre dans une collaboration à long terme. Et pourtant...

Lorsque leur premier album commun Farscape a paru en 2008, je ne savais trop dans un premier temps que penser. Après avoir été déçu à répétition durant le années 2000 par les choix artistiques de Lisa Gerrard, que je sentais sombrer petit à petit dans l'anecdotique, en refusant de se coltiner à d'autres tempéraments que le sien et en ne travaillant plus qu'avec des collaborateurs de second plan qui se gardaient bien de la pousser à se mettre en danger, j'avais fini par ne plus espérer grand chose d'elle. Trop souvent, Lisa avait choisi pour accompagner sa voix de simples nappes planouillantes sans personnalité propre (sur la BO de Whale Rider notamment) et le résultat avait été décevant, car ces nappes étaient conçues comme un simple entonnoir qui canalise l'attention de l'auditeur vers une voix qui, à n'être ainsi reliée à rien, réussissait le triste exploit de paraître banale. Même Lisa Gerrard n'a pas le droit de dérouler en roue libre et espérer que je trouve ça génial par défaut (même si pour l'efficacité de ma démonstration, je passe ici sous silence The Silver Tree (2006), un album qui m'avait déjà un peu réconcilié avec ses productions récentes).

Connaissant la réputation de Klaus Schulze comme pape allemand du synthé planant, je m'étais donc dit dans un premier temps que cette nouvelle direction allait au moins l'obliger à s'adapter, à abandonner ses ficelles habituelles pour chercher une nouvelle manière de chanter, à mettre sa voix au service d'une autre personnalité artistique, possiblement aussi forte et établie que la sienne.

L'écoute de Farscape m'avait un peu fait déchanter. Comme tout le monde, Klaus Schulze s'est sans doute trouvé dans un premier temps tétanisé par la voix de Lisa Gerrard et n'a pas osé la mettre en danger, se contentant durant les cinq premiers tableaux de tisser un léger tapis d'arpèges et lâchant la bride à Lisa, qui n'était sans doute que trop heureuse de retrouver ses petites habitudes. Les choses commencent seulement à devenir intéressante dans les deux derniers tableaux à la fin du CD2, où un début de dialogue s'installe entre la voix de Lisa Gerrard et l'accompagnement de Klaus Schulze.

Cela dit, le disque, portait déjà en germe le signe d'un possible renouveau. En effet, la longueur des morceaux, une vingtaine de minutes en moyenne, donnait à la chanteuse une liberté nouvelle dont elle semblait ne pas trop savoir que faire mais qui a sans doute dû inconsciemment lui ouvrir de nouvelles perspectives. Après tout, bon nombre de musiques du monde (Nusrat Fateh Ali Khan par exemple) fonctionnent sur le mode de la répétition jusqu'à l'épuisement. Or, c'est une direction dont, jusqu'à présent, les origines pop-rock de Dead Can Dance l'avaient tenue éloignée. Peut-être cette notion de durée allait-elle la conduire à repenser la manière dont elle envisage son chant, à retrouver l'envie de construire des morceaux et cette capacité unique à créer puis à résoudre des tensions, capacité qui était le secret de fabrication de ses productions des années 80 et 90 et qu'on retrouve dans son état le plus pur dans des morceaux comme The Host of Seraphim ou Cantara par exemple.

Tel était mon état d'esprit ce vendredi soir lorsque, confortablement installé dans un des sièges de l'AB, je vois s'éteindre les lumières de la salle (comble) : joie de revoir Lisa Gerrard dans une salle à taille humaine, curiosité de voir de quoi est capable Klaus Schulze, mais faible espoir de pouvoir réellement retrouver l'intensité exceptionnelle de mes concerts de Dead Can Dance et Lisa Gerrard dans les années 90. Qu'en a-t-il été ? Vous le saurez en suivant le prochain épisode des fabuleuses aventures de "Petit Pierre au pays des synthés magiques et de la bonne fée Lisa" (titre provisoire).

mercredi, juillet 29

Les sept heures de Dour

Dour, le samedi 18 juin, de 18h à 1h :
Jazzanova : De la lounge avec un show à l'américaine... autant dire que c'est pas mon truc.
Gong : Très bonne surprise pour ma part, je ne connaissais qu'à peine le nom et ai été agréablement surpris. J'avais vraiment l'impression de me retrouver dans un concert du début des années 70. Costumes ringards, séquences psychédéliques à la flûte traversière. Projections flower power. Je vais tenter d'écouter un album pour me faire une idée.
65daysofstatic : Deuxième fois que je les vois et ça reste vraiment pour moi un bel exemple de ce que le post-rock peut être quand il refuse de choisir entre rythme et mélodie, son pur sans évolution et construction de chanson. J'aime vraiment beaucoup.
Pet Shop Boys : Ils n'ont même pas été chahutés, ce que je craignais un peu à dire vrai. Je n'en dis pas plus car j'ai déjà tout dit deux billets plus bas.

Mon principal regret de n'avoir pas eu l'occasion de me perdre dans une tente metal. J'ai toujours rêvé de me faire un concert de pur death-metal. Ca aurait été l'occasion parfaite de me mêler aux chevelus buveurs de sang.