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jeudi, mai 8

Nits, AB Club, 6 mai 2014

J'ai déjà beaucoup écrit sur les Nits, et notamment sur les concerts auxquels j'ai assisté (une petite dizaine, même si je me rends compte avec surprise que seulement deux d'entre eux ont été chroniqués sur ce blog).

Il est donc inutile que je revienne sur la bonne humeur communicative du trio, sur leur évidente complicité sur scène, sur le jeu poétique et souple de Rob Kloet aux percussions, sur la mine concentrée de Robert Jan Stips aux claviers ou sur la bonhomie rigolarde de Henk Hofstede. Tout cela participe grandement au plaisir que je prends à tous leurs concerts mais je doute d'être capable de le réexprimer d'une manière qui ne soit pas un simple décalque de ce que j'ai déjà pu écrire auparavant à leur sujet.


Il me semble plus intéressant de m'appesantir sur ce qui fait la particularité de cette tournée et de ce concert bruxellois (outre la petite taille de la salle) : il est entièrement consacré aux dix premières années de l'existence du groupe et à leurs cinq premiers albums  (Tent, New Flat, Work, Omsk et Adieu Sweet Bahnhof). Pour accentuer ce côté rétrospectif, l'ordre des chansons sur la set-list, en dehors des rappels, est entièrement chronologique. La partie la plus connue de leur discographie se retrouve ainsi escamotée. A part Nescio et Adieu Sweet Bahnhof, ce concert ne contenait aucune des chansons emblématiques des tournées récentes du groupe (pas de In the Dutch Mountains, de Bike In Head, de JOS Days ou de Cars & Cars par exemple).



Or, il se fait que je connais finalement assez mal le début de leur carrière. Je n'ai découvert les albums à leur sortie qu'à partir de Giant Normal Dwarf au début des années 90, et ma remontée dans le temps s'est surtout concentrée sur les albums les plus proches, ceux où je retrouvais l'évidence pop, la poésie des arrangements et des instrumentations qui faisaient le prix de cet album ou du suivant, Ting. C'est ainsi que je connais presque par cœur des albums comme Adieu Sweet Bahnhof ou Omsk, mais beaucoup moins bien les trois premiers.

A cette époque, le groupe suivait un canevas post-punk/new-wave assez classique (guitare, basse, claviers, batterie), avec des chansons de trois minutes environ, un son brut, assez peu travaillé, la recherche dans les compositions d'une forme d'efficacité immédiate qui ne dédaigne pas une pointe de sophistication arty, mais sans effets de manche ou mise en avant de la compétence des musiciens (à cette époque, la technique instrumentale était encore honnie, souvenir nauséabond des pires heures du prog-rock). Leur son de cette époque m'évoque personnellement des groupes comme Devo ou Gang of Four, voire les Talking Heads ou les premiers albums solo de Brian Eno (les influences glam en moins).


Cette description pourrait (devrait même, sans doute) donner envie, mais je dois avouer que Tent, leur premier album de 1979, que j'écoute en tapant ceci, me laisse toujours étrangement froid. J'y regrette le simplisme des mélodies, l'absence d'envolées poétiques ou de trouvailles rythmiques (Rob est encore assez basique dans sa manière de jouer, plus batteur que percussionniste). C'est très (trop ?) carré et je n'y retrouve pas vraiment ce que j'aime chez les Nits. 

Ce n'est donc qu'aux environs du dixième morceau (avec Slip of The Tongue), lorsque la set-list a atteint le milieu des années 80, que j'ai retrouvé mes marques et pu identifier des chanson à leur intro. Pendant la demi-heure qui a précédé, j'ai eu l'impression d'entendre un groupe dont je ne savais pas grand chose. Seuls quelques lambeaux de mélodies éparses évoquaient en moi de vagues souvenirs, le plus souvent insituables.

Dans ces conditions, le miracle de ce concert fut sans doute que ces chansons des débuts, qui m'avaient jusque là résisté (et me résistent encore dans leurs versions studio), se sont imposées à moi avec évidence une fois interprétées avec l'énergie du live. Les rythmes abrupts de Ping Pong, les velléités psychédéliques de Empty Room, l'atmosphère entêtante de Hook Of Holland ont soudain fait sens. On peut à ce propos sans doute saluer le côté bon camarade de Robert Jan Stips qui participe à une tournée où il interprète pour moitié des chansons qui datent d'avant son arrivée dans le groupe.

Je sens bien que je ne parviens pas tout à fait à exprimer les raisons pour lesquelles ce concert m'est apparu comme une révélation. Attendez-vous à des modifications de ce billet une fois que les mots me seront venus. En attendant cette hypothétique inspiration, je vous propose ci-dessous quelques vidéos tirées d'un concert récent de la même tournée. Quelques secondes suffiront à faire comprendre aux habitués à quel point cette tournée est différente des autres : une scène plus resserrée, moins de discussions avec le public et de digressions, des morceaux plus courts. Tout, jusque dans l'attitude des musiciens sur scène, indique une inspiration, un état d'esprit et des points de référence différents. Je n'avais jamais vu Henk comme ça, arqué sur sa guitare électrique, concentré sur son jeu, presque tendu par moments.

Pendant cette première demi-heure, j'ai donc eu l'impression étrange de découvrir un autre groupe. Ce n'était clairement pas les Nits que je connaissais, ou que je croyais connaître, mais un groupe obscur du début des années 80, qui serait venu, par on ne sait quel stratagème temporel, jouer en 2014 sa tournée de 1981, à l'identique.

Ce concert m'a ainsi fait prendre conscience que, derrière les chansons plus tardives du groupe se dissimulait en palimpseste une source d'énergie basique, anguleuse et inquiétante, que je ne soupçonnais pas et qui irradie les premières années de leur carrière. Cette découverte est évidemment bienvenue. Elle apporte une nouvelle dimension à mon appréciation du groupe. Il me revient à présent de chercher à retrouver la trace de cette énergie primitive lorsque j'écoute les premiers albums. Je ne garantis pas que je vais y parvenir, mais je ne ménagerai pas mes efforts. Le deuxième meilleur groupe du monde ne mérite pas moins.


















En attendant, je remercie mes bataves préférés pour ces deux petites heures de bonheur. Je les reverrai en décembre, dans la même salle, pour une tournée plus classique. Je saurai alors si mes efforts ont porté leurs fruits et si Tent, New Flat et Work se sont taillé une place plus grande dans mon cœur. Dans le cas contraire, cela signifiera que je le souvenir de ce concert, et de l'énergie qui s'en dégageait, s'est estompé et je ne pourrai m'en prendre qu'à moi-même.




samedi, juillet 15

Les Ardentes, Liège, 9 juillet 2006

Dès l'entrée sur le site, il est clair que le public est nettement plus nombreux aujourd'hui qu'hier et les tee-shirts Indochine sont légion. Pour une bonne part des spectateurs, le festival ne démarrera réellement qu'à 22h30, mais commençons par le commencement, ce qui pour moi signifie le set de VENUS à 16h00. Je connais très peu de choses de ce groupe qui m'a toujours semblé non dénué de talent mais dont les chansons ont rarement provoqué en moi autre chose qu'un désintérêt poli. Ce concert ne va rien y changer. Bravo pour l'utilisation d'un violon et d'une contrebasse, un bon point pour la présence scénique du chanteur (qui devrait pourtant un peu moins baser ses interventions parlées sur la rivalité Standard-Anderlecht, ça a fini par se voir), et j'étais plutôt content qu'ils aient joué leur tube mais, malgré tout cela, je n'y pensais déjà plus un quart d'heure plus tard, sans doute parce que j'étais alors en train d'écouter ETE 67, le petit groupe liégeois qui monte. J'ai tendance en général à être plus sévère dans mes jugements pour les groupes belges que pour les groupes étrangers (anglais par exemple), ce qui fait que rares sont les groupes belges que j'aime vraiment (même si le dernier album de Half Asleep est vraiment une merveille). Eté 67 est un peu l'exception à cette consternante forme de chauvinisme inversé. Des chansons comme Le quartier de la gare ou Dis-moi encore par exemple font preuve d'un sens de la mélodie largement au-dessus de la moyenne et rappellent un peu Louise Attaque (la voix du chanteur y est sans doute pour beaucoup). Certes, les paroles ont parfois un petit côté boy-scout ("la pauvreté c'est triste, la guerre c'est mal et les amis c'est super") et le groupe fait preuve sur scène d'une désarmante candeur qui peut sans doute rebuter les plus cyniques (ils dédient notamment une chanson à leur camionnette de tournée, apparemment sincèrement) mais bon, pour avoir réussi le mariage du pop-rock mélodique à la française et de la chanson réaliste, je leur pardonne beaucoup (il y a deux titres à écouter ici).

Tant qu'à parler de pop-rock mélodique à la française, on enchaîne avec le concert de DOMINIQUE A, venu présenter son dernier album L'horizon (qui est peut-être bien celui que je préfère de toute sa carrière). Je m'attendais à voir pour l'occasion monter sur scène le régional de l'étape Sacha Toorop (aka Zop Hopop), présent sur le site et batteur de longue date pour Dominique A (notamment sur le dernier album). Il n'en fut rien mais cela n'a pas empêché Dominique A de donner un concert très compact qui a fait une large place aux chansons du nouvel album sans oublier quelques morceaux plus anciens pour combler les fans de la deuxième heure (La peau, La mémoire neuve). On est décidément très loin du minimalisme amateur des deux premiers albums (complètement, sauf erreur de ma part, absents de la setlist) et on a assisté à un vrai concert de musiciens. Le batteur et le guitariste font appet à toute leur science du jeu pour construire de jolies cages soniques dont s'échappe la voix envoûtante de Dominique A, qui se fait presque lyrique par instants. J'ai vraiment l'impression que, après deux albums décevants et quatre-cinq ans de recherche, Dominique A a enfin retrouvé un style qui convient à son âge et avec lequel il se sent en phase. J'ai eu l'impression de voir un chanteur heureux, ce qu'il n'était clairement pas à l'époque de Remué, quand je l'avais vu pour la dernière fois.

Histoire de ne pas encore devoir jouer les mauvais Belges, je fais poliment l'impasse sur MALIBU STACY et attend le concert de COCOROSIE en discutant. Je n'ai jamais bien compris l'enthousiasme critique qui a entouré la sortie des deux albums des soeurs Cassidy. Suffit-il vraiment de prendre une voix de petite fille et de tapoter sans y croire sur des jouets d'enfants pour enthousiasmer les foules ? A force de gloser sans fin sur la "magie" qui se dégage de la musique de Cocorosie, tout le monde semble feindre d'ignorer qu'elles n'ont jamais écrit une chanson digne de ce nom et le concert n'allait pas vraiment me faire changer d'avis. Après une demi-heure où les deux soeurs rivalisent de minauderie devant leur batteuse butch et leur b-boy caillera, j'étais même à la limite de l'irritation, désarçonné par l'enthousiasme délirant d'un public que j'imgaginais défoncé à la grenadine et au marshmallow. Ce n'est qu'à la toute fin du concert, lorsque les musiciens ont fait monter sur scène des petits n'enfants (très nombreux dans les premiers rangs) pour leur faire danser la ronde sur un petit air de comptine que la vraie nature de Cocorosie, faite de ludisme régressif et d'innocence frelatée, m'est apparue. Finalement, il n'y a aucune raison que je m'énerve. J'ai juste passé l'âge d'écouter de la musique pour enfants.

Plutôt que d'aller voir NADA SURF sur la grande scène, je me suis confortablement assis contre la barrière au premier rang pour regarder sur l'écran géant le début de la finale de la Coupe du Monde de Football. Avec un pénalty qui n'en est pas un et un but de la tête qui en est vraiment un, les Italiens méritaient mieux et le public présent, largement acquis à leur cause, semblaient de mon avis. Quelques minutes après la fin de la première mi-temps, les NITS entrent en scène devant un public franchement clairsemé (la concurrence du foot sur l'autre scène est rude). Je ne sais pas trop qu'ajouter à ce que j'ai déjà écrit à propos du précédent concert bruxellois des Nits. Le set donné ici y ressemblait beaucoup jusqu'à sa division en une partie "intime" et une partie "grand spectacle" (même si le grand spectacle signifie ici juste une batterie et un clavier légèrement plus grands). Les chansons imparables s'enchaînent. Henk Hofstede chante comme toujours avec un sourire jusqu'aux oreilles. Rob Kloet fait honneur à son statut de meilleur percussioniste pop et Robert Jan Stips joue ses traits sans se douter que Le Soir du lendemain l'appellerait Laetitia (gageons que le journaliste avait préféré aller suivre Zidane à l'autre bout du site que de vérifier de visu si ses fiches étaient à jour). Comme toujours, un petit moment de bonheur.

Ensuite, retour vers la grande scène où un public compact s'entasse, partagé équitablement entre les "Forza Italia", "Allez Zidane", "Tout sauf la France" et les "Rien à foutre du foot, on veut INDOCHINE !!!". Finalement, après que justice sportive fut faite, le groupe entre enfin en scène pour un concert de presque deux heures qui m'a laissé assez perplexe. J'avoue volontiers ne connaître de la bande à Sirkis que quelques tubes des années 80 (L'aventurier, Trois nuits par semaine ou Troisième sexe, scandaleusement exclu de la setlist), et J'ai demandé à la lune. Pendant 1h50, j'ai donc entendu pour la première fois (ou presque) une kyrielle de chansons et me suis rendu compte avec une certaine surprise qu'elles sonnaient toutes exactement de la même façon. Des arrangements rock très basiques et une fâcheuse propension à la dilution n'arrangeaient rien, ce qui fait qu'au bout d'1h, je commençais à poliment m'ennuyer. Je me suis alors mis pour passer le temps à tenter de prévoir après chaque phrase à quoi ressemblerait la suivante. Sur les derniers morceaux, j'étais devenu assez bon. Cela dit, à quoi bon s'acharner sur un groupe qui a réussi à survivre à 25 ans de critiques assassines ?

Tout bien considéré, le festival fut pour moi une vraie réussite. Il ne reste plus qu'à espérer que, malgré ses apparents déboires financiers, il connaîtra une seconde édition.

dimanche, décembre 11

Nits, Ancienne Belgique, 8 décembre 2005

Je savais bien qu'en allant voir en dix jours les deux groupes responsables de mes deux meilleurs souvenirs de concert, je m'exposais à des désillusions et je pourrais effectivement reprendre quasiment mot pour mot ce que j'ai déjà écrit à propos du concert d'Elbow de la semaine dernière, soit en gros que c'était très bien mais que ce n'était "que" très bien et que je n'ai pas réussi à retrouver l'état d'émerveillement béat qui m'avait envahi lors du premier concert. Je suppose que mes attentes étaient trop grandes, ce qui n'est jamais une bonne chose.

La salle de l'AB se présente sous une configuration assez inhabituelle. La moitié postérieure de la fosse est garnie de sièges en gradins, une bonne manière sans doute de combiner des préventes sans doute insuffisantes pour viser le sold-out et le caractère somme toute assez BCBG du public des Nits. La salle se remplit d'ailleurs lentement et j'ai profité de la demi-heure précédant le concert pour discuter avec une hollandaise qui suit le groupe depuis 1982 et a déjà vu cinq concerts de la tournée. Une vraie fan donc, du genre à avoir Quest en deux exemplaires. Elle me sera d'ailleurs d'une aide précieuse lorsqu'il s'agira de retrouver le titre des morceaux en cours de concert.

La disposition des instruments sur scène m'a fait me demander si une première partie avait été rajoutée à la dernière minute. Devant la batterie de Rob Kloet et les claviers de Robert Jan Stips, on pouvait en effet voir une batterie en réduction, toute mignonne avec ses mini-cymbales et ses petits tambours, et un (pas si) petit piano électrique. Je me suis pris un instant à imaginer des mini-Nits (Nitsjes ?) venir jouer quelques chansons pour chauffer la salle. Je n'étais d'ailleurs pas complètement à côté de la plaque puisque le concert commence par une première partie "acoustique". Ce terme est à prendre dans son acception la plus lâche puisque l'instrumentation y est quasiment le même que dans la seconde partie (les effets de synthé à la "Mountains" en moins).

Si on ajoute ce parti-pris minimaliste de la première moitié du concert au fait que, contrairement à il y a deux ans, ils ne sont que trois sur scène, on comprend assez vite que ce concert ne pouvait pas proposer un son aussi touffu et envelopppant que dans mon souvenir. Les chansons sont toujours aussi formidables (vu la qualité du dernier album, elles sont même sans doute meilleures) et parfaitement interprétées mais la sauce prend moins bien. Cela se manifeste surtout dans les détails. Le public ne reprend pas Adieu Sweet Bahnhof en choeur. Aucune cascade de cailloux ne vient faire tinter la cymbale de Rob. Les commentaires entre les morceaux sont moins nombreux et moins drôles, peut-être parce que Henk Hofstede se sent obligé de respecter un trilinguisme de bon aloi (anglais, néerlandais, français). En revanche, malgré les pense-bêtes qui jonchent la scène au pied du micro, Henk nous offre un beau trou de mémoire pendant The Milkman. Comme toujours avec les Nits, l'incident les amuse beaucoup. Le plaisir que prend le groupe à jouer sur scène est en effet évident et se manifeste dans les déhanchements et les mimiques de Henk, dans la manière qu'a Rob de surbouger derrère sa mini-batterie ou dans le sourire permanent qu'arbore Robert Jan.

Les meilleurs moments du concert furent sans doute pour moi The Eiffet Tower, la pièce centrale du nouvel album, qui est aussi terrassante sur scène que sur disque, ou bien The Red Dog avec son sample Kustiricien. Quand, après environ deux heures, j'ai quitté la salle. J'étais content, rassasié mais pas vraiment euphorique. Je venais juste de vivre un concert des Nits en plus. C'est déjà pas mal et a suffi pour me convaincre d'attendre un petit quart d'heure au stand merchandising pour faire signer mes achats (le nouvel album solo de Hen(ri)k et le DVD de Wool) par les trois membres du groupe. Ce n'est que le deuxième groupe pour lequel je fais la démarche de quémander un autographe et je ne savais pas trop comment m'y prendre. Peut-on décemment faire signer à Robert Jan Stips l'abum solo d'un autre membre de Henk ou un DVD des Nits datant d'une époque où il ne faisait pas partie du groupe ? Dans le doute, je lui ai fait signer la setlist. On n'est jamais trop prudent.

SETLIST :
***1ère partie "acoustique" (comme dans un "living-room") :
Sketches of Spain (début à 20h17)
Cars & Cars
A Touch of Henry Moore
Giant Normal Dwarf
The Milkman
The Eating House (qui se conclut par quelques mesures de Si j'avais un marteau)
The Long Song
Nescio
J.O.S. Days
Norwegian Wood (pour commémorer les 25 ans de la mort de John Lennon)

***2ème partie "électrique" (21h10):
The Wind-Up Bird
The Train
The Eiffel Tower
Adieu Sweet Bahnhof
The Hole
Walter and Conny (instrumental extrait de l'album Omsk)
Bike in Head
Les Nuits
The Rising Sun
The Key Shop
The Red Dog (21h55)

***Premier rappel
House on House (tiré de Quest et donc pour moi tout à fait inédit)
In the Dutch Mountains

***Second rappel (non prévu sur la setlist)
Crime and Punishment
The Dream (bien que ma voisine ait noté Dreams, il me semble bien qu'il s'agissait de The Dream)
(fin à 22h20)

mercredi, novembre 16

Les nuits

Ayant découvert les Nits en plein âge d'or à la sortie de Giant Normal Dwarf, j'avais de leur carrière une vision assez simple. Après deux-trois albums d'échauffement, le groupe entame une décennie glorieuse en alignant les albums quasi-parfaits (de Omsk à Ting compris) sans effort apparent. La machine semble ensuite se gripper avec dA dA dA en 1994. Pour succéder au dépouillement de Ting, le groupe a changé totalement de style et enregistré un album très enjoué, très (trop ?) produit, avec des percussions presque sud-américaines par moments. Malheureusement, certaines compositions sont un peu faiblardes (ce qui ne leur était plus arrivé depuis le début des années 80) et j'ai encore aujourd'hui beaucoup de mal à l'écouter en entier. Suite à ce semi-échec (difficile d'appeler ratage complet un album qui contient Mourir avant quinze ans et Day and the Night), le trio central du groupe implose. Robert Jan Stips (membre à part entière depuis Omsk) part vers d'autres pâturages tandis que Rob Kloet et Henk Hofstede poursuivent leur route avec l'aide de deux nouvelles musiciennes, sortant dans cette configuration deux albums très inégaux. Le tempo ralentit, les ambiances se figent, les atmosphères se distendent jusqu'à obtenir la jazz-pop lymphatique de Wool. Comme les Nits sont incapables de sortir un disque qui soit réellement mauvais, ça reste toujours au moins "intéressant" mais je dois bien avouer que, sur la longueur, ces albums m'ennuient poliment, sans que cet ennui ne soit pimenté par un soupçon de mystère (bien que Wool s'en approche dans sa première moitié, quand il évoque le souvenir des deux-trois derniers albums de Leonard Cohen). Pourtant, si on va un peu fureter sur les mailing-lists consacrées au groupe, on tombe sur une minorité agissante pour laquelle Alankomaat et Wool sont les sommets inégalables de l'oeuvre des Nits. Cela ne veut néanmoins pas dire grand-chose puisqu'on y trouve aussi des hurluberlus pour lesquels Ting est de très loin leur album le plus faible. Tout cela reste donc très subjectif (et c'est tant mieux).

La production de l'album suivant (1974, sorti en 2003) laissait parfois un peu à désirer mais, dès les premières secondes de With Used Furniture, les intentions sont claires : marche arrière et net retour vers les rythmes endiablés et la joie ludique qui sous-tend la plupart de leurs meilleurs albums. Incidemment, Robert Jan Stips était pour cet album de retour au sein du groupe. Difficile donc de ne pas en inférer les relations empiriques suivantes :

(Nits avec Stips --> rythmé --> formidable)

(Nits sans Stips --> rêveur --> juste pas mal)

C'est certes une vision simpliste des choses. Les crédits d'écriture des premiers albums des Nits ou les albums solo de Henk Hofstede prouvent amplement que Stips est loin d'être le seul talent du groupe, d'autant que Supersister (le premier groupe de Stips) n'est pas loin d'être inécoutable. Pourtant, comme ces relations simples collent étonnamment bien aux impressions que me laissent les albums, je ne les avais jamais vraiment remises en cause. C'est donc avec une stupéfaction teintée d'un curieux sentiment de trahison que j'ai lu il y a quelques semaines les premières chroniques du nouvel album du groupe, Les Nuits. En effet, bien que Robert-Jan Stips ait participé activement à son écriture et à son enregistrement, on le comparait souvent à Alankomaat et Wool. Tout mon cadre de référence s'effondrait dans un grand fracas d'illusions perdues.

Heureusement, deux écoutes seulement allaient suffire pour me rassurer. Certes, Les Nuits est un album beaucoup plus calme et contemplatif que 1974 et rappelle beaucoup Wool par son atmosphère mais, cette nuance est d'importance, les chansons y sont dans l'ensemble bien plus intéressantes. Là où la plupart des chansons de Wool me semblaient curieusement unidimensionnelles, les chansons de Les Nuits semblent baigner dans un halo de mystère et révéler des faces cachées à chaque nouvelle écoute... comme The Eiffel Tower par exemple, un morceau à la fois si beau et si biscornu qu'il serait parfaitement à sa place sur l'album Tilt de Scott Walker. Henk y chante d'une voix plaintive sur un tapis de cordes dissonantes et quelques notes de guitare acoustique et de piano. Toute la chanson semble errer à la recherche de quelque chose (sans que l'on sache très bien quoi), comme en suspension. Les Nits ne faisant rien comme tout le monde, ils enchaînent directement avec Red Dog, une chanson aux antipodes de la précédente, basée sur ce que l'on pourrait définir comme un riff de fanfare Kusturicien. The Long Song suit et est la plus belle des chansons que les Tindersticks ne pourront plus jamais écrire sans être accusés de plagiat. Les trois morceaux suivants forment apparemment une trilogie consacrée à l'assassinat de Theo Van Gogh (quoique, si on ne le sait pas, ça ne saute pas franchement aux yeux).

Voici déjà la plage 9 et j'attends toujours l'habituelle baisse de qualité de milieu d'album. Ca tombe bien que j'en parle maintenant car c'est justement ici qu'elle arrive, avec The Wind-Up Bird, première chanson à ne pas tout à fait mériter le qualificatif de "splendide". Cela dit, relativisons la déception puisqu'elle rappelle beaucoup l'atmosphère de l'album le plus féérique des Nits (Giant, Normal, Dwarf), ce qui a comme conséquence directe que 90% des albums que j'ai aimés cette année se mutileraient volontiers le copy-control pour l'accueillir en leur sein.

En conclusion, il est étrange d'en venir à souhaiter qu'un disque soit plus court mais Les Nuits passe tellement près de la perfection que j'en viens presque à regretter la présence des deux chansons un peu moins bonnes (The Wind-Up Bird et The Milkman). Cela dit, à l'ère du compact, rien ne m'empêche de programmer les plages 1,2,3,4,5,6,7,8,10 avant lecture et de faire de cette version personnelle mon album de l'année. Je suis tenté.

Au final, il me reste juste à modifier légèrement mes relations causales empiriques :

(Nits avec Stips --> formidable)

(Nits sans Stips --> rêveur --> juste sympa)

Le fracas des illusions perdues n'est finalement pas aussi assourdissant que je l'avais craint.

mardi, mars 29

Henk

Mon premier concert des Nits, en 2003, avait été un véritable enchantement et c'est donc en confiance que j'ai acheté ma place pour le concert solo de Henk Hofstede, leur chanteur, même si son disque solo, Het Draagbare huis, me faisait soupçonner que ce serait un spectacle en néérlandais et que j'allais donc en perdre la moitié. Depuis les débuts des Nits à la fin des années 70, Henk est un peu l'âme du groupe auquel il prête sa voix et ses chansons. Je me disais donc que si ce concert solo pouvait me permettre de retrouver ne serait-ce que 30% de ce que j'ai ressenti en voyant les Nits, ce serait déjà immanquable. De plus, j'aimais l'idée d'aller assister au concert d'un chanteur dont je connais par coeur le timbre de la voix et de n'avoir cependant pas la moindre idée de ce que j'y entendrai.

Je pensais ne pas être le seul à faire ce raisonnement. Pourtant, alors que le concert des Nits avait rassemblé environ 1000 personnes, nous n'étions jeudi qu'une cinquantaine, dont une poignée seulement de francophones. L'AB Club, qui n'est déjà pas bien grand, avait été garni de tables et des chaises, ce qui lui donnait un agréable côté cabaret. Je me demandais néanmoins comment Henk allait réagir face à ce public extrêmement réduit. Sa bonne humeur allait-elle être aussi communicative pour un concert seul en scène devant un auditoire qui me semblait aussi tristement clairsemé ? Avec le recul, cette interrogation semble presque absurde car elle sous-entendait que la joie de jouer qui m'avait émerveillé il y a un an aurait été une façade cynique prête à se fissurer à la moindre contrariété. Or, cette hypothèse tient difficilement la route quand on connaît un peu le groupe et effectivement, bien que seul en scène, Henk est parvenu, pendant deux heures, à recréer cet étrange mélange de poésie décalée et d'humour qui caractérise les Nits tout en interprétant des chansons, le plus souvent splendides.

Sur scène, on peut apercevoir un piano à queue, deux guitares et un synthé. J'ai donc un instant pensé que le concert ne serait peut-être pas si solo que ça. Pourtant, à 20h15, il est bien seul à monter sur scène. Il commence par allumer un petit combi CD-radio (de ceux que l'on peut recevoir comme cadeau pour son douzième anniversaire). S'en échappe alors ce qui sonne comme des chants folkloriques d'origine indistincte qu'il accompagne à la guitare pendant une vingtaine de secondes avant de tout arrêter net. Entrée en matière déconcertante pour un concert qui va rapidement retrouver un déroulement plus conventionnel lorsque Henk s'installe au piano, chausse ses lunettes à grosse monture et entame un morceau piano+voix. Ce sera d'ailleurs le format d'une bonne moitié du concert et il y fait preuve d'une assurance face au clavier que je ne soupçonnais pas (j'ai pensé à William Sheller). J'avais toujours cru que Robert Jan Stips était seul responsable des claviers chez les Nits. Apparemment non. Pour certains morceaux, il passe à la guitare sèche ou (sur deux titres) électrique. La setlist alterne entre chansons des Nits et chansons en néérlandais. Ces dernières sont pour la plupart tirées de son album et ont réussi à me faire apprécier la beauté des consonances gutturales du néérlandais, une langue dont Camus disait pourtant qu'elle n'était pas 'civilisée'. Ce concert m'a en outre permis de prendre conscience que deux des albums des Nits que j'aime le moins (dA dA dA et Alankomaat) contiennent des morceaux qui n'ont pas à rougir d'être présentés à côté des autres. J'eus notamment la surprise de voir que Mourir avant quinze ans, une chanson dont je ne pensais pas grand-chose jusqu'ici, pouvait me mettre au bord des larmes.

Si le concert n'avait été qu'un simple récital, il serait déjà superbe, mais il fut plus que ça, grâce d'abord à la bonne humeur communicative de Henk (ses 'Dank u wel' sont particulièrement réussis) et à la relation de complicité qu'il est capable d'instaurer avec le public, par exemple en introduisant chaque chanson par un petit texte humoristique qui apportait une vraie valeur ajoutée (même si je n'y ai pas compris grand-chose*) ou en demandant, pour Val, à un spectateur de monter sur scène pour présenter au public quelques pancartes sur lesquelles il avait écrit des mots que le public devait reprendre en choeur 'Invik en Olle....Pori en Svante', un peu à la manière du clip de Bob Dylan (ou d'Alain Chamfort).

Un autre point fort fut les mini-projections (dont on peut voir quelques extraits ici). qui occupaient le fond de la salle sur quatre petits écrans. Le sommet de l'interaction image-son sera atteint avec Inkman, une chanson dans laquelle une fillette (sa fille sans doute) apparaît sur l'écran de droite et répond aux phrases chantées sur scène. Dit comme cela, ça n'a l'air de rien mais le concert m'avait mis dans un tel état de réceptivité que j'ai trouvé ce moment quasiment bouleversant.

Le meilleur moment du concert fut sans doute cet improbable pastiche où, sur des beats dance particulièrement retors, il assène quelques phrases d'un manuel de conversation suédois en se contorsionnant comme un quarantenaire qui essaye désespérément avoir l'air jeune dans un club techno. Cinq minutes de délire absurde tout à fait jubilatoire(on n'est pas très loin de La Cantatrice Chauve).

J'arrête là ma description du concert. J'aime bien l'idée que ces comptes-rendus puissent un jour me servir de "Madeleine de Proust" et faire renaître en moi les sensations et l'enthousiasme qui fut le mien durant cette soirée, j'ai donc multiplié les détails qui n'on sans doute qu'un intérêt limité pour vous qui lisez ceci sans avoir vu le concert. J'en suis désolé. En revanche, je peux vous dire que j'ai effectué tout le trajet du retour vers Liège en ayant l'impression de flotter, dans un état de douce euphorie. Comprenez que l'envie de pouvoir revivre ces moments soit tentante.

SETLIST incomplète et dans le désordre pour deux heures de concert (de 20h15 à 22h45 avec un entracte d'une bonne vingtaine de minutes au milieu)

Des chansons des Nits :
- Day and the night (dA dA dA)
- Mourir avant quinze ans (dA dA dA)
- Three Sisters (Alankomaat)
- Night OWl (Giant Normal Dwarf)
- J.O.S Days (sur des paroles en néérlandais qui ne me semblaient pas être une simple traduction)
- Hollandse bergen (traduction en néérlandais de In the Dutch Mountains, où le public avait du mal à comprendre qu'il devait reprendre le 'Bergen')
- Adieu Sweet Bahnhof (Adieu Sweet Bahnhof)
- Two Skaters (In the Dutch Mountains)
- Shadow of doubt (Omsk)
- Cars and cars (Ting) (sur la demande d'un membre du public mais il ne connaissait visiblement pas la partition pour piano en général réservée à Robert Jan Stips, et la tentative fut vite avortée)

Une petite dizaine de chansons en néérlandais. Connaissant mal son album solo, j'ai seulement reconnu à coup sûr :
- Inktman
- Val
- Het Hele en het Lava
- Spiegel

Des reprises de Leonard Cohen :
- Who by fire?
- Famous Blue Raincoat

Une reprise de Imagine de John Lennon (en dernier rappel parce qu'il ne savait vraiment plus quoi jouer)

*Sa seule intervention en anglais fut pour demander aux non-néerlandophones de lever la main et leur proposer de venir dans sa loge après le concert pour demander des explications, ce que je ne fis pas.

dimanche, décembre 21

Nits, Ancienne Belgique, Bruxelles, Décembre 2003

Que faut-il pour vivre un bon concert pop-rock ?
- De la curiosité d'abord. L'envie de voir le groupe interagir sur scène, de le voir (re)créer sa musique. Par certains points, pour moi voir un groupe sur scène, c'est regarder les bonus sur un DVD. J'ai tendance à considérer le disque comme le produit ultime, et le concert est l'occasion de voir les créateurs du disque d'un peu plus près. Je ne considère pas, comme certains, que le concert est le lieu où un groupe se révèle réellement. Cela reste pour moi l'apanage du disque.
- Des bonnes chansons ensuite et de préférence des chansons que je connais bien. J'apprécie toujours plus un concert lorsque je me sens en terrain familier. Et si on peut chantonner en choeur, c'est encore mieux.
- Du spectacle ensuite, de quoi occuper les yeux. Lumières, projections, décors tout d'abord. Le groupe lui-même ensuite. Leur manière de chanter, de bouger, de se déplacer sur scène, etc...
- Une interaction avec le groupe enfin, si possible sincère et spontanée, ou en tout cas qui donne l'impression au public de partager quelque chose avec les musiciens.

Ce soir-là, les quatre conditions furent remplies, d'où un concert quasi-parfait.

Etais-je curieux de les voir ? Certainement. Les Nits étaient l'un des derniers groupes réellement importants dans mon éducation musicale et que je n'avais jamais vus en concert (avec les Cocteau Twins et Brian Eno peut-être). J'attendais donc beaucoup de ce concert et, miracle !, pour une fois, mes attentes les plus déraisonnables ont été rencontrées. J'ai enfin vu Henk Hofstede chanter (on ne dira jamais assez de bien de sa voix), Robert Jan Stips jouer les enluminures de Nescio ou Rob Kloet habiller Fire in my head de quelques coups de cymbales. Le public était assez âgé et plutôt BCBG comme on pouvait s'y attendre, avec notamment à mes côtés toute une famille francophone pour laquelle les Nits semblent être une institution (des enfants de 10 ans semblaient connaître toutes les chansons par coeur).

Pour ce qui est des chansons, pas de soucis, les Nits sont des maîtres. Ils sont devenus depuis longtemps pour moi synonymes de 'chansons pop parfaites' (registered trademark), qu'ils produisent à la chaîne, sans effort apparent : mélodies imparables, richesses des arrangements et de l'instrumentation, incroyable diversité de styles, de sons et d'ambiances. Il me semble que les Nits sont, d'assez loin (avec Radiohead serais-je tenté de dire), le groupe musicalement le plus doué que je connaisse. Qu'ils n'aient jamais dépassé le stade de groupe culte restera toujours pour moi un impénétrable mystère.

Ils sont rares les concerts où toutes les chansons sont immédiatement reconnaissables, où presque chaque intro est l'occasion d'arborer un sourire un peu plus large. Ce fut le cas ce soir-là. De Nescio à Fire in my head, de A Touch of Henry Moore à Adieu Sweet Bahnhof, de Woman Cactus à In The Dutch Mountains. Plus incroyable encore, ce fut aussi le cas des nouvelles chansons, alors que je n'avais pourtant écouté que 4 ou 5 fois l'album avant le concert, preuve s'il en est que, avec 1974, les Nits se sont remis à composer des chansons tellement évidentes qu'elles sont immédiatement reconnaissables (Wool n'est pas un mauvais album mais il lui manque le côté festif que j'associe spontanément aux Nits). Que malgré cela je puisse encore regretter l'absence de certaines chansons (un seul extrait de Ting fut joué notamment) témoigne de la richesse de leur répertoire, richesse que même un concert de 2h10 ne peut épuiser.

Ils étaient quatre sur scène. Au centre, Henk Hofstede, le chanteur, très chic, costume beige. A gauche, Robert Jan Stips, derrière ses claviers, avec un look un peu Deschiens : pantalon rouge avec une curieuse floche sur le côté, chaussures rouges (mais pas exactement le même rouge, ce serait trop simple), tee-shirt gris. A droite, Rob Kloet caché derrière ses percus. Soit le noyau dur des Nits enfin reconstitué avec le retour après un peu moins de 10 ans d'absence de Stips. Au fond, la petite nouvelle, Laetitia Von Krieken (ou était-ce Arwen Linnemann, comme écrit sur mes notes, je suis perplexe) : claviers, métallophones, choeurs,...

Le décor était assez simple. Des lampes de chevet blanches posées à même le sol, par petits tas de 2 à 5 s'allumaient et s'éteignaient en rythme. Le fond de la scène était occupé par une vingtaine de petits écrans rectangulaires blancs. Sur chacun de ses écrans, une image différente formant pour chaque chanson une mosaïque symbolisant la chanson en train d'être jouée : des bicyclettes pour Bike in head, des poissons pour Aquarium, des timbres pour In the Dutch Mountains, des scouts pour JOS days, etc..

Il y a un côté ludique dans la manière dont les Nits envisagent la scène. Robert Jan Stips refusant par exemple de laisser les mountains céder la place aux buildings à la fin de In the Dutch Mountains (comprenne qui pourra), les jeux d'échos entre musiciens ou l'utilisation de reniflements dans certaines chansons pour donner quelques exemples. J'ai ri à plusieurs reprises. Il y eut aussi des moments de suspension poétique qui laissent pantois, notamment (et c'est un vrai spoiler), une pluie de petits cailloux improvisant un solo de percussions à la fin d'une des chansons.

Le plus frappant est sans doute leur joie de jouer. Ils sourient, se lancent des regards en coin, et se marrent en permanence. Henk Hofstede et Robert Jan Stips 'surbougent', jouent aux rock-stars. HH parvient même, dans son enthousiasme, à casser deux cordes de sa guitare acoustique en quinze secondes. La complicité qui les unit est évidente et le fait que la seule chanson que Stips chante pour son retour sur scène avec le groupe s'appelle Welcome back n'est sans doute pas un hasard.

Henk Hofstede interagit souvent avec le public, en français, en anglais et en néérlandais. Au début, au fait des arcanes de la politique belge, il tentera de tout dire en français et en néérlandais, avec quelques mots d'anglais par-dessus. Malheureusement, le public flamand était nombreux et il se lancera dans quelques longs discours en néérlandais auxquels je n'ai pas compris grand-chose. Surnagent donc quelques petites phrases surréalistes : "Wilfried Martens a une tête de porc", "un lapin du Nord est venu manger mon herbe verte", et une communauté des USA qui avait tellement renoncé au confort moderne "qu'elle ne connaissait même pas Justin Timberlake").

Tous ces éléments ont fait de ce concert une véritable expérience de communion entre le public et le groupe. Aussi cliché que cela puisse paraître depuis que des images de concert de Patrick Bruel sont venus nous polluer l'esprit, il y a peu de choses plus grisantes pour des spectateurs que de chanter en choeur une chanson tandis que le groupe regarde. Ca ne m'est pas arrivé souvent. 'Adieu Sweet Bahnhof' ce soir, et 'The living daylights' il y a un an sont les seuls exemples qui me viennent à l'esprit. Certes, les rappels étaient tous prévus et donc sans doute n'avons-nous rien vécu d'unique, mais tout le talent du groupe est de nous l'avoir fait croire.

Etait-ce le plus beau concert de ma vie ? Peut-être. Je ne suis en tout cas jamais sorti d'une salle à ce point euphorique. Pour couronner le tout, mon train est arrivé en retard juste ce qu'il faut pour que je puisse l'attraper. Seul petit point noir, j'étais fauché et n'ai donc pas pu m'acheter un joli tee-shirt '1974'. Ceci dit, ils reviennent faire des concerts en Belgique en 2004 et ça me donnera une formidable excuse pour retourner les voir.

Setlist :
Boy in a tree
The train
Bike in head
The dream
Aquarium
Sketches of Spain
The House
Doppelganger
Savoy
Nescio
A Touch of Henry Moore
Espresso Girl
The Infinite Shoeblack
Fire in my head
Eifersucht
The Bauhaus Chair
Welcome back
Rumspringa
In the Dutch Mountains
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Sugar River
Woman Cactus
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Rappel acoustique d'abord (guitare, poisson et duo d'accordéons) :
Adieu Sweet Bahnhof
Crime and Punishment
puis
Home before dark
J.O.S days
Giant Normal Dwarf