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samedi, juillet 8

Pet Shop Boys - Hotspot (II)

(lire le début de la chronique ici)

6) I Don’t Wanna (6)

Une chanson sur un homme qui préfère rester chez lui plutôt que d’aller danser en boîte. Cela devrait a priori me parler mais en fait, non. Si on excepte un riff démoniaque de synthé durant le refrain, truffé d’intervalles tellement biscornus qu’il en est rigoureusement inchantable, on n’a pas ici grand-chose à se mettre dans l’oreille. Comme souvent, le fait qu’il s’agit d’une des plus mauvaises chansons de l’album découle de manière limpide de leur décision d'en faire un des singles de l'album. J’aime bien la citation de Snap! cela dit, on ne cite pas assez Snap! dans les années 2020.

 

7) Monkey Business (6)

En quarante ans de carrière, les Pet Shop Boys ont développé un art de la face B que bien d’autres artistes pourraient leur envier, leurs faces B étant souvent au moins aussi intéressantes que les singles qu’elles accompagnaient. Monkey Business sonne en plein comme une face B, mais malheureusement comme leurs faces B les moins intéressantes, celles de la fin des années 90/début des années 2000, où un vague riff, un motif de synthé pince-sans-rire est étiré sur trois ou quatre minutes « for the lolz ». Si on ajoute par ailleurs qu’une règle non-écrite veut que les Pet Shop Boys n’utilisent des chœurs féminins que sur leurs plus mauvaises chansons, quand ils essayent de faire de la haousse musique (cfr Before), on comprendra que cette chanson (un single aussi, ce qui est somme toute assez logique) ne fait pas partie de la veine des Pet Shop Boys que je préfère. La chanson menace de décoller légèrement à deux ou trois reprises (quand Neil énumère des alcools par exemple) mais le soufflé retombe assez vite. C’est d’autant plus frustrant que je sens confusément en arrière-plan une chanson intéressante tentant de s’extraire de sa gangue disco-house.

 

8) Only The Dark (5)

Et ceci, mesdames et messieurs, est le moment où l’album tombe dans la mièvrerie et la guimauve. Paroles ineptes, mélodie anémique, rythmique irritante. Ce faux-pas est d’autant moins pardonnable que la chanson est construite comme un assemblage de fragments extraits de morceaux qui sont tous sensiblement meilleurs. Il y a d’abord un petit côté Richard Sanderson au tout début, que je ne m’explique pas bien, puis, sans doute pour éviter des procès pour plagiat, la chanson verse dans l’auto-parodie. Quelque chose dans l’atmosphère générale du morceau me rappelle en effet Luna Park mais, surtout, on retrouve dans le refrain des auto-citations assez grossières de Miracles (deux titres que j’ai incidemment déjà mentionnés auparavant dans cette chronique, signe qu’ils m’obsèdent ou qu’ils ont trotté dans un coin de la tête de Neil et de Chris lors de l’écriture de cet album). Avec de telles références, on aurait pu logiquement s’attendre à mieux que ce gros loukoum dégoulinant... Et là, mes rares lecteurs de se demander si je voue vraiment un culte à Richard Sanderson. Il faut savoir cultiver ses zones d'ombre !

 

9) Burning The Heather (8)

Ce morceau renoue avec une des veines de leur répertoire que je préfère, celle où ils flirtent avec l’acoustique. Johnny Marr ayant sans doute envoyé un mot d’excuse dûment signé par son médecin traitant, c’est Bernard Butler qui vient ici gratouiller sa guitare en fond sonore. On trouve également de-ci de-là un solo de trompette (possiblement synthétique), de la guitare wah-wah et des clochettes. Que demander de plus (comme le disait John Peel) ? Je pense qu’il s’agit de la chanson la plus champêtre qu’ils aient jamais écrite : une ode à l’errance campagnarde, entre bruyère et chiens de berger. Pour un peu, on pourrait se croire dans une chanson traditionnelle irlandaise, jusqu’à la possibilité finale d’une sédentarisation apaisée. La manière dont la chanson se termine abruptement sur un couplet me plaît bien aussi, c’est plutôt rare dans leur catalogue…. mais je déduis un demi-point pour les fautes de grammaire : "If you’ve enough room" (non mais quelle horreur !). On pourrait aussi légitimement se demander si la chanson n’est pas un chouïa trop longue. 5 minutes 20, c’est tout de même un peu beaucoup. Il eût sans doute été judicieux de supprimer un des cinq couplets.

 

10) Wedding in Berlin (2)

Le tropisme berlinois de cet album trouve ici son “apothéose” avec une chanson résolument navrante et éhontément consternante.  De la techno de bas étage, que même Lagaf’ n’aurait pas voulu trouver dans son lavabo (ou dans son bidet), entrecoupée de citations très premier degré de la Marche Nuptiale de Mendelssohn, le tout sur des paroles répétitives et absolument dénuées de toute signification. Un des nadirs de leur carrière, à n’en pas douter, et peut-être une des raisons pour lesquelles cet album fut si mal accueilli par une frange importante de leurs fans.

 

 

Tous comptes faits, j’en arrive à un score moyen de 6,5/10 pour l’album, ce qui est effectivement un peu moins que pour Electric et nettement moins que pour Super. Réduire l’album à ce score global ne serait cependant pas lui rendre tout à fait justice. Hotspot présente en effet également des aspects assez réjouissants, qui augurent de bonnes surprises futures. On y trouve par exemple des textes plus complexes et élaborés que ceux dont Neil s’était contenté depuis une bonne dizaine d’années. Il y renoue, souvent avec un certain bonheur, avec la narration. Une bonne moitié des chansons racontent des histoires tenues, dans lesquelles il est possible de se projeter (paroles narratives dont Being Boring constitue évidemment l’exemple-type). Par ailleurs, l’album est plutôt bien produit, grâce une nouvelle fois à Stuart Price qui signe ici le dernier volet de la trilogie d’albums qu’il avait prévu d’enregistrer avec le groupe, même s'il faut parfois mettre le casque pour profiter pleinement de tous ces détails qui enrichissent le son de l’album. Pas un chef-d'œuvre donc mais pas la bouse annoncée non plus, juste un album moyen qui vient marquer la fin d’une époque et la possibilité d’un renouveau.

Pet Shop Boys - Hotspot (I)

 Un célèbre slogan, auquel je souscris pleinement, résonne comme un vibrant appel aux armes : “Procrastinateurs de tous les pays, unissez-vous demain ! ». Et c’est donc avec trois bonnes années de retard, alors que l’enregistrement d’un nouvel opus a déjà débuté, qu’arrive ma chronique du dernier album des Pet Shop Boys. Par son caractère tardif, elle acquiert un statut un peu paradoxal. En effet, Hotspot a été assez fraîchement reçu par de nombreux fans. On a vu des fans de 30 ans qualifier cet album de "bouse" ou de "sombre merde" (si ! si ! ne niez pas, j’ai les noms !). Mes deux ou trois premières écoutes à l’époque de la sortie de l’album (début 2020 quand même) m’avait laissé un sentiment mitigé, sans que cela ait en soi la moindre signification. J’ai en effet une fâcheuse tendance à ne me faire une opinion tranchée sur un album qu’après cinq ou six écoutes. Je suis donc tenu ici de prendre position dans un débat qui est pour beaucoup déjà tranché. Cela influencera-t-il mon jugement d’une manière ou d’une autre ? Succomberai-je au plaisir de hurler avec la meute ou voudrai-je faire valoir ma farouche indépendance ? Honnêtement, je n’en sais rien. Découvrons-le ensemble. Le suspense est insoutenable.


1) Will-O-The-Wisp  (8)

Ça part plutôt bien, avec ce que Popjustice aurait appelé un « banger ». A du 120 bpm, Neil évoque l’apparition fugace dans un train du métro berlinois, imaginaire ou réelle je n’en sais rien, d’un ancien ami/amant qui, dans sa jeunesse était un « feu follet », sans attache, imprévisible et dont il se demande s’il s’est rangé, s’il a maintenant une femme, un boulot dans l’administration locale et un bail de location longue durée pour son appartement cinq pièces. Musicalement, cela ne révolutionne rien, mais la chanson passe avec bonheur de l’euphorie que lui inspirent ces réminiscences du passé (le refrain) et la nostalgie que provoque nécessairement ce recul de plusieurs (dizaines de ?) années (voir le passage parlé du deuxième couplet…. quand Neil parle dans une chanson, j’ai toujours envie de sortir les mouchoirs, au cas où). Un début prometteur.


2) You Are The One (7,5)

Sur Nightlife, on trouvait The Only One, une chanson où Neil jouait l’amant transi voulant être rassuré (“Am I the only one?”). Ma première écoute de ce morceau m’avait donné l’impression que ce morceau en était la suite désenchantée. J’avais en effet compris que le refrain disait ”You Are The One, I Was The One”, formule lapidaire dont j’appréciais la concision et l’expressivité. Las, les paroles données sur le site officiel sont "You are the one I want, the one", ce qui est d’une coupable platitude, que les pépiements d’oiseaux qui ouvrent le morceau ne font que souligner. Ici aussi, les paroles évoquent l’Allemagne et les après-midis passés au bord d’un lac avant d’aller au cinéma. Point bonus pour avoir placé dans les paroles : « chittering and chattering » et « spluttering and splattering » mais on est plus proche dans l’esprit de l’euphorie de l’amour naissant évoqué dans Miracles que du regard en arrière nostalgique sur un amour déçu que ma première écoute m’avait laissé entrevoir. Les bruits d’ailes après « taking flight » et les quelques notes de piano sont plutôt classieuses cela dit. Il s’agit d’un morceau qui sonne bien et qui court sans doute moins le risque de se démoder que Will-O-The-Wisp.

 

3) Happy People (7)

Je suis convaincu que la basse de cette chanson est pompée sur un de leurs anciens morceaux, dont je ne retombe pas sur le titre. En tout cas, le riff au piano du début m’évoque tout ce que j’ai détesté dans la dance-pop des années 90. D’un point de vue sonore, ce n’est donc a priori pas trop une chanson pour moi, ce qui est dommage parce que Neil y renoue avec la narration parlée qui lui réussit en général si bien, et les paroles des couplets sont peut-être bien ce qu’il a écrit de plus évocateur depuis dix ans. "A blues would be in B flat / Pain defining wisdom / But the soul is in the high hat / Programmed in the system". Je ne dirai pas que le sens est limpide mais c’est plus écrit que d’habitude, plus prétentieux aussi, ce qui n’est jamais une mauvaise chose avec eux.  Dommage que le refrain soit musicalement si pauvre, d’autant que la phrase "Happy people, living in a sad world" méritait un emballage mélodique un peu plus chiadé. Les cloches samplées en fin de morceau sont assez jolies aussi, même si la symbolique m’échappe, peut-être sont-elles simplement un avant-goût de Wedding in Berlin, qui clôture l’album.

 

4) Dreamland (7)

Le hit-single de l’album, dans le sens qu’il s’agit sans aucun doute du morceau qui a le plus tourné en radio (si tant est que dire cela ait encore une signification en 2020), sans doute à cause d’Olly Alexander, qui l’a co-écrite et y donne la réplique à Neil Tennant. C’est aussi une des rares chansons de l’album qui fut reprise lors de la tournée en cours. J’ai donc déjà eu le temps de m’en lasser un peu, d’autant que l’écoute au casque confirme qu’elle est beaucoup plus rudimentairement produite que les trois premières chansons de l’album. C’est de la pop song basique, sans fioritures, pensée pour rentrer en tête le plus rapidement possible. Les paroles évoquent clairement le besoin de s’évader de la réalité pour se réfugier dans le monde des songes où tout est plus beau, moins déprimant. Je ne sais plus pourquoi, à l’époque, j’y avais vu une parabole du Brexit et du syndrome de la « Little England » qui en est une des causes. Rien dans les paroles ne l’évoque directement, sans doute avais-je été influencé par le contexte politique de l’époque. C’est parfaitement plaisant et le contraste entre les manières de chanter de Neil et Olly est amusant à entendre, mais le propos et la mélodie sont un peu trop minces pour totalement convaincre.

 

5) Hoping For A Miracle (8,5)

Mon tempérament me fait en général préférer les chansons mélancoliques et lentes aux chansons euphoriques et rapides. On est ici en plein dans la veine introspective et sérieuse du groupe, sans doute ma préférée (voir par exemple Luna Park sur Fundamental). Ca faisait longtemps que les paroles d’une de leurs chansons ne m’avait pas semblé atteindre une forme d’universalité, ici les affres de la quarantaine quand les possibilités d’une renaissance, d’un changement de carrière, d’une réussite soudaine s’amenuisent (voire disparaissent) et où seul un miracle, un deus ex machina pourrait nous extraire de la vie que l’on s’est construite, ou qui s’est construite autour de nous,  malgré nous, à notre insu. C’est l’âge où l’on se surprend à rêver tout éveillé à d’autres destinées. 

Il s’agit en tout cas d’une chanson à laquelle une écoute distraite ne rend pas justice. J’en avais un souvenir plutôt négatif, comme un des points faibles de l’album, et en fait non, pas du tout. On y retrouve même une modulation, une forme de complexité harmonique comme ils n’en font plus guère depuis vingt ans. On peut noter que, dans les vingt dernières secondes, on entend au fond du mix quatre phrases prononcées par une voix trafiquée qui passe de l’aigu au grave et dont on ne sait trop si c’est celle de Neil ou de Chris (ou un mélange des deux).


(la suite ici)

mardi, septembre 20

Pet Shop Boys - Super (IV)

(lire la chronique depuis le début)

11. Burn (3m53s) - 10/10

Nous arrivons ici au point de cette chronique où je dois humblement avouer que je vous raconte, consciemment ou inconsciemment, n'importe quoi depuis trois pages. Je vous ai dit que c'est en utilisant son registre grave que Neil parvenait encore à me toucher et bien ici, il chante dans son registre le plus haut et c'est formidable. Je vous ai aussi dit que l'album n'était jamais aussi bon que quand il s'éloignait des canons de la dance formatée pour les clubs, faisait passer le beat en arrière-plan et osait jouer sur la subtilité et les mélodies ciselées pop, et bien ici, on est en plein dans le cœur de cible dance pour voitures décapotables et trance pouèt-pouèt de la seconde moitié des années 90 et c'est formidable.

Pourquoi ? Je n'en sais rien. Tout ce que je peux vous dire est que je pourrais passer des heures à chanter 'We're gonna burn this disco down before the morning comes' et à sentir le coup de timbale qui suit me traverser le corps dans un "eargasm" sans cesse renouvelé.

C'est cela aussi se coltiner à des œuvres: accepter de ne pas comprendre ce qui fait qu'elles nous parlent ou pas et admettre les contradictions qu'elles révèlent en nous. Je suis complètement sans défense face à l'euphorie tribale que génère ce morceau. C'est ainsi. Il faut l'accepter. Malgré tous les efforts de mon surmoi hypertrophié, mes plus bas instincts ont besoin parfois de trouver leur exutoire. C'est (comme) ça.

Il faudra d'ailleurs que je vous cause un jour de ma nouvelle manière de me dandiner sur ma chaise. Depuis quelques semaines, quand j'écoute un disque et que le démon de la danse me tenaille, mes bras sont devenus mobiles : des épaules au poignets, tout se désarticule et bouge dans tous les sens, sans considération aucune pour la symétrie, la bienséance et la dignité.  Ma gestuelle flirte même dangereusement avec le ridicule, à tel point que j'ai dû me résoudre à masquer la caméra de mon portable, de peur qu'un hacker mal intentionné ne me transforme en meme viral.


12. Into Thin Air (4m17s) - 9/10

Après cette incroyable célébration de l'instant présent, de l'oubli qu'il est possible de trouver dans l'ici et le maintenant, de la capacité de la musique de nous soustraire pour un temps au monde qui nous entoure, le caractère désespérant de ce dernier se rappelle à nous dans ce dernier morceau où Neil chante son envie de s'évanouir dans l'air et de disparaître. Je retrouve dans ce morceau la veine gentiment expérimentale (disons aventureuse plutôt, vu que le terme expérimental, employé à tort et à travers depuis  un demi-siècle, ne veut plus dire grand chose dans un contexte musical) que peut parfois prendre la musique des Pet Shop Boys (de The Sound of The Atom Splitting à Boy Strange en passant par Legacy). Après une introduction aux confins de le drum'n'bass, Neil chante une mélodie désespérée, rêvant d'un ailleurs indéfinissable. A 2m43s survient le deuxième instant de grâce de l'album, 23 secondes de pur bonheur auditif que je serais bien en peine de vous décrire (z'avez qu'à écouter aussi, bande de feignasses si vous voulez savoir à quoi ça ressemble). La chanson se termine par un ralentissement progressif de la pulsation, comme si les vœux exprimés dans les paroles étaient sur le point d'être exaucés. Tout cela pourrait sembler morbide mais en fait non, cette chanson sur l'envie d'en finir est étrangement euphorisante.


Tout comme cet album qui représente pour moi une vraie bonne surprise. Ce groupe que j'avais cru perdre il y a trois ans, je le retrouve si pas totalement au sommet de son art (Super n'est pas Behaviour ou Fundamental) en tout cas en bien meilleure forme que je ne l'avais craint, avec un moyenne arithmétique de 7,7/10 sur l'ensemble des douze morceaux.

Neil Tennant, Chris Lowe et Stuart Price, s'ils continuent à exploiter le filon dance qui leur avait si bien réussi (commercialement parlant) avec Electric, ne s'enferment pas pour autant dans un carcan. Des chansons comme The Dictator Decides, Sad Robot et Into Thin Air montrent que leur volonté de défricher et de surprendre reste intacte. Mieux, quand ils décident d'utiliser les outils de la dance music, ils le font le plus souvent avec une certaine subtilité, en ne mettant pas la pulsation trop en avant et en n'abusant pas des sonorités typiquement trance, euro-dance tellement familières des amateurs du genre qu'elles en deviennent la roue de secours des DJs en manque d'inspiration

Aujourd'hui, je retrouve donc avec joie mon deuxième groupe préféré du monde. Je ne suis pas sûr si c'est parce qu'ils se sont à nouveau ralliés à mon (bon) goût inamovible et indiscutable ou si c'est moi qui, supportant mal l'instance de séparation qu'avait représenté le précédent album, me suis inconsciemment réconcilié avec le genre de musique qu'ils ont envie de produire en ce moment. Sans doute un peu des deux. Super me paraît indéniablement moins rentre-dedans et plus varié qu'Electric mais il est sans doute vrai aussi que j'aurais moins facilement excusé une chanson comme Say It To Me il y a cinq ans.

Pour paraphraser une prière très populaire aux Etats-Unis : "We need to accept the things we cannot change, the courage to change the things we can, and the wisdom to know the difference." Comme Neil et Chris se foutent allègrement de ce que je pense, il fallait bien que je fasse le premier pas. Je l'ai donc fait. Ma grandeur d'âme est admirable !


Pet Shop Boys - Super (III)

(lire la chronique depuis le début)

7. Inner Sanctum (4m18s) - 8/10

C'est avec ce morceau que le groupe avait annoncé la sortie de Super, tout comme Axis avait annoncé celle du précédent album Electric. Il s'agit d'un morceau quasiment instrumental qui annonce bien le thème général de l'album : les joies du clubbing (les rares paroles sont d'ailleurs essentiellement un prolongement de celles de Groovy). Ce qui me plaît dans ce morceau est que durant les trois premières minutes, bien qu'il s'agit indéniablement d'un morceau orienté dance-floor, la pulsation en est absente ou à tout le moins très en retrait dans le mix. J'aime bien quand la dance music se fait ainsi plus subtile, et laisse l'auditeur libre d'interpréter les stimuli auditifs et d'élaborer à sa guise les mouvements de son corps que ces stimulis lui inspirent. Chacun peut bouger sur Inner Sanctum à sa manière (voire ne pas bouger du tout, la bonne musique dance est celle qui peut aussi simplement s'écouter). La seconde moitié du morceau délaisse un peu ces contrées minimales pour une construction trance plus classique (on n'est plus très loin de Paul Oakenfold et consorts à partir de 2m23s) mais cela ne dure pas longtemps et se trouve en partie justifié par le contraste avec ce qui précède.

8. Undertow (4m15s) - 8/10

Je ne suis pas sûr de pouvoir expliquer pourquoi mais ce morceau sonne pour moi extrêmement rétro. J'ai l'impression qu'il aurait pu se trouver sur Please, le premier album du groupe en 1986. La manière dont couplet et refrain se répondent, les intonations de Neil, tout me ramène à la genèse du groupe, à une époque où ils relevaient exclusivement de la pure pop et, effectivement, Undertow est sans doute la chanson de l'album la plus éloignée des dance-floors

Peut-être est-ce aussi en partie dû au fait que thématiquement, cette chanson vient enrichir le propos de morceaux anciens comme Love Comes Quickly (l'amour débarque sans prévenir et finit toujours par vous atteindre) et Love Is A Catastrophe (l'amour fait et finit mal) en y ajoutant une nuance de danger (l'amour est un courant marin qui vous emporte malgré vous vers le large, loin du confort et de la rive et risque si vous n'y prenez garde de vous entraîner au fond de l'océan). La discographie du groupe contient ainsi quelques groupes de chansons qui, sur trente ans, se répondent et se complètent (cfr aussi ce que j'appelle leur veine autobiographique : Opportunities, To Step Aside, Shameless, Samurai In Autumn, Invisible,....). C'est entre autres choses ce qui fait la richesse et assure la cohérence de leur oeuvre et m'autorise à penser que, contrairement à beaucoup d'autres groupes pop, les Pet Shop Boys font oeuvre d'auteurs.

9. Sad Robot World (3m18s) - 7/10

Changement d'atmosphère complet. La pulsation ralentit, l'atmosphère se fait ici glaciale, métallique, pleine d'échos et de silence, la description d'un monde de machines et de robots qui n'est pas sans rappeler les premières minutes de Wall-E. J'aime particulièrement la manière dont les mots 'Sad Robot' sont chantés d'une voix claire et aiguë, alors que le 'World' est murmuré d'une voix grave, brouillant la frontière entre "robot triste" et "triste monde robotisé" et transformant ainsi cette description de notre société moderne en le portrait psychologique d'un automate doté de sentiments et souffrant de sa solitude.

Les Pet Shop Boys ont déjà produit sur de tels prémisses sonores des chansons majeures (Luna Park pour ne citer qu'elle). On n'atteint pas ici tout à fait les mêmes sommets, malgré un joli petit intermède instrumental à 2m04s. La mélodie est trop évidente, retombant à la fin de presque chaque phrase sur les notes de tonique et de dominante (ou en tout cas des notes qui n'appellent pas de résolution, je ne vais pas trop m'avancer dans l'analyse) et ne parvenant donc pas à construire un discours sur plusieurs strophes, à générer du mystère. La pesanteur rattrape un peu trop facilement ce qui aurait dû être une chanson en suspension. Quant à la question de savoir pourquoi il me semble évident qu'une chanson sur la robotique devrait être suspendue dans l'éther, je suis sûr qu'elle passionnerait mon éventuel analyste.

10. Say It To Me (3m08s) -  6/10

De toutes les chansons de Super, c'est celle qui me semble retomber le plus dans les facilités du précédent album, avec cet enchaînement sans âme de grosses ficelles dance. A peu près tous les éléments sonores de cette chanson pourraient se retrouver à l'identique sur une compile "Total Ibiza 24 (42 Massive Balearic Bangers)" de 2001. Je n'y retrouve pour ainsi dire rien de l'univers du groupe. Même le texte (sur l'impénétrabilité de l'être aimé, dont les pensées et les sentiments les plus profonds nous restent inaccessibles) est d'une grande platitude. Bon, cela dit, si on accepte de n'y voir qu'un morceau de dance générique, il se situe dans une moyenne honorable, quelque part dans le deuxième cinquième du catalogue de David Guetta, mais y a-t-il là de quoi se réjouir ?

(la suite ici)

Pet Shop Boys - Super (II)

(lire la chronique depuis le début)

3. Twenty-Something (4m21s) - 8/10

Pour autant que je puisse juger des paroles, assez elliptiques, la chanson s'adresse à la deuxième personne aux duogénaires/vingtenaires démarrant leur vie adulte dans une grande ville (comme Londres), que ce soit les jeunes loups de l'économie numérique vivant la grande vie ou ceux qui galèrent dans de petits boulots. Les uns comme les autres doivent trouver leur voie dans un monde où l'individualisme, la superficialité et l'esprit de lucre dominent. Certes, cela n'est pas l'analyse sociologique la plus fine qui soit (le Nouvel Obs a sans doute ficelé en deux jours un dossier sur le même sujet durant l'été 2003) mais il y a une certaine logique à exprimer tout cela par des phrases courtes qui s'enchaînent comme des légendes Instagram.

Musicalement, c'est le premier exemple de construction duale, couplets et refrains composés sur le mode de l'opposition mélodies plates/escarpées, montantes/descendantes, beats insistants/en retrait, rapide/lent,.... (je soupçonne aussi une modulation mais mon oreille musicale n'est pas assez sûre pour que je puisse en jurer). La chanson commence par un riff de synthé dont le caractère bondissant et enjoué frôle la caricature, mélodie autour de laquelle s'enroule le chant de Neil. Suit alors une section où la mélodie se fait plus étale, plus mystérieuse tandis qu'en arrière-plan des voix (sans doute synthétiques) se mêlent dans un enchaînement harmonique ascensionnel qui suscite cette euphorie triste qui caractérise les meilleures chansons du groupe. Le seul reproche que je pourrais faire à cette chanson est le caractère trop insistant de la batterie, qu'ils ont cependant le bon goût de faire totalement disparaître pendant un couplet (à moins que ce ne soit un refrain, différencier couplet et refrain dans ce morceau me semble essentiellement arbitraire)

4. Groovy (3m29s) - 6,5/10

Une des conséquences de la StuartPricisation de la musique des Pet Shop Boys est la multiplication de ces morceaux qui sont plus des intermèdes instrumentaux que des chansons à part entière. Ici, malgré une longueur tout à fait respectable et deux couplets, le morceau n'est clairement qu'une respiration entre deux chansons plus ambitieuses. Neil y recycle la voix volontairement geignarde qu'il utilise depuis The Only One pour se moquer des personnages ridicules ou simplement pénibles qu'il interprète dans ses chansons. Difficile de ne pas voir ici une critique amusée teintée d'admiration contrariée envers ceux (et celles) qui font le spectacle en discothèque, exhibant leurs qualités de danseur et leur charme naturel. "Je suis trop... Regardez-moi... Je suis trop... Regardez-moi... Je suis trop groovy." La chanson fonctionne d'autant mieux qu'elle donne effectivement envie de se dandiner, même aux mélomanes les moins enclins à se laisser cannibaliser le cerveau reptilien par un beat sauvage (voir par exemple le passage à 2m43s).

5. The Dictator Decides (4m50s) - 9,5/10

Cette chanson, clairement la plus ambitieuse de l'album, contient ce que je n'espérais plus vraiment trouver dans un album des Pet Shop Boys : un texte raisonnablement long, qui raconte une histoire (comme l'étaient Being Boring, This Must Be The Place ou My October Symphony par exemple), dans lequel Neil se glisse dans la peau d'un personnage. Il s'agit ici d'un dictateur (sans doute inspiré par "so rone-ry" Kim Jong-Un), lassé de son rôle et appelant de ses vœux une révolution qui lui ôterait l'absolu fardeau de ce pouvoir absolu.

Elle commence par une intro instrumentale de 1m30s. Dans un premier temps, le rythme y est martial. On entend en arrière-plan les clameurs d'une foule enthousiaste et le bruit des machines qui travaillent à l'édification des monuments du pays, à lui redonner grandeur et prestige (on pense un peu à l'intro de Wot! par Captain Sensible). Des notes de synthétiseur viennent ensuite tempérer cet enthousiasme bâtisseur avant que, à 1m08s l'ambiance se fasse soudainement plus insituable : la pulsation disparaît, des mélismes de synthé suspendent l'attention et s'installe une mélodie qui ne sait choisir entre le triste et le gai, le grave et l'aigu. L'auditeur ne sachant plus trop ce qu'il est censé ressentir, Neil peut entrer en scène pour réconcilier ces contraires et exprimer le paradoxe de ce despote épuisé.

Une des grandes qualités de cet album est que Neil y utilise, plus que jamais, son registre grave, honteusement sous-exploité au début de sa carrière et que, malgré la perte de qualité de sa voix dans les aigus depuis quinze ans, il rechignait à utiliser jusqu'à très récemment. Cette voix grave, moins timbrée, moins typiquement PSB, convient parfaitement au sentiment de lassitude qu'elle est censée exprimer. De même, la manière dont la pulsation disparaît à l'improviste (2m42s) avant d'être réintroduite de manière un peu surjouée (à 3m03s, où la symbolique du bruit de rivière, je l'avoue, m'échappe) exprime pour moi parfaitement les accès de découragement et les reprises en main forcées qui s'ensuivent, quand après s'être apitoyé sur son sort, on est bien obligé de s'y remettre.

Enfin, le sommet de l'album est pour moi la séquence finale de 30 secondes, basée sur un sample de voix féminine, qui est dans un premier temps diffusé dans toute sa pureté avant d'être progressivement manipulé électroniquement, donnant l'impression qu'une soudaine envie de pleurer étouffe le chant dans la gorge de la chanteuse. C'est beau à tomber.

6. Pazzo! (2m44s) - 6/10

Ce deuxième intermède essentiellement instrumental est le morceau le plus frustrant de l'album. Il est basé sur une lente montée de la tension, une rythmique dance assez basique se métamorphosant progressivement en une sorte de tourbillon synthétique qui malheureusement retombe trop vite. J'aurais aimé que le morceau dure 2 minutes de plus de plus et pousse plus loin cette logique d'empilement et de foisonnement d'éléments sonores.  En l'état, le morceau me laisse sur ma faim.

(la suite ici)

Pet Shop Boys - Super (I)

Super est le deuxième album d'un triptyque conçu par les Pet Shop Boys en collaboration avec Stuart Price. En 2013, le premier opus, Electric, m'avait laissé un souvenir mitigé. Il sonnait bien mais me paraissait trop orienté dance-floor et manquant de substance dans l'écriture. J'avais même écrit à l'époque que j'appréhendais la sortie de l'album suivant si ces partis-pris devaient se confirmer.

Et bien, trois ans plus tard, nous y sommes. Super est arrivé et, attention spoiler!, je l'aime beaucoup. Neil, Chris et Stuart ont-ils comme par miracle évité tous les pièges que je prévoyais il y a trois ans ou bien est-ce moi qui ai changé et revu mes espérances à la baisse ? A vrai dire, je n'en sais trop rien pour l'instant. Je vous livre juste ma première impression à l'état brut et, comme un névrosé chronique se couchant pour la première fois sur le divan, j'ai le vague espoir que le travail d'analyse que je me prépare à effectuer pour cette chronique me permettra d'y voir plus clair.

Un élément doit me semble-t-il être posé d'emblée. Super et Electric partagent un même thème : la dance-music de la fin des années 80 et du début des années 90, la nostalgie d'une époque où l'expérience collective de la musique dans les rave parties (je précise 'parties' pour ne pas trop émoustiller les fanatiques du céleri qui arriveraient ici après un frénétique Googlage végétalien) unissait les clubbers dans un idéal d'hédonisme optimiste. Comme j'ai souvent eu l'occasion de le dire, je suis passé complètement à côté de ce mouvement, trop occupé à l'époque à écouter Dead Can Dance en arborant un faux air mystérieux. Thématiquement, ce disque ne me parle donc guère plus que le précédent.

Si j'aime cet album, cela doit donc être en dépit de son sujet et donc aussi essentiellement en dépit de ses textes. Alors pourquoi ? Serait-ce la production (la manière en particulier dont les beats sont traités, souvent sous-mixés, voire par moments totalement absents) ? Les mélodies ? L'humour et l'auto-dérision ? Ou bien à cause des deux ou trois chansons qui échappent à ce corset de nostalgie pour la musique du passé et se confrontent au monde actuel ?

Pour ceux qui voudraient se faire leur propre opinion (drôle d'idée vu que vous vous apprêtez à prendre connaissance de l'opinion définitive sur le sujet, mais bon, chacun fait ce qu'il veut), vous pouvez utiliser Youtube ou le lecteur Spotify ci-dessous.




1. Happiness (4m04s) - 7.5/10

Le chemin vers le bonheur est long mais je le suivrai jusqu'au bout. Tel est en substance le propos de ce morceau d'ouverture qui relève clairement de cette veine de chansons aux textes a priori ineptes mais que la musique vient corroborer et amplifier jusqu'à en faire une déclaration d'intention. Dans ce morceau, la musique mène effectivement au bonheur, ou en tout cas à une illusion de bonheur via la répétition des motifs ainsi qu'une production en crescendo qui complexifie les rythmes (voir notamment à 2m24s où derrière une bonne grosse basse dubstep, une note se répète selon un rythme difficilement compatible avec les canons habituels de la dance music) et rajoute couche sonore sur couche sonore jusqu'à obtenir un agréable sentiment de satiété, sans pour autant mener à l'indigestion de rythmes binaires. Par ailleurs, Neil y épelle le titre, un procédé d'écriture dont le groupe est depuis longtemps passé maître (Shopping, Minimal,....).

2. The Pop Kids (3m55s) - 7/10

Ce premier single exprime la substantifique moëlle de l'album, les paroles narrant à la première personne du pluriel les joies du clubbing au début des années 90. On peut y entendre les quatre plus mauvaises rimes de toute la carrière de Neil Tennant : 'I studied history, while you did biology. To you the human body didn't hold any mystery'. A chaque fois que je l'entends, j'ai les intestins qui se contractent, comme si l'opprobre que susciteront ces paroles ineptes chez tous les êtres munis de sensibilité artistique m'était personnellement destiné.

On y trouve aussi l'énième itération de ce qui est devenu un cliché de l'univers thématique des PSB : l'opposition rock-pop. 'We were so sophisticated, telling everyone we knew that rock was overrated', sauf qu'ici cette opposition rock-pop devient essentiellement une opposition rock-dance, un glissement que je ne peux que déplorer. Quitte à me répéter (une fois tous les trois ans, ça reste une fréquence de radotage très acceptable), la pop dans se version la plus pure n'est pas pour moi plus proche de la dance-music que du rock. Musiques rock et dance se retrouvent dans la manière qu'elles ont de s'adresser en premier lieu au corps, que ce soit par l'intermédiaire de la danse, du headbanging, du pogo ou du saut de cabri (toutes pratiques auxquelles je peux m'adonner avec plaisir). La pop au contraire est une musique qui s'adresse en premier lieu au cerveau et principalement aux zones du plaisir auditif immédiat. Un bon morceau pop ne se danse pas, il se chantonne, il reste dans l'oreille et s'incruste dans votre esprit pendant des jours (en ce sens, de nombreux morceaux rock et dance sont par ailleurs aussi des morceaux pop, mais c'est un autre débat). J'aurais donc préféré que le titre de ce single soit The Dance Kids, cela m'aurait semblé mieux coller au propos.

Cela étant dit, la chanson n'est pas sans qualités, avec notamment un troisième couplet en suspension, semi-parlé, qui représente une respiration bienvenue au milieu de ce qui est sans doute un des deux morceaux de l'album dont la production est la plus (sans doute volontairement) datée : chœurs wooh-ah tendance Ibiza-Before, riffs de piano euro-dance circa 94, clochettes rappelant Always on My Mind,....).

(la suite ici)

mercredi, février 17

We Are The Dance Kids

Chroniquer les sorties des Pet Shop Boys, telle est ma croix et je continuerai à la porter pour illuminer le monde. Après Inner Sanctum, un teaser quasi-instrumental qui fleurait bon la deep-house (ou un truc du genre) et qui aurait pu être une honnête face B au début des années 90, voici à présent The Pop Kids, le premier vrai single de l'album, Super, prévu pour le 1er avril. Tout d'abord, le titre est honteusement mensonger. Depuis quelques années, et surtout depuis le dernier album Electric, dont j'ai déjà longuement parlé ici, j'ai la furieuse impression que ce pauvre Neil est devenu incapable de faire la différence entre 'pop music' et 'dance music'. Cette nouvelle chanson n'est en rien une ode à la pop, c'est une ode au clubbing et à la dance-music et les deux représentent deux styles musicaux aux intentions totalement divergentes, voire antagonistes (l'explosion dance des années 90 explique pour moi en grande partie pourquoi ce fut la pire décennie pour la musique pop..... et les années 2010 prennent malheureusement le même chemin). Du coup, il n'y a guère que dans la phrase "We knew that rock was overrated" que je me retrouve un peu car lutter contre l'hégémonie du rock et le sentiment de supériorité de ses fans est sans doute le seul combat qui pouvaient rassembler la pop et la dance de cette époque.

D'un autre côté, il faut au moins reconnaître à la chanson qu'elle est cohérente. Elle se présente dans ces paroles comme une célébration du clubbing et de la dan(s/c)e du début des années 90 et sa construction le reflète bien. Les sonorités utilisées sont identiques à celles que les paroles célèbrent (le riff au piano/synthé à 0m53s est plus 1994 que Friends, The Lion King ou Pulp Fiction). Cela étant dit, la production est effectivement plutôt meilleure, moins envahissante, que sur certaines chansons du précédent album (Love Is A Bourgeois Construct en particulier) mais il semblerait bien que la production ait dans le processus d'écriture des Pet Shop Boys définitivement pris le pas sur les mélodies parce que celles-ci sont ici furieusement absentes. Les parties chantées sont d'une totale insignifiance et le pire est que c'est peut-être volontaire, pour ne pas distraire l'auditeur de la basse et de la pulsation qui sous-tend l'ensemble. La seule mélodie que l'on pourrait à la limite chantonner après une écoute tient sur deux notes (allez, peut-être trois si je suis d'oreille généreuse).

Ce groupe est en train de me filer entre les doigts et cela m'attriste grandement. Je suppose que l'accueil critique délirant et les ventes, plutôt meilleures, de leur dernier album qui s'égarait déjà dans ces contrées rendait la chose quasiment inévitable. Il fut un temps où les Pet Shop Boys concevaient chaque album comme le contre-pied du précédent (de Behaviour à Very, de Very à Bilingual et de Nightlife à Release,....) mais ça c'était avant, c'était le bon temps, de quand ils étaient encore jeunes et fringants.

mercredi, septembre 25

Pet Shop Boys - Electric (III)

8 - Thursday (7/10)

Le type même de la chanson schizophrène, Thursday englobe à la fois le zénith et le nadir de l'album. Les couplets, particulièrement les "Over, Over, Over" répétés ad nauseum sont très pénibles, à la fois par la maladresse de leur composition que par la manière forcée dont Neil les chante. En revanche, les refrains sont très bons, particulièrement l'énumération des jours par Chris (mais bon, depuis Paninaro, toute énumération de Chris est par définition un grand moment).

Cela étant dit, je ne peux m'empêcher de penser que les paroles sont embarrassantes. A 60 ans passés, quand on n'a plus connu une seule semaine de travail lundi-vendredi métro-boulot-dodo depuis presque 25 ans, le week-end n'est plus depuis longtemps synonyme de repos bien mérité. Dès lors, est-il encore bien raisonnable d'écrire une ode aux long weekends romantico-festifs ? Certains diront que romance et esprit de fête sont les sujets pop par exemple et que, quel que soit l'âge de l'interprète, le genre demande ce type de paroles, hédonistes et vides de sens. Peut-être est-ce vrai (l'exemple de ces cinquante dernières années semblerait le confirmer), mais le groupe a suffisamment clamé vouloir représenter "Che Guevara et Debussy to a disco beat" pour que l'on puisse légitimement se sentir trahi par ce "party romance and D. Guetta to a cheap dance beat".

Example, présent ici en featuring, est un artiste insituable, assez peu connu me semble-t-il par ici mais superstar en Angleterre (signe qui ne trompe pas : il a épousé une top-model). Je ne sais trop si je dois voir en lui un producteur de dance, un rappeur ou un chanteur pop. Je ne sais même pas comment il se définirait lui-même. J'avoue apprécier Changed The Way You Kissed Me, très efficace dans le genre pop-dance-hands-in-the-air (un peu comme Titanium de David Guetta.... je n'ai jamais caché mes faiblesses) mais j'ai aussi eu la malchance en juin dernier de zapper sur son concert à Glastonbury, qui faisait peine à voir. Toutes les chansons se ressemblaient et ses efforts, de plus en plus désespérés, pour susciter des réactions de la foule donnaient vraiment l'impression d'un artiste au bout du rouleau, tordant désespérément son petit torchon créatif jusqu'à s'en écorcher les paumes pour en extraire une dernière goutte de succès.

L'annonce de sa participation à l'album m'avait donc un peu inquiété. C'était sans doute un bon moyen de se donner de la visibilité chez "les jeunes", cette tranche du public pop que les PSB n'ont plus touchée depuis au moins quinze ans, mais ne risquaient-ils pas ce faisant de perdre leurs derniers restes de crédibilité ? En fait non, je dois dire que la collaboration fonctionne étonnamment bien, pas tant pour le rap, poussif, que pour la partie chantée qui suit, qui forme un parfait contrepoint au refrain.

 

9 - Vocal (7,5/10)

De toutes les chansons de l'album, c'est de celle-ci que le groupe est le plus fier. Ils l'ont souvent citée comme faisant partie des sommets de leur carrière. Je peux en partie comprendre pourquoi : il s'agit d'une de ces rares chansons dont la construction, le propos et le style sont en parfaite adéquation. La chanson rend hommage au format pop classique, chanté, à l'euphorie temporaire qu'une voix, une mélodie peuvent provoquer lorsqu'on les entend sur une piste de danse, dans une soirée entre amis, ou même simplement dans des écouteurs de son lecteur mp3.

Cette notion d'extase auditive est ici portée par une construction en couches successives, avec des harmonies essentiellement montantes, qui symbolisent la lente montée de l'auditeur vers le nirvana, ces quelques secondes magiques où les meilleures chansons pop parviennent à faire fusionner le plaisir du son, de la mélodie et du rythme, l'air du temps et un sentiment, vague mais indiscutable, que l'instant présent contient des germes d'éternité.

Cette insistance sur la présence de voix (Vocal) exprime sans doute aussi en catimini leurs regrets devant une pop moderne devenue plus générique, moins personnelle, qui se contente d'exprimer des sentiments vagues et génériques et n'est plus l'expression d'individus, parlant avec leur vraie voix (sans vocoder ou auto-tune) de sentiments qui leur sont propres (comme ce fut le cas durant cette décennie bénie que fut 1977-1987). Il est dommage dans ces conditions que la production sur Vocal s'abandonne aux pires tics de la dance contemporaine. Les coups de marteau-piqueur de synthés à 3:09 par exemple sont typiques de l'EDM actuelle (Calvin Harris et David Guetta en tête) et, à ce titre, symbolisent sans doute la pop actuelle dans ce qu'elle a de plus industriel. Je rêve d'entendre une version de ce morceau qui serait plus dépouillée, plus minimale. Ce propos, cette mélodie et ces harmonies méritent mieux qu'un son calibré pour les virées en décapotable sur les plages d'Ibiza. Dommage que, dans la flopée de remixes officiels, pas un ne soit parvenu à habiller le morceau avec la simplicité qu'il requiert et qui fait cruellement défaut dans cette version album.

 



Une moyenne arithmétique me donne finalement une note globale d'environ 7 pour l'album, qui me semble une mesure assez fidèle de ce que je pense. Chacun de ces morceaux pris individuellement (sauf Bolshy) sont de bonne facture. Ils remplissent tous les objectifs qui leur ont été assignés : faire danser, sonner moderne, en mettre plein les oreilles, etc...

C'est en considérant l'album dans son ensemble que je me surprends à regretter l'oblitération de toute une palette de sentiments que le groupe a si souvent su magnifier : la mélancolie, le regret, la distance, l'ironie. C'est un disque optimiste, hédoniste, volontariste, sûr de lui et de ses effets, mais sans nuances, sans vision et sans réelle humanité. A ce titre, il représente un virage que je ne suis pas sûr d'approuver et le fait qu'ils n'avaient plus reçu d'aussi bonnes critiques depuis vingt ans me fait craindre qu'ils ne persistent dans cette direction à l'avenir. L'ère des Invisible, des Rent ou des The Way It Used To Be est peut-être définitivement révolue.

Pet Shop Boys - Electric (II)

4 - Fluorescent (9/10)

Les paroles célèbrent la vie facile d'un(e) jet-setter, croisant de riches oligarques (sans doute russes) dans le luxe et la futilité des soirées privées, ivre de jeunesse, d'argent et de succès. La musique en revanche est sombre, inquiétante, obsédante, pleine d'échos, de gémissements et de lents glissandos de synthés qui augmentent encore l'impression d'instabilité qui s'en dégage. Ce contraste est sans doute censé signifier que le succès et la jeunesse n'ont qu'un temps (quelqu'un a des nouvelles de Paris Hilton ?) et que l'obscurité et l'oubli lui tendront bientôt les bras. En cela, Fluorescent rejoint la longue série des chansons écrites par le groupe sur le thème du vieillissement et de l'inconstance du succès, mais avec moins d'empathie que sur Invisible par exemple, et dans un registre plus ironique que mélancolique.

Par ailleurs, le timbre de voix de Neil Tennant perd depuis quelques années beaucoup de sa richesse dans les aigus, ce qui fait que les producteurs les plus avisés l'encouragent de plus en plus souvent à utiliser son registre grave, en général de manière très efficace, comme le prouve encore ce morceau. Je ne désespère pas d'entendre un jour un album où il ne chanterait plus que comme ça.



5 - Inside A Dream (6/10)

Une des chansons les plus frustrantes de l'album. Elle "sonne" très bien, avec une basse syncopée et entêtante comme ils n'en avaient plus enregistré depuis longtemps, mais on se rend malheureusement vite compte que la chanson n'a pas grand chose à dire, à la fois dans les textes (en gros, tout, même la musique, semble meilleur et un peu bizarre durant la nuit, dans les rêves) et dans le développement musical : les transitions entre couplet et refrain sont laborieuses et les deux moitiés de la chanson sont quasiment identiques, sans progression discernable. Inside A Dream est une de ces chansons qui auraient pu faire il y a vingt-cinq ans une face B de bon calibre (genre Was That Was It Was?, même si cette dernière est par ailleurs une meilleure chanson) mais souffre de voir son manque de substance ainsi exposé dans l'écrin d'un album.



6 - The Last To Die (8/10)

L'opposition entre pop et rock a toujours été au centre des préoccupations de Neil Tennant qui ne s'est jamais privé en interview de railler l'esprit de sérieux des rockstars ou le simplisme de leurs mélodies et de leurs arrangements. Les anecdotes, possiblement apocryphes, où Neil Tennant et divers musiciens rock se chamaillent pour savoir quel genre domine l'autre, abondent (Bono aurait par ailleurs dit en entendant Where The Streets Have No Name pour la première fois, 'What have we done to deserve this?'). Cela dit, en vieillissant, ces guéguerres de chapelle ont tendance à s'éteindre. Pour preuve, il semblerait bien que cette reprise est un hommage (gasp !) sincère (double gasp !) à Bruce Springsteen.

Si on la compare au morceau original, une reprise permet souvent d'approcher au plus près des processus de création qui ont présidé à sa réalisation, voire parfois de discerner leurs motivations. C'est particulièrement le cas ici car les deux versions sont assez différentes. Outre l'utilisation attendue et inévitable d'électronique ou de percussions synthétiques (même si les sons de guitares distordus et filtrés aux alentours de 1:00 sont un hommage discret mais inspiré aux origines rock de la chanson), des lignes de texte sautent, parfois de manière compréhensible (Darling n'est pas un mot que Neil Tennant pourrait utiliser au premier degré), parfois pas (pourquoi supprimer The wise men were all fools ?). Les mélodies sont simplifiées (ou peut-être plus précisément "popifiées", les tics des deux genres étant sans doute plus différents d'un point de vue stylistique que qualitatif). Le riff de guitare du départ est réinventé en mélismes de synthé au milieu du morceau, etc..

On pourrait discuter des heures sur le caractère fondé ou non, nécessaire ou non, de ces différents changements pris individuellement mais force est de constater en écoutant le résultat de toutes ces modifications que la chanson trouve parfaitement sa place sur l'album, et plus généralement dans l'univers des PSB, ce qui en fait sans doute leur meilleure reprise depuis Always On My Mind.



Version de Springsteen : http://www.youtube.com/watch?gl=BE&v=HYnDXSbrHa4


7 - Shouting in the evening (7/10)

Le titre est inspiré par un grand acteur de théâtre (je ne suis plus sûr duquel, Michael Gambon ?) qui aurait décrit en ces mots son métier. Cela dit, ce sont à peu de choses près les seuls mots qu'on y entend, le morceau est essentiellement instrumental, qui, chose finalement plutôt rare dans la discographie du groupe, sonne contemporain de ce que l'on peut entendre aujourd'hui dans l'électronique "moyen public" (entre les niches Kompakt et Warp et l'EDM de stade de Skrillex, Tiestö et autres). On peut y sentir des réminiscences drum'n'bass, hardcore-techno, et même par moments dubstep (à partir de 2:30), qui s'enchaînent de manière très efficace. Il donne par conséquent un peu l'impression d'être un oasis de contemporanéité au milieu d'un album qui, malgré tous ses efforts pour être dans l'esprit du temps, sonne quand même souvent comme un album des PSB, et par conséquent un peu daté/vintage (ce n'est pas un reproche dans ma bouche).

Shouting In The Evening semble finalement nous dire : Regardez, on suit de près les dernières tendances, on peut même en imiter certaines, comme des exercices de style, mais on ne va pas pour autant renoncer au son qui nous caractérise depuis trente ans. Alors, en guise de compromis, on vous a rassemblé tout ça dans un morceau de cinq minutes, clos sur lui-même, comme un vivarium au milieu d'un zoo en plein air.

Au moins a-t-il ici le mérite de courir après l'époque de manière efficace (pour voir le côté négatif de cette recherche de contemporanéité, il faudra attendre le dernier morceau de l'album).



(la suite ici)  

jeudi, septembre 19

Pet Shop Boys - Electric (I)

Les Pet Shop Boys n'ont jamais pour moi été un groupe à tubes, juste bons à sortir des singles de dance légère pour faire se trémousser les foules. Dans mon esprit, ce sont avant tout des songwriters qui pensent leur carrière sur le long terme et peuvent canaliser leur flux créatif sur plusieurs années (une "era") pour produire un ensemble cohérent de singles, de faces B, de morceaux d'albums, chaque catégorie ayant ses spécificités propres (même si leur incapacité à choisir les bons singles est un sujet de plaisanterie parmi les fans depuis presque 20 ans).

De ce point de vue, les dix dernières années ont été plutôt positives. Après trois albums patchworks (Bilingual, Nightlife, Release), où les style des nombreux producteurs invités étaient en compétition pour l'attention de l'auditeur, chaque nouvel album depuis Fundamental est une oeuvre homogène, pensée avec un producteur unique (Trevor Horn, Xeonamania, Andrew Dawson), avec une tonalité propre qui se déclinait naturellement dans le choix des singles, les interprétations live, les faces B, les vidéos, etc. (même si j'ai quelques réserves sur Elysium, qui peine selon moi à maintenir son unité de style).

Sur le papier, ce nouvel album continue sur cette lancée positive. Il a été pensé du début à la fin comme une collaboration avec Stuart Price (Les Rythmes Digitales, Zoot Woman, par ailleurs producteur pour Madonna ou remixeur à gages). Prenant le contre-pied d'Elysium, l'album précédent, il assume entièrement son côté dance, inspiré sans doute par le triomphe du genre au niveau mondial, en grande partie dû au goût soudain et inattendu pour l'EDM du grand public américain, resté jusque là assez rétif à toute forme de dance-music.

Les morceaux sont longs, comme à la grande époque d'Introspective, et clairement formatés pour les clubs (*). C'est sans doute là que se situe le problème pour moi. La communauté des fans des PSB a toujours été divisée entre les clubbers et les poppeux, entre les fans de remix trance et les amateurs de faces B expérimentales, entre ceux qui ne jurent que par le hi-NRG et ceux qui préfèrent les morceaux plus calmes et mélancoliques. Vous ne serez sans doute pas surpris d'apprendre que je me situe résolument dans la seconde catégorie. Je peux compter sur les doigts d'une main mes sorties en boîte(*) et ma pratique de la danse se limite à un dandinement intermittent et maladroit sur ma chaise, ou plus rarement debout, les deux pieds ne décollant alors jamais du sol. La musique pour moi parle avant tout à la tête, et pas aux membres, aux épaules ou au bassin, ce qui paraîtra sans doute à certains comme une limitation mais ne m'a jamais empêché de vivre intensément mon rapport à la chose musicale (c'était la minute Mireille Dumas).

Je joue de malchance car, pour la première fois depuis très longtemps, depuis leurs débuts serais-je même tenté de dire, les Pet Shop Boys ont sorti un album qui délaisse presque complètement la tête pour ne s'adresser qu'au reste du corps.

Voici donc le compte-rendu d'un disque de dance par quelqu'un qui n'aime pas la dance. Vous êtes libres de l'ignorer comme vous ignoreriez le billet d'humeur d'un tétraplégique qui ne comprendrait pas l'attrait de la nouvelle Wii ou d'un borgne qui se plaindrait que le cinéma 3D n'apporte vraiment rien de neuf.

1 - Axis (8/10)

La diffusion de cette vidéo quelques semaines avant la sortie de l'album était une déclaration d'intention plutôt prometteuse. 5 minutes 30 quasiment instrumentales, avec comme seules paroles des slogans simplistes du type "Electric Energy, e-electric energy, turn it on". Après trente secondes de mise en appétit s'installe une rythmique assez irrésistible, que certains trouveront sans doute un peu datée (le groupe ne s'éloigne jamais tout à fait de ses fondamentaux 80s et/ou disco), sur laquelle des couches sonores vont se superposer, jusqu'à une certaine forme de psyché-synth tourbillonnant (voir à 3:30, version album, par exemple). Cette complexification progressive du propos, le subtil contrepoint des chœurs font que même si cela reste un morceau formaté pour les clubs (*), il supporte assez bien l'écoute au casque. Placer ce titre en ouverture de l'album était une évidence. Il fonctionne parfaitement comme introduction, avant d'entrer dans le vif du sujet.



2 - Bolshy (4/10)

Dommage que le vif du sujet commence aussi platement : un refrain indigent, une modulation téléphonée que même Frédéric François aurait hésité à utiliser (à 2:11), un texte minimaliste et crétin qui ne dit absolument rien. Rarement chanson des Pet Shop Boys aura aussi clairement manifesté sa totale absence d'ambition. Le break plus percussif à 2:50 semble un instant prometteur, ce qui rend le retour de cet insupportable refrain cinquante secondes plus tard d'autant plus rageant. La seule qualité que je peux trouver à ce morceau est de m'avoir appris un nouveau mot (yeah!), qui plus est un nouveau mot qui ne se prononce pas comme on pourrait le croire (double yeah!). Au moins, le lexicophile anglopathe qui sommeille en moins y trouve-t-il son compte.



3 - Love Is A Bourgeois Construct (7,5/10)

Clairement sur papier la chanson la plus prometteuse. Les paroles (le titre est emprunté à David Lodge) sont du Neil Tennant à l'état pur (Schadenfreude, Karl Marx et Tony Benn dans une même chanson.... qui d'autre ?). Un ancien universitaire s'y complaît dans son insuccès professionnel et amoureux, préférant voir tous les aspects de la société contre lesquels il se heurte comme des aberrations vides de sens et se considérer comme le dernier rempart de la lucidité contre un formatage orwellien des mentalités. L'emprunt d'une mélodie de Purcell/Nyman fonctionne ici plutôt bien (ça n'a pas toujours été le cas, cfr Hold-On-gate sur le précédent album). Le problème ici est plutôt musical. Le beat est insistant, le son étriqué, la mélodie un peu plan-plan. Après trois couplets qui s'enchaînent sans relief, le refrain vient un peu relancer la machine, mais je ressors néanmoins de la chanson avec un sentiment de trop peu. J'aurais voulu plus de surprises, une occasion de vraiment m'enflammer. La chanson avait le potentiel d'être un des sommets de leur répertoire et se révèle juste correcte.



(* je ne sais trop si je dois dire dancing, club, boîte de nuit ou autre chose pour ne pas sembler trop prétentieux, trop ringard ou, pire, trop faux jeune. Remplacez par le terme qui vous semble coller le mieux à votre image de moi)

(la suite ici)

vendredi, septembre 21

Pet Shop Boys - Elysium (III)

9 - Give It A Go (7,5/10)

Au milieu des années 80, Neil expliquait que l'amour vous tombait dessus sans prévenir et qu'il était futile de résister (Love Comes Quickly). Au début des années 2000, il prétendait au contraire que l'amour était un choix conscient et qu'il ne fallait pas venir se plaindre après (You Choose). Ici, le romantisme de la première proposition et le pessimisme de la seconde se diluent dans quelque chose de plus indéfinissable, à la fois moins idéalisé et plus léger : et si, en attendant mieux, on décidait de faire ensemble un bout du (court) chemin qui nous reste à parcourir ? Chanté par un sexagénaire, cela pourrait sembler déprimant, mais l'accompagnement au piano et quelques accords de guitares épars parviennent à enrober un refrain par ailleurs un peu malingre (on en était à combien ?) et à colorer le propos d'une forme d'optimisme lumineux, mais conscient que, dans ces matières, les enjeux sont de moins en moins importants au fur et à mesure que l'on vieillit. "Why not give it a go?" Si ça marche, tant mieux. Si non, tant pis, il y a toujours la prochaine fois.

10 - Memory of the Future (8/10)

Qu'ils sont contrariants ces chanteurs qui changent d'avis d'une chanson à l'autre. Cet enchaînement a manifestement été soigneusement pensé. La relation devenue presque sans enjeu suggérée par la chanson précédente devient ici la consécration d'une vie de recherches, "It's taken all my life to find you". Il s'agit sans doute du morceau le plus immédiatement séduisant de l'album. Les différents couplets et refrains s'enchaînent avec l'inexorable évidence des meilleures chansons pop (le changement d'ambiance à 1:30 est parfait). Pourtant, on en sort avec un goût de trop peu et l'impression désagréable d'avoir emprunté un tapis roulant circulaire qui ne mène nulle part. N'y aurait-il pas eu moyen de faire plus avec ces ingrédients, de remplir ce magnifique contenant ornemental par un contenu narratif, de parachever ce climat musical par un climax expressif ? (Note de l'éditeur : ne jamais dire trois fois ce que l'on peut dire en une) Pour la prochaine tournée, je leur suggère d'enchaîner cette chanson directement avec un autre titre qui pourrait servir de résolution à la frustration qu'elle génère, It's a sin par exemple.




11 - Everything Means Something (8,5/10)

Le plus intelligemment construit des morceaux de l'album. Comme pour le précédent, on pourrait dire que ce morceau n'évolue pas et qu'il nous ramène à son point de départ, mais l'absence d'évolution est ici compensée par les allers et retours incessants entre des couplets malaisants, sous-tendus par des percussions martiales et des notes graves de synthé symbolisant le bouillonnement de la lave du ressentiment dans le volcan endormi de l'habitude (Note de l'éditeur : non mais c'est pas bientôt fini, cette accumulation de métaphores oiseuses !) et des refrains lumineux (modulation!!! même si celle-ci est un brin cheesy) sous forme de constat détaché. Oui, tout a une signification, même les erreurs commises. On est toujours responsable des relations que l'on entretient avec d'autres et si on y attache peu d'importance, c'est déjà en soi significatif (je paraphrase). Difficile de rassembler les fils narratifs de ces trois dernières chansons. Contrairement à la rumeur, peut-être cet album n'est-il pas censé se lire comme une autobiographie ? Les grilles de lecture uniques sont si limitantes.


Pet Shop Boys - Everything Means Something (Elysiu… - MyVideo


12 - Requiem in denim and leopardskin (8/10)

Chronologiquement une des premières chansons écrites pour l'album, elle a donné le ton pour l'écriture de bon nombre des autres : thématiques du deuil, de la célébration et de la renaissance, électronique discrète sur un tapis orchestral de cordes, choeurs d'accompagnement. C'est très élégant, mais sans doute un peu trop convenu à mon goût. Le morceau souffre de la comparaison avec Legacy, le morceau qui refermait le précédent album et qui, sur une thématique assez proche, me semblait être plus imposant et receler plus de mystère. Peut-être finalement est-ce cela que l'album essaye de nous dire : la mort n'est ni imposante, ni mystérieuse. Elle est, tout simplement, et il faut faire avec, passer outre et continuer à vivre.   


Après des calculs savants, j'obtiens une moyenne assez médiocre de 7/10 et, effectivement, le sentiment qui domine est pour moi une légère déception. Elysium n'est pour moi pas tout à fait au niveau des deux précédents albums, plus disparate aussi. Pour obtenir un album thématiquement plus tenu, il aurait fallu retirer 3,4, 7 et 8. Pour obtenir le "one-mood record" que Chris appelait de ses voeux, il aurait fallu retirer 3, 5, 7 et 10.

Tel qu'il est, il reste cependant la confirmation que faire de la pop-music à 60 ans, transposer dans le cadre d'une chanson de trois minutes trente destinées aux masses des proccupations graves et marier les contraires avec humour et légèreté, c'est possible.... même s'il sont à ma connaissance les seuls à le faire (Magnetic Fields ?).

Liens : un autre chronique, parue hier, avec laquelle je suis assez d'accord

jeudi, septembre 20

Pet Shop Boys - Elysium (II)

3 - Winner (5/10)

C'est devenu un lieu commun de dire que le groupe n'est plus capable de choisir les bons singles. Nouvelle preuve ici avec Winner. Tout porterait à croire que la chanson a été écrite pour profiter de la vague médiatico-patriotique qui allait accompagner les JO de Londres. Neil prétend pourtant qu'ils l'ont écrite en pensant à l'Eurovision, comme un exercice de style : "Et si on composait une power-ballad mid-tempo hands-in-the-air à la Take That, genre Greatest Day ?"
Il aurait été miraculeux qu'une chanson aux motivations aussi peu glorieuses puisse être autre chose qu'une déception et, en effet, elle tombe à plat avec un bruit de succion triste, comme une serpillère trempée dans de l'eau tiède qu'un tenancier de bistrot,  se sentant obligé, par habitude ou lassitude, de frottouiller le carrelage de son établissement après une soirée de ventes à perte, met à terre avec un soupir désabusé. Pour tout dire, je ne peux m'empêcher de penser "Whiner" durant le refrain, terme qui correspond bien à l'intonation de Neil, plus geignarde que triomphale (2ème exemple de refrain raté). Peut-être se rend-il compte que rien n'est plus vain que de célébrer ceux qui réussissent et n'en ont pas besoin (médailles ou Rolex leur suffisent). La dernière phrase, pernicieuse, du refrain "Enjoy it while it lasts" pourrait être l'amorce d'une rédemption, le point de départ d'une réévaluation de la chanson, mais pas aujourd'hui. Aujourd'hui, je veux savourer mon désappointement jusqu'à la lie, voire jusqu'à l'hallali. Le sanglier de la déception ne devient en effet touchant que lorsqu'il est aux mains des chasseurs de l'enthousiasme forcé (Note de l'éditeur : je m'étais pourtant juré de ne plus justifier des jeux de mots foireux par des métaphores qui le sont encore plus mais la chair est faible, surtout quand elle s'est fait(e?) Verbe).



4 - Your Early Stuff (7/10)
L'idée de départ est amusante : écrire une chanson à partir des commentaires que les chauffeurs de taxi font à Neil quand ils le véhiculent dans Londres ("je suppose que vous avez pris votre retraite à présent", "j'ai lu quelque part que vous aviez écrit une musique de film", "j'aimais bien que vous faisiez au début de votre carrière", etc.). Malhereusement, la réalisation n'est pas à la hauteur, surtout à cause d'un refrain désespérément plat et monotone (et de trois !). Un des couplets à 1:05 tente désespérément d'insuffler un peu d'énergie mais la chanson dans son ensemble se révèle finalement une constatation auto-réalisatrice : moi aussi, je préfère aussi leur "early stuff" à cette chanson filandreuse.

5 - A face like that (8/10)
Le positionnement après Your Early Stuff est tout sauf une coïncidence. La première minute de cette chanson aurait pu se trouver sur leur premier album. La basse, par exemple, fait beaucoup penser à celle de Love Comes Quickly, les "handclaps" aussi. AFLT sera donc le morceau où le groupe retourne au son de ses débuts et, musicalement au moins, c'est très réussi (ils en sont donc encore capables, si leur musique a évolué, ce serait plus le résultat d'un choix que d'une perte d'inspiration, c'est peut-être un détail pour vous mais j'y vois un passionnant sujet de dissertation). L'album avait besoin à ce stade d'une chanson qui, soniquement, réveille l'auditeur et AFLT remplit parfaitement ce rôle. Le refrain est particulièrement entêtant. On y parle de quelqu'un qui a un si beau visage qu'aller sur la lune ne serait plus qu'un formalité (....non, moi non plus), mais mis à part ce miraculeux effet de la régularité des traits sur la gravité universelle, le sens général des paroles reste obscur. Et ce n'est finalement pas si grave. La pop, comme la poésie, est libre d'échapper quand elle le désire à la tyrannie du signifiant.


6 - Breathing Space (9/10)
Ah, le bonheur de reprendre un peu de temps pour soi, de faire fi des contraintes et des
obligations, de se retrouver face à soi-même. De nouveau, il est tentant d'y lire un état des lieux de Neil la pop-star (comme l'était To Step Aside sur Bilingual). C'est thématiquement et musicalement le petit frère d'Invisible, en presque aussi réussi, avec un rôle accru des cordes, des guitares et des percussions. De nouveau, une chanson qui gagne à être écoutée au casque, par exemple pour les samples de voix en arrière-plan de l'intro.

Breathing Space (Elysium, Pet Shop Boys) from hcampos on Vimeo.


Est donc venu le temps des regrets et des rétractations : Andrew Dawson, je m'excuse  de toutes les horreurs que j'ai pu penser quand votre nom m'est apparu pour la première fois. Cette collaboration est officiellement un succès.


7 - Ego Music (8/10)
Your Early Stuff et Ego Music sont deux chansons qui en d'autres temps auraient été des B-sides, des chansons un peu étranges, potaches, clins d'oeil complices réservés aux fidèles. Neil se moque ici des déclarations tapageuses des stars sur les réseaux sociaux ou en interview (pensez Kanye, Gaga et consorts) pleines d'auto-satisfaction, de fausse humilité et de lieux communs, du genre "I think what fascinates people about me, and I'm really grateful to my fans, is that I'm totally fearless". On retrouve ici le gros son synthétique de AFLT, avec des ornements de synthé et des percussions très en avant dans le mix. Excellent morceau, mais qui semble un peu hors de propos dans le contexte d'un album, même si je suis sûr que Neil Tennant est conscient de l'ironie inhérente au fait d'inclure une chanson satirique intitulée Ego Music dans l'album (censément) le plus autobiographique de sa carrière.


Pet Shop Boys - Ego Music (Elysium 2012) - MyVideo

8 - Hold On (2/10 ou autre chose, allez savoir !)
Quand le premier "Hold Ooon" jaillit des enceintes comme un torrent de tisane à la verveine s'écoulant d'une prise de courant triphasé, j'éprouve une réaction de sidération abasourdie qui décourage tout discours critique. Cet optimisme forcé à la Disney, ces choeurs de comédie musicale me semblent à un tel point l'antithèse de tout ce qui fait le groupe que je ne parviens même pas à me poser la question du j'aime ou j'aime pas. La citation de Handel est appréciée et les cordes en arrière-plan aussi, mais fondamentalement les seules choses que je peux en dire, c'est "Gnnnnn??" ou le robotique "DOES! NOT! COMPUTE!!".



(la suite ici)

mercredi, septembre 19

Pet Shop Boys - Elysium (I)

2012. Pour la quatrième fois depuis mes débuts sur le Web, le deuxième meilleur groupe du monde sort un album. Comme je suis un être d'habitudes et de traditions, pour la quatrième fois, je me sens forcé de célébrer sa sortie par une chronique kilométrique et détaillée. 

Plantons le décor. Le précédent album, Yes, date de 2009 et était un feu d'artifices pop produit par Xenomania, responsables des meilleures chansons pop commerciales anglaises de ces 10 dernières années (Girls Aloud et Rachel Stevens par exemple). A suvi une tournée interminable, l'écriture d'un ballet basé sur un conte d'Andersen, puis comme à chaque fois depuis dix ans, l'attente des fans, plongés dans l'inquiétude de savoir si le groupe sortirait un jour un nouvel album.

Fin 2011, les premières informations commencent à tomber : un producteur connu pour ses collaborations avec le milieu hip-hop, Andrew Dawson, un enregistrement à Los Angeles, des ambiances plutôt mid-tempo et chill-out, ensuite un titre, Elysium. Enfin, il y a deux mois une rumeur a commencé à se répandre sur les forums spécialisés : l'album serait une digne suite à Behaviour (le quatrième album du groupe et, à ce jour, le meilleur disque de l'univers sensible). Il semblait très improbable que le disque serait à la hauteur de ces attentes, d'autant que l'idée de voir cet album produit par le producteur de Kanye West et Drake me faisait imaginer Neil la casquette à l'envers, chaîne en or autour du cou et roulant dans une décapotable sur les routes de Californie un verre de champagne à la main.....sans trop y croire certes, mais l'image s'était tout de même insidieusement imprimée dans mon esprit pétri de stéréotypes.

Enfin, dernière pièce du décor à se mettre en place, la vidéo minimaliste d'Invisible (voir plus bas), soudainement apparue sur Youtube, méthode étonnamment contemporaine de promotion de la part d'un groupe qui préfèrera toujours le CD single au "digital bundle" et Top Of The Pops à Youtube. Et je dois dire que la chanson m'avait plutôt émoustillé les papilles auriculaires : un son ample et enveloppant, une ambiance délicate et des paroles qui se révèlent petit à petit. La comparaison avec Behaviour ne semblait soudainement plus si absurde.

L'attente est dès lors devenue insupportable, jusqu'à ce qu'elle se termine et laisse la place à un long processus de découverte et d'apprivoisement.


1 - Leaving  (7,5/10)

Bizarrement présenté par beaucoup comme un des sommets de l'album et deuxième single programmé, je ne suis pas vraiment convaincu par cette chanson schizophrène. Le refrain est quelconque, voire un peu énervant (premier exemple) et fait pâle figure à côté de couplets aux petits oignons, ce qui donne au final une chanson assez déséquilibrée. Même dans les textes, ces deux parties s'assemblent difficilement, l'optimisme un peu béat du refrain se mariant mal avec les réflexions plus profondes des couplets ("The dead are still alive in memory and thought and the context they provide"). La production en revanche est charmante, par exemple l'usage des cordes, le petit pont instrumental à 2:00 ou la petite ligne de synthé rétro à 2:50.




2 - Invisible (9,5/10)

Je ne suis pas sûr que le groupe ait déjà fait une chanson soniquement aussi parfaite. L'écoute au casque est un enchantement, l'usage des échos pour les ponctuations au synthé, les mélismes en fond sonore, les voix qui se superposent, les glissandos qui accompagnent les fins de phrases. Comme dans les meilleures chansons, l'adéquation entre la musique et les textes est totale. Neil Tennant prétend que la chanson est écrite du point de vue d'une femme de 50 ans qui découvre qu'elle ne peut plus pécho en boîte, qu'elle est devenue invisible aux yeux des hommes. Personnellement, je ne peux m'empêcher d'y voir également un état des lieux actualisé de la carrière d'un groupe pop considéré du point de vue de son public-cible. Combien d'adorateurs de Lady Gaga ou Katy Perry connaissent leurs chansons, ou a fortiori, savent qu'ils viennent de sortir un nouvel album ? Quelle que soit l'interprétation choisie, cette mélodie toute en retenue, presque chuchotée, pleine de silences et de suspensions, en est une illustration parfaite. Splendide.




(la suite ici)

lundi, mars 21

Compte-rendu : Pet Shop Boys et Javier de Frutos - The Most Incredible Thing

Ce texte a été écrit pour un forum anglophone. Tout commentaire sur les erreurs de grammaire et/ou d'orthographe est bienvenu. :)

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I went to see the show on Satruday night with some French and Belgian fans and I don't quite know what to make of it.

The problem of the show for me is not the dancing itself. I thought that, as a way of expressing inner thoughts and actions, it worked quite well. It also looked very good at times,especially during acts two and three, which contain a few very impressive pieces of choreography, especially the 10th hour (looking very much like a live Dragon Ball episode at times, which is probably not intentional) and the forced marriage of the princess with the baddie.

I have some reservations about the music, which is desperately in need of a broader range of emotions to express. Like most pop people toying with classical musical forms, the PSB tend to put too many notes and instruments in their music, mistakenly believing that everything should sound like a post-romantic symphony. I wish they had trusted a bit more their abilities to write melodies and, at times, tried to emulate simpler musical forms, a string quartet with electronics would have been a very intriguing prospect for instance. To me, "classical" music is in its purer form in chamber music, when just a few instruments manage to produce the whole range of human emotions. Here, in this ballet, they are doing too much of everything, too much percussion, too much volume, and not enough variation. Quite often in music, less is more and I think the PSB forgot it in quite a few scenes.

Still, as a whole, the score mainly does what it needs to do and I think it'd be unfair to say that the Pet Shop Boys's score is the weakest part of the whole thing.

In fact, what I liked least is the way the story is being told on stage, especially the spoof of "Kingdom's got talent". The writers, whoever they are, did not have enough trust in the ability of the public to understand what is going on on stage and felt like they had to spell it out. So they included a few cringeworthy vodka commercials and a Davina McCall-like TV presenter, which looked cheap and completely out of place to me. A fairytale should exist in a fantasy world, and not be polluted with the basest forms of modern media 'culture' (can you tell I'm not a fan of reality TV? :).

This is especially frustrating as a lot of work obviously went into the stage design and the video projections. Almost everything on stage looks great and set designers made great use of the shapes and imagery conjured by the concept of clocks.

All in all, it is probably a flawed show, but not a disastrous one, which for such a hybrid piece of theatre is in itself a commendable achievement. It'd probably work better for me if it was sized down a bit, and more understated. It would add mystery to the show, which is possibly the thing it lacks most.

samedi, avril 4

Yes, Pet Shop Boys (III)

(suite de ce billet)

6 - More Than A Dream (9) : Je ne sais pas trop pourquoi j'aime autant cette chanson alors que le refrain sonne EXACTEMENT comme du Modern Talking (pour ceux d'entre vous qui se rappellent de ces sinistres pourvoyeurs de chansons en kit). Sans doute est-ce parce qu'il est ici amené par un préambule fait de scansions parlées "Live it", "Don't give it". Du coup, lorsque Neil part dans les aigus pour le refrain proprement dit (qui est tout aussi quelconque mélodiquement que ceux de Did you see me coming? ou All Over The World), c'est une sorte d'aboutissement. Ce refrain, je l'ai anticipé, attendu, espéré et quand il arrive enfin, je suis comprimé comme un ressort qui ne demanderait qu'à se détendre (loi de Hook ? comprenne qui pourra) dans une apothéose de sautillements-mains-en-l'air. Ce passage sera forcément un des sommets de leurs prochains concerts. Mieux encore, le dernier tiers de la chanson est absolument parfait (les "Aaaah" de 3:59 sont orgasmiques). Cette chanson ferait un formidable single, ce qui signifie forcément qu'ils ne la sortiront pas (ça fait 10 ans que les PSB ne savent plus choisir leurs singles). Accessoirement, c'est moi qui ai l'esprit mal tourné ou on peut vraiment interpéter sans trop de mal les paroles comme une ode au suicide ? (à écouter ici)

7 - Building A Wall (7.5) : Il s'agit sans doute pour moi du meilleur refrain de l'album, lente montée en parallèle de la voix et de l'accompagnement (harmonies montantes = effet euphorisant, c'est mathématique). Le reste de la chanson n'est pas forcément du même niveau. L'intro avec les quatre mots parlés fait ainsi tiquer pas mal de fans, mais elle ne me gêne pas vraiment. Pour moi, le principal problème ici est sans doute la manière dont les paroles sont plaquées sur la musique. Neil expérimente en ceci qu'il tente de placer des paroles différentes sur le même refrain... cela ne fonctionne pas. Alors que le refrain a manifestement été écrit pour coller à "I'm building a wall, a fine wall/ not so much to keep you out, more to keep me in", il sonne faux quand Neil tente de lui accoler les paroles "I'm losing my head/Well, why not?/More work for the undertaker/ Means there's less for me". De plus, ce sont des paroles indignes du meilleur parolier pop anglais. "Well, why not?", je vous jure. On dirait une parodie des Inconnus où un adolescent boutonneux rajoute des "Oh Oh" et des "Euh euh euh" pour avoir le bon nombre de pieds. Heureusement que Neil se rattrape sur la fin avec une sorte de mini-poème très prétentieux sur les horreurs de la guerre que Chris se fait un plaisir de torpiller d'un "Who do you think you are? Captain Britain?" goguenard. (à écouter ici)

8 - King of Rome (8) : La ballade Behaviour de l'album, qui rappelle beaucoup des chansons comme It's Only The Wind ou To Face The Truth, voire par instants Luna Park, typiquement le genre de chansons qu'ils sont les seuls à savoir faire. Tout dans cette chanson est ravissant. Des sons de corde du début (au synthé mais qu'importe) aux bongos qui la rythment tout le long, des interventions de trompette (au synthé mais qu'importe) aux longues notes tenues de Neil, tantôt montantes tantôt descendantes qui donnent l'impression d'être en train de se laisser bercer sur un matelas pneumatique par le clapotis des vagues. Et le tout se termine dans un brouillard indistinct, comme il se doit. Parfait. (à écouter ici)

9 - Pandemonium (8) : Le contraste ne pourrait pas être plus grand avec ce qui précède. Une rythmique martiale qui n'est pas sans rappeler le générique de Doctor Who, des ouh ouh ouh insouciants, une couplet torché en 15 secondes chrono pour laisser la place à un refrain qui associe l'efficacité brute de la Kalachnikov au manque de subtilité du bazooka (à moins que ce ne soit l'inverse). C'est la chanson la plus hi-NRG de l'album et elle est idéalement placée entre deux chansons calmes en fin de face B. Neil prétend que les paroles sont une satire de la folie médiatique ayant entouré Kate Moss et Pete Doherty. Je veux bien le croire mais bon, c'est très oblique et pas forcément très intéressant. (à écouter ici)

10 - The Way It Used To Be (10) : Une fois passé le premier sourire incrédule qui vient quand on reconnaît la progression harmonique des Valses de Vienne de François Feldman, on se retrouve emporté dans un tourbillon de 5 minutes, résolument mid-tempo (si, si, c'est possible, les tourbillons ne sont pas forcément rapides, il suffit pour mériter ce terme qu'ils vous emmènent inéluctablement en leur centre), sans couplets ou refrains récurrents. Les lignes mélodiques différentes s'enchaînent (l'influence sans doute de Xenomania, co-compositeur ici encore) dans une lente montée d'émotions contradictoires (nostalgie, colère rentrée, résignation) culminant dans une dernière phrase 'Sometimes I need to see the way it used to be' noyée sous la réverbération. Un chef-d'oeuvre et l'indiscutable sommet de l'album. Les trente secondes à partir de 3:07 sont à 2009 ce que la partie centrale de LoveStoned fut à 2007 : un moment de magie pure (à écouter ici)

11 - Legacy (9) : Pour clore leur album, ils ont choisi une chanson extrêmement bizarre, dans laquelle une mélodie insaisissable à base de quartes (expérimentale même si on en croit les commentaires de Neil et Chris) ploie sous la masse sonore sans cesse croissante d'un orchestre en crescendo continu, jusqu'à un étonnant intermède French Cancan (chanté en français), qui vient inopinément interrompre sa marche inéluctable, avant que le morceau ne reparte de plus belle pour finalement se dissiper sans réelle conclusion. Si cette dernière chanson de leur dernier album (en date) devait être la "legacy" des Pet Shop Boys en tant que groupe pop, elle serait courageuse et illustrerait parfaitement pourquoi je les aime tant (à écouter ici).


En conclusion, j'ai rarement vu un album aussi déséquilibré vers l'arrière. Toutes les meilleures chansons sont concentrées dans la seconde moitié. C'est franchement inhabituel. En général, les groupes font le contraire et rassemblent leur meilleures cartouches au début, histoire d'agripper l'attention de l'auditeur dès l'entame de l'album. Cela dit, pour avoir un peu fréquenté les forums de fans, peut-être le mystère n'est-il pas si grand. En effet, aussi incroyable que cela puisse paraître, un nombre non négligeable de fans préfèrent la première moitié de l'album. Peut-être ma manière d'appréhender la musique des Pet Shop Boys est-elle tout à fait minoritaire. En tout cas, l'album ne commence pour moi vraiment qu'à la plage 4, mais quand il commence, il devient franchement bon, même s'il reste sans doute un poil en-dessous de Fundamental, dont les paroles et les thèmes étaient plus intéressants et qui ne souffrait pas de ce trou noir de trois titres au début.


Pour informations, deux autre chansons sorties récemment méritent aussi qu'on s'y attarde.
This Used To Be The Future (9.5) : Un mélange détonant entre une de leurs meilleures B-side, The Sound Of The Atom Splitting, les rythmiques de Gary Numan, l'electro-body-music, la voix de Phil Oakey (The Human League) et le courant cyberpunk. Et oui, la chanson est aussi formidable que ce que cette description peut laisser penser.

Gin & Jag (9) : Une des deux faces B de Love Etc.. Une chanson hypnotique centré autour d'un refrain que l'on aurait du mal à qualifier autrement de geignard, tout en glissandos traînants, et des couplets en suspension. Une face B comme je les aime (à écouter ici).

Yes, Pet Shop Boys (II)

(début du billet ici)

Dans les interviews ayant entouré la sortie de l'album, Neil et Chris prétendent avoir eu l'idée de demander au collectif Xenomania de produire leur album après s'être rendu compte qu'ils avaient écrit des chansons essentiellement pop et joyeuses, qui leur semblaient correspondre au profil des producteurs attitrés de Girls Aloud (et dans une moindre mesure de Rachel Stevens). On peut se demander si ce n'est pas plutôt le contraire qui s'est produit, le groupe ayant eu dans l'idée de créer leur album en collaboration avec Xenomania et ayant plus ou moins consciemment canalisé leur inspiration dans cette direction. Quoi qu'il en soit, cette collaboration entre l'usine à hits réunie autour de Brian Higgins et les princes consorts de la synth-pop eighties avait de quoi faire saliver. Quand en plus, les rumeurs ont commencé à circuler sur une participation de Johnny Marr (The Smiths), à la guitare et à l'harmonica (Bob Dylan alert!), d'Owen Pallett (Final Fantasy, Arcade Fire) et de Fred Falke (fourré dans la plupart des mauvais coups liés à la "French(-touch) connection"), l'excitation parmi les fans s'est fait palpable. L'heure est venue de voir si le résultat est à la hauteur des attentes. De ce point de vue, la première moitié de l'album n'est pas très encourageante.

1 - Love Etc. (8) : Les rumeurs ayant précédé la sortie de ce premier single prétendaient que cette chanson ne ressemblait à rien de ce que les PSB avaient pu faire auparavant. Avec le recul, ce n'est pas tout à fait vrai. Certes, le titre est co-écrit par Xenomania (le riff de synthés en fond sonore serait d'eux) et les choeurs mi-chantés mi-criés semblent à première écoute un peu incongrus, mais très vite, on retombe en terrain connu, cette construction basée sur l'alternance couplet-refrain interrompue par un middle-8 est typique des PSB et les paroles de vieux sage revenu de tout expliquant qu'il ne faut pas être riche pour connaître l'amour sont Tennantissimes. Incidemment, la chanson contient une des meilleures paroles de l'album "Too much of anything is never enough / Too much of everything is never enough". En fait, cette chanson me rappelle The Only One, que tout le monde détestait mais qui pour moi n'était pas loin d'être la meilleure chanson de Nightlife. (Vidéo ici)

2 - All Over The World (6) : Pressentie pour être le deuxième single, cette chanson a pour moi deux gros défauts : tout d'abord, la citation très plan-plan de Casse-Noisette, qui alourdit inutilement les premières secondes avant de revenir par deux fois piétiner le mix de ses gros sabots balourds (quitte à citer du classique, autant le faire avec une mélodie qui en vaille la peine, cfr Gainsbourg, qui faisait ça très bien) et le refrain un peu trop mécaniquement joyeux pour moi. Je ne sais trop pourquoi le 'This is a song' ouvrant le refrain sonne forcé à mes oreilles, comme si Neil le chantait sans y croire, s'excusant discrètement de se compromettre une envolée lyrique aussi clichetonneuse. C'est dommage parce que, par ailleurs, je trouve les couplets (surtout le passage vers 1:30) franchement plaisants (à écouter ici).

3 - Beautiful People (5) : Les journalistes présentent souvent cette chanson comme une tentative de pastiche de la pop 60s et je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi, à part peut-être pour les percussions, qui semblent tout droit sortir d'une chanson des Supremes. En fait, si pastiche il y a, il s'agit d'un pastiche de I Get Along, leur pastiche d'Oasis, qui est déjà au départ un tribute-band pasticheur des Beatles. De pastiche en pastiche, l'influence 60s s'est sensiblement diluée et les arrangements de cordes d'Owen Pallett ou l'harmonica de Johnny Marr n'y changent malheureusement rien. Je crois que des plus de 200 (300 ?) chansons écrites par les PSB, il n'y en a pas trois qui ont un refrain aussi nul et non-avenu que celle-ci. Malgré une intro qui fait illusion et un premier couplet qui ne laisse pas vraiment prévoir la désillusion du refrain, on peut sans exagérer affirmer qu'il s'agit de la pire chanson de l'album, et le fait qu'elle ait été écrite dans un premier temps pour servir de bande-son à une des plus mauvaises sitcoms produites par la BBC n'arrange rien (à écouter ici).

4 - Did you see me coming? (6.5) : Une intro de guitare, vraiment ? Pendant 7 secondes, on aurait pu se croire chez Suede ou les Smiths (Johnny Marr toujours), mais bon, très vite, la rythmique synthétique entre en jeu et on revient en terrain connu. Malheureusement, ici aussi, j'ai du mal à me faire à ce refrain faussement enjoué, qui me rappelle cette pop scandinave (de BWO à Alcazar disons), agréable à petites doses, mais qui révèle très rapidement l'étroitesse de son inspiration (la disco et la pop de supermarché de Stock-Aitken-Waterman). Je peux avoir dit du bien de Bodies Without Organs dans le passé, mais il n'en reste pas moins que j'attends plus du (deuxième) meilleur groupe du monde que cette ritournelle en plastique qui tourne à vide. Pour être honnête, je dois en revanche avouer que j'ai un faible prononcé pour les mélismes de synthés à 2:30 (à écouter ici).


Bon, pourriez-vous vous me dire, on a déjà dépassé le tiers de l'album et la moyenne des notes que tu donnes aux chansons n'atteint même pas 7/10. Qu'est ce qu'il t'arrive ? Tu t'es enfin rendu compte qu'ils étaient nuls ? Ca y est ? On peut sabler le champagne ? Tu t'es enfin débarrassé de cette admiration aveugle pour tes héros d'enfance ? Tu vas pouvoir t'intéresser à des musiques qui en valent vraiment la peine ? Le jazz kabyle, la no-wave japonaise, le death-metal norvégien, la scène anti-folk de Portland, la country sépulcrale californienne, et toutes ces choses que, enfermé dans un passé révolu, tu ne prenais pas le temps de connaître ?
Et bien, non, ne vous réjouissez pas trop vite, car c'est ici que les choses sérieuses commencent vraiment.

5 - Vulnerable (8.5) : Je n'aime rien tant que de voir une pop-song fonctionner à plein alors que, sur le papier, les prémisses en semblaient intenables. Quatre refrains identiques et trois couplets quasiment interchangeables, sans temps mort ni intermède instrumental. En quatre minutes quarante, Neil ne s'arrête pour ainsi dire pas de chanter. Cette chanson devrait a priori être une scie et sembler insupportable dès la troisième écoute. Et pourtant, c'est sans dout la chanson dont je me lasse le moins. Les mélodies des couplets et des refrains sont addictives, Neil y alterne avec bonheur entre son registre aigu et son registre grave et les petites ponctuations de guitare espagnole ne sont pas loin d'être géniales. J'ai écouté attentivement la chanson au casque pour tenter de percevoir ce qui me plaisiait tant, et je crois que la rythmique imperturbable en fond sonore, littéralement "relentless" dans sa marche en avant et qui empêche la chanson de se déliter par excès de répétition, explique sans doute en grande partie pourquoi cela fonctionne. Et puis, Vulnerable est un mot typiquement Petshopboysien. A première vue, il a l'air tout misérable, encombré de toutes ces lettres qui se prononcent à peine. Pourtant, lorsqu'il se retrouve ainsi propulsé au coeur d'une chanson, répété une dizaine de fois, tout entouré de son écrin sonore, il en devient presque triomphal. (A ecouter ici).

(la suite ici)