mardi, septembre 20

Pet Shop Boys - Super (III)

(lire la chronique depuis le début)

7. Inner Sanctum (4m18s) - 8/10

C'est avec ce morceau que le groupe avait annoncé la sortie de Super, tout comme Axis avait annoncé celle du précédent album Electric. Il s'agit d'un morceau quasiment instrumental qui annonce bien le thème général de l'album : les joies du clubbing (les rares paroles sont d'ailleurs essentiellement un prolongement de celles de Groovy). Ce qui me plaît dans ce morceau est que durant les trois premières minutes, bien qu'il s'agit indéniablement d'un morceau orienté dance-floor, la pulsation en est absente ou à tout le moins très en retrait dans le mix. J'aime bien quand la dance music se fait ainsi plus subtile, et laisse l'auditeur libre d'interpréter les stimuli auditifs et d'élaborer à sa guise les mouvements de son corps que ces stimulis lui inspirent. Chacun peut bouger sur Inner Sanctum à sa manière (voire ne pas bouger du tout, la bonne musique dance est celle qui peut aussi simplement s'écouter). La seconde moitié du morceau délaisse un peu ces contrées minimales pour une construction trance plus classique (on n'est plus très loin de Paul Oakenfold et consorts à partir de 2m23s) mais cela ne dure pas longtemps et se trouve en partie justifié par le contraste avec ce qui précède.

8. Undertow (4m15s) - 8/10

Je ne suis pas sûr de pouvoir expliquer pourquoi mais ce morceau sonne pour moi extrêmement rétro. J'ai l'impression qu'il aurait pu se trouver sur Please, le premier album du groupe en 1986. La manière dont couplet et refrain se répondent, les intonations de Neil, tout me ramène à la genèse du groupe, à une époque où ils relevaient exclusivement de la pure pop et, effectivement, Undertow est sans doute la chanson de l'album la plus éloignée des dance-floors

Peut-être est-ce aussi en partie dû au fait que thématiquement, cette chanson vient enrichir le propos de morceaux anciens comme Love Comes Quickly (l'amour débarque sans prévenir et finit toujours par vous atteindre) et Love Is A Catastrophe (l'amour fait et finit mal) en y ajoutant une nuance de danger (l'amour est un courant marin qui vous emporte malgré vous vers le large, loin du confort et de la rive et risque si vous n'y prenez garde de vous entraîner au fond de l'océan). La discographie du groupe contient ainsi quelques groupes de chansons qui, sur trente ans, se répondent et se complètent (cfr aussi ce que j'appelle leur veine autobiographique : Opportunities, To Step Aside, Shameless, Samurai In Autumn, Invisible,....). C'est entre autres choses ce qui fait la richesse et assure la cohérence de leur oeuvre et m'autorise à penser que, contrairement à beaucoup d'autres groupes pop, les Pet Shop Boys font oeuvre d'auteurs.

9. Sad Robot World (3m18s) - 7/10

Changement d'atmosphère complet. La pulsation ralentit, l'atmosphère se fait ici glaciale, métallique, pleine d'échos et de silence, la description d'un monde de machines et de robots qui n'est pas sans rappeler les premières minutes de Wall-E. J'aime particulièrement la manière dont les mots 'Sad Robot' sont chantés d'une voix claire et aiguë, alors que le 'World' est murmuré d'une voix grave, brouillant la frontière entre "robot triste" et "triste monde robotisé" et transformant ainsi cette description de notre société moderne en le portrait psychologique d'un automate doté de sentiments et souffrant de sa solitude.

Les Pet Shop Boys ont déjà produit sur de tels prémisses sonores des chansons majeures (Luna Park pour ne citer qu'elle). On n'atteint pas ici tout à fait les mêmes sommets, malgré un joli petit intermède instrumental à 2m04s. La mélodie est trop évidente, retombant à la fin de presque chaque phrase sur les notes de tonique et de dominante (ou en tout cas des notes qui n'appellent pas de résolution, je ne vais pas trop m'avancer dans l'analyse) et ne parvenant donc pas à construire un discours sur plusieurs strophes, à générer du mystère. La pesanteur rattrape un peu trop facilement ce qui aurait dû être une chanson en suspension. Quant à la question de savoir pourquoi il me semble évident qu'une chanson sur la robotique devrait être suspendue dans l'éther, je suis sûr qu'elle passionnerait mon éventuel analyste.

10. Say It To Me (3m08s) -  6/10

De toutes les chansons de Super, c'est celle qui me semble retomber le plus dans les facilités du précédent album, avec cet enchaînement sans âme de grosses ficelles dance. A peu près tous les éléments sonores de cette chanson pourraient se retrouver à l'identique sur une compile "Total Ibiza 24 (42 Massive Balearic Bangers)" de 2001. Je n'y retrouve pour ainsi dire rien de l'univers du groupe. Même le texte (sur l'impénétrabilité de l'être aimé, dont les pensées et les sentiments les plus profonds nous restent inaccessibles) est d'une grande platitude. Bon, cela dit, si on accepte de n'y voir qu'un morceau de dance générique, il se situe dans une moyenne honorable, quelque part dans le deuxième cinquième du catalogue de David Guetta, mais y a-t-il là de quoi se réjouir ?

(la suite ici)

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