lundi, août 29

Pukkelpop Samedi

(suite de ce billet)

La programmation du samedi est traditionnellement celle qui m'intéresse le moins. Entre Patrick Wolf (14h30) et Nick Cave (23h30), il n'y a pas grand-chose rien qui m'emballait a priori. Je me préparais donc à passer une journée sous le signe de la découverte et de l'intérêt poli, et c'est en moyenne ce à quoi j'ai eu droit.

La journée commence, après une grasse matinée bienvenue, par l'ami Patrick Wolf. C'est la troisième fois que j'ai l'occasion de le voir sur scène, mais la première fois en festival. En conséquence, le piano à queue des précédents concerts est ici remplacé par un orgue électrique tout rikiki, posé sur une chaise et qui lui arrive au bas des genoux quand il s'assied pour en jouer. Il faut sans doute porter à son crédit que, malgré ces conditions difficiles, le concert soit si proche de celui de l'Ancienne Belgique il y a quelques mois : même gilet troué de serveur de restaurant devenu clochard, même air gêné quand il regarde les spectateurs mais même capacité à retenir leur attention, même accompagnement par un batteur et setlist analogue, principalement tirée de son excellent deuxième album Wind in the wires. La seule vraie surprise du concert fut sa reprise du Running up that hill de Kate Bush, qu'il interprète comme une de ses chansons, c'est-à-dire avec un sens du pathos (placements de voix, rallentendos,...) qui ravit certains spectateurs et en irrite d'autres. C'est sans doute en écoutant cette reprise que je comprends le mieux les reproches que l'on peut faire à sa musique : maniérée, inutilement emphatique, etc.. Ce qui fonctionne parfaitement dans ses propres compositions a tendance à paraître naïf et forcé lorsque transposé aux chansons des autres mais bon, ceci est un reproche mineur. Un très bon concert, donc, malgré quelques fausses notes et un brouhaha constant, inévitable au Château. Je suis personnellement tout prêt à voir un concert de Patrick Wolf tous les six mois pour entretenir ma fan-attitude et celui-ci convenait parfaitement. A l'année prochaine donc, si tout va bien.

J'enchaîne avec le concert de Boom Bip. Le programme du festival le définit comme un 'human beatbox', d'autres le décrivent comme d'abord et avant tout un rappeur tandis que se musique évoque à certains de l'électronica post-rock disco. En fait, la musique de Boom Bip se situe exactement à mi-chemin entre le (post-)rock et l'électronica, une sorte d'hybride parfait qui refuse jusqu'au bout de choisir son camp. Ils sont quatre sur scène, la tonalité générale est plutôt gentiment mid-tempo et le tout fait un concert parfait pour le milieu d'après-midi de ce dernier jour, alors que la fatigue accumulée les jours précédents commence à se faire sérieusement sentir. Sons and daughters vont ensuite gentiment réinsuffler un peu de tonus dans les esprits. Tous habillés de noir, les quatre membres du groupe (deux hommes, deux femmes) font une musique qui évoque tout à la fois le blues crade des White Stripes (ou des Kills) et le rock'n'folk hanté de Sixteen-Horsepower. Je suis complètement rentré dedans malgré une chanteuse qui se laissait parfois un peu emporter par son envie de hurler à la mort. Je suppute néanmoins que, sur disque, ce problème ne se pose pas et que le groupe pourrait donc vite devenir un substitut adéquat des White Stripes pour ceux (dont moi) qui considèrent que le succès a rendu Jack White rédhibitoirement tête à claques.

Nous enchaînons par un petit quart d'heure nourriture et rafraîchissements en écoutant de loin les Dropkick Murphys, un groupe dont je ne connaissais même pas le nom et avait les honneurs de la grande scène. Je suppose qu'on peut décrire leur musique comme du punk hardcore avec des gros bouts de cornemuse dedans, ce qui est un créneau assez peu fréquenté. Il fallait bien qu'un groupe se dévoue pour l'occuper. Ils se sont proposés. Bravo à eux. Nous passons ensuite jeter un oeil sur Riton, groupe dont j'avais vaguement écouté l'album il y a un an, sur la foi d'une chronique du NME et d'une reprise de Killing an arab. Le groupe se comporte d'un chanteur, d'un guitariste et d'un bidouilleur et crée une musique que je serais bien en peine de définir, quelque part entre la house poisseuse, le funk lubrique (il y a des intonations de Prince dans la voix) et le post-punk salace. Pendant vingt minutes, je me suis cru téléporté dans une discothèque louche des fins fonds du New York des années 70. Des beats robotiques et des riffs de guitare soutiennent un chanteur qui harangue les spectateurs, non sans un soupçon de vulgarité. Drôle d'expérience, d'autant que le Chateau était étouffant de chaleur à ce moment. J'en suis sorti avec un début de mal de crâne. On ne m'y reprendra plus.

Le programme présente les Towers of London en citant Motley Crüe et les Sex Pistols. On ne pourrait mieux dire : les cheveux de Motley Crue et les tee-shirts des Sex Pistols, les solos de guitare de Motley Crue dans des morceaux à la manière des Sex Pistols. L'interaction du groupe avec le public est également un étrange mariage de l'attitude antagoniste des Sex Pistols (le chanteur hurlant "Come on. Move, you paltry cunts.") et des poses de guitar-hero du pire hair-metal des années 80. Le tout est très drôle mais à oublier très vite sous peine de graves séquelles psychiatriques. Le contraste avec le trip-pop de Ozark Henry sur la grande scène n'aurait pas pu être plus grand. Certains n'ont retenu du concert que la verrue de la chanteuse sur les écrans géants. N'ayant pas eu la curiosité de regarder les écrans géants, je n'en ai rien retenu du tout, bien que j'aime plutôt bien ce que je connais des albums du groupe.

La fatigue accumulée m'a rendu assez paresseux en ce dernier jour de festival. En conséquence, je ne me décide que très tard à aller faire un tour au dance-hall pour voir T. Raumschmiere. A ma grande surprise, le chapiteau est bourré à craquer de clubbers rendus fous par une sorte de dance bourrine à base de percussions et de riffs de guitare. Ca m'évoque en fait beaucoup le morceau I'm so crazy de Part-T-One vs INXS sorti il y a quelques années. Trente secondes à peine après notre arrivée, un nouveau morceau commence, accueilli par des milliers de hurlements de joie et de sauts en l'air. Devant cet enthousiasme unanime de la foule (j'ai rarement vu une telle clameur au début d'un morceau, tous concerts confondus), je me demande un instant si Mr T aurait écrit un tube planétaire sans que je ne m'en rende compte, mais non. La mélodie reprise en choeur par des milliers de gosiers extatiques ne m'évoque strictement rien. La comparaison la plus proche que je puisse faire est le Satisfaction de Benny Benassi. C'est une expérience troublante de se retrouver ainsi perdu au milieu d'une foule réagissant comme un seul homme à des stimuli que l'on ne comprend pas. Si l'un de vous peut me dire comment s'appelle le tube ultime de ce monsieur, ça m'intéresse. Je serais curieux d'entendre à quoi ressemble la version studio.

(EDIT : La chanson s'appelle Monster Truck Driver et peur s'écouter ici ou .)

Cette après-midi piteuse laisse la place à un début de soirée tout aussi piteux, qui commence par deux morceaux de Morcheeba, que je pourrais difficilement décrire autrement que comme insipides, d'autant que la chanteuse historique du groupe a mis les voiles et que le groupe en a donc engagé pour cette tournée une nouvelle, qui ferait presque regretter les versions studio (et pour que je regrette des chansons de Morcheeba, il en faut beaucoup). Le NME a un jour dit que Morcheeba faisait de la "musique d'ascenseur pour conducteurs de Volvo qui mettent des cravates beiges". C'est assez bien vu. N'ayant ni Volvo ni cravate beige, il ne me reste plus qu'à partir discrètement prendre un bain de glamour hollywoodien avec le concert de Juliette and the Licks. Juliet Lewis, dans une combinaison rouge moulante, y tente de nous convaincre que le rock'n'roll a toujours été sa vraie passion et que sa carrière sur grand écran n'était qu'un trempli vers son véritable amour, la scène. Elle serait plus crédible si elle savait chanter et si ses chansons avaient un soupçon d'intérêt.

La cerise sur le gâteau de la médiocrité festivalière sera posée par Korn, qui est pour moi au nu-metal ce que les Who sont au 'classic-rock', c'est-à-dire un groupe culte ('séminal' diraient certains) mais dont je serais bien en peine de citer ne serait-ce que le titre d'une chanson. Aucune diffusion à la radio ou sur les chaînes musicales, pas d'amis fans (Dieu merci) et un a-priori immensément négatif ont fait de Korn un des groupes dont je peux dire le plus grand mal sans en rien connaître et sans la moindre mauvaise conscience. Le petit quart d'heure passé à regarder Jonathan Davis (dont le charisme sur scène est rigoureusement nul) et ses dreadlocks s'agiter sur des chansons n'ayant ni queue ni tête n'ont rien fait pour me dissuader de continuer à l'avenir de me servir de mon ignorance comme d'un étendard. Le set se termine par une reprise d'Another Brick in the wall qui se contente de singer l'original avec une voix rocailleuse de grand fumeur. Dieu seul sait (et il l'a sûrement dit à l'ex-guitariste du groupe) comment ils ont pu penser que c'était une bonne idée.

Heureusement, une fois qu'on a atteint le fond du puits , on ne peut plus que remonter et les deux derniers concerts de la journées allaient me réconcilier avec la musique. Celui de !!! commence on ne peut mieux lorsque le chanteur monte sur la scène du club, très exposée aux sons provenant de la scène principale, en disant : "Sorry for being late. We were waiting for that awful racket [Korn] to end." En une phrase, j'étais déjà quasiment conquis, exploit d'autant plus admirable que, sur disque, !!! m'a toujours laissé perplexe. En fait, comme pour The Go! Team, j'ai l'impression que la musique du groupe ne trouve sa vraie dimension qu'interprétée sur scène. Tout y est en effet centré autour de l'énergie véhiculée. En fait, voir le chanteur sauter, danser, ramper, se contorsionner sans jamais faire de pause pendant une heure tandis que derrière les percussionistes tabassent leurs fûts avec jubilation, c'est un peu comme découvrir le mode d'emploi d'un lecteur CD dont le tiroir aurait jusque là toujours refusé de s'ouvrir. Je doute que cette épiphanie m'aide à mieux apprécier l'album mais il est indéniable que, pendant une heure passée à sautiller sur place avec un sourire béat, !!! avait tous les atouts pour être le meilleur groupe de festival du monde, sans doute parce qu'ils ne laissent planer aucun doute sur le plaisir qu'ils prennent à jouer sur scène, plaisir qui finit forcément par contaminer le spectateur.

La soirée (et le festival) se termine par un concert qui vient démentir ce que des années de festival m'avaient fait appeler la malédiction de la grande scène, condamnée dans mon esprit à empêcher la musique qui y est jouée de transporter une émotion autre que l'habituel "Putain, ça tabasse". J'avais d'ailleurs été surpris d'apprendre que Nick Cave and the bad seeds avaient été choisis pour clôturer le dernier jour de festival. Sa musique sombre ne m'apparaissait pas a priori propice à réunir 40000 festivaliers. Sans doute avais-je sous-estimé la popularité du personnage car il a rempli son rôle à la perfection. Le son était parfait et le choix de la set-list ne l'était pas moins. Certains ont eu du mal à se faire au départ de Blixa Bargeld et à l'introduction d'un choeur gospel sur le (mirifique) dernier album mais je suis de plus en plus persuadé que cette adjonction du choeur est une des meilleures idées que Nick Cave ait eues depuis longtemps. Même les anciennes chansons bénéficient énormément, je trouve, de ces touches soul qui viennent tempérer la furie orchestrale des 7 Bad Seeds. Durant 1h15, le public écoutera, dans un recueillement quasi-religieux, les morceaux emblématiques de la carrière de Nick Cave alterner avec les extraits de son dernier album. C'est sans aucun doute le meilleur concert que j'aie jamais vu sur la scène principale d'un grand festival et, franchement, ça m'a donné envie de revenir l'année prochaine.

...

Ouf, voilà, je suis arrivé au bout de mon compte-rendu kilométrique. Félicitations à ceux qui ont tout lu depuis le début. Ils ont bien du mérite.

samedi, août 27

Pukkelpop Vendredi (2ème partie)

(suite de ce billet)

La soirée du vendredi commence avec le concert de Fischerspooner. Il y a deux ans (il faut se rendre à l'évidence, l'affiche de cette année est une copie conforme de celle de 2003), Fischerspooner nous avait gratifié d'un show en play-back complet avec changement de costumes, chorégraphie et une bonne dose de ridicule assumé. C'était arty en diable, somme toute assez grotesque et en conséquence assez jouissif. Cette année, le groupe a sorti Odyssey, un album de vraies chansons (c'est pas moi qui le dis, c'est la critique, qui semble bizarrement persuadée que #1 n'en contenait aucune) et se présente donc sur scène comme un vrai groupe de musiciens (chanteur, guitariste, claviériste, batteur, bassiste et choriste), et non plus comme une bande de poseurs prétentieux. En conséquence, Casey Spooner chante en direct, sur une scène sans décors et avec très peu de changements de costumes. On sent confusément que ce dépouillement lui pèse (même s'il est objectivement tout relatif, pour n'importe quel autre groupe, un costume composé d'une longue cape, d'un costume militaire rouge et or d'apparat, d'un boa et d'un chapeau à plumes paraîtrait plus extravagant que discret). Il tente donc de la faire oublier en jouant à outrance avec les clichés de la pop-star, ce qui fait que j'ai eu la curieuse impression d'assister à un concert du Duran Duran de la grande époque. Casey est parfait en Simon Le Bon tête à claques (dont il reproduit les poses et les mimiques) et ses musiciens font des Taylor et Rhodes tout à fait crédibles. Le tout forme un spectacle indéniablement divertissant, même si les chansons du groupe sont en général d'un intérêt limité. Emerge flotte tellement au-dessus du reste de leur répertoire qu'ils feront mine de la commencer deux fois avant de la jouer pour de bon et, parmi les autres, seules The 15th et We need a war provoquèrent véritablement l'enthousiasme du public, enthousiasme qui m'a d'ailleurs un peu surpris. Peut-être finalement Fischerspooner a-t-il encore un avenir.

Dans la famille "Je porte des costumes extravagants", je demande le cousin goth qui préférait arracher les ailes des mouches plutôt que d'aller souhaiter un bon anniversaire à sa cousine Christina. Marilyn Manson est sur la grande scène. J'ai plutôt un a priori favorable sur Marilyn Manson. Sociologiquement, visuellement et même musicalement, je le trouve plus intéressant que toute la cohorte nu-metal apparue à la même époque (à l'exception des mes bons gars Mike et Chester évidemment). Pourtant, ce concert fut en tous points pénible. D'où je me trouvais (très loin, il faut bien le reconnaître), je n'ai rien trouvé à quoi m'accrocher. Je ne reconnaissais aucun morceau, d'abord parce qu'il a privilégié ses deux derniers albums, dont je ne sais rien, et ensuite parce qu'il semble naïvement croire qu'en live, tout ce qu'on attend de lui est qu'il hurle comme un possédé par-dessus un mur de guitares saturées... alors que pas du tout, j'aurais préféré qu'il nous montre l'étendue de son répertoire (j'aurais par exemple adoré entendre The speed of pain dans une version proche de l'album par exemple). Las, au bout du cinquième titre, nous en avions entendu plus qu'assez et sommes partis nous placer pour voir la hype du millénaire, j'ai nommé les cultissimes Arcade Fire.

Qu'écrire, qu'écrire ? Depuis un an que les rouleaux compresseurs du bon goût (des Inrocks au NME et de la Blogothèque à Pitchfork... toutes sources d'informations par ailleurs tout à fait estimables, là n'est pas la question) nous imposent de voir en Funeral la huitième merveille du monde, Arcade Fire est un groupe dont j'adore dire du mal et, à voir les gens autour de moi se comporter durant le concert comme si Dieu leur était apparu dans un halo de lumière dorée, j'ai peaufiné quelques phrases assassines dont je comptais bien me resservir ici (un exemple ? "Arcade Fire est aux 'Houhouhou' ce que les Kaiser Chiefs sont aux 'Nanana' : des grossistes de seconde main."). Pourtant, il serait un peu facile de mettre l'enthousiasme débordant que le groupe suscite un peu partout sur le compte d'une hallucination collective auto-alimentée par des médias effrayés à l'idée de passer à côté de 'the next big thing'. D'autant que, franchement, c'est pas si mal, Arcade Fire. L'album souffre certes d'une production lourdingue sur certains morceaux et le chanteur a une des voix les plus exaspérantes depuis Anastacia mais, dans l'ensemble, c'est un bon petit disque sympathique, qui mêle avec un certain bonheur euphorie et tristesse, rythmes endiablés et sujets graves, rock et folk. Il méritera certainement une place dans le top 20 de fin d'année. En concert, c'est même encore un peu mieux : le groupe fait corps avec sa musique et parvient sans problèmes à mettre dans sa poche un public qui, pour être honnête, ne demande que ça. Pourtant, j'ai avec leur set le même problème qu'avec celui de The Polyphonic Spree : je ne crois pas une seconde à la sincérité de leur comportement sur scène. Sur un des morceaux (ne me demandez pas lequel, ils se ressemblent tous.. il y avait des 'houhouhou' en tout cas), un des musiciens était préposé aux percussions et, tout gonflé de l'importance de sa mission, a grimpé aux échafaudages jouxtant la scène, cymbale en main (pied compris, ce qui est, je suppose, une sorte d'exploit sportif), a fait le pitre pendant quelques minutes dans les hauteurs, tapant sa cymbale sur tout ce qui lui tombait sous la main, en équilibre instable, le visage rougeaud d'excitation. Il est ensuite redescendu sur scène où il a entrepris d'étrangler un autre musicien avec la lanière de sa guitare tout en jouant (ah oui, il jouait de la guitare aussi, c'est que, voyez-vous, ce sont des musiciens complets et il faut que ça se voie), sans doute parce que, à ce moment du concert, il était tellement dans sa musique qu'il en était comme possédé par le démon du rythme, de la danse, du rock, de la mort (biffez les mentions inutiles). Cela fait peut-être de moi un être froid, ennuyeux, cynique, pisse-froid, terre-à-terre (biffez les mentions inutiles) mais je suis rigoureusement incapable de rentrer dans ce genre de 'trip' et n'y vois qu'un positionnement marketing soigneusement pensé. Du coup, je me cabre et décide d'en rire et, à mon grand désespoir, j'avais l'impression d'être le seul dans un rayon de 100 mètres à ressentir le besoin de faire appel à mon sens de l'humour durant cette heure de concert. Dommage. J'ai toujours eu du mal avec les gens qui se prennent au sérieux. Cela dit, comme je suis plein de bonne volonté, j'accepterai peut-être de reconnaître qu'il s'agissait (musicalement parlant) d'un des dix meilleurs concerts du festival quand le souvenir des yeux hébétés de béatitude de mes voisins se sera estompé. Là, pour l'instant, ça me ferait trop mal.

Au risque de continuer à me fâcher avec tout le monde, je dois à présent dire un mot du concert des Pixies. Le groupe n'a jamais vraiment fait partie de mon univers musical et je n'ai à vrai dire jamais ressenti le besoin d'y remédier (j'étais bien trop occupé à découvrir tout le reste du catalogue 4AD). Le début du concert semblait prometteur, un son parfait où chaque instrument se détache avec la netteté d'une incision au scalpel, des tubes à foison (Monkey gone to heaven,... ce genre de choses) mais, très vite, ces morceaux reconnaissables me semblent laisser la place à un festival de cris et de grognements dont je ne parviens plus à rien retirer. Sans doute que, pour les fans, il s'agit d'interprétations électrisantes de je ne sais quel morceau-culte de Trompe le monde, mais pour le béotien que je suis, c'est surtout beaucoup de bruit et, comme vous avez sans doute pu vous en rendre compte, mon seuil de tolérance pour le bruit sur la grande scène est quasi-nul (je suis beaucoup plus ouvert pour les scènes annexes, où je peux ressentir un minimum d'empathie avec les musiciens). Je suis donc parti me placer pour le prochain concert. Cela dit, cette ignorance n'a que trop duré. Je m'en vais dans les prochains jours écouter avec attention le best-of, Doolittle et Bossa Nova (je sens confusément que ça devrait m'intéresser), histoire de pouvoir raconter moins de bêtises la prochaine fois que je croiserai leur chemin en festival, mais pour ce qui est du concert de cette année, je dois bien avouer que ça m'est un peu passé par-dessus la tête.

La soirée se termine par le concert de TTC, pourtant initialement prévu en début d'après-midi. La présence d'un groupe francophone au Pukkelpop est, à vrai dire, un événement rare. La langue française est en général assez mal vue dans les festivals flamands. Ainsi, certains groupes anglo-saxons se sont, à une époque, fait huer pour avoir oser dire "Merci" et "Bonjour" sur scène. En conséquence, le fait d'entendre parler français était un retour aux sources bienvenu même si je dois bien avouer que mon taux de compréhension des paroles fut à peine plus élevé ici que pour Goldie Lookin' Chain. Je ne connaissais de TTC que Dans le club et leur participation à Le hip-hop, c'est mon pote mais m'étais forgé un a-priori plutôt favorable qui fut glorieusement confirmé par leur concert. Le groupe comprend trois personnalités, trois physiques et trois types vocaux très différents (je passe sous silence le DJ, tapi dans l'ombre durant la majorité du set). Un Jésus portant un tee-shirt jusqu'aux genoux (Cuisinier), dont la spécialité est le rap sur intonation montante, un Yannick Noah (le plus "cool" de la bande) et un François Hadji-Lazaro, dont la présence sur scène durant tout le pré-concert m'avait donné l'impression qu'il était un roadie. Le plus admirable dans TTC (outre leur capacité à exploser la barrière des 345 mots, au moins, à la seconde) est l'énergie hallucinante transportée par les beats, qui ont plus à voir avec l'electronica festive (et la musique de jeux vidéo) qu'avec le bandes sonores du rap US (sauf peut-être celles de Timbaland). Une autre raison de sortir du concert avec un sourire jusqu'aux oreilles est leur manière de traduire littéralement en français les expressions toutes faites du rap anglo-saxon ("Bouge ton cul", "Faites du putain de bruit", ce genre de choses..) Je ne sais pas si c'est un hommage ou s'ils prennent la pisse (moi aussi je peux) mais c'est très drôle. Sans aucun doute un de mes concerts du weekend. Il va aussi falloir que j'écoute l'album. En fait, les festivals ne sont jamais que des immenses machines promotionnelles destinées à me faire acheter des disques, et je me laisse encore avoir comme un bleu.

Nous terminons cette (trop) longue journée par cinq minutes d'Apocalyptica, un quatuor de violoncellistes qui s'étaient fait connaître il y a plusieurs années par un album de reprises de Metallica. Nous sommes d'ailleurs arrivés pour le rappel où ils ont justement joué Enter Sandman devant un public chauffé à blanc (qui hurlait les textes) puis une composition à eux. Il y a quelque chose d'infiniment jouissif à voir ces quatre hurluberlus torse nu dans un décor de cimetière à l'abandon jouer du violoncelle tout en agitant leurs cheveux comme dans une pub pour du shampooing au Monoi d'autant que, un batteur et l'amplification électrique aidant, ils parviennent à reproduire de manière assez bluffante le son du heavy-metal. Les dix minutes de concert auxquelles j'ai assistés m'ont bluffé. Il n'aurait peut-être pas fallu que cela dure beaucoup plus longtemps cela dit.

(suite et fin ici)

vendredi, août 26

jeudi, août 25

Pukkelpop Vendredi (1ère partie)

(suite de ce billet)

Cela fait bientôt cinq ans que je considère The Coral comme le meilleur groupe pop anglais et j'aurais en toute logique dû les voir quatre fois en concert. Et pourtant... A la Route du Rock, ils étaient passés plus tôt que prévu et je les avais ratés de quelques minutes. Au Festival des Inrocks, ils avaient annulé au dernier moment. Je ne les ai donc vus que deux fois, à chaque fois au Pukkelpop. Pire, alors que la musique du groupe me semble a priori parfaite pour clôturer la soirée au Marquee, où ils pourraient jouer une heure devant un public réceptif, les organisateurs s'entêtent à les programmer en tout début de journée sur la grande scène. C'est désespérant. L'heure matinale et le gigantisme (tout relatif) du décor achèvent de diluer le peu d'énergie que le groupe semble prêt à investir pour leur prestation. Il y a deux ans, le groupe avait poussé le foutage de gueule jusqu'à interpréter leur version de 15 minutes de Goodbye, qui durait donc la moitié du concert. J'en aurais pleuré. Tant de chansons formidables sacrifiées sur l'autel d'une jam-session interminable. Cette année, ils ont au moins accepté de multiplier les morceaux : une petite quinzaine sur les 35 minutes qui leur étaient allouées. Malheureusement, les versions jouées sont souvent indistinguables des versions studio ce qui, le je-m'en-foutisme du chanteur aidant, donne objectivement au concert un intérêt limité. Heureusement qu'en toute fin du set, un Arabian Sands un peu plus pêchu vient réinsuffler un peu de vie dans un concert mollasson. Je continuerai à défendre les disques du groupe mais, en attendant de les voir enfin dans de bonnes conditions (une date à l'Ancienne Belgique ou au Botanique en cinq ans, ça ne me semble pas être une exigeance excessive), je dois bien avouer qu'ils sont peut-être un des pires groupes de festival qui puissent s'imaginer et ce n'est que grâce au niveau des chansons que je dois d'avoir finalement passé un bon moment.

TTC ayant retardé son set jusqu'à 1h20 du matin, nous errons pendant une petite demi-heure d'une scène à l'autre, juste le temps de voir Mocky mettre ses oreilles de souris (un fil de fer recourbé recouvert d'un collant) pour Michey Mouse Motherfucker et nous partons nous installer pour le concert de Annie. Annie est depuis quelques mois l'alibi pop préféré des indie-snobs du monde entier. Elle allie un soupçon d'exotisme (depuis Morten, les pop-stars norvégiennes sont assez rares), un carnet d'adresses bien rempli (Richard X produit) et une confidentialité de bon aloi (j'attends toujours de voir ses clips sur MCM). Il n'est donc pas rare de lire ici ou là qu'Annie se situe cent mille lieues au-dessus des Britney, Kylie, Rachel dont se contente le bas-peuple. C'est évidemment tout le contraire et Annie n'est jamais aussi intéressante que lorsqu'elle parvient à se rapprocher de ses glorieuses consoeurs, ce qu'elle n'a nulle peine à faire sur une triplette de singles imparables (Chewing gum, Me Plus One et Heartbeat) mais qui devient une tâche nettement plus ardue avec le reste de son répertoire qui, à l'image de son album, m'a semblé un peu en-dessous. De plus, je regrette un peu que son statut de pop-star crédible la pousse à refuser le "spectacle" et à miser sur le minimalisme pour défendre sa prestation. La scène est vide à l'exception d'une table sur la droite où un DJ finlandais bidouille quelques effets sonores (et semble fermement décidé à rentabiliser son nouveau jouet, un boîtier qui fait un bruit de pistolet laser quand on le frappe avec une baguette). Il incombe donc à la frêle Annie de captiver l'attention, et bien qu'elle soit indéniablement aidée par une apparence de blonde sexuelle de poche (même Kylie Minogue semble plus grande), des bottes en cuir, un petit gilet turquoise et un art du déhanchement qui en souffre aucune contestation, elle peine parfois à empêcher l'esprit de vagabonder, d'autant que la qualité sonore était assez médiocre et sa voix régulièrement inaudible. Un jour peut-être, la pop ne sera plus un gros mot en festival et nous aurons droit à un show extravagant avec danseurs, paillettes et changements de costumes. On peut rêver. Cela dit, j'ai passé tout le reste de la journée à chantonner 'Feel my heartbeat', c'est donc que, même dans cet état de dépouillement spartiate, l'âme (Annie-ma ?) des chansons est parvienue à percer.

Nous enchaînons avec Goldie Lookin Chain. 10 gallois en training (Nike et Adidas uniquement), tee-shirts et casquettes, portant tous fièrement un collier qui, bizarrement, semble plutôt en argent qu'en or. Le spectacle sur scène est assez difficilement descriptible. Pendant 45 minutes, pas un des membres ne sera resté immobile plus de 10 secondes et il est parfois difficile de savoir à quel degré tout cela doit être pris, bien que je doute fort que cela soit au premier (leurs rôles sur scène sont clairement de composition). Je ne comprends pas grand-chose aux paroles, sauf pour les singles qui passent à la radio (essentiellement Guns don't kill people, rappers do), mais ce n'est pas très grave. Les morceaux sont construits de telle manière qu'il suffit d'entendre une fois le refrain pour être capable de le reprendre en choeur, si possible en bougeant le bras pour passer inaperçus dans la masse (comme à mon habitude, j'étais dans les premiers rangs). Ce fut pour moi un des tout meilleurs concerts du festival. Il est amusant de voir comment, sur un canevas formel très proche (y compris cette règle immuable voulant que les deux dernières syllabes de chaque phrase doivent être dites par tous les rappeurs présents sur la scène), le rap européen (j'y inclus TTC dont je parlerai plus tard) parvient à créer un genre qui me parle beaucoup plus que le rap US, qui se prend souvent trop au sérieux pour parvenir à m'intéresser (si on excepte Outkast, Missy Elliott et, dans une moindre mesure, Eminem). Lorsque Your mother's got a penis s'achève, j'ai un sourire jusqu'aux oreilles et un coup d'oeil autour de moi me prouve que je suis loin d'être le seul. Si je voulais donner l'impression d'être un "B-boy" dans l'âme, j'ajouterai qu'ils ont un "flow" très fluide, mais j'ai peur de paraître ridicule en écorchant les termes techniques. Je m'abstiendrai donc.

Vous saviez qu'il existait un groupe répondant au doux nom de Zornik... Non ? Moi non plus. Maintenant je sais, mais je ne dirais pas que ça a changé ma vie. En revanche, je savais bien qui était The Go! Team et j'allais voir leur concert sans rien en attendre de particulier. J'avais tort. Leur musique est principalement centrée sur l'énergie véhiculée par les rythmes et fait assez peu de cas de la mélodie (mon Graal). En conséquence, l'écoute de l'album a tendance à rapidement m'ennuyer. Il n'en est plus tout à fait de même en concert, principalement grâce à la chanteuse-rappeuse, dont l'enthousiasme est franchement communicatif. Entourée de ses 5 acolytes et de son tee-shirt rose, elle exhorte le public à danser ("This one is very simple. You just have to do this with your shoulder and step aside.") et le public, pas chien, s'exécute. Ladyflash et Untitled deviennent ainsi en concert de redoutables machines à faire bouger (ce que leur écoute sur disque ne laisse qu'imparfaitement présager). Cela dit, le morceau que j'ai préféré est sans doute le plus calme, celui où le groupe lève le pied de l'accélérateur et laisse libre cours à son sens de la mélodie sucrée (voir aussi le sublime The Ice Storm). On ne se refait pas.

LIENS : Deux vidéos de Annie à regarder ici.

(la suite ici)

C'était bien.

Il semblerait que je partage avec michelsardou une passion pour Le lac du Conemara la chanson de Bourvil Le bal perdu. Vous pouvez aller l'écouter sur son blog. Il s'agit sans doute de la seule chanson où l'accordéon me met les larmes aux yeux.

mercredi, août 24

Pukkelpop Jeudi (2ème partie)

(suite de ce billet)

Tout festival contient ses instants magiques, ces rares moments où tout s'accorde pour provoquer chez le spectateur une atmosphère de douce euphorie qu'il pourra chérir durant les longs mois d'hiver. Quels sont les ingrédients nécessaires pour que cette délicate alchimie se réalise ? En premier lieu, une bonne chanson, cela va de soi. Ensuite, un effet de surprise, le sentiment d'assister à quelque chose de rare, d'inattendu ou au contraire de désiré depuis longtemps. Enfin, le fait d'être pris dans une ambiance communicative, le sentiment de faire partie d'un public en osmose avec l'artiste présent sur scène. J'ose à peine l'écrire mais c'est sans doute au cours du concert de Fort Minor que ces trois éléments furent réunis avec le plus d'évidence. Fort Minor est le projet hip-hop de Mike Shinoda, c'est-à-dire le barbichu de Linkin Park. Or, il se fait que "notre bon gars Mike" (ainsi que nous l'avons appelé durant tout le festival) a co-écrit une chanson résolument formidable, In the end, et qu'au milieu de son concert, il en a interprété le rap, laissant au public, c'est-à-dire nous, le soin de chanter le reste. "I tried so hard and got so far... in the end it doesn't even matter..." Chester chantait par notre bouche. Il fallait sans doute y être pour comprendre mais il s'agissait d'un moment précieux dont je refuse d'avoir honte et qui était rendu encore plus jouissif par le fait qu'il était partagé par peu de monde. Il est probable que la plupart des festivaliers ne savaient pas qui était Fort Minor (dont c'était le tout premier concert sous ce nom) et que, s'ils l'avaient su, il y aurait eu nettement plus de monde au Dance Hall. Pour le reste, il s'agissait d'un concert de rap tout ce qu'il y a de plus classique (et assez moyen) avec trois MCs débitant leur texte à la mitraillette, un public martelant la pulsation en abaissant la main tendue vers l'avant, ou de gauche à droite si on le leur demandait (le public rap est très docile). Durant les 25 minutes de concert auxquelles nous avons assisté, nous avons souvent eu l'impression de n'être pas du tout à notre place, mais en y prenant un réel plaisir, ce qui est bien l'essentiel. Un jour, je verrai Linkin Park en concert.

Quand les concerts se succèdent avec une telle fréquence, il est bien difficile de leur donner à tous les mêmes chances de nous séduire. Or, il se fait que je trouve les membres de The Bravery antipathiques et leurs chansons sans intérêt. Comme j'ai rapidement vu qu'ils prenaient en plus des poses ridicules sur scène et que le chanteur était incapable de chanter juste, je suis parti bien vite me placer pour le concert très attendu de Franz Ferdinand. C'était sans aucun doute une erreur. Nous étions serrés comme des sardines, régulièrement aspergés de bière (enfin...j'espère qu'il s'agissait de bière) et le son était immonde (on n'entendait pour ainsi dire pas les voix). Dans ces conditions, le concert ne pouvait être qu'une immense déception et fut même par moments presque pénible. Je ne suis pas sûr que le groupe y puisse quoi que ce soit, d'autant que j'aime a priori plutôt bien Franz Ferdinand (autant leurs chansons que l'image qu'ils renvoient d'eux-mêmes en interview) mais la seule chose que je suis parvenu à retirer de ces trente minutes de calvaire est que Alex Kapranos commençait à ressembler à Brett Anderson (ce n'est pas un compliment, ne serait-ce que parce que ce dernier a largement dix ans de plus). Par dépit, nous avons fini par fuir pour aller assister à la fin du set de Fennesz dans un Château aux trois quarts vide, au sol jonché de spectateurs couchés, les yeux fermés, dans un état d'extase auditive (ou tout simplement endormis). Alternant entre ses machines et une guitare électrique, Fennesz empile des couches atmosphériques, presque sans rythme, qui se croisent et se répondent en formant un paysage sonore dans lequel il fait bon s'immerger. J'avais toujours eu un a priori défavorable envers Fennesz (sans doute ai-je écouté un truc qui ne m'a pas plu il y a quelques années) mais ce demi-concert fut une vraie bonne surprise et je regrette amèrement de n'avoir pas fait l'impasse sur Franz Ferdinand pour assister à l'entièreté de son set. Ca m'apprendra à ne pas mieux choisir mes hypes.

Nous enchaînons ensuite avec Polyphonic Spree. Ils sont 23 sur scène et arborent tous une robe bleu clair du plus bel effet. Il y a deux ans, j'avais fini par me laisser emporter, bien malgré moi, par le tourbillon de bons sentiments qui émanaient de leur musique. Cette fois-ci, j'ai tenu bon, soit que mon coeur de Pierre se soit endurci, soit que le groupe ait sombré dans l'auto-caricature (l'hypothèse la plus probable). Musicalement, on flirte ici dangereusement avec la musique progressive : multiplicité des instruments, morceaux qui n'en finissent pas avec des changements de rythme à répétition (qu'ils appellent sans doute les "mouvements" de leur "symphonie cosmique"), solos de harpe, etc.. Après le premier morceau (dix minutes montre en main), j'étais déjà au bord de l'écoeurement. Par contraste, les 'tubes' (Soldier Girl en tête) sont réduits à leur refrain et expédiés en une ou deux minutes. Leur musique tend ainsi vers une abstraction maximaliste qui m'a semblé nettement plus froide et prétentieuse qu'euphorisante. Comme de plus les musiciens ont une manière de surbouger qui frise l'hystérie (les mouvements des choristes étaient tellement forcés qu'ils en devenaient risibles), j'ai fini par avoir de sérieux doutes sur leur sincérité et lorsque le violoniste s'est mis à escalader les échafaudages sur les côtés de la scène pour bien nous montrer à quel point le plaisir de la musique lui faisait perdre toutes ses inhibitions, je n'ai pu m'empêcher de visualiser la réunion de travail où, quelques semaines auparavant, Gourou Tim avait forcé tous ses disciples à apprendre par coeur les mouvements par lesquels ils allaient devoir exprimer spontanément leur joie de jouer en sa compagnie.J'ai trouvé qu'un des membres du choeur avait l'air un peu amorphe pendant le concert, Tim l'a sans doute mis au cachot pendant une semaine.

La soirée se poursuit par une de mes toutes bonnes surprises du festival, le concert d'Amplifier qui avait bizarrement été choisi pour clôturer ce premier jour de festival sur la Skate Stage ("c'est un honneur" diront-ils). Le groupe vient de Leeds et se compose d'un guitariste-chanteur, d'un bassiste et d'un batteur. Comme souvent sur la Skate-Stage, la musique ne brille pas par sa délicatesse ou son sens de l'allusion subtile. Il s'agit d'un bon gros rock qui fait du bruit et n'en éprouve nulle honte. Le concert commence plutôt bien et finit encore mieux en nous terrassant avec une triplette de morceaux imparables (dont Airborne et l'inépuisable One great summer). Comme souvent, la raison pour laquelle j'aime autant est sans doute l'importance accordée à la belle voix grave du chanteur et à la mélodie, dans un genre où ces deux points reçoivent rarement l'attention qu'ils méritent. En tout état de cause, ce concert était exactement ce que je recherchais à ce moment de la soirée. Ce n'était apparemment pas le cas de tout le monde car le public a été complètement inerte durant tout le concert, sans doute découragé par l'interdiction du crowdsurfing, rappelée toutes les 45 seconces environ sur les écrans lumineux. Il va vraiment falloir que je réécoute l'album, qui m'avait déçu à la première écoute.

J'enchaîne avec le concert de Bonnie 'prince' Billy & Matt Sweeney. C'est la première fois que j'ai l'occasion de voir Will Oldham en chair et en os et le moins que l'on puisse dire est que ça vaut le coup d'oeil. Chemise noire, short noir qui lui remonte mi-cuisse. Sa barbe est légèrement moins fournie que sur les pochettes de ses albums mais pourrait encore abriter une famille de colibris en cas de froid persistant. Sa gestuelle m'a souvent semblé relever d'une excentricité qui flirte avec le symptôme psychiatrique. Freud aurait sûrement conclu que ses lents mouvements du bassin trahissent un cruel manque affectif et que ses mouvements de jambe sont la manifestation d'un Oedipe mal résolu (imaginez une strip-teaseuse derrière un rideau rouge, ne montrant au public que sa jambe, du genou au pied et la balançant de gauche à droite pour aguicher le spectateur, puis remplacez la stripteaseuse par Will Oldham et vous aurez une bonne idée de la chose). Dommage qu'avec un visuel aussi divertissant, la musique ne soit pas tout à fait à la hauteur. Les versions des chansons m'ont semblé inutilement alourdies pour la scène. A-t-on vraiment besoin de 5 musiciens et trois guitaristes pour jouer les (très bonnes) chansons du dernier album ? Sans doute pas. Heureusement que cette orchestration lourdingue n'a pas complètement recouvert sa voix, toujours aussi impressionnante. Cela dit, ce fut une relative déception et nous partîmes sans regrets voir la fin du set d'Adam Green au Club. Sans doute à cause du vague souvenir qu'il me reste des Moldy Peaches, je m'attendais à entendre quelques chansons mal foutues chantées comme il le peut par un type un peu gauche. Grossière erreur. Adam a une belle voix grave parfaitement maîtrisée, il parcourt la scène avec l'assurance de celui qui a fait ça toute sa vie et ses chansons sont des petites merveilles pop, ciselées avec soin et teriblement accrocheuses. On est très loin de la lo-fi maladroite de son premier groupe, dont il n'a gardé que le sens du titre (Choked on a cock) et des paroles (Jessica, No Legs, etc.). Je pars à la recherche des albums de ce pas, je devrais selon toute probabilité adorer ça.

Vient alors le moment de rentrer à la maison en écoutant de loin le début du set de The Prodigy, qui semblait aussi pitoyable que le souvenir que j'avais de leur musique. Un rappeur hurlait en permanence au-dessus de la musique et rendait méconnaissable même ce qui me semblait pourtant être les tubes. De Firestarter par exemple, je n'entendais que la trame instrumentale recouverte par un jet continu de "Come on" hurlés à tort et à travers. C'était franchement pénible et nous sommes partis sans demander notre reste.

La suite ici.

mardi, août 23

Pukkelpop Jeudi (1ère partie)

Pour moi, le festival présentant le meilleur rapport qualité-diversité sur distance-prix est indéniablement le Pukkelpop. Le site est à 50 km de chez moi, ce qui me permet de rentrer dormir au chaud tous les soirs, et la programmation semble avoir été faite en ouvrant au hasard les pages du NME. Que du bonheur en somme. Cette année, les noms qui m'ont poussé à acheter mon ticket étaient Art Brut, The Coral et Patrick Wolf mais le principal avantage du Pukkelpop réside dans la richesse de son affiche et j'aurais dû être passablement difficile pour ne pas trouver de quoi m'occuper durant ces trois jours. Cette abondance de biens a un désavantage cela dit. J'ai parfois été contraint de ne voir que des moitiés de concerts, histoire de pouvoir me faire une idée de tout ce qui m'intéréssait a priori. En négligeant les concerts suivis de très loin sur la grande scène et ceux dont j'ai à peine vu une ou deux chansons, j'ai compté que j'avais assisté à 34 concerts en trois jours, dont seulement la moitié en entier. J'ai malgré tout été contraint de faire l'impasse totale sur The Hives, Mouse On Mars, Audio Bullys, Roisin Murphy, Royksopp, Four Tet, VHS or Beta, Goldfrapp, Ellen Allien, Lady Sovereign, Little Barrie, Nine Black Alps, Emiliana Torrini, The Others, Maximo Park, LCD Soundsystem, The Raveonettes, Hot Hot Heat, The Datsuns, Sophia, Vitalic, Whitey et Vincent Gallo, sans compter The Dresden Dolls, Low, The 22_20s, Babyshambles et Colder qui ont tous annulé leur venue.

Le premier groupe au programme est aussi un de ceux que j'attendais avec le plus d'impatience, ce qui présente toujours un risque puisque nous sommes arrivés en retard et que je n'ai donc pu assister qu'à une petite moitié du set. Visuellement, Art Brut ressemble à peu près à ce que j'attendais, c'est-à-dire à rien. Le chanteur a un peu de bedaine, une touche de maquillage bizarre autour des yeux. Le guitariste est blond, à peu près chauve et porte des lunettes de prof de maths. Ce look disparate convient néanmoins tout à fait à leur musique (punk-rock foutraque diraient les Inrocks) et au message qu'ils tentent de faire passer dans leurs chansons "Réappropriez-vous le rock'n'roll. Si nous en sommes capables, vous l'êtes aussi.", message que le chanteur explicitera d'ailleurs avant de quitter la scène en disant : "I want each and everyone of you to go, after this show... urm.. after this festival, to go home and form a band. That's very important to me." Quand cet appel aux armes prend la forme de chansons aussi irrésistibles que Bad Weekend, je vois mal pourquoi il faudrait faire la fine bouche. Je suis toujours aussi peu susceptible de former un groupe de rock mais, pendant quelques minutes, j'en ai contemplé la possibilité sans éclater de rire. C'est en soi un petit miracle.

On change ensuite tout à fait de genre (malgré un look tout aussi aléatoire) avec les Engineers, qui à l'énergie primale d'Art Brut oppose un son tout en rondeurs et en échos. Le chanteur, 1m60 à tout casser, passe la plus grande partie du concert à regarder en l'air, espérant sans doute détourner notre attention du guitariste qui s'abîme dans la contemplation de son rack de pédales et ainsi éviter d'être qualifiés de 'shoegazers', appellation qui leur conviendrait pourtant plutôt bien. J'ai déjà dit ici tout le bien que je pensais de la musique du groupe (et surtout de leur premier EP Folly) et, bien que le concert n'apporte absolument rien de neuf par rapport à l'écoute du EP ou de l'album, on passe un bon moment.

Ils ont à peine 20 ans mais les Subways ont déjà l'honneur de la grande scène. Je ne suis pas sûr que ce soit leur rendre un bon service. Certes, il est difficile de ne pas trouver les deux fiancés préférés du NME attendrissants avec leurs poses de rock-stars un peu gauches, leurs grands yeux écarquillés et leur lecture appliquée du "How to make a lot of noise with your ex-girlfriend" de Jack White, mais force est de constater que les chansons ne sont pas toujours à la hauteur, d'autant qu'ils ne jouent pas 1am, le morceau qui les a fait connaître. Le concert ne décolle donc vraiment qu'avec le dernier titre, Rock'n'roll Queen, qui est d'assez loin ce qu'ils ont de mieux dans leur répertoire. Pourront-ils bâtir une longue carrière sur la base de cette seule chanson ? Je n'en suis pas sûr. Cela dit, il est peut-être injuste de les enterrer après un set qui, selon leurs propres dires, a été ruiné par des problèmes techniques.

Je gardais un excellent souvenir du concert de Ladytron il y a deux ans. La déception fut d'autant plus cruelle cette année. Le set commence très mal, par un morceau instrumental tellement long que j'ai bien failli partir. Ca s'améliore un peu par la suite (le groupe possède indénablement de bonnes chansons) mais je n'ai pas du tout retrouvé cette rigueur robotique, ces poses immobiles pleines d'ennui calculé qui m'avaient tant plu en 2003. En optant pour un jeu de scène plus conventionnel, ils (enfin, surtout Helena et Mira) ont perdu une bonne partie de ce qui faisait pour moi leur charme en concert. Dommage.

Un des concerts les plus attendus de la journée fut celui des Kaiser Chiefs, en général présenté comme le groupe le plus susceptible de rééditer le coup réalisé par Franz Ferdinand l'année dernière. Une impatience palpable est perceptible dans le public et sera partiellement satisfaite. Le chanteur monte sur scène avec une cheville plâtrée (ou bandée, les discussions à ce sujet furent houleuses), ce qui ne l'empêche pas d'aligner consciencieusement en 45 minutes toutes les étapes obligées du concert de festival d'un groupe indie-pop anglais, c'est-à-dire demander au public "Everybody clap your hands", présenter les musiciens, aller serrer les mains des spectateurs des premiers, etc. Le groupe possédant une poignée de chansons rigoureusement imparables, il est difficile de bouder son plaisir même si le concert s'est en fait résumé à un showcase appliqué. Pourtant, j'en espérais secrètement un peu plus, plus d'inattendu, un supplément d'âme qui n'est jamais venu. Tant pis (le morceau inédit joué est tout à fait formidable).

Nous enchaînons avec les Editors que le programme présente comme un croisement entre Depeche Mode, New Order et Interpol mais qui se trouve en fait être en fait un clone quasi-parfait de ces derniers, en moins bien (de l'habillement à la voix du chanteur, tout correspond). Ca n'a rigoureusement aucun intérêt, et seul le dépit d'apprendre l'annulation des 22-20s m'a fait tenir plus qu'un titre. D'une déception à l'autre, nous enchaînons avec une petite moitié du concert de Tom Vek. Je ne sais pas pourquoi j'avais en tête que derrière ce nom se cachait un groupe faisant de l'électro-punk à la Glitterati. Il s'agit en fait d'un singer-songwriter à la Beck qui égrène des chansons à textes sur un accompagnement guitare-basse-batterie tout ce qu'il y a de plus classique. Ce n'est pas ce que je recherchais à ce moment-là et je m'en suis retourné tout déçu. Ca n'allait pas s'arranger avec le concert de Styrofoam, que j'avais vu et beaucoup aimé à la Route du Rock en 2003 mais qui, depuis lors, m'a souvent déçu. Je pense en fait que sa musique convient assez mal à un environnement tel que celui du Pukkelpop où les groupes n'ont pas la possibilité de séduire sur la durée par une musique qui se déploie lentement mais doivent saisir l'attention du spectateur en quelques minutes. Cela dit, le Château étant la seule tente à contenir des bancs, on accorde vingt minutes de repos bien mérités à nos pauvres pieds.

Comme il faut bien un jour arrêter d'être déçu, j'enchaîne avec une bonne moitié du set des Magic Numbers dont je ne connaissais que Hymn to Her et dont je m'étais formé l'image d'une sorte de Polyphonic Spree de chambre, soit (cette description n'engage que moi) de la musique qui voudrait provoquer l'euphorie de l'auditeur avec des chansons pleines d'optimisme, mais qui finit par irriter par sa fadeur. J'avais tout faux. C'est en fait franchement country dans l'esprit et leur seul point commun avec la bande à
Tim Delaughter est un étonnante capacité à sourire en chantant. De plus, le chanteur a une voix pleine de miel, avec des inflexions chaudes à laquelle il est assez difficile de résister. Je m'en vais de ce pas écouter l'album, je pense que ça devrait beaucoup me plaire.

La suite ici.

dimanche, août 21

Le Rachel nouveau est arrivé.

Le nouveau single de Rachel Stevens est disponible ici (ou ).

Four - bu.

Je reviens de trois jours de festival au Pukkelpop. Vous n'échapperez sans doute pas à un compte-rendu en bonne et due forme d'ici quelques jours. En attendant, vous pouvez aller lire mon compte-rendu du festival 2003, que j'ai retrouvé il y a une semaine en triant mes vieilles disquettes (et, en extra-bonus, celui de la Route du Rock de la même année).

mercredi, août 17

Liens du jour.

- L'entretien avec Brian Eno paru dans le Monde d'hier.

- Le nouveau single de t.A.T.u (je suis à la limite du vol de bande passante, mais vu l'endroit d'où vient le lien, j'espère que mes quelques visiteurs passeront inaperçus).

EDIT : La vidéo est disponible ici. Après quelques écoutes, il me semble que ce nouveau single est un rare exemple de morceau où le couplet est nettement meilleur que le refrain.

mardi, août 16

Jeu du jour.

A quel degré faut-il prendre ceci ? (via Popjustice)

Dilemme de la modernité.

Il fut un temps (pas si éloigné) où le pauvre consommateur que je suis ne pouvait découvrir un disque que le jour de sa sortie, bien après que la presse ait joué son rôle de façonnage des opinions. Ainsi, lorsque j'ai enfin pu découvrir le premier album des Strokes, après avoir lu et entendu pendant trois mois qu'il s'agissait rien de moins que la clé qui allait mener la musique vers une nouvelle ère d'abondance, j'ai eu bien du mal à me faire une opinion neutre. Que ce soit en se laissant influencer par ses lectures ou au contraire en voulant à tout crin ruer dans les brancards et s'élever contre cette unanimité douteuse (et possiblement achetée par la maison de disques à grands renforts de dessous-de-table), l'opinion que l'on peut se faire sur un tel disque a été irrémédiablement influencée par ce que l'on en savait a priori.

A présent, tout cela est bien fini. Presque tout le monde peut devenir journaliste et découvrir les albums plusieurs semaines avant leur sortie. Il suffit pout cela d'avoir une connexion Internet en état de marche et de savoir où fureter.

C'est à la fois un bienfait et une malédiction. Un bienfait tout d'abord parce que l'on retrouve une totale liberté de jugement par rapport aux disques que l'on écoute (comment ne pas s'en réjouir) et ensuite parce que cela permet d'observer le petit jeu médiatique avec une ironie réjouissante (comment ne pas sourire par exemple en prenant conscience du fossé béant qui sépare les albums de The Others et de Arcade Fire avec la vision qu'en propagent certains médias).

Malheureusement, toute médaille a son revers. D'abord parce que cette opinion forgée au cours de quelques écoutes sur des fichiers mp3 de qualité souvent médiocre risque fort de devenir inébranlable. Son caractère 'authentique' peut la faire paraître plus digne de foi que les impressions plus tardives, même si ces dernières contredisent franchement l'opinion de départ (combien de fois n'ai-je entendu ou pensé "C'est très mauvais, mais c'est bizarre, à force de l'entendre, je finis presque par y prendre plaisir."). Il faut savoir aussi laisser la porte ouverte aux revirements d'opinion.

Autre inconvénient gênant, mon tempérament placide et cartésien me rend a priori assez peu prompt aux coups de coeur enflammés. Du coup lorsque je me retrouve seul face à un disque, sans laisser à la presse ou au bouche-à-oreille le soin de faire monter la sauce, je me retrouve avec des sensation tièdes, des enthousiasmes et des dégoûts qui manquent de saveur. Force est de constater que, entre le "spassimal", le "spatop", le "glop" et le "bofbof", la différence n'est pas bien grande. J'en finirais presque par regretter la hype des Vines dans le NME. Face à un tel déferlement d'adoration, on ne pouvait que se retrouver avec une opinion tranchée, dans un sens ou dans l'autre. Et quelquefois, ça fait du bien d'avoir des opinions tranchées. Sans parler du plaisir de l'attente, de cette montée de tension sur plusieurs semaines.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Sans doute parce que le nouveau Sigur Ros m'a tout l'air d'être un "spassimal" (comme souvent leurs albums studio), que le nouvel album d'Elbow est un "spamaldutout", que l'album des Cribs est un bel exemple de "spatop" et que l'album des Dead 60s est également un "spassimal" (une bonne surprise si on le compare aux derniers singles). Heureusement que le nouvel album des Super Furry Animals paraît bien parti pour être un des albums de l'année, sinon ce serait presque à me décourager d'écouter les albums à l'avance.

Je me réserve évidemment le droit de changer totalement d'avis d'ici deux jours.

vendredi, août 12

Des images, des images, des images...

- The Dead 60s était un des groupes dont j'attendais l'album avec le plus d'impatience. Une succession de singles sans intérêt et de faces B encore plus insipides ont fait tout à fait retomber mon envie. Ils ressortent ces jours-ci leur premier single Riot Radio, qui pourrait donc bien être le seul truc intéressant qu'ils feront jamais. La nouvelle vidéo est visible ici.

- La deuxième chanson extraite du nouvel album de The Coral s'appelle Something Inside Of Me. La vidéo est entre autres ici.

- Le nouveau single des Backstreet Boys est assez horrible (il semble possédé par le spectre de Bryan Adams). La vidéo n'est pourtant pas loin d'être géniale.

Pour terminer, voici une volée de vidéos que l'on peut voir sur le site de Top of the Pops.
- McFly reprenant The Who. Vous en rêviez ? Ils l'ont fait.
- Sur une échelle d'orfèvrerie pop allant de, au hasard, James Blunt à Rachel Stevens, Girls Aloud (les L5 locales) sont clairement plus proches de Rachel Stevens, même si ce Long Hot Summer est, tout bien considéré, assez quelconque.
- Sale temps pour les boybands, Simon Webbe de Blue sort son premier single solo (objectivement un peu moins mauvais que celui de son ex-collègue Lee Ryan) et Mark Owen (de Take That) sort le single qui annonce son nouvel album (la chanson est en plus téléchargeable ici).
- Les Kaiser Chiefs ont une vision de l'émeute sensiblement moins politisée que les Dead 60s. Tant pis pour eux.
- Goldfrapp s'éloigne encore plus de la pop classieuse des débuts pour une électro-pop toujours plus putassière. Ca ne leur réussit pas si mal. Popjustice a d'ailleurs créé un forum spécial pour discuter du fabuleux cheval argenté d'Alison.

jeudi, août 11

Du son, du son, du son...

- De l'électro-pop à la mode (Robyn) et un extrait du nouvel album de Sigur Ros ici.
- Du bruit bien inécoutable comme l'aime mon ami John Wiese est à écouter ici.
- David Byrne reprenant I Wanna Dance With Somebody de Whitney Houston ici.

Métaphysique des tubes

Comme je l'ai dit, il y a quelques jours, la nouvelle Britney est arrivée. Définitivement révolue est l'époque où B. Spears pouvait se trémousser devant les caméras et se laisser porter par les plaisirs simples de la danse et du chant sans se soucier du lendemain. A présent, B. Federline réfléchit, se pose les grandes questions "Pourquoi sommes-nous sur Terre ?", "Quel sens donner à notre vie depuis que nous savons que nous ne sommes que des poussières perdues au coeur d'un univers infini ?", "Et Dieu dans tout ça ?".

Dans sa nouvelle vidéo, elle nous expose les premiers fruits de cette réflexion. Son existence trouverait déjà un semblant de sens dans le fait qu'elle peut donner la vie à un nouvel être : ce bébé qui croît dans son ventre. On pourrait discourir longuement de cette conclusion selon laquelle la seule justification de la vie serait de se perpétuer, mais ce n'est pas le sujet ici. Regardons plutôt comment elle parvient à faire passer son message dans la vidéo.

Comme la plupart des artistes qui veulent faire comprendre qu'il s'agit d'une chanson émouvante dans laquelle ils ont mis beaucoup d'eux-mêmes, elle utilise le noir et blanc et le ralenti. C'est classieux et ça permet au message véhiculé par la chanson de s'inscrire durablement dans l'esprit du spectateur tout en le poussant à réfléchir sur le sens de ce qu'il voit.

00:00 - Immensité de l'océan, beauté de la nature, vierge de toute civilisation mais qui ne peut pourtant se révéler que via l'oeil d'un être doué de conscience : l'homme, ici symbolisé par une Britney en nuisette.

00:23 - "Je suis elfique en diable. Regardez comme je ressemble à Galadriel avec mon lit en symbiose avec la nature environnante."

00:27 - "Mon manager m'a bien fait comprendre que mon recentrage en chanteuse 'à message' ne devait pas me faire négliger mes arguments habituels, et notamment mon sex-appeal. Je chante donc le 'l' de "shallllow" en tirant légèrement la langue pour faire sensuelle."

00:41 - "L'image floue devient nette lorsque je comprends enfin ma raison d'être sur Terre."

00:51 - "Le soleil éclaire la Terre comme Dieu éclaire ma vie."

00:58 - "Les feuilles tombent car à l'échelle de l'humanité, la vie d'un homme ne dure qu'une saison et il faut en tirer le maximum, tout en sachant qu'une fois mortes, les feuilles se transforment en nutriments qui contribueront à faire naître celles de la saison prochaine, comme la vie d'une mère permet l'avènement de celle de son premier enfant."

01:05 - "J'ai des jolis pieds, non ? C'est Dieu qui les a faits."

01:19 - "Mon premier enfant, qui me révélera peut-être le sens que Dieu compte donner à ma vie car je doute que ma seule raison d'être soit d'inspirer des pensées inappropriées à des adolescents trop impressionnables."

01:29 - Si Britney vit dans une maison qui contient un évier aussi minable, je veux bien être pendu.

01:46 - "Bon, je sais que mes lèvres ne suivent que très lointainement les paroles de la chanson mais vous n'imaginez pas le travail que c'est de devoir chanter en accéléré pour obtenir ce bel effet de ralenti éthéré."

01:51 - "Regardez. Je suis touchée par un ange. Comme sur le plafond de la chapelle Sixteen. J'adore Rome. Tout y est si vieux et mignon."

02:02 - "Bon. OK. J'ai un peu copié le clip de "Nothing compares 2 U" mais c'était une jolie chanson, non ?"

02:13-02:21 - "Il n'est pas encore né et je le chéris déjà, tellement j'ai d'amour à donner."

02:28 - "Kevin veut toujours que les fenêtres soient fermées, mais je préfère laisser rentrer le vent et la lumière dans ma maison comme je laisse la volonté divine envahir mon coeur."

02:35 - "Vous croyez que si je monte ces escaliers jusque tout en haut, je rencontrerai Dieu ?"

03:00 - Le symbole des feuilles mortes revient à l'avant-plan. Remarquez que les feuilles mortes recouvrent la piscine, soit le symbole de la vie luxueuse et superficielle caractéristique de son début de carrière.

03:15 - C'est moi ou cet arbre est taillé en forme de coeur ?

03:35 - L'immensité...le ciel...le soleil...la lumière... la VIE !

En conclusion, un peu de catéchisme bon enfant, un peu de prêchi-prêcha, un zeste de béatitude new-age et des louches de bons sentiments. Ca va faire un malheur. Elle est formidable. D'autant que j'ai dû regarder le clip six ou sept fois pour écrire ce billet. La dernière fois, je chantonnais déjà l'air.

LIENS : Le clip est visible ici. Les paroles de la chanson sont disponibles .

dimanche, août 7

Faire-part de naissance.

Le nouveau clip de Britney Spears est arrivé. Faites-lui bon accueil, il est grotesque.

jeudi, août 4

Dure-fidélité

La vitesse à laquelle se succèdent les nouveaux groupes anglais sur le marché est telle qu'il est impossible de s'intéresser à tous. Il faut choisir ses favoris sur base d'une ou deux chansons, s'y tenir et faire l'impasse sur tous ceux qui n'ont pas résussi à immédiatement accrocher l'oreille. A ce petit jeu, mes nouveaux chouchous sont Hard-Fi et leur album Stars of CCTV.

En quoi Hard-Fi se démarquent-ils de la multitude de groupes qui sont venus avant et de la foule de ceux qui, n'en doutons pas, viendront après ? La réponse la plus honnête serait sans doute de dire "en très peu de choses". De nouveau, les chansons tentent de faire danser en utilisant l'instrumentation du rock. De nouveau, les refrains sont bourrés de choeurs qui font 'na na na na' ou 'yeah yeah yeah' (Tied Up Too Tight est presque Kaiser Chiefsien dans la luxuriance de son champ lexical). De nouveau, des touches de claviers viennent enrichir le son (Living for the weekend sonne tellement comme une chanson des Killers qu'elle doit sans doute acheter ses costumes à paillettes à Salt Lake City), ce qui nous éloigne encore un peu plus de cette époque douloureuse et pas si lointaine où le lo-fi et le minimalisme guitare-batterie régnaient en maître, (Get Behind Me, suiveurs ?). De nouveau, l'album comporte une chanson calme censée nous montrer que le groupe est également capable de profondeur et qu'il y a de la substance derrière la brillance des morceaux rapides (Move On Now m'évoque la reprise de Mad World par Gary Jules). De nouveau, les refrains parviennent souvent à emballer le rythme et à provoquer une envie quasi-irrépressible de remuer les guibolles (Hard to beat est de ce point de vue particulièrement redoutable). De plus, pour bien faire comprendre à l'auditeur distrait quelles sont leurs influences, le chanteur reprend les mêmes tics vocaux que Kele de Bloc Party (c'est particulièrement frappant sur Gotta Reason).

A la question "Hard-Fi fait-il en gros la même chose que ce que Bloc Party, The Killers et Kaiser Chiefs nous proposent déjà depuis deux ans ?", il faut donc sans doute répondre oui. En revanche, la réponse à la question "Peut-on donc passer son chemin sans regrets ?" est moins claire. Contrairement à ceux de Kaiser Chiefs ou de The Killers, cet album est d'un niveau très constant. Ici, toutes les chansons (sauf une) sont des tubes en puissance, avec une diversité de genres et d'atmospshères suffisante pour qu'on n'ait pas l'impression d'écouter une succession de déclinaisons de leur seule bonne idée.

Cela dit, l'essentiel n'est pas là. S'intéresser à un groupe juste parce qu'il fait de la bonne musique serait en effet d'une banalité affligeante. Suite à une réflexion approfondie sur mes coups de coeur des derniers mois, je suis arrivé à la conclusion que mes élans répondaient en fait à une logique très précise et d'une objectivité à toute épreuve, comme il se doit.

En fait, je ne m'intéresse qu'aux groupes dont le nom comporte deux mots, moins de dix lettres, et pas de "The" (le "The" est ringard depuis au moins 2002) : Bloc Party, Art Brut, Hard-Fi, Black Wire, etc. Cette manière de faire le tri m'apparaît après tout aussi valable qu'une autre. Ce n'est pas comme si j'avais à me défendre devant un jury. Attendez-vous donc à me voir porter aux nues durant les prochaines semaines Pink Vomit, Dirty Rugs et Vine Leaf. Je promets de rester intransigeant face à Daft Punk et Anal Cunt cela dit. J'ai ma fierté.

LIEN : Trois vidéos à regarder ici.

mercredi, août 3

Des multiples de 1.4 à vue de nez

Un extrait de l'album de Fifths of Seven est disponible ici. Pour vous convaincre que cela vaut largement la peine de s'y intéresser, je ne mentionnerais que la connexion avec A Silver Mt Zion. L'album est par ailleurs très bon et je le recommande chaudement, même s'il est difficile à trouver (je ne désespère pas).

mardi, août 2

What time is love?

Une tuerie monumentale (comme dirait un de mes amis) à télécharger ici. KLF reste pour moi le meilleur groupe dance des 20 dernières années. Les Chemical Brothers et autres Underworld ne leur arrivent pas à la Converse.

Tocsin pente.

Cette titre évoquant à la fois le deuil et la descente vers des profondeurs abyssales, il décrit parfaitement le vertigineux désespoir qu'a provoqué en moi la vision de 20 minutes du top 50 sur MCM cette semaine. Je tends en général à ne suivre que de très très loin le milieu de la pop en France, préférant me concentrer sur mes amis anglais. Ces 20 minutes m'ont douloureusement rappelé le bien-fondé de ce parti pris. Le classement est disponible ici.

Première constatation, il n'y a dans les 17 premiers (ceux que j'ai vus) que deux chansons dont j'aurais pu chantonner l'air (dans les deux cas, il s'agit de reprises), et deux autres dont je connaissais le nom. Pour le reste, ce sont des découvertes complètes, c'est-à-dire des morceaux dont je n'avais même jamais entendu parler. Pour quelqu'un qui se targue de suivre au plus près le petit milieu de la pop, la constatation est rude. Petit tour d'horizon.

1 CRAZY FROG AXEL F.
J'ai déjà parlé de cette chose ici-même il y a quelques semaines.

2 ILONA MITRECEY UN MONDE PARFAIT
3 ILONA MITRECEY C'EST LES VACANCES
5 PINOCCHIO T'ES PAS CAP PINOCCHIO
C'est officiel. Le marché du single en France vise donc à présent essentiellement les moins de 10 ans. A cet âge-là, ce qui importe surtout est d'avoir des paroles amusantes et faciles à retenir et des clips pleins d'animaux bizarres (voir aussi Crazy Frog, les paroles en moins). La musique est sans doute ce que l'on peut imaginer de pire dans le genre production ringarde au synthé. C'est effrayant.

4 DEZIL' SAN OU (LA RIVIERE)
11 PAUL CLESS SUAVEMENTE
12 BOOKA MUTOTO
13 MAGIC SYSTEM BOUGER BOUGER
14 AFRICANISM & YVES LAROCK ZOOKEY - LIFT YOUR LEG UP UP
La deuxième grande tendance de l'été (et ça fait vingt ans que ça dure) est la musique ensoleillée avec clips en bikini sur la plage ou, à défaut des percussions antillaises ou africaines. La chanson de Dezil est particulièrement redoutable dans le genre. Je pense que je suis définitivement et irrémédiablement hermétique aux musiques dites ensoleillées, qui heurtent mes oreilles de corbeau contrarié.

6 AKON LONELY
Enfin une chanson que je connais, et d'ailleurs un des très rares morceaux non francophones du top 15. Comme quoi, le fameux amendement Pelchat qui faisait hurler Difool à Fun Radio il y a 15 ans a bien porté ses fruits, pour le meilleur et (surtout) pour le pire.

7 RAPHAEL CARAVANE
C'est en voyant le clip que j'ai enfin trouvé à qui la voix de Raphaël me faisait penser : David Eugene Edwards bien sûr, le prêcheur de Sixteen-Horsepower. C'est sans doute pour ça que j'ai un a priori sympathique sur le personnage. Il faudra que j'écoute un jour attentivement un album.

10 EVA PLUS BELLE LA VIE
Des musiques d'un feuilleton de France 2. Et ce n'est même pas D.R.E.A.M.

15 MARILOU TU ES COMME CA (AVEC LA PARTICIPATION DE GAROU)
Tout est dit dans la parenthèse.

16 CULTURE CLUB DO YOU REALLY WANT TO HURT ME
C'est sans doute le 'truc' (faute d'un meilleur terme) le plus consternant de tout le classement. Une reprise techno de la chanson de Culture Club, vendue sur la base d'un clip mimé par un Steevy garagiste. Je ne trouve même pas les mots. C'est presque aussi pitoyable que Royal Gigolos (ce qui n'est pas peu dire).

17 GREGORY LEMARCHAL JE SUIS EN VIE
J'ai rarement entendu une chanson où la voix est à ce point mixée en retrait (en tout cas dans l'extrait présenté sur MCM il y a deux jours). Je pensais que les gagnants de la Star Academy étaient censés être des voix admirables, avec juste un peu de visage d'ange autour. Il semblerait qu'on se soit cette fois-ci passé de la voix, mais ce n'est pas grave, d'ici six mois il aura été remplacé par la nouvelle fournée. La chanson est en tout cas très mauvaise.

En conclusion, ce classement est un vrai champ de ruines, à mon plus grand désespoir. Bien que je sois toujours prompt à chanter les louanges de la scène pop anglaise, l'honnêteté m'oblige à reconnaître que le classement en Grande-Bretagne cette semaine n'est pas nettement meilleur. La première place de James Blunt m'attriste particulièrement.

lundi, août 1

Darkness is upon us

Justin Hawkins, l'histrion spandexé de The Darkness ici en quête de reconnaissance solo sous le nom de British Whale, nous gratifie pour son premier single solo d'une reprise du cultissime This town ain't big enough for the both of us de mes faux anglais préférés de Sparks. C'est, il faut bien le dire, assez consternant, et que les frères Mael apportent leur caution à l'entreprise en apparaissant dans la vidéo n'est pas franchement à leur honneur.

Je suis malade et il faudrait que je me soigne.

Le niveau d'exigence que je m'autorise vis-à-vis d'un disque dépend fortement du prix auquel je l'ai acheté. J'accepte évidemment plus facilement d'être déçu par un disque payé 5€ que par un disque payé 20. En conséquence, je suis une proie facile pour les soldes et autres promotions ponctuelles. Un disque auquel je n'avais pas accordé un deuxième regard lors de sa sortie devient une tentation presque irrésistible lorsque son prix décroît. J'ai ainsi acheté au mois de juillet un grand nombre de disques à 6€, dont je n'avais jamais sérieusement envisagé l'achat à 14, ce qui me donne l'impression idiote d'avoir fait une économie de 8€ alors que le relevé bancaire le plus rudimentaire me confirmerait évidemment que j'en avais en fait dépensé 6. J'ai ainsi acheté les deuxièmes albums de The Music, de Radio 4 et de The Bees par exemple, des disques qui ne sont pas complètement sans intérêt (je les avais tous déjà écoutés une fois à l'époque de leur sortie) mais qui me permettent surtout de satisfaire le démon de la collection qui, tapi au fond de moi, ne demande qu'à m'encourager à la dépense quand les conditions s'y prêtent (et c'est souvent).

La redoutable promotion proposée par un grand magasin agitateur durant ce mois de juillet fut particulièrement redoutable pour mon portefeuille car elle faisait passer un grand nombre de disques (à condition qu'on les achète par groupes de 4) sous la palier symbolique des 6€, en-dessous duquel les mailles de mon filtre à l'achat deviennent nettement plus lâches. A chaque visite au magasin (une fois par semaine en moyenne), je me retrouvais ainsi avec quatre disques à 6€, dont une bonne partie de trucs qu'ils ne me seraient jamais venus à l'idée d'acheter autrement, notamment cinq albums de The Virgin Prunes, un groupe dont je ne connaissais jusque là qu'une vague compilation écoutée (et appréciée) tout à fait par hasard suite à une méprise avec The Electric Prunes.

Ma résolution pour l'année qui vient (c'est que, voyez-vous, c'est mon anniversaire aujourd'hui) est de ralentir sensiblement le rythme de mes achats. Nous verrons si je m'y tiens. J'ai déjà largement plus de disques que je ne peux en écouter. Dès lors, pourquoi en acheter d'autres ? "Sans doute parce qu'il existe des milliers de disques formidables que tu ne connais pas encore", me souffle un vent mauvais, comme dit si bien Verlaine (et Gainsbourg).

Pour terminer ce tour d'horizon économico-pathologico-culturel des affres du collectionneur compulsif, je m'en voudrais de ne pas joindre ma voix au choeur grandissant de ceux qui vouent aux gémonies les dispositifs anti-copie sur les CD. Comme l'ont peut-être déduit ceux qui ont regardé la liste des disques que j'ai mis en vente, j'ai acheté les rééditions des cinq premiers albums des Tindersticks. Dans l'ensemble, je ne le regrette pas, le contenu des disques bonus vaut le coût. Malheureusement, les dernières plages des deux premiers albums (qui font plus de 75 minutes) ne passent plus sur mon lecteur. Je suis donc contraint de conserver les premières éditions de ces deux albums juste pour pouvoir les écouter en entier. Encore un exemple où les acheteurs respectueux des lois se retrouvent le Beck dans Low.

Bon, c'est pas tout ça, mais on n'est pas sur le blog de "60 millions de consommateurs". Parlons un peu musique.