mardi, août 16

Dilemme de la modernité.

Il fut un temps (pas si éloigné) où le pauvre consommateur que je suis ne pouvait découvrir un disque que le jour de sa sortie, bien après que la presse ait joué son rôle de façonnage des opinions. Ainsi, lorsque j'ai enfin pu découvrir le premier album des Strokes, après avoir lu et entendu pendant trois mois qu'il s'agissait rien de moins que la clé qui allait mener la musique vers une nouvelle ère d'abondance, j'ai eu bien du mal à me faire une opinion neutre. Que ce soit en se laissant influencer par ses lectures ou au contraire en voulant à tout crin ruer dans les brancards et s'élever contre cette unanimité douteuse (et possiblement achetée par la maison de disques à grands renforts de dessous-de-table), l'opinion que l'on peut se faire sur un tel disque a été irrémédiablement influencée par ce que l'on en savait a priori.

A présent, tout cela est bien fini. Presque tout le monde peut devenir journaliste et découvrir les albums plusieurs semaines avant leur sortie. Il suffit pout cela d'avoir une connexion Internet en état de marche et de savoir où fureter.

C'est à la fois un bienfait et une malédiction. Un bienfait tout d'abord parce que l'on retrouve une totale liberté de jugement par rapport aux disques que l'on écoute (comment ne pas s'en réjouir) et ensuite parce que cela permet d'observer le petit jeu médiatique avec une ironie réjouissante (comment ne pas sourire par exemple en prenant conscience du fossé béant qui sépare les albums de The Others et de Arcade Fire avec la vision qu'en propagent certains médias).

Malheureusement, toute médaille a son revers. D'abord parce que cette opinion forgée au cours de quelques écoutes sur des fichiers mp3 de qualité souvent médiocre risque fort de devenir inébranlable. Son caractère 'authentique' peut la faire paraître plus digne de foi que les impressions plus tardives, même si ces dernières contredisent franchement l'opinion de départ (combien de fois n'ai-je entendu ou pensé "C'est très mauvais, mais c'est bizarre, à force de l'entendre, je finis presque par y prendre plaisir."). Il faut savoir aussi laisser la porte ouverte aux revirements d'opinion.

Autre inconvénient gênant, mon tempérament placide et cartésien me rend a priori assez peu prompt aux coups de coeur enflammés. Du coup lorsque je me retrouve seul face à un disque, sans laisser à la presse ou au bouche-à-oreille le soin de faire monter la sauce, je me retrouve avec des sensation tièdes, des enthousiasmes et des dégoûts qui manquent de saveur. Force est de constater que, entre le "spassimal", le "spatop", le "glop" et le "bofbof", la différence n'est pas bien grande. J'en finirais presque par regretter la hype des Vines dans le NME. Face à un tel déferlement d'adoration, on ne pouvait que se retrouver avec une opinion tranchée, dans un sens ou dans l'autre. Et quelquefois, ça fait du bien d'avoir des opinions tranchées. Sans parler du plaisir de l'attente, de cette montée de tension sur plusieurs semaines.

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Sans doute parce que le nouveau Sigur Ros m'a tout l'air d'être un "spassimal" (comme souvent leurs albums studio), que le nouvel album d'Elbow est un "spamaldutout", que l'album des Cribs est un bel exemple de "spatop" et que l'album des Dead 60s est également un "spassimal" (une bonne surprise si on le compare aux derniers singles). Heureusement que le nouvel album des Super Furry Animals paraît bien parti pour être un des albums de l'année, sinon ce serait presque à me décourager d'écouter les albums à l'avance.

Je me réserve évidemment le droit de changer totalement d'avis d'ici deux jours.

2 commentaires:

BobbyO a dit…

Le Super Furry Animals, même s'il fait regretter le temps où les gallois enchainaient les pop songs euphoriques, est une pure merveille et est effectivement bien parti comme tu le dis pour figurer dans les tops de fin d'année... (j'aime beaucoup le Dead60s aussi)

michelsardou a dit…

Ben écoute, c'est bon de lire en toutes lettres ce que chaque amateur de musique pense au fond de soi-même.
Chapeau bas. Un truc que j'aurais rêvé d'écrire.