vendredi, mars 18

Dead Can Dance (I)

Cela ne transparaît peut-être pas très clairement dans ce que j'écris ici au jour le jour mais la musique pour moi se divise en deux grandes catégories : Dead Can Dance (mon "meilleur groupe du monde" à moi que j'ai) et puis tout le reste. La manière dont je vis et ai vécu leur musique les inscrit naturellement dans une catégorie à part. Si je n'avais peur de mourir de honte suite à l'usage d'un tel cliché, je dirais que la seule chose qui pourrait me faire admettre l'existence d'une "transcendance" est sans doute l'oeuvre de Dead Can Dance. N'y voyez cependant pas la manifestation détournée d'une religiosité latente qui tenterait ainsi de percer la gangue d'athéisme primaire que je me suis forgée au cours des ans et qui me convient parfaitement. D'ailleurs, pour éviter de prononcer des mots qui fâchent (Dieu ou religion par exemple), peut-être pourrais-je formuler ma pensée autrement et dire que je suis incapable de considérer la musique de Dead Can Dance avec le recul et la distanciation 'cérébrale' vers lesquels je tends spontanément lorsque j'écoute quoi que ce soit d'autre. Quand Lisa Gerrard ou Brendan Perry chante, je sens quelque chose résonner en moi qui semble n'être ni de l'ordre du corps ni de celui de l'intellect. Je n'ai pas vraiment prise sur ce quelque chose que je peux ressentir mais pas contrôler, ni même nommer ou décrire et dont seul Dead Can Dance semble avoir la clé (mon côté athée rechigne à utiliser le mot âme).

Entre 14 et 23 ans, j'ai écouté Dead Can Dance à peu près tous les jours, souvent à fort volume et en chantant. Je suis encore aujourd'hui capable de chanter tout The Serpent's Egg, Aion ou Into The Labyrinth, en imitant (autant que faire se peut avec ma voix) la moindre inflexion de Brendan ou la moindre vocalise de Lisa. Le tout premier CD que j'aie acheté était d'ailleurs leur compilation A Passage in Time. Durant cette période, j'étais complètement obsédé. Ensuite, avec le temps, mon univers musical est devenu moins monolithique. Une certaine lassitude s'est peut-être installée, à moins que mon besoin de rationnaliser et de maîtriser la moindre de mes émotions m'ait inconsciemment amené à craindre cette musique qui semblait me dépasser. Depuis quelques années, lorsque j'écoute Dead Can Dance, l'effet est globalement le même qu'il y a dix ans (en gros, je suis terrassé par la beauté de ce que j'entends, et ne croyez pas qu'écrire une phrase aussi dénuée de cynisme me soit facile) mais je suis parvenu à vaincre ce besoin impérieux de réécouter encore et toujours leurs disques pour prolonger la sensation d'euphorie qu'ils me procurent. Une belle victoire qui m'a laissé un peu de temps pour découvrir d'autres choses.

Peut-être le split du groupe y a-t-il d'ailleurs aussi contribué en mettant en évidence le fait que leur musique n'est finalement que le fruit du travail de deux êtres humains. Deux individus qui, de plus, ne s'entendaient pas toujours sur la direction à suivre. En effet, si la séparation du groupe a eu un aspect positif, c'est de mettre en relief les apports respectifs de chacun de ses deux membres. Alors qu'à l'époque, il était difficile de voir où commençait l'un et où finissait l'autre, on peut dire a posteriori que l'apport de Brendan se situe plutôt du côté de la chanson folk, de la tension et du rythme et que celui de Lisa est du côté de l'incantation, des langues imaginaires et de la contemplation planante. Ce qui fait la force de Dead Can Dance, c'est justement la conjonction de ces deux tempéraments opposés, la manière dont leurs talents respectifs s'entremêlent pour créer quelque chose de radicalement neuf. Laissé à lui-même, Brendan est un troubadour un peu rustique dont le premier album, Eye of the Hunter, est une sorte de chef-d'oeuvre mais n'a jamais engendré de suite (on attend Zun Zun depuis plus de cinq ans). La prêtresse Lisa, quant à elle, semble très contente de ne plus faire que marmonner des mélopées arythmiques sur des nappes de synthés new-age. C'est frappant en regardant la succession des albums solo de Lisa de voir à quel point le rythme et la 'tension harmonique' y semblent de plus en plus absents. D'un point de vue plus personnel, j'ai également assez mal vécu l'association de Lisa avec la droite intégriste chrétienne durant ces dernières années. Après avoir prétendu durant des années que la musique de Dead Can Dance était athée, elle avait pris le pli de dédier ses disques au Christ et de replier son inspiration sur l'Occident Chrétien. A cela aussi, le druide animiste Brendan Perry pouvait mettre bon ordre. En conséquence, j'attendais des grandes choses de cette reformation, qui allait permettre à ces deux univers complémentaires d'interagir à nouveau. Je n'ai de ce point de vue pas été déçu.

C'est promis, je vous parle très vite du concert lui-même.

4 commentaires:

Annabel Lee a dit…

DCD me fait le même effet : il y a eux, et le reste :)
on pourrait pas mieux résumer...et pourtant j'ai des goût variés et hétéroclites, mais eux...c'est spécial.
transcendant.
Lisa n'est pas humaine, et pour Brendan, j'ai des doutes...lol

Anonyme a dit…

J'aime beaucoup ton article Pierre. Ce groupe "disparu" est magique. Lisa devenue "star" de B.O au cinéma continue malgré tout son oeuvre troublante. Mais, Brendan que je préférais à Lisa au chant, du temps de DCD manque cruellement...Des effets similaires m'ont terrassé à l'écoute d'albums tels "Momentum" ou "Midsummer Night's Dream" de Steve hackett. Je continuerai encore à relire ton article..

Anonyme a dit…

si vous appreciez DCD, connaissez vous le groupe Deleyaman
(armenien/americain/suedois/français)
sinon, chercez leur discography, vous ne serez pas deçu.

Anonyme a dit…

Comme Annabel lee le dit tres bien : il y a DCD et le reste! J'ai vécu pres de 20 ans avec DCD sur mes platines...Et je ne m'en lasse pas. C'est toujours un grand moment de bonheur que de les écouter. C'est donc pour moi le meilleur groupe depuis 1984.