dimanche, mars 20

Dead Can Dance (II)

PREAMBULE

J'ai déjà longuement élaboré avant-hier sur la manière dont je ressentais la musique de Dead Can Dance et tout ce que j'ai dit s'applique évidemment aussi au concert de jeudi dernier (sauf peut-être pour Sanvean, dont la version live m'a frustré, comme je l'explique plus bas). Donc, je ne me suis pas senti obligé de m'appesantir à nouveau sur le déferlement d'émotions que le concert a provoqué en moi. Du coup, on m'a fait remarquer que ce compte-rendu paraissait un peu froid et clinique. Ce n'était pas mon intention. Sans doute est-ce qu'il se veut une image fidèle de ce à quoi j'ai pensé durant les deux heures de concert et, malheureusement, la majeure partie de ce qui m'a traversé l'esprit et est transposable en mots portait sur des points de détail. L'essentiel a refusé de se laisser capturer par des mots, sauf peut-être à réécrire mon précédent billet. Pour avoir une idée plus juste de ce que j'ai ressenti, vous devriez donc sans doute lire les deux.

COMPTE-RENDU

Le concert a lieu au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (ridiculement appelé depuis quelques années le BOZAR), un bâtiment dû à Victor Horta et dans lequel je n'avais jamais mis les pieds. Cela semble être une volonté délibérée de la part de Dead Can Dance d'organiser cette tournée dans des salles prestigieuses et je dois avouer que cela rajoute encore au caractère événementiel de leur reformation. Le public, en majorité flamand, est un mélange improbable de jeunes gens de bonne famille, de goths en costumes et de hippies sur le retour en manteau long et chapeau de cowboy. Il prend son temps pour s'installer tandis que l'album de Nouvelle Vague est diffusé en fond sonore.

Je suis très bien placé, fauteuil E6, cinquième rangée, très légèrement excentré sur la gauche et j'ai payé mon ticket en conséquence (48 €). Le pupitre de Lisa, entièrement drapé de jaune, est quasiment face à moi et, eussé-je possédé un bras de cinq mètres, j'aurais pu le toucher. A droite, le micro de Brendan et la petite table contenant ses instruments. A gauche, un micro, seul (pour Lance Hogan, déjà présent sur la tournée Toward the Within). Au fond à gauche, trois ensembles de percussions. Au fond à droite, deux claviers dont l'un est destiné à Patrick 'meilleur compositeur irlandais' Cassidy lui-même. De grandes tentures noires et rouges ont été tendues au fond de la salle.

A 20h20, entrée en scène.

Lisa porte une robe (et une pince à cheveux) jaune canari assortie à son pupitre. Je n'ai jamais été aussi proche de la scène pendant un de ses concerts, ce qui m'a permis de l'observer attentivement. Elle se déplace très lentement, avec une componction qui flirte avec le maniérisme. Tous ses gestes semblent avoir été mûrement pesés avant d'être effectués. J'ai par ailleurs été surpris de voir qu'elle chante la plupart du temps les yeux ouverts (sur le DVD de Toward the Within elle a souvent les yeux fermés). Elle n'a en revanche pas perdu cette étrange grimace dédaigneuse qui lui vient naturellement quand elle chante (on penserait presque à Billy Idol). Durant le concert, je me suis régulièrement demandé si elle jouait un rôle sur scène et quittait ses affectations de prêtresse mystique en coulisses ou bien si elle était réellement comme ça "dans la vraie vie", tout entière dirigée vers elle-même, comme absente au monde. En tout cas, après un morceau, surprise par des applaudissements particulièrement nourris, elle laissa son impassibilité se fissurer et arbora quelques secondes un sourire (presque un rire) embarrassé qu'elle maquilla bien vite en tendant la main vers le public pour le remercier.

Brendan est devenu complètement chauve (et légèrement bedonnant) et porte une chemise noire et un pantalon à gros carreaux vert foncé et noir d'un goût discutable. Il change d'instruments quasiment à chaque morceau et joue un peu le rôle de chef d'orchestre. Il décide quand les morceaux s'arrêtent et tous les musiciens (Lisa comprise) le regarde régulièrement pour avoir des indications. Beaucoup de gens ont tendance à résumer Dead Can Dance à Lisa et à sa voix mais, sur scène, il apparaît évident que le rôle de Brendan est fondamental.

Ce n'est que la deuxième fois que je vois Dead Can Dance en concert (même si j'ai aussi vu Brendan et Lisa séparément). La première fois, c'était en 1993 au Cirque Royal pour la tournée Toward The Within et je me rappelle avoir ressenti une vague frustration devant le fait qu'ils avaient essentiellement joué des inédits (qu'on retrouva par la suite sur l'album live). J'avais tellement perdu l'habitude d'être surpris en écoutant Dead Can Dance, de ne pas pouvoir anticiper la suite des morceaux que je n'ai pas très bien su comment réagir face à cet afflux inattendu de nouveautés. Pour cette tournée, qui avait pourtant a priori tout d'une opération mercantile pour renflouer les tiroirs-caisses, je m'attendais à ce que les inédits soient nettement plus rares. Et bien pas du tout. A ma grande surprise, un bon tiers du concert sera composé de morceaux pour moi inconnus : cinq de Lisa et deux de Brendan. Ces inédits donnaient parfois l'impression d'avoir été composés pour des albums solo, puis rapidement réorchestrés et intégrés au concert. Le plus souvent d'ailleurs, l'un(e) des deux musiciens était en coulisses durant les inédits de l'autre. Cela dit, c'était déjà le cas en 1993 et, à l'époque, ça ne gênait personne. De plus, le fait qu'ils aient pris la peine de proposer des inédits permet d'espérer que cette reformation débouchera un jour sur l'enregistrement d'un nouvel album. Croisons les doigts.

Les morceaux connus ont également réservé quelques surprises, notamment lorsque la voix de Lisa a doublé la partition de synthé entre les deuxième et troisième couplet de How fortunate the man with none, ce qu'elle ne faisait pas, me semble-t-il, sur l'album. En règle générale, les tempos étaient assez nettement ralentis, surtout pour les morceaux de Lisa. Je me suis même demandé si elle n'était pas devenue incapable de jouer ou chanter ses anciens morceaux au tempo (est-ce pour cela que nous n'avons pas eu droit à Cantara ?). C'est particulièrement flagrant sur Sanvean pour lequel j'étais toujours une phrase en avance sur Lisa (qui l'a pris presque deux fois plus lentement qu'il y a douze ans). La première moitié de Rakim, essentiellement un solo de Lisa au Yang Qin, est aussi nettement ralentie tandis que la seconde est prise plus ou moins au tempo. Du coup, lorsque les percussions rentrent et Brendan se met à chanter, Lisa semblait très tendue, presque paniquée par la vitesse et a fait quelques fausses notes dans ses interventions au Yang Qin qui la firent grimacer de honte. Brendan ne fut pas non plus à l'abri des erreurs dans son chant. Il a notamment inversé "disillusionment" et "domestic graveyard" dans The Ubiquitous Mr Lovegrove et manqué une entrée dans Rakim ("..vored son"). Certes, tout cela n'est absolument pas grave (et je ne le signale que parce que je suis un incurable nerd pour tout ce qui touche à l'oeuvre de Dead Can Dance) mais ça illustre je crois assez bien les chemins divergents pris par les deux musiciens depuis la séparation du groupe.

Le public (moi compris) était clairement conquis d'avance. Silencieux pendant les morceaux (même si certains fâcheux ne reconnaissaient Yulunga ou Severance qu'après 30 secondes et lançaient donc des applaudissements trop tardifs), il se levait comme un seul homme dès que les musiciens faisaient mine de quitter la scène, et parfois même alors qu'ils restaient sur scène. Au cours du concert, il y eut ainsi quatre moments où tout le public s'est mis debout spontanément (Rakim, Yulunga, Severance et le dernier morceau). Dès que le silence se faisait, en quelques secondes, tout le monde était debout. La seule autre fois que j'ai vu le public réagir ainsi, comme un groupe homogène, c'était déjà Dead Can Dance, en 1993. Je me rappelle notamment avoir été frappé par le fait que les spectateurs y criaient 'We love you', plutôt que 'I love you'.

SETLIST

Début à 20h20 (les titres des morceaux inédits sont tirés du forum officiel)
1. Nierika
2. Saffron : Inédit BP (assez moyen)
3. Yamyinar : Inédit LG sur des arpèges de BP
4. The Ubiquitous Mr Lovegrove (légèrement ralenti, LG aux cymbales)
5. The love that cannot be : Inédit LG, long, arythmique sur des nappes de synthés (BP en coulisses)
6. The Lotus Eaters
7. Crescent : Inédit BP (LG tabla)
8. Minus Sanctus : Inédit LG
9. Saltarello (21h10)
10. The wind that shakes the barley (BP s'assied sur la scène pour écouter)
11. How fortunate the man with none
12. Dreams made flesh (seul moment du concert où BP et LG sont l'un à
côté de l'autre)
13. I can see now/American dreaming (LG en coulisses)
14. Sanvean (sans Tristan) (BP en coulisses)
15. Rakim
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16. Black Sun (LG aux castacymbalettes (je néologise si je veux))
17. Salem's Lot - Aria : Inédit LG au synthé
18. Yulunga
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19. Severance
20. Hymn for the Fallen : Inédit. LG chante en anglais et la voix de BP vient la rejoindre sur le final. Beau à pleurer.

Fin à 22h20. S'il y a vraiment eu 2h30 de concert à Paris, je vais être
bien triste. Il faudra attendre l'arrivée des CD pour pouvoir en juger je suppose.

LIENS

Photos (ici et )

4 commentaires:

tehu a dit…

Des liens sur le concert de Paris :
Garfieldd
Freaky Doll
Annabel Lee

temps a dit…

Il y a dans l’art un point de perfection, comme de beauté et de maturité dans la nature : celui qui le sent et qui l’aime a le goût parfait : celui qui ne le sent pas et qui aime en deçà et au delà a le goût défectueux ; il y a donc un bon et un mauvais goût. ( Des Ouvrages de l’esprit.) La Bruyère

Pierre a dit…

Je n'arrive pas à me décider sur comment je dois prendre cette citation de La Bruyère. :)

Portishead a dit…

Lisa Gerrard est fabuleuse. Je suis un fan invetéré. Sa voix mélant mélancolie et force redonne envie de naître, de faire l'amour, d'éteindre la lumière et de pleurer, de faire pleins de trucs en fait, c'est la vie !!!