vendredi, avril 14

Santé magazine

- Kylie Minogue semble aller mieux.
- Patrick Wolf annule sa tournée d'été à cause d'une "undiagnosed internal illness". Sa manager nous assure néanmoins que ce n'est rien de trop grave.
- Je dois également être un peu malade parce que, depuis deux jours, je n'aime rien de ce que j'écoute. Be Your Own Pet, Ellen Allien + Apparat, My Latest Novel, ARE Weapons, tout m'ennuie. Je dois sûrement couver quelque chose. Cela dit, c'est plutôt encourageant pour ma cure.

EDIT : Finalement, à la deuxième écoute, l'album de My latest novel semble bien meilleur que je ne le pensais. De plus, j'ai la nette impression que le nouvel album de Dominique A, L'horizon, est ce qu'il a fait de mieux depuis très longtemps (Remué peut-être). Je prends à nouveau du plaisir à écouter des disques. La rémission est proche.

Demain, concert de Mogwai, 65daysofstatic, Akron/Family, Wolf Eyes et Grails à l'Ancienne Belgique. Je ne m'étais pas rendu compte en achetant mon ticket que cela tombait le dimanche de Pâques.

jeudi, avril 13

I'm with stupid

La vidéo du nouveau single des Pet Shop Boys laisse la part belle à David Walliams et Matt Lucas, les deux créateurs de Little Britain, et est visible ici. Ceux qui connaissent bien les vidéos précédentes du groupe (et principalement la période Very) devraient se retrouver en terrain connu.

EDIT : Le lien semble ne plus être valide. Un lien plus "officiel" est disponible ici.

mercredi, avril 12

Journal de cure (jour 8)

- Premier week-end, première visite des magasins et premier test grandeur nature. Devant le présentoir des nouveautés, j'étais assez confiant dans mes capacités de résistance. Les sorties de la semaine étaient peu nombreuses et ne m'intéressaient a priori guère (Ben Harper, Venus, ...) et celles qui pourraient a priori m'intéresser semblaient peu attractives. La nouvelle compilation de raretés de Lambchop a plutôt mauvaise presse et, comme leur précédent album m'avait déçu, je n'ai eu aucun scrupule à faire une croix dessus. Le nouveau Flaming Lips semble également faire l'unanimité contre lui donc je prendrai au moins la peine de l'écouter une fois avant de prendre ma décision.

- Malheureusement, la découverte dans les rayons d'un grand supermarché culturel de l'édition limitée du dernier album de Calexico allait se révéler une épreuve bien plus redoutable (d'autant qu'il y avait très peu d'exemplaires disponibles). Pour l'expliquer, je devrais sans doute préciser que l'un des causes de ma boulimie musicale est un sens très aiguisé de la collection, qui peut notamment se manifester dans le besoin de posséder tous les numéros d'une même série de compilations (Now that's what I call music, les anthologies vendues avec de nombreux journaux quotidiens,...) ou bien dans le besoin de rassembler toute l'oeuvre des artistes que j'apprécie. En conséquence, lorsque j'achète mon premier disque de tel ou tel groupe, je me condamne souvent dans la foulée à devoir acheter l'entièreté de son oeuvre. Ce fut notamment le cas des Sparks l'année dernière ou bien des premiers albums de Peter Gabriel cette année. Comment dès lors résister à la sortie d'un album d'un groupe dont je possède déjà presque toute la discographie ?

- Cette question m'a amené à me poser une question plus générale. Qu'est-ce que je cherche à accomplir, réellement, en me forçant ainsi à ne pas acheter un seul disque en avril ? On ne peut pas parler de désintoxication au sens strict puisque j'ai de toutes façons la claire intention de continuer à acheter des disques dans le futur (ne serait-ce que l'album des Pet Shop Boys dans quelques semaines). Dès lors, quels bénéfices pourrais-je tirer d'une abstinence d'un mois, artificiellement imposée et qui m'empêcherait de bénéficier des éditions limitées ou des bas prix proposés la semaine de la sortie ? Je n'en voyais plus aucun. J'ai donc décidé d'acheter l'album de Calexico et de redéfinir les modalités pratiques pour la suite de ma tentative.

- On peut donc dire que cette première tentative de sevrage complet n'aura duré que 8 jours. Pitoyable échec (hypothèse basse) ou occasion de relancer la "cure" sur des bases plus saines (hypothèse haute) ? Je ne sais pas trop.

- J'ai rêvé qu'un incendie ravageait la pièce où sont rangés mes disques. Je sens que mon inconscient essaie de me dire quelque chose... mais quoi ?

Journal de cure (jour 7)

- Semaine sans tentations. Pas de visites de magasin de disques et je suis prudemment resté à distance des sites de vente en ligne.
- Ecoute de la moitié des disques achetés la semaine dernière. Tous valaient la dépense. Les titres bonus de My life in the bush of ghosts, en particulier, sont très intéressants (deux extraits ici). De plus, il me semble que le remastering améliore pour une fois sensiblement le confort d'écoute pour l'auditeur moyen (celui qui n'est pas abonné à Hi-Fi Magazine donc et n'écoute pas ses disques au casque pour pouvoir critiquer un mixage trop compressé). Bien que cela soit évidemment une bonne nouvelle en soi, ce n'est pas de nature à renforcer mes résolutions. Dans un sens, il aurait été plus bénéfique que je sois cruellement déçu. C'est un exemple de ces raisonnements inversés que je me surprends parfois à tenir avant, heureusement, que la raison consciente ne vienne y mettre bon ordre (mais pour combien de temps?). Autres exemples : mieux vaut acheter un disque court qu'un disque long, ça s'écoute plus vite. Mieux vaut acheter un disque que l'on a déjà, juste pour la nouvelle pochette ou le nouveau livret qu'un disque que l'on ne connaît pas et que l'on devra prendre le temps d'apprivoiser, etc... ce que l'on pourrait résumer en quelque sorte par la recherche d'un rapport "quantité de contenu sur prix" le plus bas possible.

- Reçu par la poste une commande du mois de mars, ce qui me permet sans enfreindre les règles que je me suis fixées d'assouvir pour un temps la pulsion d'achat (un peu comme un patch de nicotine pour pallier le manque je suppose). D'autant que le disque en question est Chansons des mers froides, de Hector Zazou, qui contient sans doute ma chanson de Björk préférée et que je cherchais désespérément depuis plus de cinq ans.

- Peu de symptômes physiques de manque. Sommeil lourd et profond.

mardi, avril 11

Un peu de tout

- Pauvre Eminem.
- La Madeleine du jour : Hit that Perfect Beat, le seul vague tube de Bronski Beat, post-Jimmy Somerville, et un de mes premiers souvenirs de clip.
- Seven Nation Army des White Stripes à la sauce quatuor à cordes ou Flaming Lips.
- Il y aurait un extrait du prochain album de Smoosh sur leur page Myspace (même si les fenêtres média Myspace refusent de s'ouvrir sur mon ordinateur depuis deux jours)

Sinon, pour ce qui est des multiples sources de Gabriel de Najoua Belyzel, je ne suis pas beaucoup plus avancé. Comme dit ici ou ailleurs, on trouve des ressemblances avec Self Control de Laura Branigan, Bette Davis Eyes de Kim Carnes, The Model de Kraftwerk (notamment dans la basse de l'intro), avec le générique des Mondes Engloutis, et même avec Du Mal de Maurane. Pourtant, il me semble que l'impression de déjà-entendu que me procure cette mélodie a une cause beaucoup plus nette et qu'il existe réellement quelque part dans ma mémoire une ligne mélodique quasiment identique. Cela dit, il est tout à fait possible que j'affabule complètement. Mon esprit aurait-t-il inconsciemment supposé que 5 vagues ressemblances devaient équivaloir à une ressemblance indiscutable ?

vendredi, avril 7

Death's gotten hold of his heart

Je viens d'apprendre que Gene Pitney est mort avant-hier. Pour être tout à fait franc, je ne connaissais de lui que la reprise en duo de Something's gotten hold of my heart enregistré avec Marc Almond en 1989 mais bon... Je voulais d'ailleurs accompagner cette annonce avec un lien vers le clip de cette reprise, un festival de kitscheries scintillantes que même Pierre & Gilles auraient eu du mal à revendiquer, mais je n'ai rien trouvé. A défaut, voici une vidéo de la version originale de Gene Pitney, histoire de se remettre l'air en tête.

All Saints + KLF + Marit Larsen

- Mon billet de la semaine sur la Blogothèque est consacré à All Saints. Comme je vous le dis.

- En rapport à mon court billet de la semaine dernière sur KLF, je viens de me rendre compte (un peu grâce à Fluctuat.net) que j'avais omis d'y donner le lien de l'article de Popjustice à l'origine de mon envie de les mentionner. C'est réparé. Je conseille particulièrement la dernière vidéo, qui reprend leur prestation aux Brit Awards (les Victoires de la Musique britanniques) en 1992. Ils y avaient interprété 3 AM Eternal avec Extreme Noise Terror, un groupe de noise-metal que John Peel aimait beaucoup. Rien que d'imaginer la manière dont Beverley Craven, Lisa Stansfield, Seal ou Wet Wet Wet ont dû recevoir la chose me met le sourire aux lèvres.

- Personnellement, je dois bien avouer ne voir aucune resseblance entre Marit Larsen et la triplette Annie, Girls Aloud ou Rachel Stevens mais si un rédacteur de Stylus veut absolument se servir de l'une pour enfoncer les autres, pourquoi l'en priver ? Les chansons sont mimi tout plein cela dit (voir aussi ici).

mercredi, avril 5

A l'aide !

En zappant il y a dix minutes sur MCM, je suis tombé sur la chanson d'une certaine Najoua Belyzel (un nom qui en jette, assurément). Son titre est Gabriel et elle est numéro 1 au top NRJ, ce qui pour une chanson pop synthétique qui n'est pas de Madonna est sans doute une sorte d'exploit. Les deux minutes que j'en ai entendues titillent délicieusement toutes mes zones sensibles (son 80s, voix en avant, mélodie efficace...) mais ces délices superficielles sont assombries par cette angoissante question : "Mais sur quoi donc est-ce copié?". N'ayant pas tout à fait trouvé ma réponse, je fais appel à l'équipe.

Vous pouvez regarder un extrait de la vidéo ici et écouter un échantillon de 30 secondes en mp3 .

Toute la mélodie du début (de 0 à 7 secondes dans l'extrait mp3 mentionné ci-dessus) est une copie conforme d'un truc que je connais, et les "toum toutoum" des percussions (clairs dans les 10 dernières secondes) m'évoquent aussi furieusement un vieux tube des années 80. Il est clair que l'on trouve des emprunts manifestes au Self Control de Laura Branigan (je ne suis pas le seul à le penser) mais il me semble qu'il y en a d'autres. Si vous avez des idées sur ce qu'ils pourraient être, n'hésitez pas. C'est typiquement le genre de questions qui me rend fou.

EDIT : Pour les percussions "toum toutoum", j'ai déjà ma réponse : Bette Davis Eyes de Kim Carnes. Pour la mélodie, on me parle de Easy Love de Lady mais pas moyen de trouver un mp3 ou un streaming du morceau. Je continue à chercher. Enfin...disons plutôt que je continuerai demain parce que là, je m'en vais lire les 20 dernières pages de ceci.

Changement de style

Refur, une des faces B du prochain EP de Sigur Ros est disponible via le site officiel du groupe. Vu l'impasse artistique dans laquelle Takk semblait avoir placé Jonsi et sa bande, on ne peut que se réjouir.

(plus d'informations peuvent être obtenues ici).

mardi, avril 4

Journal de cure (jour 3)

N'ayant pas grand-chose à raconter d'un point de vue purement musical (à part peut-être "Neko Case ? Miam." ou "Dingue, j'ai vu Martin Degville hier à la télévision. Il ressemble à Pete Burns."), j'envisage de faire un compte-rendu cironstancié de ma thérapie "Pas un seul disque au mois d'avril.". Il est plus que probable que je me lasserai avant Pâques mais bon, en attendant, faisons comme si je menais toujours mes projets à leur terme.

Parce qu'un diagnostic précis et objectif est le prélude obligatoire à toute thérapie efficace, je devrais sans doute commencer par raconter comment j'ai fait face (ou plutôt comment je n'ai pas fait face) à l'afflux de nouveautés du weekend dernier. Vous allez voir, le tableau n'est guère encourageant. En effet, j'ai acheté presque tous les disques mentionnés dans mon précédent billet. En particulier :
- J'ai lamentablement craqué sur l'album de The Vines, le seul pour lequel j'avais vaguement espéré pouvoir me retenir. En effet, une écoute en ligne m'a confirmé qu'il était nettement meilleur que le précédent et j'ai même eu l'impression fugace qu'il contenait deux ou trois morceaux fabuleux. Et puis, j'ai toujours eu un énorme faible pour la voix de Craig Nicholls. J'en reparlerai peut-être bientôt.
- Je n'ai pas acheté l'album de Calexico (dont vous pouvez d'ailleurs écouter une belle session acoustique ici), mais c'est uniquement parce que j'ai découvert qu'il existait une version limitée avec DVD, dont je n'ai pas encore vu la trace en magasin. Si jamais elle apparaît dans les bacs, elle me fournira sans doute une bonne occasion de tester la solidité de mes résolutions.

Sinon, pour répondre aux commentaires générés par mon précédent billet, j'ajouterai que l'album de The Knife est plutôt bon et contient quelques perles mais qu'il m'apparaît a priori moins riche et varié que Deep Cuts et que je n'ai pas encore vu la moindre trace de l'album des Flaming Lips dans les rayons. Enfin, à ceux qui trouvent inconvenant que je me plaigne d'acheter trop de disques, je dirais juste que mon budget musique vit largement au-dessus de ses moyens (ce qui est sans doute le propre de toutes les "dépendances") et que c'est justement ce qui me donne envie de le restreindre quelque peu.

"Bonjour, je m'appelle Pierre et je suis discolique."

vendredi, mars 31

Résolutions intenables

Sur mon étagère à CD se trouve une pile de disques non encore écoutés (certains ne sont même pas décellophanés). Depuis un an ou deux, malgré tous mes efforts, cette pile n'arrête pas de grandir (je devrais d'ailleurs dire ces piles, car il y en a plusieurs). Hier, dans un éclair de lucidité, je me suis dit qu'il était idiot dans ces conditions de continuer à acheter des disques, que c'était la marque d'un consumérisme pathologique, malsain et antipathique. J'avais donc pris la résolution de ne plus acheter dans les prochaines semaines que les albums indispensables (ceux provenant d'artistes dont je suis le parcours depuis longtemps et dont j'achète de toutes façons les albums sans me poser de questions) et de me restreindre dans tous les autres achats (vieux machins, découvertes,...). J'espérais ainsi me donner un peu de temps pour faire repasser la quantité disques non-écoutés en-dessous d'un nombre raisonnable (que j'oserais à peine mentionner ici de peur que vous n'appeliez directement SOS Psychiatrie).

C'est empli de cette saine volonté de tempérance que je suis allé faire les magasins cet après-midi, bien résolu à rester intransigeant et à contempler les sorties de la semaine avec détachement. Las... Pas moins de sept artistes dont j'achète a priori tout sans me poser de questions ont sorti un album ces derniers jours : une réédition avec inédits de l'indispensable My Life in the bush of ghosts de Brian Eno et David Byrne, les nouveaux albums de Calexico, Morrissey et The Knife (jusque là je vois mal sur quoi transiger), le best-of CD+DVD de Massive Attack (cher mais bon, esprit de collection, envie de revoir le clip de Risingson, présence d'inédits, ça va être dur de résister). J'espère en revanche pouvoir me contenir pour les deux derniers, non encore écoutés : le nouvel album de The Vines (qui est, paraît-il, bien meilleur que le précédent) et celui des Yeah Yeah Yeahs (qui est, paraît-il, tout à fait formidable). Cela dit, ça en fait de toutes façons déjà cinq.

Ce n'était décidément pas la bonne semaine pour prendre des résolutions à la légère.

mercredi, mars 29

11.47 PM Eternal

Etant donné qu'il est difficile d'imaginer groupe plus doué pour le marketing, je ne m'avancerai pas à extrapoler de ce site un come-back en bonne et due forme mais il semblerait néanmoins que KLF prépare quelque chose pour 2006 (la bande originale d'un documentaire apparemment). Pour les fans, je signale que, au bout de trois ou quatre clicks, on peut télécharger un mp3 d'une trentaine de minutes, que je n'ai pas encore écouté.

mardi, mars 28

Je transmets ...

...car ça pourrait intéresser certains d'entre vous

Bonsoir Pierre,

Je voudrais vous signaler qu'Henk Hofstede expose actuellement et jusqu'au 22 avril 2006 à la Maison de l'Art et de la Communication de Sallaumines (Pas-de-Calais). Il s'agit d'une création vidéo, intitulée 1,2,3, accompagnée de Portable House (création pour la biennale de Lyon en 2000), et de 2002, a diary. Le vernissage, en présence de l'artiste aura lieu le 31 mars 2006 à 18h00.

Sébastien NAERT
auteur-illustrateur

Fat Cat Festival, Hasselt, 11 février 2006

(le compte-rendu du premier jour est ici)

20h00 : Our brother the native

Je ne crois pas m'avancer en disant que les trois membres d'Our Brother the Native sont les benjamins du festival. Leur set donne d'ailleurs parfois une impression d'amateurisme, comme s'ils n'avaient pas encore formellement décidé comment devait sonner leur musique. Ils amorcent certains gestes puis se ravisent, se lançant souvent des regards perplexes, comme s'ils cherchaient à établir en direct une stratégie commune pour la suite de leur set. Bien que la musique de la plupart des groupes du festival semble laisser une large place à l'improvisation, c'est le seul concert au cours duquel cela semble se traduire par des hésitations, des interrogations. Certains y verront peut-être un défaut mais je crois que cette impression de recherche en direct explique au contraire que, de tous les concerts du festival, ce soit celui auquel je repense le plus souvent. A moins que ce ne soit à cause des vocalises effarouchées dont l'un des membres du groupe (Josh je suppose) parsème les morceaux, précieux fragments d'humanité qui évoque vaguement Cocorosie. Durant tout le concert, leur musique refuse soigneusement de choisir son camp entre l'electro-noise et une forme de post-rock à la guitare acoustique (post-folk ?). Sur le CD-r en vente après le concert, c'est pourtant clairement cette dernière tendance qui l'emporte. Je serais très curieux d'entendre à quoi ressemblera leur album, qui sortira dans les prochains mois sur Fat Cat. (images du concert et morceaux à écouter sur leur page Myspace)

20h50 : Max Richter
De même que je n'achète pour ainsi dire jamais un disque dont je ne sais rien sur la simple foi d'une pochette attractive ou d'un conseil amical, je n'ai pas pour habitude d'aller voir un festival dont l'affiche ne m'évoque absolument rien. J'ai besoin d'au moins un nom connu, comme appât. Ce concert de Max Richter était donc la principale raison de ma présence au festival. J'ai déjà parlé ici de son album The Blue Notebooks et je ne devrais a priori pas avoir grand-chose à ajouter vu que le concert m'a semblé n'être qu'une reconstitution consciencieuse de l'album. Le set durant 50 minutes et l'album à peine 40, on aurait légitimement pu espérer l'un ou l'autre inédit mais non, Max Richter a préféré consacrer les 10 minutes supplémentaires à la répétition de quelques thèmes clés. Ce ne serait pas gênant si ces redites, ainsi que le sérieux papal avec lequel les musiciens (une violoniste, un violoncelliste et MR au piano, synthés et laptop) jouent, n'avaient fini par ternir mon souvenir du disque. La musique de Max Richter, qui m'avait sur disque semblé ambitieuse et parfaitement maîtrisée, m'est ici apparue un peu simpliste, incorporant notamment des plagiats manifestes à Philip Glass (les passages au piano et à l'orgue évoquent respectivement Piano Solo et Koyaanisqatsi) et n'invoquant que des émotions superficielles. La violoniste abuse des longs coups d'archet pleins de pathos, qui ne mènent à rien, sinon au plaisir de voir une phrase musicale se déployer dans l'espace avant d'aussitôt se dissiper dans le silence, émotion éphémère qui finit, après une petite demi-heure de concert, par révéler son intrinsèque vacuité. (ndlr : fichtre !)

21h45 : Radian
Cela fait plusieurs années que je croise régulièrement le nom de Radian et l'idée que je me faisais de leur musique (une forme d'electro minimaliste aux accents post-rock) n'était finalement pas très éloignée de la réalité. Sur scène, le groupe comprend un bassiste, dont le jeu essentiellement rythmique se contente le plus souvent de donner la pulsation, avec quelques rares éléments syncopés, un batteur dont le jeu au fouet donne au set un petit côté vaguement jazzy, et un bidouilleur derrière ses machines. Le set correspondant parfaitement à ce que j'imaginerais en lisant "forme d'electro minimaliste aux accents post-rock", je ne sais pas trop quoi ajouter, si ce n'est peut-être que j'ai plutôt bien aimé et que le dernier morceau était même franchement enthousiasmant, les cellules rythmiques de la batterie et de la basse se combinant parfaitement. Je vais tenter de trouver l'un ou l'autre de leurs albums.

22h35 : AMM
Si Our Brother The Native étaient les benjamins du festival, les deux musiciens de présentant sous le nom de AMM sont clairement les aînés (la soixantaine à vue de nez). Un ami bien informé (toujours le même) m'a dit qu'ils se produisaient souvent en trio et que le troisième larron, absent aujourd'hui, était le plus connu. Ils sont les seuls au cours du festival à oser un set entièrement acoustique (le seul objet sur scène nécessitant de l'électricité est un ventilateur, j'y reviens dans un instant). Le côté gauche de la scène est occupé par un imposant piano à queue, le droit par un grand gong, une caisse claire, une cymbale et un instrument à cordes pincées indéfinissable dont l'imposante caisse de résonance ressemble à un tambour oriental. Selon les moments, le pianiste improvise quelques notes éparses, accords ou arpèges dissonants entrecoupés par de longues plages de silence, ou enfonce violemment les touches de ses deux bras dans des clusters bruitistes. Parfois aussi, il va pincer directement les cordes dans la table de résonance. Tous les clichés du piano contemporain sont ainsi égrénés avec application mais sans génie particulier. Ayant appris adolescent le piano dans un milieu ouvert à la musique contemporaine, j'ai pratiqué à l'envi toutes ces techniques et je me suis à plusieurs reprises dit que je pourrais sans problèmes prendre la place du pianiste. Je n'en dirais pas autant du percussionniste qui parvient à tirer de son gong et de sa cymbale des miaulements déchirants qui pourraient rappeler le crissement des ongles sur un tableau noir (essentiellement en faisant vibrer la cymbale avec un archet puis en mettant sa tranche en contact avec le gong). Dans ma mémoire, aucun des sons produits ne relève stricto sensu de la percussion, au sens mécanique du terme : pas de grands coups de gong à la "MB présente", pas de roulements de tambour, etc.... A dire vrai, je ne suis même pas sûr qu'il ait des mailloches à portée de main. Il emploie en revanche un petit ventilateur aux pales duquel il a sans doute accroché de courtes lamelles de caoutchouc qui, en tournant, vont heurter la périphérie du gong et ainsi produire un rapide martèlement métallique. Après l'ambiance enfumée et le volume sonore déraisonnable des précédents concerts, cet intermède acoustique aux ambiances constantes, est un répit bienvenu (d'autant que les sièges sont confortables), et je suis donc resté jusqu'au bout. Je regrette un peu cependant que les deux musiciens aient chacun fait leur truc dans leur coin, sans jamais (apparemment) chercher à interagir. Lorsque après trois quarts d'heure, les instruments se sont tus, le public n'a pas osé applaudir et une bonne minute de silence total a envahi la salle. Etait-ce la fin ou bien seulement une pause plus longue que les autres ? La peur d'apparaître aux yeux et aux oreilles de toute l'assemblée comme le philistin qui ne comprend rien à la démarche de AMM était palpable et il a fallu que les deux musiciens se lèvent de leur siège pour que le public soit enfin convaincu que le concert était fini et qu'il pouvait sans risque applaudir et aller écouter le set de Vibracathedral déjà commencé depuis 20 minutes dans une autre salle.

23h10 : Vibracathedral Orchestra
Outre un hypothétique trompettiste dont je n'ai aucun souuvenir, le groupe se compose d'un guitariste (déroule un tapis de notes rapides sans repères harmoniques assez déroutant pour l'oreille), d'une violoniste (scie son violon sur une note unique pour créer de la résonance), d'un claviériste-guitariste et d'un batteur-chanteur, exhibant fièrement sa panse de buveur de bière (pratique un jeu destructuré, rapide et virtuose et laisse échapper quelques onomatopées étranges qui rappellent les cris que pousserait un lapin apeuré si les lapins apeurés poussaient des cris). Le tout, accompagné de quelques effets électr(on)iques de bon aloi, évoque une sorte de doom-drone cérébral qui n'a nulle peine à maintenir l'attention des spectateurs, pour la plupart assis ou couchés, dans des états d'épuisement plus ou moins avancés. Si je n'avais peur qu'une telle comparaison ne soit compréhensible que par moi-même, je dirais volontiers que Vibracathedral Orchestra est un peu à Sunn O))) ce que Do Make Say Think est à Godspeed You Black Emperor. Pour me faire mieux comprendre, je pourrais peut-être dire que, pour moi, leur musique est le fruit d'une démarche assez semblable mais se présente sous une forme plus complexe (surtout rythmiquement) et se révèle donc moins prenante, sans doute parce qu'elle ne peut plus être ressentie de manière élémentaire.

(à partir d'ici, plus de notes prises en direct, donc mes souvenirs se font plus vagues)

23h30 : Com.A
Com.A est japonais et fait ce qu'on pourrait appeler de la drum'n'bass. Il porte un tee-shirt noir de hardeur et une casquette Suicidal Tendencies assortie. Le premier morceau (que j'ai vu) est très noisy mais le set devient au fil du temps de plus en plus dansant. Les gesticulations incessantes de Com.A derrière ses deux laptops sont épuisantes à regarder, surtout au regard de ma propre fatigue. Toujours à sautiller, à se balancer d'avant en arrière et à remuer la tête, les deux mains toujours en mouvement. J'ai d'ailleurs eu la curiosité de monter sur la balcon qui surplombe la salle, car j'y avais une vue plongeante sur ses deux laptops. Le but était double, d'abord voir à quoi ressemblent les claviers de laptops japonais (échec cuisant, il faisait trop sombre pour lire ce qui était écrit sur les touches), ensuite juger de ce qui est pré-enregistré et de ce qui est effectivement joué en direct (semi-réussite, le plus gros semble être pré-enregistré et seuls des points de détails -distorsion, modulation, etc..- sont gérés en direct). En définitive, j'ai plutôt bien aimé ce que j'ai entendu, mais nettement moins que deux des membres de Our Brother The Native qui, au premier rang ont dansé sans s'arrêter pendant quarante minutes, possiblement sous l'emprise de substances ecstasiantes.

23h55 : Vibracathedral Orchestra+Antenna Farm+Tujiko Noriko
00h15 : Yellow Swans + Food for Animals + Com. A
01h00 : Mum + Kemialliset Ystävät
La soirée se termine par des collaborations entre les divers artistes du festival. La première m'a été décrite comme du Vibracathedral Orchestra sur lequel Tujiko Nuriko fait 'Ooh Aaah Aaah', la deuxième comme un grand n'importe quoi insupportable. J'ai bien dû me résoudre à prendre ces descriptions comme argent comptant vu que j'étais entré en mode "zombie" et n'ai donc aucun souvenir de ces deux sets. Du set de la dream-team scandinave, je ne peux juste dire que l'apport de Mum n'avait pas l'air énorme.

Finalement, si on excepte ces collaborations, la deuxième journée était plutôt moins dépaysante que la première pour mon âme de poppeux. J'y ai même découvert un groupe dont je pourrais un jour acheter l'album. Une réussite totale donc.

(un autre compte-rendu, assez différent, se trouve ici)

dimanche, mars 26

Blogueur, occupation à haut risque ?

J'ai eu la faiblesse d'écrire ceci il y a quelques semaines. Les conséquences sont terribles :

HAHAHA oukiii a trois contr' ce Pierre, on lui r'fait l'portrait

C clair.;en plus il a jamais vu des fans de Mr ryan en colére...il va pas être deçu de notre visite!!

i s'ra tel'ment amoché qu'il ne saura mêm' plus critiquer de jeunes artist' on va lui fair' bouffer ses parol'! mdr
on te fix' une dat' LiLi et tu viens ouki?

je me renseign' sur son adress' et on y va!

biensur qu'on va lui refair' son portrait!

franch'ment celui ci i s'prend pr qui? grrrrr en plus il descend Lee puis ça vient dir' que l'album de rachel Stevens [flop en UK] est super bien!

moi jdis que c lui le con !!!

kel gros niais ce mec dan dék!!! [...] mé skil di grrrrrrr allééééé fight!!!!! tu veu t'battre peti??? vien di encor un truc pareil sr lee é tu va soufrir niark niark

ahah il va en baver le povre av nous ttes

ouais, après il va pas être beau à voir le pauvre....

j'suis d'acc' qu'on aim' pas Lee mais de là a se permettr' de le descendr' sur un bêt' blog, j'dis no!

sa va wé!!!
kil fassse gaff le peti la pq ac ns, fo pa critiké lee de tro pré


C'est le troisième forum consacré à Lee Ryan ou à Blue qui me tombe dessus à cause de cette chronique. Je comprends mal une telle haine car, encore maintenant, j'ai l'impression que ma chronique est plutôt bienveillante.

En tout cas, par mesure de précaution, je viens d'acheter un berger allemand et j'envisage de prendre des cours intensifs de karaté dès la semaine prochaine.

PS : Refaites-moi le portrait si vous voulez, mais je vous interdis de dire du mal de l'album de Rachel Stevens.... et qu'il ait fait un flop en Angleterre n'est en aucun cas un argument recevable.

Il ne faut pas poéter plus haut que son ...

La Blogothèque ayant rejailli de ses cendres tel un phoenix de sons et d'images, je signale que mon billet de la semaine dernière sur Susumu Yokota est en ligne.

samedi, mars 25

La Madeleine du week-end

Pour vous faire patienter jusqu'à la fin de mon compte-rendu du Fat Cat (mardi au plus tôt), allez redécouvrir Your Woman par White Town. Une preuve de plus que le potentiel du "hautbois" (voir commentaires), réel ou virtuel, dans la pop est honteusement sous-exploité.

jeudi, mars 23

Mon espace

Pour trouver des photos du concert de Our Brother The Native au festival Fat Cat, j'ai été obligé de m'enregistrer sur Myspace. Comme toujours quand je me retrouve face à un nouveau jouet, je viens de passer deux heures à fouiller dans les recoins du site et à chercher ce que je pourrais bien faire de ce nouvel espace virtuel. Je sèche.

En attendant, un peu de musique que je comprends.

- Les fans de Bloc Party seraient bien inspirés d'aller voir cette page où ils trouveront une anthologie des remixes et des b-sides du groupe.
- Sur le même blog, des extraits de sessions enregistrées par The Go! Team pour des radios américaines, dont l'inusable The Ice Storm, que tous les fans de Yann Tiersen devraient a priori adorer.
- The Young Knives est un de ces innombrables groupes indie-post-pop-punk anglais tentant de se faire une place en attendant les retours de Bloc Party, Art Brut et tous les autres. Weekends & Bleak Days me rappelle les meilleures chansons de Black Wire, ce qui est un compliment. Pour le reste, je suis plus circonspect.
- Michelsardou va m'en vouloir mais cette reprise de Bohemian Rhapsody par The Flaming Lips est en tous points monstrueuse. Il devrait être interdit de chanter faux à ce point.

Pour finir, j'ai une bonne et mauvaise nouvelle. La mauvaise est ici et la bonne est que j'ai enfin réussi à convaincre mon firewall de me laisser écouter les morceaux proposés sur Myspace.com. Tout fou de cette liberté nouvelle, j'ai suivi un lien au hasard et suis tombé sur ceci, qui ressemble à du mauvais Erasure. Mon premier contact avec Myspace n'est donc pas franchement positif mais je vais persévérer.

mercredi, mars 22

Fat Cat Festival, Hasselt, 10 février 2006

Je ne sais pas trop quel est le degré d'implication des responsables du label Fat Cat dans le festival du même nom. Choisissent-ils les groupes présents ? Ont-ils simplement accepté de prêter leur nom et leur image de marque au festival ? Mystère (quoique), je peux juste verser au dossier le fait qu'une poignée seulement des groupes présents sont signés sur le label et que pas un seul CD Fat Cat n'était en vente dans l'enceinte du festival. Cela étant dit, le nom n'a guère d'importance puisque ce festival ressemble à s'y méprendre au festival K-Raa-K qui a lieu chaque année au même endroit. Mêmes éclairages minimalistes, même brouhaha perpétuel, même faune faite de barbus aux cheveux longs, de lecteurs de Wire BCBG et de curieux qui se demandent avec des regards hagards dans quoi ils sont tombés.

J'aime bien me confronter à des genres musicaux ne correspondant a priori pas à ce que j'écoute à la maison et le festival Fat Cat est l'occasion rêvée d'effectuer de telles excursions vers l'inconnu. Sur les deux jours, j'ai vu cinq artistes que je connaissais vaguement de nom et un seul dont j'avais déjà écouté (et acheté) un album. Tous les autres étaient de parfaits inconnus.

Pour les néophytes dans ce genre de musique (dont je suis), un des slogans du festival pourrait être : "Oubliez tout ce que vous avez toujours cru savoir sur la musique." En effet, si on excepte les concerts se déroulant au Parquet Hall (Vashti Bunyan, Max Richter,...), les groupes présents peuvent être divisés en trois catégories : bruyants, très bruyants et très très bruyants. Les musiciens se moquent des notions de mélodie ou d'harmonie comme de leur premiers acouphènes et leur musique se crée essentiellement avec des instruments improbables (ventilateurs,...) ou tellement obscurs que seuls les lecteurs assidus de alt.music.gear pourraient les nommer : boîtiers couverts de boutons et de lumières clignotantes, pédales d'effets, etc... Tout ce fatras est en général relié par une inextricable pelote de fils électriques emmêlés autour de laquelle les musiciens, accroupis et indifférents au monde, s'affairent sans jamais lever la tête ou, au contraire, se contentent, le regard vague, de laisser les sons vivre d'eux-mêmes. Pour le poppeux que je suis, tout cela a un côté passablement aventureux et ce compte-rendu peut donc se lire comme un long aveu d'ignorance, avec notamment une fâcheuse tendance à trouver que tout se ressemble un peu (allez voir ici pour des avis plus autorisés). Pourtant, si je n'ai sans doute pas découvert durant ces deux jours mon nouveau groupe de chevet, j'en suis ressorti agréablement abasourdi (au sens figuré uniquement, grâce à une indispensable paire de bouchons).

20h00 : Antenna Farm
Les deux membres du groupe (pardon, du "projet") sont situés de part et d'autre d'une table couverte d'instruments portant sans doute des noms aussi poétiques que Digital Equalizer CV-FG535A et Analogic Sound Effects Multi-functional Toolbox HG45571-DV (Asemt pour les intimes) et, bizarrement, d'un chien en peluche. Ils fument comme des pompiers et arborent tous les deux une barbe négligée et de très seyants bonnets de laine. Ils se font régulièrement passer des petits mots sur papier (qui doivent, j'imagine, comporter des stratégies obliques du genre "Plus de basses", "Fais péter les larsens" ou "Dans trente secondes, on fait un court silence avant le bouquet final.") mais semblent pourtant le plus souvent se contenter de suivre un canevas pré-programmé. Nous n'arrivons qu'en cours de set mais le deuxième tiers contient de nombreux sons inattendus qui maintiennent mon attention. La fin en revanche m'a semblé revenir à une forme plus classique de terror-drone fschwouaaaaaarrrrresque. Imaginez John Wiese (ma référence unique, et donc absolue, dans le genre) après un bon pétard.

21h45 : Food for Animals
Je n'y connais pas grand-chose en hip-hop mais son versant mainstream m'a toujours semblé souffrir d'être toujours basé sur les mêmes types de sons (samples de soul, percussions ou électronique gentillette). En marge pourtant, toute une nouvelle génération d'expérimentateurs tentent de marier le rap avec les fonds sonores les plus improbables. J'avais déjà été épaté par l'électro destructurée utilisés par TTC lors de leur formidable set au Pukkelpop. Food For Animals va encore un cran plus loin en utilisant un fond sonore d'extreme-noise, d'electronic-terror ou de doom-drone (ou toute autre combinaison de ces six termes). Le rappeur est imposant et porte une barbe très fournie (photos via ce site), mais son "flow" est assez quelconque, typique du rap américain contemporain. Derrière lui, un guitariste s'escrime comme un beau diable (encore une expression idiote) sur son instrument sans qu'à aucun moment, on ne puisse lui attribuer la moindre parcelle du son qui se déverse des enceintes. Tout semble en fait régi par le troisième homme, préposé tout-puissant aux machines. La présence d'une voix humaine fournit indéniablement un repére pour l'auditeur, d'autant que l'arrière-plan sonore doit également contenir un semblant de beat sur lequel le rappeur puisse se baser. Il s'agit donc une musique nettement plus accessible que celle d'Antenna Farm par exemple même si, parfois, le rappeur se tait, laisse sa voix se fondre dans des échos et permet aux deux musiciens de se lâcher pour une ou deux minutes de bruit pur qui les rapprochent de la moitié des groupes du festival.

21h40 : Vashti Bunyan
Difficile de trouver contraste plus grand que celui existant entre les deux groupes qui précèdent et l'anglaise Vashti Bunyan (61 ans), folkeuse mythique des années 60-70 qui a connu récemment une renaissance grâce au patronage de gens tels que Animal Collective ou Devendra Banhart. Elle a sorti l'année dernière sur Fat Cat son deuxième album (36 ans après le premier), avec l'aide de Four Tet, Devendra Banhart ou Adem (entre autres). En fait, Vashti Bunyan semble être la première surprise de cette seconde carrière qui lui tombe dessus sans prévenir. Elle en parle d'ailleurs comme d'un "happening in her life", manière sans doute d'en souligner le caractère fortuit. En opposition totale avec les deux concerts précédents, je peux donner un nom à tous les instruments présents sur scène. Assise sur une chaise, Vashti Bunyan est entourée d'un pianiste (Max Richter), deux guitaristes, une violoniste et un violoncelliste. Elle chante avec un filet de voix très ténu (on pense à Jane Birkin ou à Nick Drake) des comptines pop légères qui peuvent rappeler le précité ou, plus près de nous, les Kings of Convenience. Un oasis de douceur dans un monde de brutes et une pause acoustique bienvenue dans le torrent électro-bruitiste qui traverse tout le festival.

22h20 : Aoki Takamasa+Tujiko Nuriko
Tujiko Nuriko est un nom que j'ai déjà croisé plusieurs fois au fil de mes lectures. J'ai même sans doute dû écouter distraitement l'enregistrement d'un de ses concerts. Forcément, j'en avais déduit que Tujiko Nuriko était une star du genre. En conséquence, lorsqu'une chanteuse et un laptoppeur sont montés sur scène et que je me suis rendu compte que les sons produits par le second couvrait entièrement la voix de la première, j'ai naturellement imaginé que Nuriko c'était lui et que Takamasa, c'était elle. J'avais tout faux et heureusement, un ami mieux informé m'a vite fait comprendre mon erreur. Apparemment, Aoki Takamasa a sorti deux bons albums solo et collabore ici avec Tujiko Nuriko, qui se contente de chanter. Durant la première moitié du concert, on se demande un peu la raison de cette configuration. Bien que la musique soit assez minimaliste (pas très éloignée du premier album de Magnetophone par exemple), sa voix est la plupart du temps couverte et, durant les rares moments où elle surnage, elle semble tout à fait incompatible avec ce que fait son collègue, comme si Tujiko Nuriko avait comme seule ligne directrice une volonté de ne tenir aucun compte d'Aoki Takamasa. Heureusement, soit que le set ait lentement évolué, soit que j'aie fini par intérioriser leur démarche, les déconstructions rythmiques m'ont progressivement semblé plus rares et la pulsation plus régulière jusqu'à créer une sorte de drone-pop qui m'a beaucoup plu. On a même eu droit pendant quelques secondes à des samples vocaux du type "Choeurs de l'Armée Rouge", petit résidu d'humanité dans une musique par ailleurs totalement désincarnée.

23h00 : Yellow Swans
C'est sur une table au pied de la scène du Café, en plein milieu du public que Yellow Swans a installé son matériel, un assemblage hallucinant de fils et de boîtiers de toutes dimensions (voir photo ici, admirez en passant le casque de chantier du spectateur au premier rang). De part et d'autre de cette table se trouvent un "guitariste" et un "chanteur", sorte de Jésus à casquette. Je ne sais pas si le groupe est connu mais le public semblait en tout cas particulièrement impatient de les entendre et, dès les premières secondes (une lente pulsation en infra-basses), les barbus à cheveux longs qui forment une proportion non négligeable du public se lâchent complètement et la fosse se transforme en un repaire de pogoteurs et de head-bangers hors de contrôle. Avec une gestuelle épileptique, le "guitariste" tire de son instrument quelques accords qui après avoir été trituré au-delà du reconnaissable par les multiples trucs, machins et bidules situés sur la table sont vomis à toute puissance par les enceintes au milieu d'une avalanche de bruits. Le "chanteur" quant à lui, pousse de temps en temps dans son micro un hurlement qui semble n'avoir aucune répercussion sur les sons produits. Je pense que le terme Extreme Noise Terror n'est pas exagéré pour qualifier le premier morceau du groupe (même si "grand n'importe quoi assourdissant" est peut-être plus parlant). Je l'ai stoïquement subi pendant cinq minutes au milieu de la mêlée avant de monter sur le balcon qui entoure la salle pour admirer d'en haut la frénésie ambiante. Le second morceau est (marginalement) plus calme, plus construit et évoque vaguement Sunn O))). Je l'ai donc forcément préféré au premier. Mon âme de sociologue s'est demandé pendant tout le set pourquoi la musique de Yellow Swans est si propice au pogo alors que celles d'Antenna Farm ou de John Wiese s'écoutent dans une immobilité recueillie. Il me manque manifestement encore quelques clés pour comprendre cet étrange milieu.

23h45 : Kemialliset Ystavat
Ces cinq Finlandais représentent une sorte de juste milieu entre les mélodies de Vashti Bunyan et le grand n'importe quoi sonique de Yellow Swans. Ils sont nombreux sur scène (cinq, de mémoire), pour la plupart accroupis ou assis autour d'une pelote de fils reliant des micros (pour les tambours, maracas, voix,...), des instruments traditionnels (guitare, basse,...), des boîtiers et des pédales d'effets et des générateurs de boum-boum-tak-tak, couverts de jolis boutons multicolores et d'écrans qui clignotent. M'étant placé au bord de la scène, accoudé à un des baffles de retour, j'ai une belle vue d'ensemble sur le fourbi invraisemblable qui jonche la scène et j'ai donc pu constater qu'une moitié seulement des trucs dont ils avaient cru bon de s'entourer ont effectivement servi (le walk-man couvert de Tipp-Ex que j'avais juste sous les yeux, par exemple, n'était manifestement là que pour faire joli). Cet éhonté gaspillage de matériel ne les a pas pourtant pas empêchés de créer une musique faite de petites touches sonores, où cellules rythmiques répétitives (j'ai parfois pensé au Dead Can Dance de Song of the Nile) et mélodiques s'imbriquent et se répondent. Ce fut pour moi un véritable réconfort de pouvoir ici relier les sons que j'entendais avec les gestes effectués par les musiciens sur la scène. Pour quelques minutes, j'ai eu à nouveau l'impression de comprendre ce qu'était la musique.

(suite ici).