samedi, octobre 22

Radio 21... In memoriam

Contrairement à ce que j'avais annoncé il y a quelques jours, je ne suis pas revenu ici sur l'affaire Jérôme Colin, en grande partie parce que je n'en savais pas assez pour en dire quoi que ce soit d'intéressant. Les rares informations qui ont filtré vont dans des sens contradictoires et, bien que j'aie instinctivement plutôt envie de prendre fait et cause pour Jérôme Colin, je me vois mal prendre une position ferme et argumentée sur une question dont, au fond, je ne sais rien. Il semblerait que les affrontements entre l'animateur et sa direction aient atteint des proportions intenables. Je ne vois guère ce que je pourrais faire d'autre qu'en prendre acte avec regret. De plus, il n'y a plus réellement d'enjeux pratiques. Jérôme Colin ne souhaite plus travailler pour Pure FM et une "solution serait en passe d'être trouvée" pour ce qui est de sa participation aux émissions télévisées de la RTBF, ce qui était au fond l'objet unique de cette impressionnante pétition en ligne : plus de 4000 signatures en moins d'une semaine).

Finalement, cette éviction n'est qu'une pièce de plus à verser au dossier qui documente l'Europe-2isation (ou l'NRJisation, c'est en gros pareil, en remplaçant Julien Clerc par K-Maro) de Pure FM. De le radio "de découverte musicale" que ses premiers mois d'existence avaient pu laisser espérer, on est passé progressivement à un rassurant robinet d'eau tiède. Les émissions qui disparaissent sont toujours celles où l'apport de l'animateur dans la programmation est le plus grand. Elles sont remplacées par des émissions où la playlist règne en maître. Il ne reste plus guère que le Rock Show qui s'éloigne un peu de la ligne musicale générale de la station (mais la musique qui y passe m'intéresse vraiment trop peu). Cette volonté de couper tout ce qui dépasse est sans doute la partie la plus désespérante de toute cette histoire.

Apparemment, une station de radio doit, pour se développer et gagner des auditeurs, réduire l'éventail des musiques qu'elle diffuse. Je n'ai jamais bien compris les raisons sous-jacentes de cet état de fait mais la multiplication des exemples (des anciennes radios libres à Pure FM) semble indiquer que l'on ne peut pas lutter contre cette évolution qui, comme la mondialisation de l'économie, serait inéluctable. Il semblerait que l'auditeur lambda veuille à tout prix entendre en boucle les 25 mêmes chansons et surtout que l'animateur qui les annonce ne se mêle pas d'émettre un avis, surtout négatif. Le rassurant confort de la répétition que rient ne vient jamais interrompre, un tapis sonore familier qui se déroule sans surprise.

Il existe pourtant quelques contre-exemples. Pourquoi ne peut-on pas par exemple avoir en Belgique (ou en France pour ce que j'en sais) une station comme Radio 1 en Grande-Bretagne, qui respecte scrupuleusement des play-lists en journée (puisque c'est apparemment la panacée universelle de la radio pour "jeunes") et laisse carte blanche à ses animateurs en soirée. Personnellement, quand j'écoute la radio, j'ai envie d'être pris par la main et emmené à la découverte de chansons ou de genres que je ne connais pas, ou mal. Sur Pure FM, ce sera dorénavant presque impossible. Je serais notamment très curieux d'avoir une courbe de l'évolution du nombre moyen de morceaux différents diffusés par semaine sur Pure FM depuis les débuts. Il a sans doute nettement diminué, tout en restant encore sensiblement plus grand que sur NRJ (pour combien de temps ?).

Alors que Jérôme Colin annonçait la sortie prochaine d'un nouvel album de Kate Bush, il passait Running up that hill et expliquait sur antenne que les fans attendaient ce nouvel opus depuis plus de dix ans (il sort dans dix jours). En revanche, le directeur qui l'a viré (suivant l'exemple des participants au Phorum de dourfestival.net, je l'appellerai Crédit Lyonnais) n'a dit que "Kate Bush, elle est complètement folle. De toutes façons, ce n'est pas un disque pour Pure FM." Quand Jérôme Colin avait une touchante propension à s'enthousiasmer pour tout (Radiohead) et n'importe quoi (KoRn), le directeur de la station avoue sans états d'âme sur antenne "Parfois, j'en ai jusque là de toutes ces musiques." C'est sans doute un beau résumé du problème.

De plus, lors de sa dernière émission, Jérôme Colin a mentionné sur antenne la disparition de Big Dan, bel hommage de la part d'une radio dont, idéalement, Big Dan aurait dû être le public-cible.

Au revoir Jérôme donc et, de plus en plus clairement, adieu Radio 21 (dont il ne subsiste décidément plus rien de l'esprit). Bah, il restera toujours Internet, avec ce concert audio de Neil's Children par exemple.

EDIT : Rien de tel qu'un bon film Bollywoodien pour résumer de manière limpide toute cette pénible histoire.

2 commentaires:

michelsardou a dit…

Plutôt d'accord avec toi, autant radio 21 avait une personnalité, autant les deux entités me donnent envie de zapper dès que je passe dessus. Je mettrais Classic 21 dans le même sac, dans le genre pas exitant.

Sarah a dit…

J'ai bien failli t'envoyer le lien bollywoodien quand je l'ai vu mais moi et le suite dans les idées faisant deux... Dernier clou au cercueil de la radio qui débouche les oreilles le passage en heavy rotation, puisque fresh, du nouveau bidule de Limp Bizkit. Soit. Mais nous ne sommes plus obligés! A noter quand même que le Rock show dont tu parles est passé d'une programmation de grande écoute à 20h à un beaucoup plus incertain 23h. In memoriam, en effet.