vendredi, août 11

L'immatérialité dépoussiérée

Depuis quelques jours, Romain de Blog Pop s'est lancé dans une entreprise de nettoyage par le vide de sa mp3-thèque, dont il rend compte au jour le jour sur son blog en l'accompagnant d'une série de réflexions, souvent brillantes, sur ce que cela représente de consommer de la musique aujourd'hui, à l'ère du tout-numérique. En le lisant, je me sens à la fois tout à fait concerné (cette obsession de la possession des oeuvres me caractérise aussi) mais aussi un peu épargné (parce que je n'ai jamais considéré qu'un mp3 était autre chose qu'un moyen commode d'écouter un disque que l'on n'est pas sûr d'aimer). Cela dit, il est fort possible que ma méthode d'acheter tout disque écouté et apprécié en mp3 soit au fond encore moins défendable. Après tout, les collectionneurs de mp3 (comme lui) et de disques (comme moi) se rejoignent dans le fait qu'ils n'ont pas le temps matériel d'écouter tout ce qu'ils possèdent, mais les fondus de mp3 ont au moins l'avantage de moins grever leur budget et de ne pas devoir trimbaler des dizaines de caisses marquées 'fragile' lorsqu'ils déménagent. Quitte à entasser de l'inutile, autant le faire de manière rationnelle.

Plus prosaïquement, je suis sûr d'au moins une chose : je serais tout à fait incapable de me débarrasser volontairement, comme il le fait, de cette masse de musique accumulée au cours des années. Je ne comprends pas bien pourquoi il ne grave pas tout ça sur une quinzaine de DVD. Cela prendrait à peine la place d'un gros bouquin et éviterait tout regret futur.

2 commentaires:

romain a dit…

Pour être sincère, j'ai longtemps réfléchi aux éventuels regrets dont tu parles. Je me dis juste une chose qui parvient (pour l'instant) à me convaincre : à partir du moment où (grâce notamment à l'Internet haut débit) il n'y a plus une si grande différence entre posséder un album sur ton PC et savoir que tu peux le télécharger à tout moment sur un réseau P2P, le supprimer de ton ordinateur devient acceptable puisque tu peux le "réavoir" à n'importe quel moment, en seulement quelques minutes.

Dès lors que l'album est dématérialisé (autrement qu'il n'est qu'une succession de fichier mp3), qu'il soit sur ton PC ou sur un réseau P2P revient au même.

Avec le haut-débit, les réseaux P2P deviennent finalement ta propre discothèque dans laquelle tu peux picher indéfiniment.

Cela a de quoi donner le tourni.

Cela serait complètement différent s'il s'agissait d'une vraie discothèque (comme la tienne). Là, je te rejoindrais et serais incapable de jeter le moindre disque. D'ailleurs, j'ai toujours au fond de mes placards mes premiers disques achetés il y a de ça presque 15 ans. Jusqu'aux derniers achetés il y a qq mois. C'est dire.

Concernant l'idée du gravage, deux mots : d'abord j'y ai pensé bien sur. J'avais même commencé à graver tous mes albums téléchargés et j'accumulais des CD-R : "A", "B", "C", etc...

Je n'ai jamais remis un seul de ces disques dans mon ordinateur ni même dans mon lecteur-cd mp3. Je pense que je trouvais "l'acte" totalement absurde. Un disque avec 20 albums, c'était trop, cela ne me donnait pas envie. Et puis, j'étais déjà passé à d'autres trucs. Le gravage, c'était comme une momification.

Finalement c'est un peu la même chose avec mon mp3thèque. Sauf que rien n'est gravé. Mais tout est là, terriblement immobile.

Parfois je crois qu'il faut savoir dire adieu aux morts et conserver juste ce qui est en vie. Tant pis pour les regrets.

Chtif a dit…

J'ai l'impression d'être terriblement has-been, à continuer à aimer acheter des disques (et même parfois des vinyles, quelle horreur), à continuer à penser qu'un 33T vaut mieux que dix MP3 et que le P2P ne remplacera jamais le plaisir d'un bon vieux CD.

Pour aller plus loin, je dirais même que perdre foi en l'aspect matériel du disque, c'est déjà ne plus aimer la musique que l'on trouve dessus.