lundi, mars 12

Les albums de 2006 (XVIII)

J'ai beau être tellement loin de mes objectifs qu'ils ne sont plus qu'un vague point à l'horizon de mes souvenirs, je compte bien terminer ma série sur les albums de 2006. Je ne vais pas bêtement m'arrêter aux trois quarts du chemin. Avec le recul, je me rends compte que j'avais négligé un point essentiel lorsque je m'étais fixé fin décembre une cadence de mise à jour : je ne travaille désormais plus en permanence devant mon ordinateur et n'ai donc plus la possibilité de travailler mes chroniques dès que j'ai cinq minutes de libre. Il me faut désormais une bonne heure devant moi pour avoir la motivation de m'y atteler et, souvent, je préfère consacrer cette heure à d'autres choses. Du coup, peut-être ne terminerai-je que fin avril mais je terminerai. Cela dit, et bien que le principal intérêt de l'exercice soit pour moi de réécouter attentivement tous les albums de l'année et d'ainsi peut-être rattraper des premières écoutes trop distraites, je pense que je me contenterai l'année prochaine d'écrire des chroniques pour les 20 ou 30 albums que je préfère.

Isan - Plans Drawn In Pencil (Morr Music)
Rien de plus difficile pour moi que de rédiger la chronique d'un album d'Isan. Une fois que l'on a écrit les obligatoires "duo anglais formé de Antony Rian et Robin Saville" "label allemand culte Morr Music" et décrit la musique du groupe comme de l'"electronica bucolique", que peut-on bien ajouter ? N'étant pas trop à l'aise pour décrire la musique en mots, je me laisse souvent aller à broder autour de considérations annexes mais quelles considérations annexes pourrait-il y avoir pour un groupe aussi résolument discret et anti-spectaculaire qu'Isan, dont je ne connais que la musique ? Décrire ce que l'écoute de la musique m'évoque est a priori une autre bonne idée (c'est d'ailleurs l'approche que j'ai toujours privilégiée ici). Malheureusement, dans le cas particulier d'Isan, elle n'est pas d'une grande utilité. Le sentiment que m'évoque la musique du groupe est en effet un plaisir diffus, le vague contentement d'une mélodie qui se répète ou d'une rythmique inattendue, rien à partir de quoi on puisse extrapoler des paragraphes entiers. Sans doute est-ce d'ailleurs un peu le problème du groupe qui semble souvent se contenter de joliesse et de séduction sans chercher à atteindre la beauté et l'émotion. Ces limites étant posées (et elles sont sans doute moins sévères que ce que vous pourriez croire : se laisser charmer pendant une heure est loin d'être une expérience déplaisante), ce nouvel opus me semble sensiblement meilleur que le précédent. Le duo s'autorise même à y explorer de nouveaux styles. Un morceau comme Immoral Architecture, par exemple, laisse un peu tomber les rythmiques pop habituelles du groupe (voir Corundum par exemple) pour forger à coup de nappes un paysage ambient à la Brian Eno qui est franchement réussi.
- Liens : Site officiel, MySpace
- A écouter : Immoral Architecture (mp3)
- Acheter

Hope of the States - Left (Sony-BMG)
J'ai longuement parlé de ce groupe et de cet album ici et n'ai pas grand-chose à ajouter. Sing It Out est ce que l'on appelle en termes techniques une "tuerie sans nom" et est toujours le morceau que je préfère sur l'album, même si avec le temps j'ai aussi appris à apprécier la seconde moitié du disque qui m'avait semblé à première vue sensiblement faible. Je signale également que la plupart des membres du groupe sont à présent réunis dans un autre groupe, Troubles.
- Liens : Site officiel, MySpace
- A écouter : Sing It Out (mp3)
- Acheter

Belle & Sebastian - The Life Pursuit (Rough Trade)
Je me rappelle avoir écrit dans un précédent billet que Belle and Sebastian n'était plus un groupe "exceptionnel" et avait (comme The Coral plus récemment) fini par "rentrer dans le rang, sans jamais vraiment démériter". Ces quelques mots expriment avec une telle précision et une telle concision ce que je pense que je pourrais sans doute m'arrêter là mais ayant déjà bâclé la chronique précédente, je me sens obligé de broder. The Life Pursuit continue en fait sur la lancée du précédent album (Dear Catastrophe Waitress, le premier sorti en-dehors du giron de leur premier label Jeepster) avec une musique sans doute moins touchante, moins "pop mauviette" (pour reprendre le terme utilisé par le Monde pour décrire le groupe il y a quelques années et qui a depuis fait florès) et plus "pop de premier de la classe". Le groupe semble en fait avoir complètement exorcisé la gaucherie permanente et le sentiment de n'être pas à sa place qui en faisait un symbole de ralliement pour tous les geeks de la Terre. Il est à présent confiant en son talent et enchaîne les albums et les tournées avec la régularité d'une chaîne de montage automobile. Les intégristes de l'orthodoxie indé et les contempteurs de la marchandisation de la musique ne le leur pardonneront sans doute jamais. Les autres devront sans doute reconnaître que ces deux derniers albums sont à tout prendre plutôt meilleurs que Storytelling ou Fold Your Hands Child. Belle and Sebastian est devenu un groupe pop comme un autre mais au moins a-t-il conservé l'essentiel de son talent pour la composition et l'interprétation de chansons. La voix de Stuart Murdoch me procure à vrai dire toujours les mêmes frissons, les choeurs sont toujours aussi ravissamment twee (j'invente des mots si je veux) et des chansons comme Another Sunny Day, Sukie in the Graveyard ou The Blues Are Still Blue sont de vrais tubes. Tout n'est pas parfait cependant. Ainsi, To be myself consistently tombe à plat et la tentative vaguement calypso de Song for Sunshine est franchement embarrassante. On peut aussi regretter que la production se soit alourdie avec le temps. Le riff de synthé (?) qui parcourt White Collar Boy, par exemple, aurait été impensable à l'époque des aériens Seeing Other People ou Dog On Wheels mais bon, tout groupe est amené à évoluer et, à tout prendre, je préfère l'évolution de Belle And Sebastian à celle de Placebo ou des Killers.
- Liens : Site officiel
- A écouter : Another Sunny Day (mp3)
- Acheter

Lo-Fi-Fnk - Boylife (Moshi Moshi)
2006 fut un peu l'année des duos masculins d'électro-pop : les prometteurs Dangerous Muse ont commencé à faire leur trou, Le Sport a sorti sa chanson parfaite avant de disparaître sans laisser de traces. Les Junior Boys ont confirmé les promesses de leur premier album, les Pet Shop Boys sont revenus au meilleur de leur forme (sans parler d'Erasure ou du retour de la vengance de l'arrière-petit-fils d'Orchestral Manoeuvres in the Dark). La liste est longue (vous pouvez d'ailleurs continuer vos explorations avec ces groupes, et d'autres). Dans cette grande famille, les cousins les plus proches de Lo-Fi-Fnk sont sans doute Le Sport, ne serait-ce que par leur nationalité (suédoise), mais la musique du duo est sans doute plus volontairement cheap, plus rentre-dedans, moins bondissante ou immédiatement séductrice que celle de Le Sport. On n'est plus ici dans le cadre strict de l'electro-synth-pop contemporaine. Le seul but n'est pas de faire danser, sautiller ou chantonner les poppeux. Le disque prend aussi le temps de mettre mal à l'aise et de prendre l'auditeur à rebrousse-poil. Les voix par exemple sont souvent brutes, volontairement déclamatoires et m'évoquent vaguement une forme d'electro-punk underground à la Le Tigre ou à la Mr Quintron. Pourtant, à d'autres moments, on frôle l'italo-disco (Adore). L'auditeur, pris au milieu de stimuli contradictoires, ne sait finalement plus trop quoi penser. C'est un peu la limite du disque. Trop underground pour oser le 100% pop et trop putassièrement pop pour être vraiment crédible en icône underground, il joue sur deux tableaux sans jamais gagner sur aucun. Dommage. Je signale néanmoins que l'ambiance gentiment claustrophobique de chansons comme System ou Change Channel, évoque irrésistiblement le deuxième album de The Knife, Silent Shout. Vu la popularité de ce dernier, ça pourrait sans doute susciter la curiosité de certains d'entre vous.
- Liens : Site officiel, MySpace
- A écouter : Steppin' Out (mp3)
- Acheter

6 commentaires:

David a dit…

J'avoue que j'ai du mal à comprendre cette levée de boucliers contre Belle & Sebastian. Et c'est d'autant plus étrange que ceux qui ont effectivement écouté (je veux dire: vraiment écouté) l'album le trouvent merveilleux, leur meilleur depuis des années. Another Sunny Day, Dress up in You, We are the sleepyhead etc comptent parmi leurs meilleurs titres, Stuart Murdoch n'a jamais aussi bien chanté et la production est lumineuse. Donc je ne comprends pas, on dirait vraiment qu'il y a deux discours qui se superposent.
De même pour le The Coral. JE trouve que The Invisible Invasion n'est pas seulement leur meilleur, et de loin, c'est un pur chef d'oeuvre ce disque et je suis prêt à parier que dans quelques années on le redécouvrira comme un des plus beaux albums pop de l'époque. Mais tant que ces groupes sont vivants le juement sur leur musique reste comme parasité par une impression de trahison que, personnellement, je ne comprends pas du tout.

Pierre a dit…

Personnellement, je n'éprouve aucun sentiment de trahison vu que l'orthodoxie indé me fait beaucoup rire. En revanche, je pense qu'il ne faut pas nagliger l'attrait de la nouveauté. J'ai vécu ma découverte de The Coral ou de Belle And Sebastian comme des révélations mystiques (j'exagère un peu, mais à peine :). Au troisième album, l'effet de surprise a disparu et le jugement critique se réduit donc souvent à cette déprimante alternative. Si on trouve l'album bon, on estime que c'est normal, qu'avec le talent dont ils ont précédemment fait preuve, c'est bien le moins de ce que l'on pouvait attendre d'eux. Si on le trouve mauvais, on lâche les chiens. C'est évidemment profondément injuste, mais je me demande si ce n'est pas aussi inévitable.

David a dit…

oui oui, mais peut-être qu'au fond tout le problème vient du fait qu'on ne cesse de juger un artiste selon qu'il a fait ou non un "bon" album. Jamais personne ne se soucie de savoir si, en n'aimant pas le dernier disque de bidule ou trucmuche on n'aurait tout simplement pas "compris" ce qu'il cherchait à faire depuis le début.
Selon moi le dernier The Coral est effectivement la concrétisation la plus belle de ce qu'ils cherchaient à faire depuis le début, je crois vraiment que tout tendait à ça dès le premier album. (et à l'inverse j'ai pu être déçu par Bloc Party parce qu'au bout d'un moment je réalisais que j'avais tout simplement compris de travers ce qu'ils cherchaient à faire. J'apprécie toujours leurs premiers morceaux, mais je n'aime plus le groupe parce qu'ils ne retiennent pas de leur propre musique ce que moi j'en retiens.)

Je comprends très bien qu'on puisse ne pas aimer le dernier album d'un groupe mais ce qui est énervant dans cette manie de toujours vouloir donner son avis sur la musique c'est qu'on en vienne systématiquement à dire: je n'ai pas aimé cet album donc il est mauvais. Qui dit: je n'aime pas cet album donc je ne l'ai pas compris? Personne et c'est dommage

Mais tu n'es pas visé personnellement hein. J'aime beaucoup ton blog

Mam'zelle Lulu a dit…

Je pense que B&S a toujours enchaîné les albums avec régularité. Deux ans maximum entre chaque album depuis leurs débuts, c'est une bonne moyenne je trouve. Ce qui est nouveau, c'est qu'on s'intéresse plus à eux depuis quelques temps.

Gally a dit…

Juste parce que j'aime bien le titre de ce blog... : )

lyle a dit…

Personnellement, je me réserve le droit de dire que je trouve un album mauvais. Cela ne peut être une vision absolue, just ma perception...

Ceci dit, le derneir B & S est loin d'être mauvais : il y a d'excellentes chansons mais aussi des plus faiblardes et je le trouve un peu écoeurant ' trop sucré ? ) sur la durée.

Mais c'est juste mon opinon...