mardi, septembre 20

Les dirigeants du monde libre.

Il y a pour moi un vrai mystère Elbow et la sortie de leur troisième album, Leaders of the free world, ne fait que l'épaissir. Le groupe est apparu à peu près en même temps que toute une kyrielle de groupes plus ou moins dépressifs dont, à première vue, rien ne les distinguait vraiment. Pourtant, alors que toute cette vague de groupes a depuis longtemps disparu de mon horizon musical (qui s'intéresse encore aux Turin Brakes... franchement ?), je ressens avec la musique du groupe une affinité très forte qui ne diminue pas et que je ne m'explique pas vraiment.

Les morceaux ont beau faire 3'30'' en moyenne, la notion de 'chanson' avec sa rassurante alternance couplet-refrain et ses mélodies à fredonner sous la douche est assez éloignée des préoccupations du groupe, qui préfère mettre sur pied des installations sonores qui paraissent à première vue comme grossières, un peu lourdingues et assemblées à la va-vite et sans souci du détail. Pourtant, l'écoute (répétée) des deux précédents albums du groupe ont été pour moi la source constante d'épiphanies mineures, d'éblouissements passagers. Mieux, le concert auquel j'ai assisté en mars 2004 a généré en moi une euphorie inattendue. J'avais à l'époque tenté de comprendre pour quelle raison la musique du groupe m'émouvait à ce point et n'y étais pas arrivé.

Une chose est sûre en tout cas. Cette première impression d'une musique qui manque de finesse et d'une instrumentation un peu lourdingue n'est qu'une vaste foutaise (peut-être en partie générée par la figure de bûcheron mal réveillé de Guy Garvey). Leurs albums finissent en effet par se révéler des miniatures pop aussi finement ciselées que le plus parfait des EP de Belle and Sebastian (période Dog on Wheels). Derrière le son un peu crade des guitares, les ambiances retenues, la batterie qui impose, tel un métronome imperturbable, un tempo moyen et la voix voilée du chanteur, se cachent des trésors de légèreté. Ce paradoxe (lourdeur aérienne, sophistication rudimentaire ?) n'est que le premier d'une longue série qui fait d'Elbow le groupe idéal pour développer son catalogue d'oxymores. La musique d'Elbow peut ainsi m'évoquer une tristesse euphorisante, une résignation confiante, un optimisme désespéré ou un bonheur sans joie. Il y a chez Guy Garvey un côté Droopy (même physiquement), mais son "I'm happy" est sincère. Sans doute est-ce parce que cet état d'esprit me touche que je suis à ce point réceptif à la musique d'Elbow.

Comment décrire cette dernière ? Les points de comparaison ne manquent pas. Le plus évident, à cause d'un troublant mimétisme vocal, est sans doute Peter Gabriel (Station Approach sonne comme une chute de studio de So ou Us) mais on peut également y entendre le Talk Talk de Spirit of Eden ou même des Nits qui auraient enregistré un album de chansons lentes entre Giant Normal Dwarf et Ting (cfr The stops). Toutes ces références sont inattaquables (oui, oui, même Peter Gabriel) et pourtant aucune ne rend complètement justice à cet album (ou aux deux précédents) qui, dans l'effet qu'il produit (sur moi en tout cas), est tout à fait unique. Le sommet du disque est sans doute l'enchaînement de Mexican Standoff, avec son riff de guitare imparable que l'on aurait envie d'entendre répété à l'infini, et ce qui est sans doute le plus beau morceau de l'album, The everthere, où une mélodie toute en suggestion serpente paresseusement entre une guitare acoustique et quelques notes de piano. Ce n'est pas grand-chose mais je ne suis pas sûr que ça ait déjà été fait avec autant de grâce.

Bon, je viens de me relire et ce n'est pas encore aujourd'hui que je parviendrai à exprimer clairement ce que m'évoque Elbow. Si j'osais, je dirais que ce billet est à nouveau "a thick Elbow in the water". Heureusement que je n'ose pas, j'aurais honte.

2 commentaires:

Julo a dit…

Tu me faiq regretter de ne pas l'avoir acheté à la FNAC ce midi... Connais pas le dernier album, mais j'adore les 2 premiers, et je les ai vu en concert à Toulouse en 2001 lors d'une formidable soirée (avec Lift to Experience & Mercury Rev). Merci d'en parler, ce groupe mérite de la pub!

laurène a dit…

je n'aurais su mieux exprimer ce que je ressens pour la musique d'Elbow... ce charme indéfinissable, cette séduction presque involontaire, cette originalité pas artificielle...
si j'étais pas fauchée comme les blés, je me jetterais illico sur le nouvel album!!