jeudi, juin 14

Les albums de 2006 (XX)

Scott Walker - The Drift (4AD)
S'il fallait encore trouver une raison pour laquelle la télévision publique britannique est la meilleure du monde, la diffusion il y a quelques semaines en prime-time d'un documentaire d'une heure sur la vie et l'oeuvre de Scott Walker serait l'argument rêvé. Depuis la sortie de Tilt, qui me l'a fait découvrir (voir notamment ici et ), je m'étais forgé une image assez caricaturale d'artiste tourmenté, créant sa musique dans la douleur. Cette image vole vite en éclats une fois qu'on l'a vu en studio, casquette de base-ball vissée sur la tête, pousser de petits rires enthousiastes face à la concrétisation de ses idées (les coups de poing dans la viande, les cris d'âne, la poubelle en fer-blanc qui glisse sur un énorme cube en bois, etc.). Le caractère halluciné et apocalyptique de Tilt ou de The Drift n'est donc pas imputable à une quelconque déficience mentale (raisonnement commode de l'auditeur qui ne parvient pas à assimiler ce qu'il entend, de Brian Wilson à Ian Curtis) mais est simplement la réalisation triomphale de l'idée que Scott Walker se fait de ce à quoi ses disques doivent ressembler : à cheval entre tonalité et atonalité, chansons et expérimentation, continuum et fragments. Je ne suis pas sûr que ce soit, sur le papier, une manière d'envisager la musique que je recommanderais. En d'autres mains, elle serait la voix royale pour des disques inécoutables et affreusement prétentieux. Pourtant, portés par la voix exceptionnelle de cette ex-idole des jeunes, qui n'a pas tout à fait renié le plaisir de séduire, ces morceaux emportent durablement l'adhésion. La musique de Scott Walker appelle l'analyse et j'ai lu un certain nombre de textes (souvent assez prétentieux) sur le sens qu'il convient de donner à la musique de Scott Walker. Pourtant, si elle me parle, c'est sans doute parce qu'il n'est nul besoin pour l'apprécier d'y dénicher du sens. Il suffit de se laisser porter par les images que la musique évoque. Elles sont nombreuses.
- Liens : Site officiel
- A écouter : Jesse (video), Psoriatic (mp3)
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We Are Scientists - With Love And Squalor (Virgin)
Oubliez vos Razorlight, vos Cribs, vos View et vos Arctic Monkeys. S'il est sorti en 2006 un disque de pop indé pour lequel le NME aurait eu raison de s'enflammer, c'est celui-ci. 12 morceaux et que du tube, de quoi danser toute l'année dans les soirées indie du monde entier. C'en est presque écoeurant. Comment expliquer que cet album n'ait pas fait un triomphe ? Bon, évidemment, quelques éléments de réponse viennent rapidement à l'esprit : des têtes de geeks en phase terminale, un look de prof de math, des prestations live en demi-teinte, une pochette où ils brandissent des chatons (même pas éviscérés) et, surtout, un manque totale d'arrogance et de rock'n'roll-attitude. Dans un monde où Noel Gallagher peut prétendre avoir sorti les cinq meilleurs albums depuis les Beatles et où Johnny Borrell peut s'autoproclamer génie sans qu'on y voie autre chose qu'une admirable preuve de confiance en soi, ne pas se vanter et ne rien revendiquer paraît toujours un peu suspect, la probable marque d'un groupe qui n'a rien à dire et espère qu'on ne lui en tiendra pas trop rigueur. Grossière erreur : Nobody Move, Nobody Get Hurt, This Scene is Dead, It's A Hit, The Great Escape, Textbok, Worth The Wait. Autant de raisons de faire un triomphe à We Are Scientists, qui sont un peu mes Hard-Fi de 2006.
- Liens : Site officiel
- A écouter : Nobody Move Nobody Get Hurt (video), The Great Escape (video), Worth the Wait (mp3)
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Robbie Williams - Rudebox (Chrysalis/EMI)
Je me suis toujours tenu prudemment éloigné de la folie Robbie Williams, malgré une poignée de bons singles (Feel et No Regrets principalement). Pourtant, la succession d'informations bizarroïdes qui a précédé la sortie de cet album m'avait intrigué. On entendait dire que l'album contiendrait une reprise de Manu Chao et une reprise de Stephen Duffy (qui participerait par ailleurs à l'écriture de quelques titres), etc.. La rumeur la plus folle voulait que Robbie reprendrait sur l'album We Are The Pet Shop Boys, la chanson qu'un obscur groupe électro américain My Robot Friend a consacré au deuxième meilleur groupe du monde. Cette dernière rumeur semblait rigoureusement inconcevable. La reprise du titre par les PSB eux-mêmes pouvait passer pour un clin d'oeil gentiment prétentieux mais, sûrement, une reprise par Robbie Williams serait absurde ! Pourtant, toutes ces rumeurs se sont bel et bien révélées exactes. Devant se passer des services de son compositeur habituel, Robbie a décidé de sortir un album complètement hétéroclite qui prend souvent le risque du grotesque (voir Rudebox et le morceau caché) mais se révèle aussi par moments assez enthousiasmant, surtout quand il se pique d'électro-pop. Ainsi, Lovelight, She's Madonna (splendide ballade composée et produite par les Pet Shop Boys), Kiss Me, The Actor, The 80's (ne m'a-t-on pas appris à l'école que l'on devait écrire The 80s ?) sont dans le genre franchement recommandables, sans parler de We Are The Pet Shop Boys, un chef-d'oeuvre auquel Robbie Williams a l'intelligence de ne rien changer. Comme il s'agit du premier échec commercial de "Fat Dancer" (à son échelle), la presse tabloïde anglaise s'est empressée de qualifier Rudebox de plus mauvais album de sa carrière ou de "Stinker of the year" alors que cet échec n'est que la conséquence malheureuse des risques pris ici. Bon, il est vrai que la reprise de Manu Chao n'a aucun intérêt et que l'album subit un gros coup de mou en son milieu mais je crois que, tout imparfait qu'il soit, cet album me convient mieux que ne l'aurait fait une succession d'Angels ou de Millennium par Guy Chambers.
- Liens : Site officiel
- A écouter : She's Madonna (video), Lovelight (video), We Are The Pet Shop Boys (mp3)
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3 commentaires:

davnat a dit…

C'est qui JOhnny Borrell ?
C'est qui le premier meilleur groupe du monde ?

Pierre a dit…

- Le chanteur/stripteaser de Razorlight.. et si tu ne connais pas Razorlight, tu ne rates rien. :)
- Dead can Dance évidemment.

lyle a dit…

L'album de WAS m'avait beaucoup déçu ( et que dire de leurs 'performances' scéniques... )
Par contre j'ai bien aimé l'album de rarities qui témoigne mieux du côté un peu branque du groupe.