mardi, juillet 24

Les albums de 2006 (XXVI et fin)

Je termine enfin cette interminable série avec les trois albums de 2006 que j'ai achetés en 2007 et qui me semblent devoir mériter un place dans le classement final. Attention, ce billet contient de la graine de podium.

Faun Fables - The Transit Rider (Drag City)
J'ai déjà parlé ici et de ma découverte à l'Ancienne Belgique du duo formé par Dawn McCarthy (aussi entendue sur le dernier album de Bonnie 'prince' Billy) et Nils Frykdahl. Ce quatrième album confirme une nouvelle fois tout le bien que j'en pense. Comme bon nombre d'albums précédemment évoqués dans cette série, je suppose que l'on pourrait y voir l'influence d'une certaine forme de country, mais ce serait alors une country où les cow-boys seraient remplacés par des lutins farceurs et les plaines désertiques du MidWest par un jardin magique baigné de lumière aux reflets changeants. Indépendamment des paroles (axquelles je ne prête que rarement attention), le mot qui me semble le mieux décrire le groupe est "féérique", sans doute à cause de Dawn McCarthy qui est, avec Marissa Nadler, ma plus belle découverte vocale de ces dernières années. Le contraste avec la voix de Nils (qui rappelle parfois étrangement celle du chanteur des Sisters of Mercy) est souvent irrésistible. Quand une voix me plaît, je suis tout à fait capable de focaliser mon écoute sur elle et de faire abstraction des chansons, surtout si elles sont moyennes. Ce n'est heureusement pas le cas ici. Que ce soit l'hallucinant crescendo de Taki Pejzaz, l'évidence mélodique de Roadkill (où, une fois de plus, la comparaison avec le premier album des Catchers est inévitable), l'emphase funky de The Questioning ou la folie douce de In Speed, presque chaque morceau est une nouvelle raison de s'émerveiller. Pour donner une idée du niveau d'excentricité général ici présent, j'ajouterai juste que l'album précédent contenait une reprise de Brigitte Fontaine et que, sur celui-ci, Dawn reprend Je voudrais de Soeur Sourire (une chanson qui a tout l'air d'être splendide, il faudra que je me penche un jour sur l'oeuvre de la nonnette chantante). J'aimerais beaucoup les revoir en concert.
- Liens : Site officiel
- A écouter : In Speed (mp3)
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Nelly Furtado - Loose (Geffen)
Quelle mouche a bien pu piquer Nelly Furtado qui, après s'être fait connaître pour son alt-pop folkisante, a décidé de se réinventer en diva arène-bi ? Une volonté de changer de style et d'étendre sa palette musicale ou une tentative cynique de conquérir un nouveau marché, de combler le vide laissé par Britney Spears depuis qu'elle a pété les plombs ? Qui sait ? En tout cas, pas moi, qui me retrouve avec un CD sans livret, ce qui me prive des crédits pour chaque morceau. Une chose est en tout cas certaine : en s'associant avec Timbaland pour l'écriture, elle a misé sur le bon cheval. Maneater est sans doute le tube le plus atypique depuis Try Again d'Aaliyah (qui, incidemment, était déjà une production Timbaland). Sans surprise, ce sont les chansons les plus typiquement Timbalandiennes que je préfère (2,3,6,8 pour ceux qui ont une pochette sous la main) et Say It Right est sans doute ma favorite (je suis surpris qu'elle soit sorti si tard en single). Les moins bons moments sont, comme presque toujours dans les albums pop de ce genre, les chansons les plus lentes. Le duo avec Juanes est sans intérêt et In God's Hands est en tous points aussi inécoutable que ne le suggère son titre. En revanche, j'avoue un réel faible pour All Good Things (Come To An End) et son côté El Condor Pasa du pauvre. Je regrette juste que la version de l'album ne contienne pas les choeurs de Chris Martin (par ailleurs co-auteur de la chanson). Cela dit, je ne vais pas bouder mon plaisir. Loose est un très bon album pop, à peu près du même niveau que In The Zone de Britney Spears, si pas vraiment que Come And Get It de Rachel Stevens.
- Liens : Site officiel
- A écouter : Maneater (video), Say it right (video), All Good Things (Come To An End) (video), No Hay Igual (mp3)
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Plan B - Who Needs Actions When You Got Words (679 Recordings)
J'ai l'habitude de glisser dans chaque boîtier de CD un morceau de papier déchiré où je note de mon écriture la plus déjetée le numéro des plages que je préfère, ce qui me permet d'identifier plus rapidement les morceaux que pourrais avoir envie de réécouter après coup. Les morceaux que j'aime particulièrement sont soulignés. En général, le dit papier contient quatre numéros ou moins. Un album pour lequel je note 6 numéros est exceptionnel. Tout ça pour vous faire comprendre à quel point cet album de Plan B est hors-normes. En effet, on peut lire sur le papier (je retranscris les soulignés en gras) : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 13. Cela est d'autant plus étonnant qu'il s'agit indéniablement d'un album de rap et que le rap est pour moi un type de musique parfaitement impénétrable dont la seule fonction dans l'univers semble être d'empêcher Britney Spears et les autres de dépasser la cinquième place du Billboard Hot 100. Bon, évidemment, je généralise abusivement, me laissant emporter par mon goût douteux pour la rhétorique facile. Ainsi, j'aime bien Dizzee Rascal, Missy Elliott et deux bons tiers de la carrière d'Eminem. Le rap ne m'est donc pas complètement étranger. Pourtant, je n'avais encore jamais été à ce point interpellé par un album de rap. Comme rien n'évoque plus les vacances, la plage, la farniente et les cocotiers qu'une liste à puces, permettez-moi de dresser la liste des causes de cet égarement passager qu'une intense réflexion m'a permis d'établir. Il faut bien évidemment n'y voir que les délires sans consistance de celui qui veut à tout prix faire croire qu'il sait de quoi il parle.
- Plan B est anglais, ce qui me le rend d'emblée sympathique et, à cause de l'accent et du vocabulaire, nettement plus compréhensible que, au hasard, Jay-Z.
- il a eu l'idée, a priori pour moi étonnante, de se faire accompagner par une guitare (le plus souvent acoustique), un violoncelle et des percussions. Sur Everyday, ô bonheur extatique, il y a même un piano et ce n'est pas loin d'être bouleversant (si, si).
- si j'en crois les rapides recherches que j'ai faites sur le Web, le rap n'a pas été le premier choix musical de Plan B qui avait d'abord tenté, sans succès, d'être l'équivalent anglais de Matt Pokora (si on veut être méchant) ou de Justin Timberlake (si on est plus clément)....(j'insère ici un blanc pour que les puristes du rap puissent se retirer dans le calme et la dignité qui sied à l'idée que je me fais de ce blog).... Plan B a gardé de cet étrange passé un sens de la mélodie qui vient souvent étoffer les parties rappées (voir Dead And Buried). Une chanson comme Mama (loves a crackhead) (construite autour de I can't go for that (no can do) de Hall & Oates) rappelle même de manière assez troublante Let's Take A Ride, qui n'était pas loin d'être mon morceau préféré sur le premier album de Justin Timberlake. Plan B et Justin Timberlake semblent d'ailleurs aimer tous les deux beaucoup leur môman, ce qui en ces temps troublés où les valeurs s'affaisent sous les coups de boutoir d'un consumérisme hédoniste qui tourne à vide, ne peut qu'être encouragé.
- bien que je sois à peu près aussi qualifié que le goître de Balladur pour donner mon avis sur le "flow" d'un rappeur quel qu'il soit (rien qu'écrire le mot me fait pouffer), je dois avouer bien aimer celui de Plan B, dans lequel je sens la tension et la violence rentrée qui sied au rappeur. Il me rappelle vaguement à cet égard celui d'Eminem, une influence que j'imagine fondamentale pour Plan B. Il y a d'ailleurs dans I don't hate you une citation quasi-littérale de Stan.

Après ces quatre arguments en béton armé, je pense pouvoir clôturer ce billet avec la satisfaction du devoir accompli. J'ajouterai juste pour être complet que depuis la sortie de cet album au tout début de 2006, Plan B a sorti Paint it blacker, un album bootleg qui, contrairment à celui dont je parle ici, fait la part belle aux samples (Radiohead, Coldplay, Rolling Stones, Willy Mason, etc..). On y retrouve des nouvelles versions de morceaux déjà connus et quelques inédits. Je ne résiste pas à l'envie de vous proposer Suzanne, qui mêle la chanson du même nom de Leonard Cohen avec ce qui a tout l'air d'être un extrait de Massacre à la tronçonneuse.

- Liens : Site officiel, MySpace, blog personnel, Paroles
- A écouter : Mama (mp3), I don't hate you (mp3), Everyday (mp3), Suzanne (mp3)
- A voir : session acoustiqu et interview sur le site de la BBC
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Ne me reste plus qu'à mettre le billet bonus et le classement final en ligne.. et je pourrai reprendre une activité de blogueur normale.

2 commentaires:

lyle a dit…

Il me faut cet album de Faun Fables...

manon a dit…

Pour Loose, je trouve que Afraid (la première, pauvre toi sans livret) est du niveau de Say it right ou Promiscuous, aussi.
Essaie de la réécouter avec des bonnes basses. Je lui trouve une atmosphère un peu dark et mélancolique, par contre choix bizarre pour ouvrir un album.

(j'ai failli le faire à l'instant, et je me demande quel est le pourcentage de gens qui finissent leur commentaires ici par "enfin, je dis ça, je dis rien". lourd.)