jeudi, février 22

Micah P. Hinson, Rotonde, Botanique, 11 février 2007

A l'époque de la sortie de son premier album, je me rappelle avoir été sidéré la première fois que j'ai vu une photo de Micah P. Hinson. Alors que je m'attendais à voir un cow-boy aux cheveux blond sale avec une barbe de trois jours, un Stetson et une chemise à carreaux, je suis tombé sur un gringalet à lunettes portant des boucles d'oreille-boutons un peu ridicules. Ses chansons, sa voix et son apparence me semblaient en décalage absolu, presque irréconciliables, un peu comme si vous découvriez que Robert Smith ressemblait à Bézu (paix à son âme) ou que Patti Smith avait la tête d'Yvette Horner. Ce côté 'geek' m'a dans un premier temps étonné mais, en le voyant sur scène, je me suis rendu compte qu'il parvenait à en jouer jusqu'à devenir presque touchant.

Cela passe tout d'abord par une tendance continue à l'auto-dépréciation. Il remercie le public en prenant la plupart du temps un air gêné. Ainsi, après avoir joué en début de concert Beneath The Rose, le single issu de son premier album, et été copieusement applaudi, il dit "Merci mais j'ai peur que ce soit de loin la meilleure chanson qus nous ayons à vous proposer. Le reste sera moins bon. J'aurais dû la garder pour la fin.". Il s'excuse de ne pas avoir pu financièrement emmener avec lui la quinzaine de musiciens ayant enregistré son album et de n'être accompagné que d'un batteur ("très bon marché", bien qu'il joue aussi d'un peu de pedal- lap-steel) . Il s'excuse même de devoir improviser des nouveaux arrangements pour certains morceaux parce que Virgin Express a égaré son banjo lors du vol vers Bruxelles. Il chante également des reprises de John Denver et de Richard Hawley, Suzanne de Leonard Cohen et un des singles du premier album d'Interpol en laissant entendre à chaque fois qu'il trouve que ce sont des bien meilleures chansons que celles qu'il écrit lui-même.

Il cultive par ailleurs avec application son côté dilettante. "Les responsables de la salle m'ont autorisé entre une et trois pauses-cigarettes durant le concert. Je vais en prendre une maintenant." Il finira par en fumer quatre (à toute vitesse, je n'ai jamais vu personne tirer sur son filtre avec un tel enthousiasme) mais prendra soin d'occuper le public à chaque fois en lui contant des anecdotes. Il raconte ainsi comment une spectatrice italienne a hurlé en plein concert "Your voice fights fascism" avant de demander "Someone know the difference between communism and fascism?" et de se lancer dans quelques considérations vaseuses sur le sujet. Il raconte comment tous les poissons de son aquarium sont morts un jour parce qu'il y avait versé de l'eau trop froide, et comment le patriarche de l'aquarium était allé voir successivement chaque poisson pour les réconforter avant de se laisser mourir lui-même ("Les poissons sont capables de sentiments, de compassion. Je l'ai vu de mes propres yeux."). Sinon, il jure comme un charretier, parle souvent à son batteur en tournant le dos au public et, quand il casse une corde de sa guitare, il la change, accroupi sur scène, en pestant contre l'absence de roadies. Ce fut donc un concert plein de temps morts (il est tout de même parvenu à casser trois cordes en moins de deux heures) et qui baignait dans une ambiance un peu potache. Il termine d'ailleurs en disant. "Merci d'avoir supporté notre amateurisme. De toutes façons, le professionalisme, c'est très surfait.".

Je n'ai à dire vrai pas grand chose à dire sur la musique proprement dite. Si on fait abstraction des arrangements, elle est finalement assez proche de ce que les albums laissent supposer, en plus lo-fi et crade. La chanson finale par exemple, Patience, est presque méconnaissable tellement il hurle. Un concert qui valait donc plus selon moi pour le personnage, par le rapport qu'il instaurait avec son public que pour ses qualités purement musicales, même si je suis toujours ravi de voir chanter des gens dont j'admire la voix. J'avais d'ailleurs vu il y a un ou deux ans Mark Kozelek au même endroit en avais tiré sensiblement les mêmes conclusions.

LIEN : Vous pouvez aller lire la chronique de son concert de Londres sur Playlouder, histoire notamment de connaître le titre de la chanson d'Interpol qu'il a interprétée.

3 commentaires:

Jen a dit…

C'est marrant, je m'étais fait exactement la même idée de son physique avant de voir une photo de lui... j'ai été sidérée.
Quant au concert, malgré tout, il fait très envie ! Chanceux !

Thanu a dit…

dommage qu'il ait pas fait un détour par Paris!

parisian cowboy a dit…

ouais, ça nous a manqué.