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mardi, juillet 31

Les albums de 2006 (bonus et conclusions)

Comme je n'ai jamais su m'arrêter, un dernier billet pour parler de la plupart des disques de 2006 que j'ai achetés en 2007 (le plus souvent en soldes ou en mid-price) et qui n'ont donc pas été repris dans le classement final. Ils sont proposés dans un ordre d'intérêt décroissant.

Plaid & Bob Jaroc - Greedy Baby (Warp)
Sur ce CD/DVD, la musique de Plaid se mélange aux vidéos de Bob Jaroc. Je ne dirai rien des vidéos, que je n'ai pas encore regardées, mais c'est musicalement sans doute l'album de Plaid que je préfère (des deux oui trois que j'ai écoutés), tout en rythmes déconstruits et sonorités apaisantes. J'aime beaucoup Super Positions et I, Citizen the Loathsome.

Clinic - Visitations (Domino)
Si on veut dire du bien d'un groupe qui sort objectivement toujours le même disque, on dit en général qu'il "creuse toujours le même sillon" et s'il y a bien un groupe pour lequel cette expression s'applique, c'est Clinic. Je les ai vus il y a quelques semaines aux Ardentes et j'ai eu l'impression d'y entendre les deux mêmes chansons sans cesse répétées, mais comme ce sont deux chansons que j'aime bien, je ne vais pas me plaindre.


The Strokes - First Impressions On Earth (RCA/Sony-BMG)
Ou comment des musiciens peuvent sortir leur troisième album sans rien changer de fondamental à leur univers sonore et pourtant, sans qu'on comprenne trop pourquoi, donner l'impression qu'il s'agit de leur meilleur album. Bon, ça reste un album des Strokes, c'est-à-dire du rock indé faussement nonchalant avec un bon son crade new-yorkais mais le groupe semble plus confiant en ses capacités techniques. Les riffs sont plus coupants et les parts de batterie sensiblement plus complexes. Plutôt une bonne surprise.


DJ Shadow - The Outsider (Island)
Quel invraisemblable bric-à-brac ! Une intro de générique télé à la K2000 (1), de la soul croonante à la Marvin Gaye (les plus méchants diront à la Robert Palmer reprenant Marvin Gaye) (2), un emprunt littéral à Where Is The Love? des Black-Eyed Peas (7), un solo de guitare blues (8), un instrumental à la Battles (9), un inédit de Kasabian (12), deux ThomYorkeries (13,15) et beaucoup de rap, à mes oreilles tout à fait conforme à ce qui se fait ailleurs (y compris un tube à la Snoop Dogg, 3). Il n'y a que sur quelques morceaux que je retrouve ce que j'aimais sur les deux premiers albums de DJ Shadow (11, à la limite de l'auto-parodie, et surtout 14). Ne comptez pas sur moi pour extraire de tout ce foutoir une appréciation globale.


The Rapture - Piece Of The People We Love (Mercury)
Il m'arrive d'avoir lu tellement de mal d'un disque à sa sortie que j'en reporte sans arrêt l'écoute. Lorsque je finis par les mettre sur la platine, c'est avec une telle appréhension que je suis souvent agréablement surpris. Certes, il n'y a pas ici de House of Jealous Lovers mais, même sans James Murphy, ce rock à danser reste très écoutable.


Keane - Under The Iron Sea (Island)
La pop lyrique au piano a toujours été un de mes plaisirs coupables. Keane devrait donc être pour moi un groupe culte. J'avais d'ailleurs plutôt bien aimé leur premier album. Malheureusement, ce deuxième album flirte souvent avec le pompiérisme. Pour tout dire, ça ressemblerait à du U2 dernière période.... Ce n'est pas un compliment.


Isobel Campbell & Mark Lanegan - Ballad of the Broken Seas (V2)
Le duo improbable entre l'agnelle blanche ex-Belle&Sebastian et le loup mal peigné des Screaming Trees et de Queens of the Stone Age accouche d'un album somme toute assez moyen, d'où ne surnage que The False Husband. Une déception, en ce qui me concerne.


The Kooks - Inside In, Inside Out (Virgin)
Comme trop souvent pour les groupes indés anglais, on retrouve ici trois bonnes chansons, deux moyennes tandis que le reste est sans le moindre intérêt. Ca ne suffit pas à faire un album que j'ai envie de défendre.



Pour finir, je me suis demandé ce que la rédaction de tous ces avis m'avait appris sur mes goûts. Quels sont les arguments qui reviennent le plus souvent dans mes appréciations ? Est-il possible d'en inférer une sorte de résumé de ce que j'espère trouver danss un disque ? Je n'ai évidemment pas pris le temps de relire tout ce que j'ai écrit depuis sept mois mais quelques lignes directrices semblent clairement se dégager.

- importance des mélodies, attachement au format pop
- importance du timbre de la voix (quand il y en a)
- diversité entre les morceaux
- rejet des arrangements lourdingues
- méfiance vis-à-vis d'une certaine forme d'esprit de sérieux
- niveau plus ou moins constant, sans remplissage (plutôt un disque uniformément moyen qu'un disque avec deux chefs-d'oeuvre et huit chansons sans intérêt)

Ces lignes directrices se combinent à des goûts plus subjectifs que l'on pourrait résumer comme suit :

- synthétique et/ou acoustique plutôt qu'électrique
- rapide plutôt que lent
- exubérance plutôt que réserve
- artificialité plutôt qu'authenticité
- européenne plutôt qu'américaine
+ un bonus pour la présence de piano et/ou violoncelle.

En relisant ces quelques lignes, je me dis que je ne devrais sans doute pas publier ce billet. De voir ainsi exposé en quelques points ce qui me semble être un résumé terriblement juste de mes critères d'appréciation, je me sens totalement mis à nu, sans mystère. C'est assez désagréable.

samedi, juillet 28

Top Albums 2006

Enfin le classement.

Tous les mp3 sont à nouveau disponibles pour 48h. Je les retirerai définitivement lundi en fin d'après-midi. Presque tous les liens mp3 ont été désactivés.

01. Pierre Lapointe - La forêt des mal-aimés
02. Plan B- Who Needs Actions When You Got Words
03. Lupen Crook - Accidents Occur Whilst Sleeping
04. Pet Shop Boys - Fundamental
05. Dominique A - L'horizon
06. Gogol Bordello - Gypsy Punks
07. Justin Timberlake - FutureSex/LoveSounds
08. Faun Fables - The Transit Rider
09. We Are Scientists - With Love And Squalor
10. Lisa Gerrard - The Silver Tree
11. Howling Bells - s/t
12. Scott Walker - The Drift
13. Final Fantasy - He Poos Clouds
14. McFly - Motion In The Ocean
15. Woven Hand - Mosaic
16. Hot Chip - The Warning
17. Mogwai - Zidane OST
18. Bonnie 'prince' Billy - The Letting Go
19. Dolorian - Voidwards
20. Mates Of State - Bring It Back
21. The Feeling - Twelve Steps and Home
22. And You Will Know Us By The Trail Of Dead - So Divided
23. Mogwai - Mr Beast
24. Johnny Cash - Personal File
25. Nelly Furtado - Loose
26. Liars - Drum's Not Dead
27. Muse - Black Holes And Revelations
28. Deaf Center - Pale Ravine
29. Post Industrial Boys - Trauma
30. Apparat Organ Quartet - s/t
31. Belle and Sebastian - The Life Pursuit
32. Ryan Teague - Coins and Crosses
33. Juan d'Oultremont - Bambi Is Dead
34. Thom Yorke - The Eraser
35. Johnny Cash - American V: A Hundred Highways
36. Stuart A. Staples - Leaving Songs
37. Peter, Bjorn and John - Writer's Block
38. Matt Elliott - Failing Songs
39. Arctic Monkeys - Whatever People Say I Am, That's What I Am Not
40. Lil' Chris - s/t
41. Yeah Yeah Yeahs - Show Your Bones
42. The Vines - Vision Valley
43. Morrissey - Ringleader Of The Tormentors
44. The Pipettes - We Are The Pipettes
45. Robbie Williams - Rudebox
46. Hope Of The States - Left
47. Calexico - Garden Ruin
48. Two Gallants - What The Toll Tells
49. The Knife - Silent Shout
50. Isan - Plans Drawn In Pencil
51. Jamelia - Walk With Me
52. Casiotone For The Painfully Alone - Etiquette
53. Robin Guthrie - Continental
54. Junior Boys - So This Is Goodbye
55. Sparks - Hello Young Lovers
56. Espers - Espers II
57. Tunng - Comments Of The Inner Chorus
58. Kelley Stoltz - Below The Branches
59. Paul Simon - Surprise
60. Johann Johannsson - IBM 1401, a user's manual
61. Cat Power - The Greatest
62. B. Fleischmann - The Humbucking Coil
63. Scissor Sisters - Ta-dah
64. Amplifier - Insider
65. TV On The Radio - Return To Cookie Mountain
66. Micah P. Hinson - MPH and the Opera Circuit
67. Le Sport - Euro Deluxe Dance Party
68. Bodies Without Organs (BWO) - Halcyon Days
69. Max Richter - Songs From Before
70. Midlake - The Trials Of Van Occupanther
71. Lo-Fi-Fnk - Boylife
72. The Zutons - Tired Of Hanging Around
73. Mojave 3 - Puzzles Like You
74. Film School - s/t
75. Tortoise & Bonnie 'prince' Billy - The Brave And The Bold
76. The Mountain Goats - Get Lonely
77. Our Brother The Native - Tooth And Claw

Finalement, 2006 fut plutôt une bonne année. Les 4 premiers albums sont à mon avis fabuleux, les 11 suivants excellents, les 12 suivants très bons et les 15 suivants bons. Tous les autres ont des qualités, sauf les six derniers qui m'ont vraiment déçu.

Je ne suis pas mécontent que cette aventure soit (presque) terminée.

mardi, juillet 24

Les albums de 2006 (XXVI et fin)

Je termine enfin cette interminable série avec les trois albums de 2006 que j'ai achetés en 2007 et qui me semblent devoir mériter un place dans le classement final. Attention, ce billet contient de la graine de podium.

Faun Fables - The Transit Rider (Drag City)
J'ai déjà parlé ici et de ma découverte à l'Ancienne Belgique du duo formé par Dawn McCarthy (aussi entendue sur le dernier album de Bonnie 'prince' Billy) et Nils Frykdahl. Ce quatrième album confirme une nouvelle fois tout le bien que j'en pense. Comme bon nombre d'albums précédemment évoqués dans cette série, je suppose que l'on pourrait y voir l'influence d'une certaine forme de country, mais ce serait alors une country où les cow-boys seraient remplacés par des lutins farceurs et les plaines désertiques du MidWest par un jardin magique baigné de lumière aux reflets changeants. Indépendamment des paroles (axquelles je ne prête que rarement attention), le mot qui me semble le mieux décrire le groupe est "féérique", sans doute à cause de Dawn McCarthy qui est, avec Marissa Nadler, ma plus belle découverte vocale de ces dernières années. Le contraste avec la voix de Nils (qui rappelle parfois étrangement celle du chanteur des Sisters of Mercy) est souvent irrésistible. Quand une voix me plaît, je suis tout à fait capable de focaliser mon écoute sur elle et de faire abstraction des chansons, surtout si elles sont moyennes. Ce n'est heureusement pas le cas ici. Que ce soit l'hallucinant crescendo de Taki Pejzaz, l'évidence mélodique de Roadkill (où, une fois de plus, la comparaison avec le premier album des Catchers est inévitable), l'emphase funky de The Questioning ou la folie douce de In Speed, presque chaque morceau est une nouvelle raison de s'émerveiller. Pour donner une idée du niveau d'excentricité général ici présent, j'ajouterai juste que l'album précédent contenait une reprise de Brigitte Fontaine et que, sur celui-ci, Dawn reprend Je voudrais de Soeur Sourire (une chanson qui a tout l'air d'être splendide, il faudra que je me penche un jour sur l'oeuvre de la nonnette chantante). J'aimerais beaucoup les revoir en concert.
- Liens : Site officiel
- A écouter : In Speed (mp3)
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Nelly Furtado - Loose (Geffen)
Quelle mouche a bien pu piquer Nelly Furtado qui, après s'être fait connaître pour son alt-pop folkisante, a décidé de se réinventer en diva arène-bi ? Une volonté de changer de style et d'étendre sa palette musicale ou une tentative cynique de conquérir un nouveau marché, de combler le vide laissé par Britney Spears depuis qu'elle a pété les plombs ? Qui sait ? En tout cas, pas moi, qui me retrouve avec un CD sans livret, ce qui me prive des crédits pour chaque morceau. Une chose est en tout cas certaine : en s'associant avec Timbaland pour l'écriture, elle a misé sur le bon cheval. Maneater est sans doute le tube le plus atypique depuis Try Again d'Aaliyah (qui, incidemment, était déjà une production Timbaland). Sans surprise, ce sont les chansons les plus typiquement Timbalandiennes que je préfère (2,3,6,8 pour ceux qui ont une pochette sous la main) et Say It Right est sans doute ma favorite (je suis surpris qu'elle soit sorti si tard en single). Les moins bons moments sont, comme presque toujours dans les albums pop de ce genre, les chansons les plus lentes. Le duo avec Juanes est sans intérêt et In God's Hands est en tous points aussi inécoutable que ne le suggère son titre. En revanche, j'avoue un réel faible pour All Good Things (Come To An End) et son côté El Condor Pasa du pauvre. Je regrette juste que la version de l'album ne contienne pas les choeurs de Chris Martin (par ailleurs co-auteur de la chanson). Cela dit, je ne vais pas bouder mon plaisir. Loose est un très bon album pop, à peu près du même niveau que In The Zone de Britney Spears, si pas vraiment que Come And Get It de Rachel Stevens.
- Liens : Site officiel
- A écouter : Maneater (video), Say it right (video), All Good Things (Come To An End) (video), No Hay Igual (mp3)
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Plan B - Who Needs Actions When You Got Words (679 Recordings)
J'ai l'habitude de glisser dans chaque boîtier de CD un morceau de papier déchiré où je note de mon écriture la plus déjetée le numéro des plages que je préfère, ce qui me permet d'identifier plus rapidement les morceaux que pourrais avoir envie de réécouter après coup. Les morceaux que j'aime particulièrement sont soulignés. En général, le dit papier contient quatre numéros ou moins. Un album pour lequel je note 6 numéros est exceptionnel. Tout ça pour vous faire comprendre à quel point cet album de Plan B est hors-normes. En effet, on peut lire sur le papier (je retranscris les soulignés en gras) : 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 13. Cela est d'autant plus étonnant qu'il s'agit indéniablement d'un album de rap et que le rap est pour moi un type de musique parfaitement impénétrable dont la seule fonction dans l'univers semble être d'empêcher Britney Spears et les autres de dépasser la cinquième place du Billboard Hot 100. Bon, évidemment, je généralise abusivement, me laissant emporter par mon goût douteux pour la rhétorique facile. Ainsi, j'aime bien Dizzee Rascal, Missy Elliott et deux bons tiers de la carrière d'Eminem. Le rap ne m'est donc pas complètement étranger. Pourtant, je n'avais encore jamais été à ce point interpellé par un album de rap. Comme rien n'évoque plus les vacances, la plage, la farniente et les cocotiers qu'une liste à puces, permettez-moi de dresser la liste des causes de cet égarement passager qu'une intense réflexion m'a permis d'établir. Il faut bien évidemment n'y voir que les délires sans consistance de celui qui veut à tout prix faire croire qu'il sait de quoi il parle.
- Plan B est anglais, ce qui me le rend d'emblée sympathique et, à cause de l'accent et du vocabulaire, nettement plus compréhensible que, au hasard, Jay-Z.
- il a eu l'idée, a priori pour moi étonnante, de se faire accompagner par une guitare (le plus souvent acoustique), un violoncelle et des percussions. Sur Everyday, ô bonheur extatique, il y a même un piano et ce n'est pas loin d'être bouleversant (si, si).
- si j'en crois les rapides recherches que j'ai faites sur le Web, le rap n'a pas été le premier choix musical de Plan B qui avait d'abord tenté, sans succès, d'être l'équivalent anglais de Matt Pokora (si on veut être méchant) ou de Justin Timberlake (si on est plus clément)....(j'insère ici un blanc pour que les puristes du rap puissent se retirer dans le calme et la dignité qui sied à l'idée que je me fais de ce blog).... Plan B a gardé de cet étrange passé un sens de la mélodie qui vient souvent étoffer les parties rappées (voir Dead And Buried). Une chanson comme Mama (loves a crackhead) (construite autour de I can't go for that (no can do) de Hall & Oates) rappelle même de manière assez troublante Let's Take A Ride, qui n'était pas loin d'être mon morceau préféré sur le premier album de Justin Timberlake. Plan B et Justin Timberlake semblent d'ailleurs aimer tous les deux beaucoup leur môman, ce qui en ces temps troublés où les valeurs s'affaisent sous les coups de boutoir d'un consumérisme hédoniste qui tourne à vide, ne peut qu'être encouragé.
- bien que je sois à peu près aussi qualifié que le goître de Balladur pour donner mon avis sur le "flow" d'un rappeur quel qu'il soit (rien qu'écrire le mot me fait pouffer), je dois avouer bien aimer celui de Plan B, dans lequel je sens la tension et la violence rentrée qui sied au rappeur. Il me rappelle vaguement à cet égard celui d'Eminem, une influence que j'imagine fondamentale pour Plan B. Il y a d'ailleurs dans I don't hate you une citation quasi-littérale de Stan.

Après ces quatre arguments en béton armé, je pense pouvoir clôturer ce billet avec la satisfaction du devoir accompli. J'ajouterai juste pour être complet que depuis la sortie de cet album au tout début de 2006, Plan B a sorti Paint it blacker, un album bootleg qui, contrairment à celui dont je parle ici, fait la part belle aux samples (Radiohead, Coldplay, Rolling Stones, Willy Mason, etc..). On y retrouve des nouvelles versions de morceaux déjà connus et quelques inédits. Je ne résiste pas à l'envie de vous proposer Suzanne, qui mêle la chanson du même nom de Leonard Cohen avec ce qui a tout l'air d'être un extrait de Massacre à la tronçonneuse.

- Liens : Site officiel, MySpace, blog personnel, Paroles
- A écouter : Mama (mp3), I don't hate you (mp3), Everyday (mp3), Suzanne (mp3)
- A voir : session acoustiqu et interview sur le site de la BBC
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Ne me reste plus qu'à mettre le billet bonus et le classement final en ligne.. et je pourrai reprendre une activité de blogueur normale.

jeudi, juillet 12

Les albums de 2006 (XXV)

Bonnie 'prince' Billy - The Letting Go (Domino)
De tous les disques vaguement "country-rock" (si vous m'autorisez ce douteux raccourci) présents dans cette liste (Two Gallants, Micah P Hinson, Calexico, Espers, Kelley Stolz, Cat Power, Mojave 3, Mountain Goats, Johnny Cash), il ne fait guère de doute pour moi qu'il s'agit du meilleur. D'abord, Will Oldham a sans aucun doute la voix la plus bouleversante du lot (Johnny Cash excepté). Il a par ailleurs la bonne idée de se faire accompagner sur la plupart des morceaux par Dawn McCarthy, la chanteuse de Faun Fables (groupe dont je reparlerai très vite et dont j'ai déjà dit ailleurs tout le bien que je pensais). Ensuite, Will Oldham renoue avec les arrangements légers qui faisaient tout le prix de ses débuts sous le nom de Bonnie 'prince' Billy et met de côté les guitares grasses et les expérimentations discutables de ses deux derniers disques (le live et la collaboration avec Tortoise). La conjonction de ces deux points fait de The Letting Go, l'album le plus pop de son auteur, pas pop comme peut l'être Mika ou les Pet Shop Boys, mais pop au sens de "genre musical essentiellement centré sur la mélodie". Le fait notamment de composer pour deux voix semble avoir libéré l'inspiration de Will Oldham. Ces deux timbres de voix se répondant m'ont évoqué les symphoniettes des Catchers et les arrangements à base de guitare acoustique, cordes et percussions légères m'ont rappelé Five Leaves Left de Nick Drake. Dans cette optique, Strange Form Of Life est sans doute le plus beau moment de l'album. Cela dit, on peut lui préférer The Seedling, en ce sens que Will Oldham y prend plus de risques, s'éloigne du minimalisme et joue avec la structure classique couplet-refrain sans jamais devenir abscons (voir aussi Mark Hollis ou Scott Walker). Il s'agit sans doute pour moi du meilleur album post-Palace de Will Oldham, celui que j'espérais secrètement découvrir en écoutant ses précédentes oeuvres. Il s'agit aussi d'un de ces rares albums dont la seconde moitié est meilleure que la première.
- Liens : Site officiel
- A écouter : Strange Form Of Life (video), The Seedling (mp3)
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Midlake - The Trials of Van Occupanther (Bella Union)
L'album commence par Roscoe, un mini-triomphe qui sonne, dès la deuxième écoute, comme un classique oublié des années 70 (quelque part entre les Motors, ELO et 10cc). J'espérais donc découvrir un album de rétro-pop flamboyant qui serait une sorte de pendant crédible à Phoenix, en moins putassier (comme diraient les Inrocks) et en plus distingué. Après avoir entendu ces 15 chansons uniformément midtempo, j'en viens à regretter Phoenix (d'autant que Phoenix, ce n'est quand même pas SI mauvais, dans le genre....enfin, je dis ça, faudrait surtout que j'écoute). La production y est sans doute moins classieuse mais au moins les mélodies restent un minimum dans l'oreille. Ici, il semblerait que l'écriture des morceaux ait été sacrifiée pour laisser plus de temps à la confection de ce son rétro-pop. On se retrouve donc face à un album élégant de bout en bout (malgré un solo de guitare fâcheux en son milieu) mais qui, passé les trois bons morceaux dans son premier tiers, ne laisse plus aucune trace.
Comme il s'agit du dernier album de 2006 pour lequel je me retrouve sans grand chose à dire, je voulais finir par une réflexion un peu plus générale. Tout au long de ces billets (il n'en reste plus qu'un), je me suis retrouvé à devoir mettre en forme, à rendre intelligible des opinions à peine formées, qu'aucun argument clair ne semblait pouvoir étayer. C'est un exercice auquel je trouve intéressant de me soumettre mais qui a sans aucun doute produit bon nombre de chroniques sans saveur dont la lecture a dû vous paraître assez frustrante. Vu la forme que je me suis forcé à donner à ces billets, cela me paraît inévitable. En effet, bien que je ne pense pas être le seul à ne pas pouvoir justifier précisément mes goûts et mes opinions artistiques (ceux-ci me semblent se former dans une sorte de semi-conscience, selon un processus qui reste heureusement imperméable à la raison), je dois être un des rares à m'être fait violence en tentant de dissiper ce brouillard pour écrire sur chaque album un texte qui expliciterait ce qui justement ne peut à mon avis pas l'être (même si je tenterais sans doute de faire une synthèse de tout cela dans quelques jours). Pourtant, d'un point de vue purement égoïste, cet exercice me paraît utile car il me force à réécouter attentivement tous les albums achetés durant l'année et à, en quelque sorte, me faire une opinion. Il faudra donc que je trouve pour 2007 un format nouveau qui me forcera encore à cet exercice sans lui associer systématiquement à l'écriture d'une chronique.
- Liens : Site officiel
- A écouter : Roscoe (video), Young Bride (video), Head Home (mp3)
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Pet Shop Boys - Fundamental (Parlophone)
Voir ici. Six mois après, mon avis a peu évolué.












- Liens : Site officiel
- A écouter : Minimal (video), Numb (video), Integral (vidéo non officielle), Luna Park (mp3)
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mardi, juillet 10

Les albums de 2006 (XXIV)

Scissor Sisters - Ta-Dah (Polydor)
J'avais beaucoup aimé le premier album éponyme des Scissor Sisters, pour son côté éhontément pop. On y sentait une joie de jouer et de s'amuser qui tranchait heureusement avec la morosité ambiante. J'attendais donc monts et merveilles de ce deuxième album, qui ne me semble malheureusement pas du tout à la hauteur du précédent. Je n'y retrouve plus la même innocence ludique (à part peut-être sur Kissing You Off, où on retrouve un peu du mordant de Filthy/Gorgeous). L'album sonne comme s'il avait été composé dans le seul but de répéter le succès du premier et le groupe semble au coeur d'un plan marketing cynique, que ce soit le packaging m'as-tu-vu de l'édition spéciale de l'album ou les collaborations ostentatoires avec Elton John, etc.. Il est facile pour un groupe qui sort son premier album d'apparaître frais, spontané et radicalement différent du tout-venant. C'est beaucoup plus difficile après avoir vendu 2 millions d'albums, enchaîné les tournées, les festivals et sillonné les plateaux télé du monde entier. Je suis le premier conscient que ces arguments sont parfaitement subjectifs et n'ont qu'un lien assez ténu avec ce que l'on peut objectivement entendre sur le disque. Pourtant, il colle assez bien à l'indifférence polie que m'évoquent ces chansons. La question de savoir si cette indifférence provient entièrement de l'album ou bien des a priori avec lesquels je l'ai abordé est une question trop complexe pour que je m'y attarde, d'autant qu'elle a perdu de son importance depuis que le trou laissé libre par les Scissor Sisters a été provisoirement comblé par Mika. Il est très possible que, avec le temps, je parvienne à réécouter cet album avec des oreilles neuves et à le réévaluer mais il semblerait que, malgré mes six bons mois de retard, ce temps ne soit pas encore arrivé. PS : J'aime beaucoup la manière dont Land of A Thousand Words se confond sur la fin avec le premier générique de Goldorak.
- Liens : Site officiel
- A écouter : Land Of A Thousand Words (video), She's My Man (video), Kiss You Off (mp3)
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Mojave 3 - Puzzles Like You (4AD)
Mojave 3 est un groupe auquel je m'intéresse depuis longtemps quasi-uniquement parce qu'il est signé sur 4AD. Leur premier album me semblait d'ailleurs avoir plutôt bien réussi la collision entre un certain esprit 4AD, fait de reverb éthérée, et une forme de pop légère et gentiment countrisante. Depuis, chaque nouvel album m'a semblé s'éloigner de ce fragile équilibre (que l'on retrouve par ailleurs assez bien sur le premier album de Gravenurst). La musique est devenue de plus en plus pataude, et les pochettes de plus en plus moches, celle-ci n'étant pas loin d'être affreuse. Si on excepte Most Days, les chansons de ce dernier album suivent un canevas country-pop-indé assez classique, avec quelques emprunts extérieurs (l'orgue de Kill The Lights, par exemple, me rappelle les Stranglers). Ce n'est pas indigne (même si Just A Boy, par exemple, est franchement médiocre) mais ça ne se démarque absolument pas des 500 albums du genre qui sortent tous les ans. En fait, ça fait au moins deux ou trois albums que je me dis que je devrais arrêter d'acheter les albums de Mojave 3, mais le prix assez bas et mon goût névrotique de la collection (salut kfigaro) m'en dissuadent. Si j'ai bien lu ma presse musicale ces derniers mois, le problème devrait trouver une résolution naturelle puisque le groupe a décidé de se séparer
EDIT : le site officiel dément les rumeurs de séparation.
- Liens : Site officiel
- A écouter : Breaking The Ice (video), Most Days (mp3)
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Two Gallants - What The Toll Tells (Saddle Creek)
Sans aucun doute un des groupes les plus hypés de 2006. Pensez donc. Deux Californiens mal rasés; un label top crédibilité; une musique qui fleure bon les grands espaces désertiques, le Deep South et le mauvais whisky; une voix éraillée qui évoque irrésistiblement le son du banjo ou de l'harmonica s'élevant la nuit au milieu du désert dans un western crépusculaire, que demander de plus ? N'est-ce pas là ce dont tout bon fan de musique américaine roots rêve secrètement ? Peut-être. Malheureusement, j'ai toujours été plus anglophile qu'américanophile et toujours préféré l'artificiel au roots. Je leur aurais donc volontiers suggéré de ne pas trop se reposer sur leurs lauriers après la plage 4. En effet, après un démarrage en fanfare (Las Cruces Jail, Steady Rollin' et Long Summer Day sont rigoureusement formidables), l'album se contente d'être juste bien, de dérouler des ambiances sans surprises et d'enchaîner des morceaux mid-tempo qui semblent tous interchangeables. Comme ce genre musical n'est a priori pas ma "tasse de thé" (encore cette foutue anglopathie qui ressort), j'ai besoin que mon attention soit relancée de temps en autre par un son inattendu, un changement de tempo ou, à défaut, d'être raide d'admiration devant une voix (comme pour Micah P.Hinson). Ici, je reste donc un peu en-dehors.... pour vous dire à quel point, j'irais même jusqu'à suggérer que ça ressemble parfois à du White Stripes. Brrrr.
- Liens : Site officiel
- A écouter : Steady Rollin (mp3)
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mardi, juillet 3

Les albums de 2006 (XXIII)

And You Will Know Us By The Trail Of Dead - So Divided (Interscope)
Quand le groupe a commencé à se faire une petite réputation par ici (pour leur second album), la presse les avait rapidement classés aux côtés des Strokes, des White Stripes et des autres dans une jolie case "renouveau du rock à l'aube d'un nouveau millénaire" et, effectivement, à l'époque, le nom "Trail of Dead" évoquait un mur de guitares et des concerts apocalyptiques (où certains spectateurs ont laissé quelques précieux points d'audition). Un peu plus tard, le groupe a d'ailleurs été transféré à grands renforts de publicité sur Interscope, qui entendait bien faire d'eux les nouveaux Nirvana. Las, au petit jeu de la popularité, ils se sont fait doubler par à peu près tout le monde. Pourtant, le label continue à leur faire confiance, même s'il est à présent évident que Trail of Dead ne connaîtra jamais la gloire internationale. Les membres du groupe s'en sont apparemment accommodés et ont passé les dernières années à renouveler et élargir leur univers musical. Certes, la chanson qui ouvre l'album, Stand In Silence, est dans la droite lignée de leurs débuts mais c'est quasiment la seule parce que pour le reste c'est franchement arty. Naked Sun mélange blues-rock crade (si quelqu'un pouvait me dire de quelle chanson très connues ils se sont inspirés, ça m'aiderait) et explosion de cuivres. Sur la durée de l'album, on pense successivement à des groupes comme les Flaming Lips (Wasted State of Mind ou Eight Days of Hell), Mercury Rev (Gold Heart Mountain), Hope of the States, Elbow ou dEUS par exemple (il est des listes moins satisfisaisantes). L'album part donc un peu dans tous les sens et peut évoquer à un moment ou à un autre à peu près tous les groupes indés des 15 dernières années. C'est à la fois une qualité (diversité, bonnes influences, toussah) et un défaut (manque d'originalité, seconde division, toussah) mais ça reste un disque où aucun morceau n'est à jeter et que l'on peut écouter quatre ou cinq fois d'affilée sans se lasser, ce qui est déjà beaucoup. J'ai beaucoup lu à l'époque de sa sortie que cet album était une catastrophe et que le groupe y avait atteint le nadir de son inspiration. Je ne suis pas sûr de comprendre d'où vient cette condamnation presque unanime. Dans son genre, il me semble franchement réussi.
- Liens : Site officiel, Myspace (notez les styles proposés)
- A écouter : Naked Sun (video), Wasted State of Mind (mp3)
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Stuart A. Staples - Leaving Songs (Beggars Banquet)
Jusqu'à présent, la séparation des Tindersticks avait laissé un vide que rien ne semblait pouvoir combler, et surtout pas le premier album solo de Stuart Staples, qui ne parvenait jamais à dépasser le stade du "simplement plaisant". Les choses pourraient peut-être changer avec cet album qui me semble être sensiblement meilleur, renouant en partie avec les sonorités luxuriantes du groupe (la pochette crédite tout de même 17 musiciens, dont certains étaient d'ailleurs déjà membres des Tindersticks, David Boulter en tête). Une chanson comme Already Gone par exemple, avec son orgue et ses cuivres aurait tout à fait eu sa place sur les grands albums des Tindersticks. Goodbye to Old Friends et That Leaving Feeling sont deux autres belles surprises. Cet album prouve que Stuart Staples n'a pas perdu son inspiration. Dommage donc qu'il retombe parfois dans les petits travers de son premier album, notamment dans les morceaux les plus calmes, c'est-à-dire ceux qui s'éloignent le plus de l'art de la tension qui faisait pour moi tout le prix de la musique du groupe (voir par exemple Pulling Into The Sea, qui conclut l'album). Pour ceux qui aiment les références improbables, j'ajouterai juste que l'on trouve sur l'album un duo avec Maria McKee (la même, je suppose, que celle qui chantait Show Me Heaven pendant que Tom Cruise faisait vroum vroum. Voir aussi ici) et un hommage, volontaire ou non à Auberge de Chris Rea sur l'intro de Which way the wind.
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- A écouter : That leaving feeling (mp3)
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Morrissey - Ringleader of the termentors (Attack/Sanctuary)
Je n'ai véritablement découvert Morrissey qu'avec You Are The Quarry. J'aime beaucoup ce que je connais des Smiths mais n'ai jamais jugé nécessaire d'en connaître plus et ai sans remords fait l'impasse sur les quinze ans de carrière solo qui ont suivi. Connaissant mal sa vie et son oeuvre, je regarde le mythe qui entoure Morrissey de l'extérieur et n'ai pour me faire une opinion globale sur le personnage que ces deux albums. Je risquais donc de tomber dans le crime de lèse-majesté ou bien de porter aux nues des oeuvrettes crépusculaires n'arrivant pas à la cheville de ses grandes oeuvres passées, pièges dans lequel mon opinion plutôt tiède et incertaine m'empêche heureusement de tomber. La première chose qui frappe en écoutant l'album est la production, franchement somptueuse (avec des vrais morceaux d'Ennio Morricone dedans), notamment sur Life is A Pigsty. En fait, la première moitié de l'album me plaît beaucoup, la sauvagerie d'I will see you in far off-places laissant la place au lyrisme de Dear God Please Help Me, le tout teinté par la préciosité naturelle de la voix de Morrissey. Malheureusement, les choses se gâtent un peu par la suite avec une deuxième moitié d'album riche en guitares et sans grand intérêt.... et j'ai un peu de mal à en dire plus. Je trouve l'album dans l'ensemble un peu moins bon que You Are The Quarry mais y vois néanmoins une raison supplémentaire d'un jour me pencher plus sérieusement sur son oeuvre (d'autant que bon...qui d'autre que Morrissey partage avec les Pet Shop Boys le fait d'avoir collaboré avec Johnny Marr et Ennio Morricone, hein ?). J'aime aussi le fait que le CD soit entièrement noir (et ne suis d'ailleurs pas sûr de comprendre comment il peut encore être lu optiquement, mais bon, je suis une bille en technique)
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- A écouter : You have killed me (mp3)
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mardi, juin 26

Les albums de 2006 (XXII)

Final Fantasy - He poos clouds (Tomlab)
Cet album est l'illustration parfaite de la raison pour laquelle je prends plaisir à écrire ces billets, même lorsque le retard devient tel qu'ils n'intéressent plus que moi. Lorsque j'ai écouté cet album à sa sortie, je l'avais trouvé plaisant, sans plus, et n'y avais plus repensé. Je viens à présent de le réécouter et suis épaté par à quel point il est bon. Owen Pallett est un collaborateur occasionnel d'Arcade Fire (il est notamment crédité comme violoniste sur Funeral). Sa musique n'a pourtant qu'assez peu de points communs avec celle de la bande à Régine. Là où Arcade Fire tente de forcer l'admiration en empilant les couches et en surjouant l'euphorie, Owen Pallett crée des mini-symphonies de chambre à base de quatuor à cordes, piano, clavecin et percussion. Le résultat est une musique qui, tout en restant fondamentalement pop dans l'esprit (l'album contient 10 chansons d'environ quatre minutes chacune, avec une voix qui chante), sonne par moment exactement comme de la musique de chambre (quelque part entre les quatuors à cordes de Schubert ou Chostakovich, pour ratisser large). Le point de comparaison le plus proche qui me vient à l'esprit pour l'instant est sans doute les Nits, période Ting ou alors le William Sheller d'Ailleurs ou d'Univers, les tentations symphoniques en moins. Owen Pallett se garde en effet bien d'en faire trop et n'a pas peur par exemple de surprendre l'auditeur en se mettant à hurler lorsqu'il sent que sa musique se met à ronronner. Ce faisant, il crée un genre de musique auquel je ne connais pas vraiment d'équivalent (si vous en voyez, ça m'intéresse). A notre époque, tous les genres se mélangent allègrement dans un grand melting-pot global. Pourtant, personne n'avait encore à ma connaissance réussi à intégrer dans la musique pop à la fois l'instrumentation et l'exigence d'écriture que l'on associe à la plupart de la musique dite classique (même si certains groupes ont déjà intégré l'exigence d'écriture sans l'instrumentation et d'autres l'instrumentation sans l'exigence (disons, pour être provocateur, Craig Armstrong, Apocalyptica ou Guns'n'Roses). D'autres avaient déjà tenté de réussir cette fusion et, dans ses moments les plus faibles, He Poos Clouds les évoque vaguement. Le morceau de clôture (The Pooka Sings), par exemple, me rappelle un peu la collaboration entre Perry Blake et l'ensemble Musiques Nouvelles).
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- A écouter : (video), Many Lives --> 49 mp (mp3)
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Yeah Yeah Yeahs - Show your bones (Polydor)
J'ai du premier album des YYY le souvenir d'un rock un peu brouillon où l'énergie pure compensait des chansons qui ne ressemblaient pas à grand chose (Maps excepté). Sur scène, c'est essentiellement la personnalité de Karen O qui emportait l'adhésion (je garde notamment un souvenir assez ébahi de sa performance à la Route du Rock il y a quelques années). C'est donc avec une certaine surprise que j'ai écouté ce deuxième album, qui me paraît sensiblement plus abouti que le précédent. Partant de là, tout est question de perspective. Pour un auditeur qui, comme moi, aime les chansons plus "écrites" et le ton plus apaisé de cet album, on en trouvera un autre qui regrettera la tension permanente et les dérapages vocaux à peine contrôlés de Fever To Tell. Les premiers brandiront comme confirmations de leur thèse des chansons comme Dudley ou Gold Lion tandis que les derniers seront réconfortés dans leur conviction que c'était mieux avant par le début de The Sweets, qui est vraiment trop filandreux. Personnellement, je préfère sans doute cet album au précédent, tout en regrettant qu'il m'ait moins bousculé. Il n'y a en effet guère qu'à la fin de Mysteries que Karen O se lâche vraiment. Ne reste plus à espérer que, pour le troisième album, ils parviennent à mélanger la rage du premier avec les chansons du deuxième.
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- A écouter : Gold Lion (video), Dudley (mp3)
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Thom Yorke - The Eraser (XL Recordings)
On me reproche souvent de prendre des positions volontairement provocantes pour le plaisir de me faire remarquer, genre "Mozart m'ennuie.", "McFly, c'est génial." ou "Arcade Fire, c'est surfait.". Pourtant, il m'arrive parfois d'être bien content de me fondre dans la masse. Ainsi, comme à peu près tout le monde, je trouve que Radiohead est sans doute le groupe rock le plus fondamental des dix dernières années, celui qui a le plus oeuvré à l'avènement de la musique rock du XXIème siècle, blah blah blah (même si certains prétendent à nouveau que je fais mon intéressant quand je défends mordicus l'idée que Hail To The Thief est leur meilleur album). Donc oui, jouons cartes sur table, je suis fan. Dans cette optique, cet album est peut-être avant tout pour moi un document précieux pour comprendre le processus créatif du groupe. On y découvre en effet à l'état brut les obsessions musicales et la sensibilité que Thom Yorke apporte au groupe, notamment les rythmiques electronica, les transes vocales ou la construction des morceaux par empilement progressif de couches sonores menant vers l'apothéose finale. Paradoxalement, l'album permet aussi de se rendre compte de l'importance de l'apport des autres membres du groupe. Difficile en effet de ne pas être frappé par l'absence quasi-totale de guitares ou par la prédominance du mid-tempo. Dès lors, même si, indépendamment de son contexte, l'album réserve quelques belles surprises, The Clock ou Harrowdown Hill par exemple, c'est surtout en tant que porte ouverte sur les processus internes de création du groupe qu'il m'a intéressé.
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- A écouter : Harrowdown Hill (video), The Clock (mp3)
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mercredi, juin 20

Les albums de 2006 (XXI)

Arctic Monkeys - Whatever People Say I Am, That's What I'm Not (Domino)
C'est quand je me retrouve à chroniquer l'avant-dernier album d'un groupe pour ma rétrospective de l'année que je me rends compte que j'ai pris un retard qui n'est pas loin de devenir grotesque...mais je vais faire comme si de rien n'était et, tant qu'à faire, prendre un air inspiré pour me lancer dans des pronostics à haut risque : "Il s'agit sans nul doute d'un groupe très prometteur, qui a tout pour devenir la voix de cette nouvelle génération de britanniques qui ont toujours connu Tony Blair et pour lesquels la britpop est tout au plus un sujet de conversations récurrent pour leurs parents. Ils viennent combler un manque et je ne crois pas me tromper en leur prédisant un brillant avenir. Des chansons comme I Bet You Look Good On The Dancefloor ou Fake Tales of San Francisco ont tout pour devenir des classiques et j'attends avec confiance leur deuxième album. Ils pourraient l'appeler Worst Favourite Nightmare par exemple." Plus sérieusement, j'ai beaucoup de mal à parler des Arctic Monkeys parce que la plupart de leurs chansons, bien que j'en reconnaisse les évidentes qualités, me parlent assez peu. C'est de l'indie-pop au son un peu crade, très efficace dans l'instrumentation, mais un peu déjetée dans les mélodies, pour cause de chant très influencé par le hip-hop. Il me manque donc les lignes mélodiques claires de We Are Scientists et Hard-Fi ou, à défaut, les clins d'oeil permanents d'Eddie Argos. En général, je fais rapidement l'impasse sur un groupe dont la musique ne m'intéresse pas plus que ça, et passe à autre chose. Pourtant, ici j'ai du mal, d'abord parce que le phénomène médiatique est intéressant et ensuite parce que je ne peux m'empêcher de les trouver extrêmement sympathiques (voilà, c'est dit), que ce soit à la télévision ou en interview. Ils semblent être parvenus à garder la tête froide, ce que de nombreux groupes qui n'ont eu que le dixième de leur succès semblent incapables de faire. Du coup, j'ai vraiment envie de les défendre mais ne parviens pas à trouver les bons mots pour le faire. Je pourrais parler de la gouaille d'Alex Turner, des riffs ravageurs, du swing étonnant de Dancing Shoes etc. mais ça sonnerait sans doute un peu forcé. Je dirais donc juste que j'aime plutôt bien cet album (surtout le début et la fin), que je peux même l'écouter avec plaisir mais que je ne suis clairement pas (plus ?) dans leur coeur de cible. Tant pis pour moi. Tant mieux pour eux.
Ps : Je suis le seul à vouloir chanter China Girl de David Bowie en écoutant Fake Tales of San Francisco ?
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- A écouter : Fake tales of San Francisco (video), Dancing Shoes (mp3)
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PS : En méga-bonus, Choo Choo, apparemment une démo mais que je soupçonne d'être une reprise. Si vous avez des infos à ce sujet, n'hésitez pas à faire passer.

Johann Johannsson - IBM 1401, a user's manual (4AD)
La "Nouvelle Musique" est un genre décidément casse-gueule. En retournant à la tonalité, en tournant le dos au discours déconstruit qui a dominé la création musicale depuis la guerre et en refusant de se priver du pouvoir expressif d'une belle ligne de cordes romantique, toute une génération de compositeurs "classiques" (de Pärt à Gorecki, en passant par Tavener) a réussi à renouer un lien avec le grand public, longtemps effrayé par les expériences sonores de la modernité musicale (même si j'aime beaucoup certaines oeuvres de Ligeti ou Webern par exemple), le revers de la médaille étant qu'une innombrable armée de suiveurs extérieurs au sérail classique se sont engouffrés dans la brèche pour créer leurs propres oeuvres néotonales d'obédience new-age ou relaxative (oh, le joli mot-valise). Cette introduction n'est pas pour dire que Johann Johannsson fait partie de ces nuisibles qui parasitent le genre avec leurs violons collants (je ne vais tout de même pas me mettre à dire du mal d'un membre d'Apparat Organ Quartet) mais son disque pâtit un peu d'une trop grande confiance en des recettes de composition qui sont progresivement devenues des clichés. L'album a été composé à l'origine pour accompagner un ballet sur le thème de l'informatique et et de l'obsolescence et je peux sans peine imaginer qu'en tant qu'accompagnement sonore d'une chorégraphie hiératique, la partition de JJ (Johannsson) fonctionne à merveille. Privée de son accompagnement visuel, son absence d'évolution harmonique et dynamique finit par gentiment lasser, ce qui fait que bien que l'écoute du disque soit parfaitement plaisante (et vivement conseillée comme musique d'endormissement), on n'en retire pas grand-chose (si ce n'est bien sûr le plaisir d'une bonne nuit de sommeil, ce qui n'est pas rien).
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- A écouter : IBM 1403 (printer) (mp3)
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The Zutons - Tired of Hanging Around (Deltasonic)
J'avais considéré le premier album des Zutons comme un pis-aller de luxe en attendant que The Coral sorte leur nouvel album. James Skelly ayant de nouveau pris une année sabbatique en 2006, j'espérais que cela puisse à nouveau être le cas ici. Hélas, la déception est cruelle. Certes, la pop rétro est toujours un genre qui me caresse dans le sens du poil et l'album contient dans ce genre deux ou trois bonnes chansons (dont l'increvable single Why won't you give me your love?) mais autour de ces quelques oasis bienvenues, j'ai du mal à trouver sur ce deuxième album de quoi étancher ma soif. Une chanson comme Someone watching over me, par exemple, semble interminable. Il est toujours difficile de mettre le doigt sur les raisons pour lesquelles un album ne fonctionne pas et, après avoir retourné le problème dans tous les sens, j'y ai renoncé. La couronne de meilleur groupe Deltasonic, un temps convoitée par les Zutons revient à présent clairement à The Coral, dont le prochain single est plutôt prometteur, même si sans surprises. Ne reste plus qu'à espérer qu'ils n'auront pas été trop perméables à l'esprit de Noel Gallagher, dans le studio duquel le prochain album du groupe a été enregistré.
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- A écouter : Why won't you give me your love? (video), How does it feel? (mp3)
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jeudi, juin 14

Les albums de 2006 (XX)

Scott Walker - The Drift (4AD)
S'il fallait encore trouver une raison pour laquelle la télévision publique britannique est la meilleure du monde, la diffusion il y a quelques semaines en prime-time d'un documentaire d'une heure sur la vie et l'oeuvre de Scott Walker serait l'argument rêvé. Depuis la sortie de Tilt, qui me l'a fait découvrir (voir notamment ici et ), je m'étais forgé une image assez caricaturale d'artiste tourmenté, créant sa musique dans la douleur. Cette image vole vite en éclats une fois qu'on l'a vu en studio, casquette de base-ball vissée sur la tête, pousser de petits rires enthousiastes face à la concrétisation de ses idées (les coups de poing dans la viande, les cris d'âne, la poubelle en fer-blanc qui glisse sur un énorme cube en bois, etc.). Le caractère halluciné et apocalyptique de Tilt ou de The Drift n'est donc pas imputable à une quelconque déficience mentale (raisonnement commode de l'auditeur qui ne parvient pas à assimiler ce qu'il entend, de Brian Wilson à Ian Curtis) mais est simplement la réalisation triomphale de l'idée que Scott Walker se fait de ce à quoi ses disques doivent ressembler : à cheval entre tonalité et atonalité, chansons et expérimentation, continuum et fragments. Je ne suis pas sûr que ce soit, sur le papier, une manière d'envisager la musique que je recommanderais. En d'autres mains, elle serait la voix royale pour des disques inécoutables et affreusement prétentieux. Pourtant, portés par la voix exceptionnelle de cette ex-idole des jeunes, qui n'a pas tout à fait renié le plaisir de séduire, ces morceaux emportent durablement l'adhésion. La musique de Scott Walker appelle l'analyse et j'ai lu un certain nombre de textes (souvent assez prétentieux) sur le sens qu'il convient de donner à la musique de Scott Walker. Pourtant, si elle me parle, c'est sans doute parce qu'il n'est nul besoin pour l'apprécier d'y dénicher du sens. Il suffit de se laisser porter par les images que la musique évoque. Elles sont nombreuses.
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- A écouter : Jesse (video), Psoriatic (mp3)
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We Are Scientists - With Love And Squalor (Virgin)
Oubliez vos Razorlight, vos Cribs, vos View et vos Arctic Monkeys. S'il est sorti en 2006 un disque de pop indé pour lequel le NME aurait eu raison de s'enflammer, c'est celui-ci. 12 morceaux et que du tube, de quoi danser toute l'année dans les soirées indie du monde entier. C'en est presque écoeurant. Comment expliquer que cet album n'ait pas fait un triomphe ? Bon, évidemment, quelques éléments de réponse viennent rapidement à l'esprit : des têtes de geeks en phase terminale, un look de prof de math, des prestations live en demi-teinte, une pochette où ils brandissent des chatons (même pas éviscérés) et, surtout, un manque totale d'arrogance et de rock'n'roll-attitude. Dans un monde où Noel Gallagher peut prétendre avoir sorti les cinq meilleurs albums depuis les Beatles et où Johnny Borrell peut s'autoproclamer génie sans qu'on y voie autre chose qu'une admirable preuve de confiance en soi, ne pas se vanter et ne rien revendiquer paraît toujours un peu suspect, la probable marque d'un groupe qui n'a rien à dire et espère qu'on ne lui en tiendra pas trop rigueur. Grossière erreur : Nobody Move, Nobody Get Hurt, This Scene is Dead, It's A Hit, The Great Escape, Textbok, Worth The Wait. Autant de raisons de faire un triomphe à We Are Scientists, qui sont un peu mes Hard-Fi de 2006.
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- A écouter : Nobody Move Nobody Get Hurt (video), The Great Escape (video), Worth the Wait (mp3)
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Robbie Williams - Rudebox (Chrysalis/EMI)
Je me suis toujours tenu prudemment éloigné de la folie Robbie Williams, malgré une poignée de bons singles (Feel et No Regrets principalement). Pourtant, la succession d'informations bizarroïdes qui a précédé la sortie de cet album m'avait intrigué. On entendait dire que l'album contiendrait une reprise de Manu Chao et une reprise de Stephen Duffy (qui participerait par ailleurs à l'écriture de quelques titres), etc.. La rumeur la plus folle voulait que Robbie reprendrait sur l'album We Are The Pet Shop Boys, la chanson qu'un obscur groupe électro américain My Robot Friend a consacré au deuxième meilleur groupe du monde. Cette dernière rumeur semblait rigoureusement inconcevable. La reprise du titre par les PSB eux-mêmes pouvait passer pour un clin d'oeil gentiment prétentieux mais, sûrement, une reprise par Robbie Williams serait absurde ! Pourtant, toutes ces rumeurs se sont bel et bien révélées exactes. Devant se passer des services de son compositeur habituel, Robbie a décidé de sortir un album complètement hétéroclite qui prend souvent le risque du grotesque (voir Rudebox et le morceau caché) mais se révèle aussi par moments assez enthousiasmant, surtout quand il se pique d'électro-pop. Ainsi, Lovelight, She's Madonna (splendide ballade composée et produite par les Pet Shop Boys), Kiss Me, The Actor, The 80's (ne m'a-t-on pas appris à l'école que l'on devait écrire The 80s ?) sont dans le genre franchement recommandables, sans parler de We Are The Pet Shop Boys, un chef-d'oeuvre auquel Robbie Williams a l'intelligence de ne rien changer. Comme il s'agit du premier échec commercial de "Fat Dancer" (à son échelle), la presse tabloïde anglaise s'est empressée de qualifier Rudebox de plus mauvais album de sa carrière ou de "Stinker of the year" alors que cet échec n'est que la conséquence malheureuse des risques pris ici. Bon, il est vrai que la reprise de Manu Chao n'a aucun intérêt et que l'album subit un gros coup de mou en son milieu mais je crois que, tout imparfait qu'il soit, cet album me convient mieux que ne l'aurait fait une succession d'Angels ou de Millennium par Guy Chambers.
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- A écouter : She's Madonna (video), Lovelight (video), We Are The Pet Shop Boys (mp3)
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jeudi, mai 17

Les albums de 2006 (XIX)

Vous ne les espériez plus, et pourtant...

B. Fleischmann - The Humbucking Coil (Morr Music)
J'ai entendu ma première note de B. Fleischmann il y a quelques mois lors de la soirée que le label Morr avait organisée au Planetarium de Bruxelles. Jusque là, j'avais juste lu qu'il était l'artiste le plus réputé du label et qu'il faisait de l'electro, ce que son (excellent) set de Bruxelles semblait confirmer. J'ai donc été assez surpris par l'album, qui s'éloigne souvent de l'électro pour explorer, avec bonheur, des formes de trip-hop analogique ou de slowcore neurasthénique qui évoquent tour à tour Smog, Low ou Portishead (l'intro de First Times). Les guitares de Cain par exemple rappellent le premier album de Low tandis que la voix de Christof Kurzmann évoque immanquablement celle de Bill Callahan. Je suppose que l'on pourrait qualifier les morceaux instrumentaux d'"electronica", mais alors plus dans la veine de Four Tet que dans celle de Isan ou Boards of Canada. La plupart des sons utilisés sont de type acoustique (guitare, batterie, etc.) (joués directement sur instrument ou bien samplés, je n'en sais trop rien), ce qui donne à l'album dans son ensemble une tonalité assez chaude, assez éloignée de ce que j'avais pu entendre à Bruxelles, où il était évidemment seul avec son laptop. Des amis, plus au fait que moi de la discographie du lascar, prétendent qu'il s'agit d'un album assez atypique dans son oeuvre et effectivement, l'album Duo 505, écouté depuis, correspond plus à ce que j'attendais. J'écouterai bientôt Welcome Tourist (apparemment son chef-d'oeuvre) pour y voir plus clair.
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- A écouter : First Times (mp3)
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Pierre Lapointe - La forêt des mal-aimés (Audiogram)
L'album a été l'objet de mon billet récent sur la Blogothèque.
- Liens : Site officiel, Page MySpace
- A écouter : Le lion imberbe (mp3), L'endomètre rebelle (mp3), Deux Par Deux Rassemblés (video)
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Liars - Drums not dead (Mute)
Liars, existe-t-il dans le monde groupe aussi insaisissable que celui d'Angus machinchose (Andrews me souffle-t-on dans l'oreillette) ? Leur premier album et son rock tordu et vaguement épileptique m'était tombé des oreilles tandis que leur prestation à l'Aéronef pour le festival des Inrockuptibles est un de mes pires souvenirs de concert (il faut dire qu'elle prenait place une demi-heure après qu'on m'eût annoncé l'annulation de la venue de The Coral, ça n'a pas dû aider). En ce qui me concerne, leur cause semblait entendue et j'étais parfaitement content de laisser à d'autres le soin de leur vouer un culte. Rien ne me semblait susceptible de me faire réévaluer leur cas. Pourtant, leur invraisemblable deuxième album-concept sur les sorcières m'avait intrigué (même si je l'ai depuis complètement oublié) et je suis bien obligé de reconnaître que ce troisième album est une réussite éclatante. A dire vrai, en écoutant Drums Not Dead, je ne retrouve pour ainsi dire rien du souvenir que j'ai du premier album. Exit le malaise hyperkinétique et sombre des débuts, bienvenue dans un univers lumineux, fait de percussions insatiables, de choeurs plaintifs et d'orgues solennels. Je serais bien en peine de classer cet album dans une quelconque catégorie musicale. Les morceaux sont trop éloignés de l'alternance couplet-refrain, les voix trop peu présentes pour que l'on puisse parler de rock mais les compositions sont trop barrées et sans doute trop rythmées pour que l'on puisse parler de post-rock. A la fois arty et tribales, les chansons de cet album découragent toute classification. J'ai même des scrupules à les qualifier de chansons. A dire vrai, le seul nom qui me vienne à l'esprit en écoutant cet album, c'est Clinic, sans doute à cause de l'usage des percussions, bien que pour le reste cela n'ait pas grand-chose à voir. Pendant The Other Side of Mt. Heart Attack, des noms encore plus invraisemblables me viennent en tête (Babybird, The Flaming Lips). Donc, voilà, en résumé, c'est vachement bien, si, si, vraiment, je vous assure, mais je suis incapable d'en dire quoi que ce soit... et c'est là que vous vous rendez compte que je viens de vous faire perdre une minute et demie de votre vie, 90 précieuses secondes que vous ne récupérerez jamais. Désolé.
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- A écouter : It fit when I was a kid (mp3)
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(il me reste une grosse quinzaine de disques. J'ai bon espoir d'avoir fini avant la fin 2007)

lundi, mars 12

Les albums de 2006 (XVIII)

J'ai beau être tellement loin de mes objectifs qu'ils ne sont plus qu'un vague point à l'horizon de mes souvenirs, je compte bien terminer ma série sur les albums de 2006. Je ne vais pas bêtement m'arrêter aux trois quarts du chemin. Avec le recul, je me rends compte que j'avais négligé un point essentiel lorsque je m'étais fixé fin décembre une cadence de mise à jour : je ne travaille désormais plus en permanence devant mon ordinateur et n'ai donc plus la possibilité de travailler mes chroniques dès que j'ai cinq minutes de libre. Il me faut désormais une bonne heure devant moi pour avoir la motivation de m'y atteler et, souvent, je préfère consacrer cette heure à d'autres choses. Du coup, peut-être ne terminerai-je que fin avril mais je terminerai. Cela dit, et bien que le principal intérêt de l'exercice soit pour moi de réécouter attentivement tous les albums de l'année et d'ainsi peut-être rattraper des premières écoutes trop distraites, je pense que je me contenterai l'année prochaine d'écrire des chroniques pour les 20 ou 30 albums que je préfère.

Isan - Plans Drawn In Pencil (Morr Music)
Rien de plus difficile pour moi que de rédiger la chronique d'un album d'Isan. Une fois que l'on a écrit les obligatoires "duo anglais formé de Antony Rian et Robin Saville" "label allemand culte Morr Music" et décrit la musique du groupe comme de l'"electronica bucolique", que peut-on bien ajouter ? N'étant pas trop à l'aise pour décrire la musique en mots, je me laisse souvent aller à broder autour de considérations annexes mais quelles considérations annexes pourrait-il y avoir pour un groupe aussi résolument discret et anti-spectaculaire qu'Isan, dont je ne connais que la musique ? Décrire ce que l'écoute de la musique m'évoque est a priori une autre bonne idée (c'est d'ailleurs l'approche que j'ai toujours privilégiée ici). Malheureusement, dans le cas particulier d'Isan, elle n'est pas d'une grande utilité. Le sentiment que m'évoque la musique du groupe est en effet un plaisir diffus, le vague contentement d'une mélodie qui se répète ou d'une rythmique inattendue, rien à partir de quoi on puisse extrapoler des paragraphes entiers. Sans doute est-ce d'ailleurs un peu le problème du groupe qui semble souvent se contenter de joliesse et de séduction sans chercher à atteindre la beauté et l'émotion. Ces limites étant posées (et elles sont sans doute moins sévères que ce que vous pourriez croire : se laisser charmer pendant une heure est loin d'être une expérience déplaisante), ce nouvel opus me semble sensiblement meilleur que le précédent. Le duo s'autorise même à y explorer de nouveaux styles. Un morceau comme Immoral Architecture, par exemple, laisse un peu tomber les rythmiques pop habituelles du groupe (voir Corundum par exemple) pour forger à coup de nappes un paysage ambient à la Brian Eno qui est franchement réussi.
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- A écouter : Immoral Architecture (mp3)
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Hope of the States - Left (Sony-BMG)
J'ai longuement parlé de ce groupe et de cet album ici et n'ai pas grand-chose à ajouter. Sing It Out est ce que l'on appelle en termes techniques une "tuerie sans nom" et est toujours le morceau que je préfère sur l'album, même si avec le temps j'ai aussi appris à apprécier la seconde moitié du disque qui m'avait semblé à première vue sensiblement faible. Je signale également que la plupart des membres du groupe sont à présent réunis dans un autre groupe, Troubles.
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- A écouter : Sing It Out (mp3)
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Belle & Sebastian - The Life Pursuit (Rough Trade)
Je me rappelle avoir écrit dans un précédent billet que Belle and Sebastian n'était plus un groupe "exceptionnel" et avait (comme The Coral plus récemment) fini par "rentrer dans le rang, sans jamais vraiment démériter". Ces quelques mots expriment avec une telle précision et une telle concision ce que je pense que je pourrais sans doute m'arrêter là mais ayant déjà bâclé la chronique précédente, je me sens obligé de broder. The Life Pursuit continue en fait sur la lancée du précédent album (Dear Catastrophe Waitress, le premier sorti en-dehors du giron de leur premier label Jeepster) avec une musique sans doute moins touchante, moins "pop mauviette" (pour reprendre le terme utilisé par le Monde pour décrire le groupe il y a quelques années et qui a depuis fait florès) et plus "pop de premier de la classe". Le groupe semble en fait avoir complètement exorcisé la gaucherie permanente et le sentiment de n'être pas à sa place qui en faisait un symbole de ralliement pour tous les geeks de la Terre. Il est à présent confiant en son talent et enchaîne les albums et les tournées avec la régularité d'une chaîne de montage automobile. Les intégristes de l'orthodoxie indé et les contempteurs de la marchandisation de la musique ne le leur pardonneront sans doute jamais. Les autres devront sans doute reconnaître que ces deux derniers albums sont à tout prendre plutôt meilleurs que Storytelling ou Fold Your Hands Child. Belle and Sebastian est devenu un groupe pop comme un autre mais au moins a-t-il conservé l'essentiel de son talent pour la composition et l'interprétation de chansons. La voix de Stuart Murdoch me procure à vrai dire toujours les mêmes frissons, les choeurs sont toujours aussi ravissamment twee (j'invente des mots si je veux) et des chansons comme Another Sunny Day, Sukie in the Graveyard ou The Blues Are Still Blue sont de vrais tubes. Tout n'est pas parfait cependant. Ainsi, To be myself consistently tombe à plat et la tentative vaguement calypso de Song for Sunshine est franchement embarrassante. On peut aussi regretter que la production se soit alourdie avec le temps. Le riff de synthé (?) qui parcourt White Collar Boy, par exemple, aurait été impensable à l'époque des aériens Seeing Other People ou Dog On Wheels mais bon, tout groupe est amené à évoluer et, à tout prendre, je préfère l'évolution de Belle And Sebastian à celle de Placebo ou des Killers.
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- A écouter : Another Sunny Day (mp3)
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Lo-Fi-Fnk - Boylife (Moshi Moshi)
2006 fut un peu l'année des duos masculins d'électro-pop : les prometteurs Dangerous Muse ont commencé à faire leur trou, Le Sport a sorti sa chanson parfaite avant de disparaître sans laisser de traces. Les Junior Boys ont confirmé les promesses de leur premier album, les Pet Shop Boys sont revenus au meilleur de leur forme (sans parler d'Erasure ou du retour de la vengance de l'arrière-petit-fils d'Orchestral Manoeuvres in the Dark). La liste est longue (vous pouvez d'ailleurs continuer vos explorations avec ces groupes, et d'autres). Dans cette grande famille, les cousins les plus proches de Lo-Fi-Fnk sont sans doute Le Sport, ne serait-ce que par leur nationalité (suédoise), mais la musique du duo est sans doute plus volontairement cheap, plus rentre-dedans, moins bondissante ou immédiatement séductrice que celle de Le Sport. On n'est plus ici dans le cadre strict de l'electro-synth-pop contemporaine. Le seul but n'est pas de faire danser, sautiller ou chantonner les poppeux. Le disque prend aussi le temps de mettre mal à l'aise et de prendre l'auditeur à rebrousse-poil. Les voix par exemple sont souvent brutes, volontairement déclamatoires et m'évoquent vaguement une forme d'electro-punk underground à la Le Tigre ou à la Mr Quintron. Pourtant, à d'autres moments, on frôle l'italo-disco (Adore). L'auditeur, pris au milieu de stimuli contradictoires, ne sait finalement plus trop quoi penser. C'est un peu la limite du disque. Trop underground pour oser le 100% pop et trop putassièrement pop pour être vraiment crédible en icône underground, il joue sur deux tableaux sans jamais gagner sur aucun. Dommage. Je signale néanmoins que l'ambiance gentiment claustrophobique de chansons comme System ou Change Channel, évoque irrésistiblement le deuxième album de The Knife, Silent Shout. Vu la popularité de ce dernier, ça pourrait sans doute susciter la curiosité de certains d'entre vous.
- Liens : Site officiel, MySpace
- A écouter : Steppin' Out (mp3)
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