vendredi, janvier 19

Les albums de 2006 (VIII)

Le Sport - Euro Deluxe Dance Party (Songs I wish I had written)
Si je me contentais pour classer ces albums de faire la somme du plaisir que les différentes chansons m'ont procuré, cet album serait sans aucun doute dans le top 3, ne serait-ce que pour Your Brother Is My Only Hope, la chanson electro-pop parfaite, dont j'ai déjà abondamment parlé ici (et ailleurs) et qui plane tellement au-dessus de 99% des autres chansons de l'année qu'elle justifie à elle que cet album soit acheté et chéri comme un trésor caché. Malheureusement, j'ai plutôt tendance à considérer qu'un album se juge non pas sur sa meilleure chanson mais sur le niveau moyen des différents morceaux qui le composent, et c'est là que ça se gâte pour le duo suédois. Tout d'abord, la production et le mixage de l'album me laisse dubitatif. Plus de la moitié des chansons ont un son saturé et métallique assez désagréable à l'oreille et qui a une fâcheuse tendance à noyer tous les reliefs. Ensuite, force est de constater que rares sont les compositions ici qui arrivent à la cheville de Your Brother Is My Only Hope. Les hommages à New Order sur It's not the end of the world et Lovetrain sont sympathiques mais anodins. Tout fan des Pet Shop Boys ne manquera pas de sourire en entendant If Neil Tennant Was My Lover mais devra rapidement reconnaître que la mélodie du morceau n'est pas à la hauteur de celles de son inspirateur. Le Sport, qui a splitté il y a quelques mois, restera le groupe d'un seul album, et cet album vaudra essentiellement pour une chanson. Ce n'est déjà pas si mal. "So I might as well dance and get down with the Eurosport beat coz in just few years it will all be too late".
- Liens : Site officiel, MySpace
- A écouter : Your Brother Is My Only Hope(mp3), It's not the end of the world (MySpace)
- L'album ne semble déjà plus être disponible sur CD-on, où je l'ai acheté

Robin Guthrie - Continental (Rocket Girl)
Robin Guthrie était le guitariste des Cocteau Twins, mon deuxième groupe-phare de la grande époque de 4AD. Depuis que Liz Fraser a décidé de quitter le groupe, il poursuit une discrète carrière solo en sortant des albums essentiellement instrumentaux sous son propre nom. Continental (à ma connaissance le deuxième de ces albums) hésite constamment entre l'auto-citation Cocteau-Twinesque et une musique ambient à base de nappes de guitares. Un morceau comme Continental par exemple semble tout droit extrait d'un hypothétique CD-bonus instrumental de Victorialand et lorsque, à 2m30, la batterie et les guitares ciselées et saturées d'écho typiques du groupe rentrent, je tends à chaque fois l'oreille, m'attendant à entendre Liz Fraser entonner quelques vocalises acidulées. Malheureusement, cette attente est à chaque fois déçue, ce qui provoque en moi une frustration fugace. L'autre grande inspiration de cet album est la musique ambient, quelque part entre les travaux d'Eno de la fin des années 70-80 (une collcaboration avec Harold Budd serait en préparation) et la scène post-rock de la fin des années 90 et du début des années 2000 (Tortoise, Labradford, Pan American, Dead Texan, ce genre de choses). Ces deux grandes inspirations sont éminemment recommandables (pour tout dire, elles ont toutes les deux joué un grand rôle dans mon éducation musicale) et cet album joue donc parfaitement son rôle de Madeleine. Chaque écoute me donne envie de me replonger dans un pan de mon éducation musicale laissé en jachère depuis quelques années. Le revers de la médaille cependant est que j'ai l'impression d'avoir déjà entendu tout cela 100 fois. Ma familiarité avec la musique de Robin Guthrie, couplée à l'absence de voix, finit par me laisser l'impression d'une musique sans surprises, ce qui me laisse face à un paradoxe : Continental est un très bel album et la musique qu'il contient me parle directement mais ces raisons qui devraient me le faire aimer sont justment celles qui me le font trouver un peu frustrant, sans doute parce que j'y vois un reflet tronqué de ce qu'un nouvel album des Cocteau Twins pourrait donner.
- Liens : Site officiel, MySpace
- A écouter : Continental (mp3)
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Kelley Stoltz - Below the branches (Sub Pop)
Le disque commence avec un orchestre qui s'accorde (ce qui est d'autant plus intriguant qu'aucun orchestre ne joue ensuite sur le disque) et se poursuit par une intro Arcade-Firesque en diable, toute en ostinato de piano et percussions. Voilà, c'est à peu près tout ce que je peux dire de ce disque qui semble frappé d'une étrange malédiction. A chaque fois que je le mets pour l'écouter, je me mets instantanément à penser à autre chose et quand je me force, je n'en retiens pour ainsi dire rien, si ce n'est une succession aléatoire de vagues "Ah tiens, c'est pas mal.", "Bof!", "Ca, j'aime bien.", "Ca moins." qui ne se cristallisent jamais dans une opinion globale. Je ne suis à dire vrai pas sûr qu'une telle incapacité à émettre un avis soit la preuve que je trouve le disque mauvais ou inintéressant. C'est juste qu'il ne me parle pas et que, même en me faisant violence, je ne parviens pas à formuler une appréciation. Il me semble a priori qu'il devrait plaire à tout ceux qui aiment ce rock épique à la Arcade Fire, Wolf Parade et les autres, surtout s'ils sont sensibles aux sonorités rétro de type blues ou rockabilly. L'utilisation de ces notes répétées au piano pour marquer la pulsation fonctionne parfaitement, les chansons sont imposantes et bénéficient d'un souffle indéniable, la voix de Kelley Stoltz est habitée tout bien comme il faut. Ever thought of coming back sonne comme un bonus track du Here Come The Warm Jets de Brian Eno réenregistré par une bande de canadiens exaltés. Memory Collector commence comme une chanson de Philip Glass et The Sun Comes Through pourrait tout aussi bien être un énorme classique de rock 70s. Décortiqué élément par élément ou pris par fragments, cet album semble avoir tout pour lui, mais il n'y a rien à faire : sur la longueur, je ne rentre pas dedans. Je suis en train de taper ceci en l'écoutant pour la cinquième fois en deux jours et, comme pour les quatre fois précédentes, je me dis juste "C'est plutôt pas mal.". Je renonce à être plus explicite. J'avais acheté cet album dans un magasin d'occasions, me rappelant vaguement avoir aimé l'album précédent (Antique Glow), que je serais à présent très curieux de réécouter.
- Liens : Site officiel, MySpace
- A écouter : Ever thought of coming back (mp3)
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4 commentaires:

Luc a dit…

Après 'L'horizon' de Dominique A, la lecture de 'Je dis ça, je dis rien' a fait atterrir Mogwai dans mon lecteur CD. D'abord 'Mr Beast' la semaine dernière. A présent, 'Come on die young' et 'Rock action'.
Tu es trop influençable, me disait ma maman.

Pierre a dit…

Ta maman n'a pas tort mais bon, ça fait plaisir. :)

Anonyme a dit…

la curiosité m'a poussé à écouter My Brother Is my only Hope de Le Sport... Pierre, j'adore tes chroniques, mais cette chanson elle pue... quand tu dis que c'est de la pop parfaite tu ironises, non ? rassure-moi...

Pierre a dit…

Malheureusement non, mais bon, il faut aimer l'électro-pop. Tout le monde n'a pas cette chance.

(Bonjour à Didier R. :)