vendredi, janvier 5

Les albums de 2006 (IV)

Juan d'Oultremont - Bambi is dead (Freaksville)
Juan d'Oultremont est devenu un personnage quasi-incontournable sur la scène médiatique belge en multipliant les casquettes : télévision, radio, arts plastiques (paraît-il), parolier (les textes de la plupart des chansons connues de Philippe Lafontaine sont de lui) et maintenant chanteur. Ce mini-album a en fait été produit sous l'impulsion de Benjamin Schoos, alias Miam Monster Miam (que d'aucuns appellent le Beck de Seraing), avec la participation de Jérôme Mardaga (alias Jeronimo) et Sophie Galet (alias Sophie Galet), le tout à 250m de chez moi. Le charme (et la limite) de ce disque est que l'on n'en sait jamais exactement à quel degré le prendre. La production est trop soignée pour qu'on évacue le disque d'un revers de la main comme une simple blague potache, mais l'ambiance générale est suffisamment déconnante pour que les limites (réelles) de l'exercice paraissent accessoires. Si mes oreilles ne sont pas encore en trop mauvais état, une chanson semble ainsi dire : "Mon ami Judas est un bandit sans foi ni loi. Avec son pote Adolphe, il lâche des pets sous les bras.", ce qui permet à peu près de situer l'esprit général de l'entreprise.
Je ne sais pas trop comment Juan d'Oultremont le prendrait mais on pense parfois à certaines (bonnes) chansons tardives de Richard Gotainer (Pipeau ou Les beaux seins de Cathy par exemple seraient parfaits dans la BO de Rendez-vous Au Tas De Sable') qui auraient été réécrites par un adolescent rigolard. Dans mon esprit, c'est plutôt un compliment. Musicalement, je dirai juste que l'on navigue quelque part entre des archétypes de boogie-blues et une sorte de lo-fi bricolo. Au bout du compte, ce mini-album, qui aurait pu être embarrassant, se révêle assez réussi.
- Liens : Sites officiels de Juan d'Oultremont et de Miam Monster Miam, interview et session acoustique dans Vox.
- A écouter : Peur de Bambi (mp3)
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The Pipettes - We are the Pipettes (Memphis Industries)
Le son et la production des Pipettes fait immanquablement penser à Phil Spector, aux Shangri-Las et à toute cette bubblegum-pop américaine dont je ne sais à vrai dire pas grand-chose. Des lignes de violon aux "doo doo wap" des choeurs, tout est fait pour recréer en laboratoire une sorte d'archétype de pop primitive. Pull Shapes est sans aucun doute un des singles les plus irrésistibles de cette année. Difficile de l'écouter sans imaginer, en noir et blanc, des garçons à col roulé et des filles en jupe à carreaux, coiffés au bol ou avec des couettes et tapant des mains en se dandinant d'un air un peu gauche. En tant qu'exercice de style, cet album est un triomphe. Bien sûr, toute l'imagerie des Pipettes est à peu près aussi spontanée qu'une standing-ovation du public dans une émission d'Ardisson et le caractère manipulateur de ce plan marketing aux petits oignons peut irriter. Des robes à pois aux clips, tout semble avoir été conçu en fonction de cette seule option rétro-ironique, ce qui les rend un pru trop unidimensionnelles (même si certains voient dans les paroles une salutaire entrerprise sous-jacente de subversion féministe). Tout cela ne serait pourtant pas très grave si l'album était complètement à la hauteur de ses ambitions. Malheureusement, bien qu'il n'y ait rien à redire sur la production (qui remplit parfaitement son rôle de machine à remonter le temps), il me semble qu'il y a très peu de chansons à la hauteur de Pull Shapes sur l'album (We Are The Pipettes, Sex et ABC peut-être). Si les Pipettes sont indéniablement parvenues à réaliser le pastiche parfait d'un album des années 60, elles ne sont à mon avis pas complètement parvenues à réaliser un grand album de pop des années 60. Je ne suis pas sûr que cet album, s'il était sorti à l'époque, serait parvenu jusqu'à nous comme un classique.
- Liens : Site officiel, MySpace
- A écouter : Sex (mp3), Pull Shapes (video)
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Junior Boys - So this is goodbye (Domino)
Ces deux canadiens m'avaient fait découvrir avec leur premier album une autre manière de faire de la musique électronique et ils poursuivent ici dans la même veine. Le tapis sonore est souvent assez minimaliste et ne contient que très peu de notes tenues, ce qui donne à leur musique une sonorité assez sèche (même si l'extrait que je vous propose est un peu l'exception à cette impression générale). Pourtant, cette option de dépouillement est contredite par un chanteur dont les intonations expriment une forme de lyrisme désespéré. Le résultat est régulièrement formidable (sur In The Morning et So This Is Goodbye par exemple) mais l'album est sans doute pour moi un peu trop homogène et pâtit, sans doute injustement, de la concurrence de Hot Chip qui, sur un canevas pas très éloigné, a sorti un album beaucoup plus immédiat (ce qui n'empêche pas So This Is Goodbye d'être régulièrement cité dans les tops de l'année outre-Atlantique).
- Liens : Site officiel, Myspace
- A écouter : So This Is Goodbye (mp3)
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1 commentaire:

MisterBlog a dit…

"your kisses are wasted on me" quand même