lundi, août 23

Sweet dreams (are made of this)

Hier, c'était le dernier jour du festival gratuit Euritmix à Bruxelles. Au programme, Scala puis les Nits.

Nous arrivons sur la Grand-Place de Bruxelles vers 19h35, juste pour le troisième morceau de Scala. J'ai déjà dit tout le mal que je pensais a priori du concept. Ces impressions cependant n'étaient basées que sur les quelques chansons entendues distraitement à la radio. Après une heure de concert suivi avec patience et un esprit ouvert (je ne suis pas du genre à m'encombrer d'a priori.. quoique...), je peux en parler plus longuement et, franchement, c'est encore pire que ce que je craignais.

Passées dans la moulinette Scala, toutes les chansons se ressemblent : U2 ressemble à Radiohead et Gainsbourg ressemble à Indochine. Tout est ralenti, mollifié et impitoyablement dépouillé de toute personnalité. Restent les notes, les textes et... euh, c'est à peu près tout. Les ambiances, les rythmes, les phrasés, les nuances sont impitoyablement gommés pour se fondre dans la moule, et ce n'est pas toujours du meilleur goût : les rallentendos et les soufflets en fin de phrase, les demi-secondes de suspension, etc... Le plus consternant massacre est sans doute à chercher dans leur version de 'Creep'. Au départ, la chanson exprime une forme de dégoût de soi, ainsi qu'un soupçon de rébellion (perceptible dans le 'What the hell am I doing here?'). Interprétée par Scala, elle n'exprime absolument plus rien. C'est à se demander quel est le but poursuivi par les deux têtes pensantes du projet : l'arrangeur-pianiste et son frère qui dirige le choeur. Comment expliquer qu'ils choisissent un répertoire a priori estimable, si pas au-dessus de tous reproches (Radiohead, Gainsbourg, Manu Chao, Indochine, Muse, Police,...), pour ensuite l'expurger de tout ce qui en fait le prix ? Il y a vraiment là quelque chose qui m'échappe. La démarche me fait un peu penser à Rondo Veneziano. On y retrouve la même volonté apparente de rendre hommage à un type de musique particulier (pop-rock ici, musique classique là) et la même trahson, soit due à une incapacité à en extraire la substantifique moëlle (hypothèse haute) soit volontaire (hypothèse basse).

Loin de moi l'idée d'accabler les pauvres chanteuses qui font a priori ce qu'on leur demande et ne sont pas pour grand-chose dans le naufrage qui en résulte. D'autant que, les deux responsables semblant ne pas être peu imbus d'eux-mêmes (le directeur de choeur présentera son frère comme un 'génie'), il est très possible qu'elles n'aient guère voix au chapitre. Je me prends même à espérer que la plupart d'entre elles sont conscientes qu'il est grotesque de taper dans les mains et de se balancer comme une chorale gospel en répétant en boucle "When I think about you, I touch myself." (le seul moment du concert où je n'ai pu m'empêcher d'éclater de rire), mais qu'elles font contre mauvaise fortune bon c(h)oeur parce que ça leur permet de voir du pays.

Bon, je clos là parce que c'est finalement plus insignifiant que vraiment grave, mais je serais vraiment curieux d'entendre les arguments de ceux qui ont pu laisser croire que cela avait un quelconque intérêt (le cas des Inrocks est particulièrement intriguant). Je vous fiche mon billet que, d'ici quelques semaines, on aura droit à un 'Scala chante Noël'. Brrrr.

Ceci dit, la suite de la soirée allait être autrement plus enthousiasmante. Histoire de ne pas trop me répéter, voici mon compte-rendu du concert des Nits à l'Ancienne Belgique en décembre dernier. La plus grosse part de ce qui y est dit vaut toujours (le personnel est le même, les attitudes sur scène également et mon enthousiasme est tout aussi délirant). Les seules différences sont minimes. S'agissant d'un concert en plein air sur "la plus belle place du monde" (dixit l'Office du Tourisme bruxellois), la scène, ouverte à l'arrière, ne comprenait que les musiciens et leurs instruments, sans éclairage ou projections particulières.

La setlist évidemment n'est pas exactement la même. Ils ont surtout joué les morceaux les plus connus ou les plus entraînants, ce qui est logique pour un concert gratuit en plein air. Bien que le set fut plus court (95 minutes environ), ils ont joué quelques chansons qui avaient, à mon grand dam, brillé par leur absence en décembre dernier. Ainsi, lorsque les premières notes cristallines de 'Cars & Cars' ont retenti, j'ai pendant quelques secondes eu la chair de poule. Le son était absolument parfait et à aucun moment les bouchons ne furent nécessaires.

A chaque fois que je les vois, ou même simplement lorsque j'écoute leurs disques, je suis abasourdi de constater que ces chansons ne leur ont pas garanti un public plus large. Que l'Angleterre par exemple, terre de la pop par excellence, les aient toujours boudés reste pour moi un mystère.

Si je devais vraiment trouver un défaut à ce concert, ce serait que, bizarrement, Henk semble avoir voulu chanter 'Aquarium' comme un hymne rock, ce que la chanson (un morceau calme extrait de '1974') n'est clairement pas, mais bon, c'est vraiment si je suis obligé de chicaner, parce que je n'ai aucun état d'âme à qualifier un concert de parfait.

Pour ceux qui suivent la carrière du groupe d'un peu près, ce concert avait un statut un peu particulier. Il s'agissait en effet du dernier concert de (Lae)Titia Van Krieken, la musicienne que le groupe avait engagée à l'époque de 'Alankomaat' pour compenser sur scène et en studio le départ de Robert-Jan Stips (elle avait aussi activement participé à l'élaboration de 'Wool' en studio). Elle a décidé de quitter le groupe pour se consacrer à d'autres activités. Sans doute avait-elle un peu de mal à trouver exactement sa place dans un groupe ayant, depuis le retour de Stips, retrouvé sa configuration historique. L'événément est sans doute passé inaperçu du plus grand nombre vu que Henk s'est contenté de dire à la fin du premier rappel "Et maintenant, je vais embrasser Titia."

Embryon de setlist (dans le désordre le plus complet et il manque certainement quelques titres) :

Bike in head
The infinite shoeblack
Soap Bubble Box
Cars and cars
In the Dutch mountains
Nescio
The train
A touch of Henry Moore
Cabins
Adieu, sweet bahnhof
J.O.S Days
The dream
Aquarium
Eifelsucht
Rumspringa
Espresso Girl
Home before dark
Fire in my head (?)

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