vendredi, février 17

Les albums de 2005 (XVIII)

Will Young - Keep On (Sony BMG)
On va encore m'accuser d'être un dangereux anglopathe mais, pour prendre conscience du fossé qualitatif séparant les cultures pop française et anglaise, il suffit de regarder ces emblèmes de la culture de masse que sont les chanteurs et groupes issus de la téléréalité. D'un côté, Girls Aloud. Et de l'autre L5. D'un côté, Grégory Lemarchal. Et de l'autre Will Young qui, après un inécoutable premier album de karaoké dégoulinant, s'est fixé le louable objectif de devenir la première "solo star" issue de la télé-réalité a acquérir une certaine crédibilité artistique. Son deuxième album avait déjà surpris grâce à deux-trois épatantes chansons pop (Leave Right Now et Your Game principalement), celui-ci est encore un peu meilleur. Le premier single Switch it on est le fils bâtard du Faith de George Michael et du Suicide Blonde d'INXS mais parvient malgré cette hérédité chargée à être rigoureusement formidable. Happiness est une reprise de la chanson homonyme de Shawn Lee (top crédibilité) et All Time Love est le nouveau Leave Right Now, c'est-à-dire une ballade au piano (je suis foutu) pour faire pleurer les ménagères de moins de 50 ans dans les chaumières. Le reste de l'album se compose de chansons mid-tempo dont l'instrumentation vaguement jazzy et les tapis de cordes élégants ont été conçus en laboratoire pour plaire au plus grand nombre. Certes, il n'y a donc sur cet album que trois ou quatre très bonnes chansons mais si Will Young continue à progresser au même rythme, il est bien parti pour jouer les premières places dans mon top albums 2019. Je me réjouis d'avance. Par ailleurs, les fondus de ressemblance (et les avocats de Richard Gotainer), écouteront avec intérêt Madness qui présente une parenté troublante avec Le dindon du susnommé.

Magnolia Electric Co - What Comes After The Blues (Secretly Canadian)
Songs:Ohia ayant apparemment fait son temps (?), Jason Molina a décidé de former un nouveau groupe pour enregistrer ses chansons. Cependant, comme il ne veut pas froisser ses musiciens ni s'aliéner son public, il a décidé de donner à ce nouveau projet le nom du (avant-?)dernier album de Songs:Ohia et d'y employer en gros les mêmes musiciens. Quel que soit l'angle sous lequel on examine ce changement de nom, il faut donc bien y voir une grande part de foutage de gueule, mais après tout pourquoi pas ? Le changement de nom est un peu ici l'équivalent du changement d'entraîneur pour un club de football : l'occasion de faire croire que tout va être différent quand bien même l'essentiel restera rigoureusement inchangé. Ici, cet immobilisme de fait me convient plutôt bien puisque j'étais en fait assez content de la manière dont le RC Songs:Ohia avait géré ses précédentes saisons (Ghost Tropic est un petit bijou par exemple). On retrouve sur cet album une country alternative plutôt plus nerveuse que celle de Paula Frazer (à laquelle on pense en entendant la voix de Jennie Benford) mais infiniment moins pénible que l'album live foireux de Bonnie 'prince' Billy dont j'ai parlé il y a quelques semaines. Je n'ai à vrai dire pas grand-chose d'autre à dire de cet album et comme ces chroniques systématiques des albums de 2005 commencent à me courir tout doucement sur le haricot, je ne vais pas me forcer. Les fanatiques des notes de pochette noteront avec plaisir que l'album a été produit par Steve Albini, ce qui impressionne toujours.

Tuco - The Shrinking Process (Robot!)
La commande de disques sur Internet est une invention merveilleuse mais elle mène parfois à quelques étranges surprises, comme par exemple de recevoir un jour dans sa boîte aux lettres un disque inconnu sorti sur un label inconu et arborant fièrement un nom de groupe qui n'éveille pas le moindre souvenir. Je suppose que lorsque j'ai commandé ce disque, j'avais de bonnes raisons de le faire. Sans doute avais-je lu une chronique dithyrambique ou simplement intrigante dans le NME ou les Inrocks. Sans doute m'étais-je aussi dit que, à ce prix-là, il valait mieux acheter directement le CD que de passer des heures à le pister sur les réseaux p2p. Sans doute aussi, de reports en retards, la commande fut-elle envoyée plusieurs semaines après la lecture de cette chronique, alors que le souvenir s'en était depuis longtemps estompé. Mais qu'importe, quelles qu'aient été les circonstances, le résultat est là : je tiens entre les mains un CD que j'ai acheté mais dont je ne sais rien. Première constatation, l'objet est très beau avec sa pochette en carton bleue entouré d'un gros élastique blanc marqué des lettres TUCO. Deuxième constatation, avec ses 24 minutes et ses 6 morceaux, le disque n'est pas bien long (ce qui explique sans doute le prix très bas). Troisième constatation, le groupe est britannique et possède un site web ici. Quatrième constatation, c'est franchement pas mal du tout. Ce son très clair, cette forme d'indie-pop légère et sophistiquée me rappellent vaguement la double compilation Rocket Girl sortie en 2001 (à moins que ce ne soit simplement à cause de la couleur de la pochette, je ne suis pas à l'abri des analogies foireuses). Les influences semblent multiples, et parfois contradictoires : l'alt-country pour les deux premiers tiers de Can't tell et le shoegazing pour le dernier tiers ou I don't mind (qui rappelle Folly de Engineers), Blur ou Pulp pour All transition. Je serais très curieux de retrouver la chronique qui m'a donné envie d'écouter ce disque. Elle vous aurait sans doute donné plus envie que celle-ci. Plusieurs morceaux sont en écoute sur leur site.

PS : RHAAAAAAA ! Plus qu'un. (excusez-moi, c'est l'émotion)

1 commentaire:

Jerom a dit…

Si tu n'as pas encore écouté le Live de magnolia Electric Co.,TRIALS & ERRORS de 2005, jette-toi dessus: il reprend des titres de Songs:ohio, et tonight The Night de Neil young ! :)
Perso je le préfère à What Comes After the Blues (un peu faiblard à mon goût): on croirait vraiment entendre le Crazy Horse parfois !

Sinon, excellent blog: c'est mon premier post, mais je le lis assidument depuis des mois et des mois ;)
Bonne continuation!