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mardi, février 21

Top albums 2005

Comme quoi, il est possible de venir à bout de toutes les entreprises, même les plus absurdes. Je ne suis à vrai dire pas sûr de recommencer cette aventure l'année prochaine. Cela fait plus d'un mois que je n'écoute quasiment plus que des albums de 2005. C'est presque devenu un boulot à plein temps et j'en ai un peu marre. Cela dit, j'éprouve une réelle satisfaction à être arrivé au bout.

En tout état de cause, cela donne :

01. Rachel Stevens - Come and get it (Polydor)
02. Nits - Les Nuits (Werf/Sony-BMG)
03. Patrick Wolf - Wind in the wires (Tomlab)
04. Elbow - Leaders of the free world (V2)
05. Hard-Fi - Stars of CCTV (Necessary Records/Warner)
06. Brian Eno - Another Day On Earth (Opal/Rykodisc)
07. Paula Frazer - Leave the sad things behind (Birdman)
08. Super Furry Animals - Love Kraft (Rough Trade)
09. Ladytron - Witching Hour (Island)
10. Ryan Teague - Six preludes (Type)
11. Art Brut - Bang Bang Rock&Roll (Fierce Panda)
12. Wolf Parade - Apologies to the Queen Mary (Sub Pop)
13. Sunn O))) - Black One (Southern Lord)
14. The Coral - The Invisible Invasion (Deltasonic)
15. Tuco - The Shrinking Process (Robot!)
16. Low - The Great Destroyer (Rough Trade)
17. Sigur Ros - Takk (EMI)
18. Depeche Mode - Playing the angel (Mute)
19. Henrik Johansen - Vacker Utsikt (WERF)
20. Kate Bush - Aerial (EMI)
21. Madonna - Confessions On A Dance Floor (Warner)
22. Devendra Banhart - Cripple Crow (XL Recordings)
23. Bloc Party - Silent Alarm (Wichita/V2)
24. Missy Elliott - The Cookbook (Atlantic)
25. Amusement Parks On Fire - Amusement Parks On Fire (V2)
26. Juliet - Random Order (Virgin)
27. Arcade Fire - Funeral (Rough Trade)
28. McFly - Wonderland (Island/Universal)
29. War Against Sleep - Invitation To The Feast (Fire)
30. Magnolia Electric Co - What Comes After The Blues (Secretly Canadian)
31. Stuart A. Staples - Lucky Dog Recordings 03-04 (Beggars Banquet)
32. Cass McCombs - Prefection (4AD)
33. Tennant/Lowe - Battleship Potemkin (EMI Classics/Parlophone)
34. The Dead 60s - The Dead 60s (Delasonic)
35. Smog - A River Ain't Too Much To Love (Domino)
36. Rufus Wainwright - Want Two (Geffen)
37. ...And You Will Know Us By The Trail Of Dead - Worlds Apart (Interscope/Universal)
38. Will Young - Keep On (Sony BMG)
39. Adam Green - Gemstones (Rough Trade)
40. Bodies Without Organs (BWO) - Prototype (EMI Suède)
41. Kaiser Chiefs - Employment (B Unique/Polydor)
42. t.A.T.u - Dangerous and moving (Interscope/Universal)
43. Black Wire - Black Wire (48 Crash)
44. Antony and the Johnsons - I am a bird now (Secretly Canadian)
45. Richard Gotainer - La goutte au Pépère (Gatkess)
46. Silver Mt. Zion - Horses in the sky (Constellation)
47. Arab Strap - The Last Romance (Chemikal Underground)
48. Jay-Jay Johanson - Rush (Virgin/EMI)
49. Minotaur Shock - Maritime (4AD)
50. Rammstein - Rosenrot (Universal)
51. Björk - The Music from Matthew Barney's Drawing Restraint 9 (Wellhart/One Little Indian)
52. Boom Bip - Blue Eyed In The Red Room (Lex)
53. A-Ha - Analogue (Universal)
54. Daniel Lanois - Belladonna (Anti)
55. Lee Ryan - Lee Ryan (Brightside/Sony BMG)
56. Hanson - Underneath (Cooking Vinyl)
57. The Kills - No Wow (Domino)
58. Doves - Some Cities (Heavenly)
59. The Subways - Young for Eternity (Infectious Records)
60. Backstreet Boys - Never Gone (Jive)

Pour être complet, voici une liste des albums non classés (parce que non achetés) mais qui auraient mérité de l'être. L'ordre est approximatif :
Fifths of Seven - Spry From Bitter Anise Folds (Disques du Soleil et de l'Acier)
Gravenhurst - Fires in distant buildings (Warp)
Susum o u Yokota - Symbol (Lo Recordings)
Matt Elliott - Drinking Songs (Ici D'ailleurs)
Tarwater - The Needle was Travelling (Morr Music)
Sons and daughters - The Repulsion Box (Domino)
Ellen Allien - Thrills (Bpitch Control)
M.I.A. - Arular (XL Recordings)

lundi, février 20

Les albums de 2005 (XIX)

Amusement Parks On Fire - Amusement Parks On Fire (V2)
Rares sont les albums qui peuvent se vanter d'avoir connu trois sorties différentes. Il a paru pour la première fois en 2004, a été réédité en 2005 et connaîtrait, si j'en crois Amazon, une nouvelle sortie ces jours-ci. Un tel acharnement dans la promotion signifie en général que la maison de disques pense que le disque n'a pas encore "réalisé son plein potentiel" commercial et espère qu'une nouvelle sortie (et donc nouvelles chroniques presse et nouvelle visibilité dans les rayons des disquaires) pourrait arranger les choses. En général, c'est peine perdue, comme le prouvent par exemple le premier album de Rachel Stevens et l'album des Stills. Cela dit, je comprends bien la frustration du label. Le nom du groupe est formidable, le leader a un look qui évoque à la fois Kurt Cobain et Patrick Wolf. De plus, leur album respecte scrupuleusement le cahier des charges du parfait petit succès indé : mélodies efficaces, influences évidentes et prestigieuses (ici My Bloody Valentine, pour aller vite) et un imposant mur de guitares. Franchement, si de nous jours tous ces efforts ne suffisent plus à garantir la une du NME, c'est à désespérer de tout. Etait-il possible de faire chanson plus resserrée que Venus in Cancer (tellement formidable qu'elle me fait penser à One Great Summer d'Amplifier) ? Les mouvements de convection à l'intérieur du magma de guitares qui sert de toile de fond à Venosa pouvaient-ils être encore plus fascinants ? Un interlude pour piano peut-il être encore plus trognon et annonciateur de tempête que ne l'est Asphalt ? Et un final peut-il être plus Mogwaïment noisy que ne l'est Local Boy Makes God ? La réponse à ces questions est sans doute non et pourtant, on ne peut pas dire que cet album ait connu un succès triomphal. Nous vivons décidément dans un monde plein d'incertitudes.

Kate Bush - Aerial (EMI)
Ce nouvel album est sans doute le disque que j'ai attendu avec le plus d'impatience en 2005. Bien que j'aie une connaissance au fond assez superficielle de l'oeuvre de Kate Bush (je connais à vrai dire surtout la compilation The Whole Story), je l'ai toujours tenue en haute estime, en partie par atavisme familial. Du coup, j'ai un peu de mal à me faire une opinion neutre sur Aerial et à dépasser le simple sentiment de sidération ("Waow ! Un nouvel album de Kate Bush ! 12 ans après le précédent ! Dingue !") et j'éprouve une étrange répugnance à me forger une opinion dans un sens ou dans l'autre. Je ne peux pas dire que je sois déçu car la pop lyrique et légèrement barrée de Kate Bush semble toujours aussi extra-terrestre eb 2005 et je prends un réel plaisir à écouter Aerial. Pourtant, je ne dirais pas non plus que ce disque m'enthousiasme, sans doute parce qu'il ne surprend jamais. Fallait-il vraiment 12 ans à Kate Bush pour faire exactement l'album que l'on attendait d'elle ? Comme sur The Hounds of Love, la première moitié de l'album est une collection de chansons et la deuxième une longe pièce divisée en mouvements, avec cris d'oiseaux, paroles d'enfants et rires hystériques. Le léger grain de folie que ses fans considèrent en général comme la marque de son "génie" parcourt également tout l'album, par exemple lorsqu'elle utilise des instruments de la Renaissance sur Bertie, chante les 100 premières décimales du nombre Pi dans, euh..., Pi ou consacre une ode à sa machine à laver (Mrs Bartolozzi). Je suppose que si cet album était l'oeuvre d'une chanteuse débutante, il aurait évidemment été une des très bonnes surprises de l'année. Venant de Kate Bush, il finit bizarrement par être une sorte de non-événement, un non-événement plein de qualités mais un non-événement quand même.

Bloc Party - Silent Alarm (Wichita/V2)
Dans la grande famille des nouveaux groupes indés britanniques en deux mots de cinq lettres ou moins, je demande l'aîné. A l'instar de ses petits frères Hard-Fi et Art Brut, Bloc Party a plutôt connu une bonne année 2005, sans doute en partie parce que leur premier album abrite une impressionnante collection de singles (réels ou en puissance) : Helicopter, Banquet, Positive Tension, So Here We Are, pour ne citer que les meilleurs. Les membres de Bloc Party osent prendre un peu plus de libertés avec les recettes éprouvées que la moyenne de leurs contemporains(Kaiser Chiefs ou Hard-Fi en tête), comme par exemple sur l'intro de Price of Gasoline ou la partie centrale de She's Hearing Voices, et cela se révèle souvent payant. On trouve ici une attention aux "atmosphères" qui vient compléter et parfois pervertir la quête du tube qui semble l'obsession unique (et légitime) de la plupart des groupes du genre. La voix de Kele Okereke apporte également des inflexions inédites, une forme de swing vaguement chaloupé qui vient légèrement gauchir la mécanique bien huilée du rock indé briton et évoque parfois John Lydon (période P.I.L.). Pourtant, c'est un disque que j'admire plus que je ne l'aime. Il m'impressionne mais ne me parle pas aux tripes et je n'ai à vrai dire pas très souvent envie de le réécouter. Je ne sais pas trop à quoi c'est dû mais bon leur avenir est assuré et ce n'est pas comme si ils avaient absolument besoin de ma dévotion pour continuer leur carrière. A lire les interviews récentes du groupe, je suis en tout cas curieux de voir à quoi ressemblera leur second album.

War Against Sleep - Invitation To The Feast (Fire)
Lorsque j'avais mentionné (ici) le formidable EP Borderline Personality, je m'étais réjoui à l'idée d'écouter l'album entier et une bonne moitié de Invitation to the Feast justifie a posteriori cette impatience. Changing of the Seasons est une ballade folk maniériste (en grande partie à cause de la voix) dont la simplicité est assez irrésistible. Song of songs est le genre de chansons que Scott Walker serait bien inspiré de mettre sur son prochain album et Bedminster Parade est une ballade au piano (tout est dit). Tout n'est malheureusement pas du même niveau. Je cherche toujours une raison d'être à Damaged Woman et une chanson comme Puppies and Kittens (ce titre !) tombe du mauvais côté de la frontière séparant le 'délicieusement twee' du 'péniblement niais'. Cela dit, plus encore que ces deux-trois chansons moins intéressantes, le problème de cet album est peut-être que le charme indéniable de la musique de War Against Sleep fonctionne surtout à petites doses (pour moi en tout cas) et perd de sa potence quand il se retrouve dilué sur 11 morceaux. Les fans de notes de pochette seront ravis d'apprendre qu'on retrouve sur cet album Nick Talbot (Gravenhurst, dont l'album est une des très bonnes surprises de 2005) et Roisin Murphy. Pour finir, je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi on entend un public applaudir sur un titre en plein milieu du disque. Ca me donne l'impression d'entendre un album téléchargé en avant-première sur eMule.

That's all, folks!

vendredi, février 17

Les albums de 2005 (XVIII)

Will Young - Keep On (Sony BMG)
On va encore m'accuser d'être un dangereux anglopathe mais, pour prendre conscience du fossé qualitatif séparant les cultures pop française et anglaise, il suffit de regarder ces emblèmes de la culture de masse que sont les chanteurs et groupes issus de la téléréalité. D'un côté, Girls Aloud. Et de l'autre L5. D'un côté, Grégory Lemarchal. Et de l'autre Will Young qui, après un inécoutable premier album de karaoké dégoulinant, s'est fixé le louable objectif de devenir la première "solo star" issue de la télé-réalité a acquérir une certaine crédibilité artistique. Son deuxième album avait déjà surpris grâce à deux-trois épatantes chansons pop (Leave Right Now et Your Game principalement), celui-ci est encore un peu meilleur. Le premier single Switch it on est le fils bâtard du Faith de George Michael et du Suicide Blonde d'INXS mais parvient malgré cette hérédité chargée à être rigoureusement formidable. Happiness est une reprise de la chanson homonyme de Shawn Lee (top crédibilité) et All Time Love est le nouveau Leave Right Now, c'est-à-dire une ballade au piano (je suis foutu) pour faire pleurer les ménagères de moins de 50 ans dans les chaumières. Le reste de l'album se compose de chansons mid-tempo dont l'instrumentation vaguement jazzy et les tapis de cordes élégants ont été conçus en laboratoire pour plaire au plus grand nombre. Certes, il n'y a donc sur cet album que trois ou quatre très bonnes chansons mais si Will Young continue à progresser au même rythme, il est bien parti pour jouer les premières places dans mon top albums 2019. Je me réjouis d'avance. Par ailleurs, les fondus de ressemblance (et les avocats de Richard Gotainer), écouteront avec intérêt Madness qui présente une parenté troublante avec Le dindon du susnommé.

Magnolia Electric Co - What Comes After The Blues (Secretly Canadian)
Songs:Ohia ayant apparemment fait son temps (?), Jason Molina a décidé de former un nouveau groupe pour enregistrer ses chansons. Cependant, comme il ne veut pas froisser ses musiciens ni s'aliéner son public, il a décidé de donner à ce nouveau projet le nom du (avant-?)dernier album de Songs:Ohia et d'y employer en gros les mêmes musiciens. Quel que soit l'angle sous lequel on examine ce changement de nom, il faut donc bien y voir une grande part de foutage de gueule, mais après tout pourquoi pas ? Le changement de nom est un peu ici l'équivalent du changement d'entraîneur pour un club de football : l'occasion de faire croire que tout va être différent quand bien même l'essentiel restera rigoureusement inchangé. Ici, cet immobilisme de fait me convient plutôt bien puisque j'étais en fait assez content de la manière dont le RC Songs:Ohia avait géré ses précédentes saisons (Ghost Tropic est un petit bijou par exemple). On retrouve sur cet album une country alternative plutôt plus nerveuse que celle de Paula Frazer (à laquelle on pense en entendant la voix de Jennie Benford) mais infiniment moins pénible que l'album live foireux de Bonnie 'prince' Billy dont j'ai parlé il y a quelques semaines. Je n'ai à vrai dire pas grand-chose d'autre à dire de cet album et comme ces chroniques systématiques des albums de 2005 commencent à me courir tout doucement sur le haricot, je ne vais pas me forcer. Les fanatiques des notes de pochette noteront avec plaisir que l'album a été produit par Steve Albini, ce qui impressionne toujours.

Tuco - The Shrinking Process (Robot!)
La commande de disques sur Internet est une invention merveilleuse mais elle mène parfois à quelques étranges surprises, comme par exemple de recevoir un jour dans sa boîte aux lettres un disque inconnu sorti sur un label inconu et arborant fièrement un nom de groupe qui n'éveille pas le moindre souvenir. Je suppose que lorsque j'ai commandé ce disque, j'avais de bonnes raisons de le faire. Sans doute avais-je lu une chronique dithyrambique ou simplement intrigante dans le NME ou les Inrocks. Sans doute m'étais-je aussi dit que, à ce prix-là, il valait mieux acheter directement le CD que de passer des heures à le pister sur les réseaux p2p. Sans doute aussi, de reports en retards, la commande fut-elle envoyée plusieurs semaines après la lecture de cette chronique, alors que le souvenir s'en était depuis longtemps estompé. Mais qu'importe, quelles qu'aient été les circonstances, le résultat est là : je tiens entre les mains un CD que j'ai acheté mais dont je ne sais rien. Première constatation, l'objet est très beau avec sa pochette en carton bleue entouré d'un gros élastique blanc marqué des lettres TUCO. Deuxième constatation, avec ses 24 minutes et ses 6 morceaux, le disque n'est pas bien long (ce qui explique sans doute le prix très bas). Troisième constatation, le groupe est britannique et possède un site web ici. Quatrième constatation, c'est franchement pas mal du tout. Ce son très clair, cette forme d'indie-pop légère et sophistiquée me rappellent vaguement la double compilation Rocket Girl sortie en 2001 (à moins que ce ne soit simplement à cause de la couleur de la pochette, je ne suis pas à l'abri des analogies foireuses). Les influences semblent multiples, et parfois contradictoires : l'alt-country pour les deux premiers tiers de Can't tell et le shoegazing pour le dernier tiers ou I don't mind (qui rappelle Folly de Engineers), Blur ou Pulp pour All transition. Je serais très curieux de retrouver la chronique qui m'a donné envie d'écouter ce disque. Elle vous aurait sans doute donné plus envie que celle-ci. Plusieurs morceaux sont en écoute sur leur site.

PS : RHAAAAAAA ! Plus qu'un. (excusez-moi, c'est l'émotion)

jeudi, février 16

Les albums de 2005 (XVII)

Sunn O))) - Black One (Southern Lord)
Imaginons un instant que l'on définisse l'ambient comme un type de musique fonctionnant par imprégnation, comme un bain sonore où la notion de temps n'existerait plus et dans lequel l'auditeur serait invité à s'immerger et à se fondre. L'ambient s'opposerait alors à tous les autres genres musicaux dont l'écoute nécessite de suivre un déroulement temporel imposé par le compositeur. Si on accepte cette définition, Sunn O))) est indéniablement un des meilleurs groupes ambient actuels. La musique produite par Greg Anderson et Stephen O'Malley a beau être fondamentalement différente des miniatures synthétiques diaphanes de Brian Eno ou de Future Sound of London, je l'écoute dans le même état d'esprit. Les hurlement étouffés de Wrost et Malefic, les lents accords de guitare saturée qui résonnent à l'infini et les touches d'electronoise de cette vieille baderne de John Wiese se combinent pour former un univers sonore parfaitement cohérent et immédiatement identifiable. Ce nouvel album n'est d'ailleurs pas très différent du précédent, que j'aimais déjà beaucoup. Le meilleur morceau est clairement pour moi Cry for the Weeper où les infra-basses habituelles du groupe alternent avec des sons de synthés plus aigus et des bruits de cloches presque joyeux (à leur échelle). En fait, j'aime Sunn O))) (ou dans un genre proche Pan Sonic) parce que leur musique ne ressemble à rien de connu (par moi en tout cas) et fait constamment appel à mon imaginaire. Je suis incapable de l'écouter sans avoir aussitôt l'esprit envahi d'images, et ça, c'est une qualité précieuse.

Cass McCombs - Prefection (4AD)
Rares sont les artistes dont on peut dire sans l'ombre d'une hésitation qu'ils s'améliorent avec le temps. Le premier album de Cass McCombs, gentiment insipide, ne m'avait laissé aucune impression durable et je n'attendais donc pas grand chose du deuxième. J'avais tort car il est bourré de tubes indie-pop à guitares (Equinox, Substraction, Multiple Suns, She's still suffering ou All your dreams may come true) qui évoquent tour à tour les Flaming Lips, The Music, The Charlatans, Cure, Beck, Roxy Music, Belle and Sebastian et plein d'autres. D'ailleurs, Morrissey ayant pris des vacances en 2005, Sacred Heart remporte haut la main mon prix de la meilleure chanson des Smiths de l'année. Malheureusement, ce disque donne parfois l'impression de n'être qu'une compilation de démos et cette impressionnante collection de joyaux pop forme au final un album légèrement frustrant. La voix de Cass McCombs par exemple manque de personnalité et tend à affadir les mélodies et certains arrangements mériteraient un peu plus d'ampleur. Cela dit, ça reste une excellente surprise.

Backstreet Boys - Never Gone (Jive)
Dans le domaine de la pop commerciale, les grands retours médiatiquement orchestrés font en général long feu (pauvres Duran Duran), et celui-ci ne fait pas exception. Tentant de se fondre dans l'air du temps, le groupe a abandonné la pop synthétique de leurs meilleurs années (leur album Millennium reste un modèle du genre) pour une forme assez terrifiante d'emo-pop à guitares. On est souvent très proche de ce que les anglo-saxons appellent la "power-ballad" (quelque part entre Crazy d'Aerosmith et Feel de Robbie Williams). Je dois dire d'emblée que Never Gone est dans l'ensemble un très mauvais disque et j'en parle ici uniquement pour pouvoir dire un mot de leur single Incomplete, pour lequel je me suis pris pendant plusieurs semaines d'une passion irrationnelle. Ma cousine (autre victime de l'envoûtement que ce morceau exerce) prétend que je suis incapable de résister à une intro au piano et elle a sans doute en partie raison (j'ai également éprouvé par le passé de coupables indulgences pour Bruce Hornsby & the Range ou Beverley Craven). En fait, Incomplete parvient à tenir un équilibre difficile : suffisamment grotesque pour faire sourire les cyniques, mais pas assez pour basculer complètement dans le ridicule. C'est typiquement le genre de chansons que l'on se surprend à chantonner dans les allées de son supermarché (jugez par vous-mêmes ici). Stylusmagazine l'avait placée 24ème dans son classement des meilleurs singles de 2005, entre Feist et Bloc Party, et c'est une place qui lui convient parfaitement. Je sauve également de l'album Climbing the Walls (écrite par Max Martin) mais le reste ira rejoindre les oeuvres complètes de Boyzone et de Westlife dans les poubelles de l'histoire.

(courage, plus que deux billets)

mardi, février 14

Les albums de 2005 (XVI)

Elbow - Leaders of the free world (V2)
(voir ici)

Bodies Without Organs (BWO) - Prototype (EMI Suède)
Peut-être vous souvenez-vous des suédois d'Army of Lovers qui avaient produit aux alentours de 1992 deux des singles pop les plus kitschs de l'histoire de la musique enregistrée. Même si le nom ne vous dit rien, il est probable que vous avez conservé en mémoire quelques images de leurs clips (visibles ici ou ). La tête pensante du groupe était Alexander Bard (le blond à moustache), que l'on retrouve ici à la tête de BWO. Il y a quelque chose d'admirable dans la manière dont il continue à produire en 2005 une genre de musique (que je nommerai Euro-disco pour aller vite) qui est depuis longtemps devenu l'antithèse du cool. Tout dans ce premier album (ou presque) sonne daté et certaines des ficelles de composition, acceptables à l'époque, sont devenues à force d'avoir servi des clichés rédhibitoires (notamment la fameuse modulation "on monte tout d'un ton" que même les Musclés hésitaient à employer). Ce disque est donc résolument et volontairement anachronique. En l'écoutant, on se surprend à repenser à des gens aussi formidablement ringards que les A-Teens, Sandra ou Ace of Base. Pourtant, si on y réfléchit bien, dans un monde où Jose Gonzalez, Arcade Fire et Sufjan Stevens vendent 20 fois plus d'albums que Rachel Stevens, c'est peut-être bien là que se cache une des formes les plus pures de musique alternative ou indépendante, celle qui est produite par des artisans consciencieux qui n'espèrent plus aucun succès commercial et se contentent de créer des oeuvres qui leur ressemblent pour un petit public de fidèles regroupé autour de quelques médias-phares. Aucune maison de disques n'oserait aujourd'hui investir de l'argent dans une promotion à grande échelle de cet album (une sortie anglaise un temps envisagée a été abandonnée). Pourtant, l'utilisation du Music de John Miles sur European Psycho est tout à fait réjouissante et des chansons comme Sixteen Tons of Hardware et Voodoo Magic auraient pu être à la fin des deux décennies précédentes des tubes fédérateurs dont les vidéos seraient passées en boucle sur MTV (jours bénis du programme unique paneuropéen). Aujourd'hui, les différentes chaînes nationales de MTV ne permettent plus de découvrir ce qui se fait ailleurs que chez soi, les disques à la mode sont faits pour être écoutés par des adolescents dépressifs dans des chambres mal aérées et ces deux chansons de BWO serviront juste à rappeler leur jeunesse à quelques trentenaires nostalgiques. Triste époque... et je caricature à peine. (des vidéos sont visibles ici)

Black Wire - Black Wire (48 Crash)
On parle peu de l'envers du décor de la scène indé anglaise. Pourtant, pour chaque groupe rencontrant le succès, il y en a 100 qui restent dans l'anonymat. Début 2004, Bloc Party et Black Wire étaient deux groupes au statut équivalent, entourés d'un buzz naissant sur la base d'un ou deux singles prometteurs que l'on s'échangeait avec excitation sur les réseaux p2p. Aujourd'hui, Bloc Party vend des disques par camions entiers tandis que les membres de Black Wire soignent leurs illusions déçues dans des appartements deux-pièces (ils n'en sont pas encore tout à fait là mais on fera comme si pour l'efficacité de la démonstration). Il serait rassurant de se dire qu'il s'agit là d'une forme normale de Darwinisme culturel. Les groupes disposant des meilleures chansons survivent en écrasant ceux dont les morceaux sont plus malingres ou moins efficaces, et assurent ainsi la pérennité du genre. Un documentaire animalier dirait sans doute qu'il s'agit là d'une manifestation de la beauté sauvage et de l'impitoyable cruauté de la nature. On peut néanmoins se demander à quoi tient cette différence de destin. A la qualité intrinsèque des chansons (si tant est qu'une telle chose puisse exister) ? Les chansons de Black Wire sont-elle vraiment moins bonnes que celles de Kaiser Chiefs (Hard To Love Easy To Lay) ou de Bloc Party (Smoke and mirrors) ? Pas sûr. Ce qui a peut-être manqué à Black Wire, plus prosaîquement, c'est un peu de chance, un environnement favorable et quelques connexions dans les médias. On peut s'émouvoir de l'injustice de ce processus de sélection mais il n'y a pas grand-chose que l'on puisse faire pour l'influencer. A mon niveau, je peux juste espérer que, lorsque les trois membres de Black Wire repenseront dans dix ans à cette période de leur vie, ils seront fiers d'avoir écrit et enregistré des chansons aussi parfaites que Attack! Attack! Attack! et surtout The Face (la chanson qu'Electric Six aurait pu sortir s'ils avaient eu le moindre talent), mais je doute que ça leur soit d'un quelconque réconfort. (voir également ici)

Ryan Teague - Six preludes (Type)
Chaque année semble nous réserver au moins un disque inclassable, à la frontière entre electronica, bande originale de film et "nouvelles musiques" (de Philip Glass à Arvo Pärt disons). L'année dernière, c'était Max Richter et l'année d'avant Jonny Greenwood. Cette année, c'est au tour de Ryan Teague, dont l'album est à la fois moins disparate que celui de Jonny Greenwood et plus aventureux que celui de Max Richter. On y entend pêle-mêle des blips synthétiques, du violon, de la clarinette, de la guitare et quelques touches de voix et de violoncelle. L'ensemble forme un tapis sonore enveloppant qui évolue lentement mais évite la plupart des clichés new-age (dans lesquels sombrait parfois Max Richter). Un recours fréquent à la dissonance notamment rend ce disque bien moins lénifiant que ce que ma description pourrait laisser penser, ce qui ne l'empêche pas d'être le remède parfait pour lutter contre les endormissements difficiles, et c'est un compliment. (extraits ici)

Les albums de 2005 (XV)

Art Brut - Bang Bang Rock&Roll (Fierce Panda)
En général, je forge mes opinions sur un groupe en me basant essentiellement sur la musique. Les paroles m'intéressent assez peu et j'essaie autant que possible de faire abstraction de l'image du groupe. Cela dit, toute règle a ses exceptions et je n'ai aucun scrupule à avouer que j'aime surtout Art Brut pour les textes et la vision de la musique qu'ils véhiculent. Le fait que la musique soit très bonne est essentiellement un plus. On pourrait la décrire comme un mélange de comedy-punk basique et d'art-rock anguleux. Ca ne voudrait pas dire grand-chose mais le groupe lui-même ne sachant pas à quel genre il appartient, je vois mal comment je pourrais prétendre être mieux informé. (voir aussi ici)

Minotaur Shock - Maritime (4AD)
2005 n'a pas été une grand cru pour 4AD. L'album de Magnetophone, notamment, m'a déçu. Leur sortie la plus intéressante est donc sans doute cet album de Minotaur Shock, le projet d'un certain David Edwards, dont je ne sais rien si ce n'est qu'il semble être incapable de choisir son camp entre Mylo et Michael Nyman. Cette indécision se révèle finalement plutôt payante. Alors que, pris séparément, ces deux pôles n'ont qu'un intérêt limité, leur mélange fournit un hybride intrigant où nappes électroniques et riffs acoustiques (clarinette, flûte, violon, etc...) cohabitent sans jamais vraiment fusionner. Malheureusement, le disque ne fait que rarement le saut de simplement "intrigant" vers "passionnant" et l'intérêt éveillé une minute se maintient rarement durant les cinq suivantes. Le disque souffre en fait surtout du fait que les morceaux y tiennent très rarement leurs promesses. Vigo Bay par exemple débute avec une rythmique de folie comme les Chemical Brothers rêveraient de savoir encore en produire mais bifurque bien vite vers un pastiche de Mike Oldfield (période Incantations). Six Foolish Fishermen commence comme un morceau d'electronica-ambient à la Boards of Canada (wééé !) mais finit par sonner comme du Level 42 instrumental (bouh !). Il n'y a guère que Muesli et Somebody once told me.. qui parviennent à me séduire dans la longueur. Un curiosité donc, regorgeant d'instants très réussis, mais pas complètement satisfaisante dans la longueur.

Devendra Banhart - Cripple Crow (XL Recordings)
Devendra Banhart revient ici avec un nouvel album qui est à la fois long (plus de 74 minutes) et plus riche que les précédents. Le folk minimaliste des débuts laisse la place à des morceaux plus amples, plus ambitieux dans leur orchestration. J'y retrouve en vrac des traces de pop 60s (Lazy Butterfly commence comme une chanson très connue que je ne parviens pas à identifier), de chanson sud-américaine (Santa Maria da Feira) et de rock'n'roll primitif (I feel like just a child), sans compter d'évidents emprunts à certains de ses glorieux ainés, comme Leonard Cohen pour Dragonflys ou Tim Buckley pour Cripple Crow (essentiellement une variation autour de I Must Have Been Blind). Certes, un album aussi long (22 chansons) ne peut jamais être parfait de bout en bout et arrive toujours un moment de légère saturation où la qualité d'écoute diminue et où on souhaiterait passer à autre chose mais, dans l'ensemble, il s'agit sans doute de l'album de Devendra Banhart que je préfère, peut-être parce que cet album est plus polissé, plus pop et moins brut (ce qui expliquerait peut-être pourquoi il a déçu certains fans de la première heure) ou simplement parce que cette année m'a trouvé plus sensible à ce genre de musique.

jeudi, février 9

Les albums de 2005 (XIV)

Missy Elliott - The Cookbook (Atlantic)
Il y a beaucoup de choses que je n'aime guère dans le rap américain mainstream : un terrifiant esprit de sérieux (du moins en façade), une prétention infinie, une esthétique gangsta empreinte d'un matérialisme mortifère (si je continue à utiliser des expressions pareilles, je suis mûr pour m'abonner à Télérama), etc... Même des rappeurs unanimement appréciés me semblent souvent avoir un 'flow' d'endives trop cuites (Jay-Z principalement) et je suis donc depuis longtemps résigné à être totalement en-dehors du coup (quoique les quelques chansons de Kanye West que j'ai entendues cette année m'ont aguiché l'oreille). Heureusement, Missy Elliott m'a toujours semblé être un peu à part par sa capacité à produire un rap qui plait à ceux que le genre indiffère, sans doute grâce à l'injection d'une bonne dose d'humour et d'un petit grain de folie (manifeste notamment dans ses vidéos). Le seul album de Missy Elliott que je connaissais jusqu'à présent était le déjà très bon Miss E... so addictive. Ici, Timbaland se fait nettement plus discret (deux titres seulement), laissant la place à une armée de producteurs dont la plupart me sont totalement inconnus. En conséquence, cela part un peu dans tous les sens, alternant rap pur (Lose Control) et chansons plus soul (Irresistible Delicious rappelle l'époque où Destiny's Child était encore un groupe intéressant), et utilisant une palette de sons très étendues (de quelques notes de harpe dans 4 my man à un sample de Apache des Shadows dans We run this). Comme toujours sur les disques de rap, les invités sont nombreux avec notamment Ciara, Mary J. Blige, M.I.A. et (l'insupportable) Fat Man Scoop. M'intéressant en règle générale assez peu aux paroles, je n'ai pas la moindre idée de ce que ça raconte (même si les multiples allusions à un "magic stick" dans Meltdown paraissent assez claires) mais aucune des 16 plages de l'album n'est ennuyeuse et c'est en gros tout ce que je demande d'un disque. En plus, le livret est plein d'enseignements. Je sais à présent que Stuart Price n'a pas écrit le "Music makes you lose control" que je lui avais un peu vite attribué (bien que personne d'autre ne soit crédité sur l'album des Rythmes Digitales....un mystère de plus).

Sigur Ros - Takk (EMI)
Aaah, Sigur Ros ! Le son du vent s'engouffrant dans des gorges à la végétation rare, paysages lunaires jonchés de rochers déchiquetés aux arêtes coupantes comme des scalpels ! Les plaines recouvertes à perte de vue d'une neige rendue compacte par la pesanteur immobile et glacée d'une longue nuit d'hiver ! Le reflet incertain d'un bas soleil de midi dardant par-delà l'océan des rayons qu'un geyser scintillant d'écume décompose en éclats de couleurs pâles. En pratiquant un "post-rock" lyrique qui ne recule pas devant le pathos, Sigur Ros prête le flanc aux descriptions les plus consternantes. Succomber à ce douteux penchant représente sans doute un moyen commode d'exprimer ma désillusion envers les albums d'un groupe que je n'ai jamais pu réellement apprécier qu'en live. Sur disque, la voix de Jonsi souffre de ne plus s'enraciner dans un visage et de ne plus s'incarner dans un corps qui mette à nu la douleur de sa naissance. Du coup, les disques de Sigur Ros paraissent presque trop lisses, ne révélant que la part la plus conventionnellement jolie de leur art. Cela dit, une fois ces réserves faites, cet album ne démérite pas face aux précédents (surtout sa seconde moitié, quasi-parfaite). Ils n'ont jamais aussi bien utilisé les cordes que sur Andvari. Gong est sans doute la meilleure pop-song qu'ils aient jamais écrite et des morceaux comme Sorglopur (orth?) ou Milano font depuis longtemps partie des sommets de leur répertoire en concert. En fait, les passages de l'album qui me plaisent le plus sont ceux qui me rappellent le plus directement les versions live. Dommage dès lors qu'ils profitent parfois du confort de leur studio pour laisser libre cours à leurs pulsions de surproduction, notamment sur Hoppipolla ou Se lest où des cuivres de fanfare viennent alourdir inutilement le propos.

The Dead 60s - The Dead 60s (Delasonic)
J'attendais ce premier album avec appréhension car les faces B des premiers singles (des expériences de dub jusqu'au-boutiste) m'avaient semblé assez indigestes (on en retrouve d'ailleurs la trace sur le CD bonus) et fait douter de leur capacité à tenir sur la longueur le niveau de Riot Radio. Finalement, j'avais tort de m'inquiéter et l'album remplit parfaitement son pari. Il ne mérite ni les chroniques assassines lues ici ou là ni la dithyrambe hallucinante de Magic (qui y voyait l'avenir de la pop anglaise). J'entends souvent dire que toute la pop indé britannique actuelle (de Franz Ferdinand à Bloc Party) n'est qu'une resucée éhontée des groupes post-punks de la fin des années 70 ou du début des années 80. Connaissant très mal Gang of Four par exemple (le groupe le plus souvent cité), le caractère apparemment passéiste de toute cette nouvelle vague anglaise ne m'avait jamais réellement gêné. Il n'en est pas de même avec les Dead 60s dont les influences m'apparaissent évidentes. Riot Radio (mon single préféré de 2004 soit dit en passant) est pur Clash, Red Light et Control This sont farouchement Specials et Ghostface Killah est du Madness "un pas au-delà". Je pense aussi souvent à Public Image Limited. Au final, cet album est essentiellement un moyen agréable de réviser son ska en 13 leçons, ce qui en fait plutôt une bonne affaire.

mercredi, février 8

Les albums de 2005 (XIII)

Brian Eno - Another Day On Earth (Opal/Rykodisc)
Je suis un fan de Brian Eno de la même manière que je suis fan de Dead Can Dance ou des Pet Shop Boys, c'est-à-dire au sens le plus basique du terme. En conséquence, j'ai souvent un peu de mal à émettre un avis objectif sur son oeuvre ou à exprimer clairement ce que je ressens en l'écoutant. Ca ne veut pas dire que j'aime sans retenue tout ce que Brian Eno a sorti au cours des trente dernières années (malgré son intérêt historique ou conceptuel, Thursday Afternoon est tout de même un disque profondément ennuyeux) mais simplement qu'écouter ses disques me procure une sensation de bien-être qui n'est pas très différente de celle qui accompagne les retrouvailles avec un membre de sa famille ou un vieil ami, un sentiment de familiarité immédiat dans lequel on peut se lover en toute sécurité, l'impression de se retrouver face à un fragment de soi-même, une page de son histoire personnelle que l'on avait perdue de vue. Comment pourrais-je dès lors espérer faire comprendre par écrit la joie que me procure l'écoute de ce disque, le premier album de chansons sorti par Brian Eno depuis la fin des années 70 ? C'est peine perdue. Je rajouterai donc simplement à ce que j'ai déjà écrit ici que, comme je le pressentais, c'est un album dont je ne me suis pas encore lassé.

Hanson - Underneath (Cooking Vinyl)
J'ai acheté quatre disques "honteux" cette année et une honnêteté chevillée au corps m'empêche de les passer sous silence, quand bien même leur présence ici fait sans doute s'effilocher les derniers lambeaux de ma crédibilité (mais qu'est-ce que la crédibilité sinon le fruit d'un conformisme bien géré, mmmh ?). Voici déjà le troisième, en attendant le dernier qui viendra clôturer la série en apothéose (à moins que la honte ne me le fasse passer sous silence, nous verrons). J'étais passé tout à fait à côté du phénomène Hanson à l'époque de son apogée (1997), pour cause d'intransigeance indie-snob. En effet, durant cette période très trouble de ma vie, j'écoutais en boucle Hovercraft, Flying Saucer Attack et Mice Parade et ne connaissais donc Hanson que comme cette fille blonde à la voix irritante que l'on voyait sans cesse sur MTV secouer les cheveux derrière son clavier en chantant des onomatopées débiles (MMMBop ?). Ce n'est que bien plus tard, le démon de la pop m'ayant à nouveau enserré dans ses doigts griffus, que j'ai découvert que la fille n'en était pas une et que le groupe avait même enregistré deux-trois très bonnes chansons (dont Weird, que j'aime encore beaucoup aujourd'hui). De plus, la manière dont les trois frères Hanson se jouent des reproches habituellement adressés aux groupes pop ne peut que réjouir le défenseur du genre que je suis. En effet, ils écrivent toutes leurs chansons et jouent toutes les parties instrumentales eux-mêmes. Mieux, ils accordent une importance tellement grande à leur "intégrité artistique" qu'ils ont claqué la porte de la major sur laquelle ils étaient signés pour monter leur propre label. Ils n'ont donc de leçons d'indie-attitude à recevoir de personne et, à ce titre, sont un peu le groupe idéal pour les débatteurs de mauvaise foi voulant confronter les indie-snobs de tous poils à leurs contradictions. Est-ce que tout cela fait de Underneath un bon album ? Pas entièrement, non. Je reconnais toutes les qualités du monde au premier single, Penny and Me, dont l'imparable refrain explique en grande partie pourquoi l'album s'est retrouvé entre mes mains. De même, Strong Enough to Break et Lost Without Each Other peuvent plaire si on aime la pop américaine à guitares des années 90 (de Blind Melon à Spin Doctors disons). Sur la longueur d'une chanson, c'est donc en général assez plaisant. Malheureusement, Taylor Hanson, bien que marié et père de famille, a conservé la voix geignarde de ses 12 ans, ce qui rend assez pénible l'écoute d'une traite de l'album. En fait, je crois que je préfère l'idée que je me fais du groupe à sa musique. Dans mon esprit, c'est plutôt un compliment (sans doute parce qu'il me semble qu'il vaut mieux faire de la mauvaise musique pour de bonnes raisons que l'inverse.)

Henrik Johansen - Vacker Utsikt (WERF)
Sans doute le disque le plus improbable de l'année. Henrik Johansen est un crooner suédois très populaire dans son pays. Sa voix se situe quelque part entre celles de Falco, de Gunther (You touch my tralala) et de Leonard Cohen. Henrik Johansen déroule son texte avec un débit mi-parlé, mi-chanté, qui se veut, et arrive souvent à être, sensuel (sur Flikka par exemple). On pense un peu au Joe Dassin de L'Eté Indien ou au Guy Marchand de Destinés. Ces références sont pourtant loin de rendre justice à l'album, où une ironie réjouissante semble irriguer la moindre inflexion de voix. L'imagerie du digipack, empreinte d'une forme de surréalisme ludique, confirme d'ailleurs cette impression. La musique en tant que telle pourrait être décrite comme une sorte de lounge cheap qui m'évoque beaucoup mon disque préféré de l'année dernière (Post Industrial Boys). Toutes les paroles sont en suédois. Je n'ai donc pas la moindre idée de ce que les chansons racontent mais le titre de la première sonne étrangement comme 'Your Horcrux' et ça, ça plait beaucoup à mon côté geek. En résumé, un des disques les plus jouissifs de l'année pour ceux qui conçoivent que l'on puisse écouter un album pour en sourire. Vivement recommandé. Plus d'informations ici.

samedi, février 4

Les albums de 2005 (XII)

Stuart A. Staples - Lucky Dog Recordings 03-04 (Beggars Banquet)
Outre Stuart Staples, on retrouve sur cet album deux membres des Tindersticks (David Boulter et Neil Fraser) et plusieurs autres musiciens régulièrement employés sur leurs albums. Le groupe étant en hibernation prolongée depuis 2003, cet album solo est un pis-aller de luxe en attendant un hypothétique nouvel opus des Tindersticks. Il ne lui manque en effet que les cordes de Dickon Hinchliffe pour être un successeur parfait à Waiting For The Moon. Cette absence explique sans doute que les ambiances soient ici un peu moins tendues ou plus ouvertement "romantiques" que celles des meilleurs albums du groupe. Je suppose que ce simple fait explique déjà pourquoi certains ont accusé cet album de manquer de profondeur ou d'être plus préoccupé de joliesse que de beauté. Personnellement en tout cas, j'y trouve tout à fait mon compte. Marseilles Sunshine, People Fall Down ou Say Something New ne me semblent pas avoir à rougir de la comparaison avec des chansons comme Travelling Light. De plus, j'aime beaucoup la voix de Stuart Staples et je préfère nettement l'entendre dans un album tel que celui-ci que de ne pas l'entendre du tout. Pour les francophiles, je signalerai juste que Yann Tiersen (et Thomas Belhom) sont venus donner un coup de main sur quelques titres.

Madonna - Confessions on a dance floor (Warner)
Contrairement à ce que j'ai beaucoup lu, cet album n'est pas l'oeuvre du seul Stuart Price mais contient également des productions de Mirwais et du studio suédois Bloodshy et Avant (déjà responsable du Toxic de Britney Spears), ce qui ne l'empêche pas de présenter une grande homogénéité de son. Pour l'apprécier, il m'a d'abord fallu accepter de ne pas m'appesantir sur Hung Up, single efficace mais trop manifestement basé sur le sample d'Abba pour mériter tous les éloges qu'on lui prête ici ou là. Cela dit, il faut reconnaître que tout dans ce disque "sonne" à la perfection : les basses disco, la rythmique impitoyable (l'album entier est mixé comme un seul morceau de tempo à peu près constant), les synthés Myléniens (le début de Get Together me fait systématiquement penser à la vilaine fermière), les emprunts divers (autant le sample de Gimme Gimme Gimme dans Hung Up est putassier, autant l'emprunt à West End Girls dans Jump est discret et de bon goût), etc.. J'aime même Isaac dont l'improbable juxtaposition de chants hébreux (je présume liés d'une manière ou d'une autre à la Kabbale) et de disco fonctionne à merveille. Dans l'ensemble, on a donc un très bon disque de dance-pop qui peut sans doute faire penser à Rachel Stevens, à la différence que, là où Rachel Stevens se situe résolument du côté pop, Madonna est plus intéressée par le côté dance. C'est indéniablement plus un disque pour danser en boîte que pour chanter sous sa douche. Il me touche donc un peu moins, sans doute parce que je prends plus de douches que je ne vais en boîte.

Silver Mt. Zion - Horses in the sky (Constellation)
Arcade Fire n'est pas le premier groupe canadien à s'être retrouvé la coqueluche des branchés de tout poil avec leur premier album. Avant cela, les membres de Godspeed You Black Emperor avaient eux aussi connu adoration critique, gloire et dévotion avec leur post-rock post-apocalyptique et post-situationniste (pour ne pas dire post-nihiliste). L'expérience GYBE ayant tourné court, une partie des membres du groupe a créé A Silver Mt. Zion. ASMZ (il faut toujours parler de ce qui touche à Constellation avec des abréviations sous peine d'apparaître complètement has-been) en est déjà à son quatrième album et leur discographie m'a toujours semblé un peu inégale, du sublime (le deuxième album, le Pretty Little Lightning Paw EP de 2004) au moins sublime. Cet album-ci me semble plutôt dans cette deuxième catégorie. Bien que les recettes employées soient en gros les mêmes que sur PLLP, il manque ici un petit quelque chose : l'effet de surprise ou les bienfaits de la concision peut-être. Cela dit, cet album contient un morceau où je retrouve ce qui faisait, selon moi, tout le prix de PLLP. C'est la deuxième plage, Mountains Made Of Steam, entièrement construite autour de l'entrée de la guitare à 4'37" et qui me semble valoir toutes les GYBEries du monde.

jeudi, février 2

Les albums de 2005 (XI)

Patrick Wolf - Wind in the wires (Tomlab)
Ma découverte en 2003 du premier album de Patrick Wolf (Lycanthropy) a été un véritable choc esthétique. L'écouter m'a immédiatement donné l'impression qu'il avait été écrit spécialement pour moi et que j'étais le seul à pouvoir le comprendre. Cette impression idiote s'est d'autant plus développée que je me suis longtemps senti totalement isolé dans mon enthousiasme. A ma connaissance, la presse francophone n'en a pas dit un mot et les radios l'ignoraient (à part Radio 21 qui diffusa quelques fois Bloodbeat, après que je leur en eus envoyé un mp3). Heureusement, avec le temps, la sauce médiatique a commencé à prendre et Patrick Wolf a acquis un petit statut d'artiste culte (en Belgique du moins).
J'ai toujours conservé avec sa musique une relation de fan de base, ce qui explique sans doute pourquoi j'ai autant de mal à en parler. Je dirai donc juste que cet album est beaucoup plus calme que le précédent, plus acoustique aussi. Patrick Wolf y apparaît apaisé, ayant fait la paix avec les démons qui peuplaient son adolescence. Des chansons comme Wind in the Wires et Teignmouth plongent l'auditeur dans un romantisme baroque très personnel et forment un contraste étonnant avec Tristan qui, avec ses rythmiques électro et ses cris gutturaux, rappelle Lycanthropy. Ce deuxième album me paraît dans l'ensemble musicalement plus abouti que le premier mais moins fascinant car on sent que Patrick Wolf y est moins spontané, plus conscient de lui-même et de son statut d'artiste. Cela dit, c'est une évolution inévitable que la sortie de son prochain album sur une major (Loog, une filiale de Polydor) devrait encore confirmer. Bizarrement, le disque fut dans l'ensemble assez mal reçu en France et les chroniques que j'ai pu lire étaient presque toutes négatives. On lui reprochait souvent d'en faire trop, notamment avec sa voix et de manquer de légèreté et de subtilité. Je n'ai jamais très bien compris pourquoi mais je suppose qu'un adjectif tel que "lourd" n'a pas exactement le même sens pour tout le monde. Pour le reste, mon opinion sur le disque transparaît sans doute assez clairement de ce que j'ai déjà écrit ici et des questions que je lui ai posées lors de l'interview conduite au début de l'année dernière.

Boom Bip - Blue Eyed In The Red Room (Lex)
Si on en croit la rumeur ambiante, Boom Bip serait "une des figures emblématiques du hip-hop moderne". Ne connaissant rien de ce que Boom Bip a pu produire auparavant, j'ai un peu de mal à concilier cette qualification avec les chansons présentes sur cet album. Tout d'abord parce que, mis à part deux morceaux, il est entièrement instrumental et ensuite parce qu'il ne contient pas le moindre sample. On n'y trouve donc pas grand-chose de ce qui fait le hip-hop tel que je le conçois. Personnellement, plutôt que du hip-hop, j'y verrais un mélange d'electronica et de post-pop. Les deux morceaux chantés sont (forcément serais-je tenté de dire) ceux qui m'intéressent le plus. On pourrait décrire Do's and Don'ts, le morceau interprété par Gruff Rhys, comme la rencontre entre Elbow, la musique répétitive et la guitare de The Edge. The Matter (of our discussion) est lui inteprété par Nina Nastasia et ne déparerait pas sur un disque tardif de The Mortal Coil ou de The Hope Blister (c'est un compliment). Pour le reste, les morceaux, assez longs, se succèdent, des plus tubesques (The Move et Aplomb) aux plus insignifiants (la plupart des autres). Au final, c'est un disque qui crée un agréable fond sonore mais trop désincarné pour susciter la moindre étincelle d'enthousiasme.

Arab Strap - The Last Romance (Chemikal Underground)
Je dois avoir écouté à peu près tous les albums d'Arab Strap depuis le premier et j'en possède même quelques-uns. Pourtant, je suis incapable de citer le titre de ne serait-ce qu'une seule de leurs chansons. En fait, plus que les compositions en elles-mêmes, ce que j'aime dans la musique d'Arab Strap, c'est un son très particulier, d'une grande limpidité, avec la voix mise très en avant et tous les instruments qui se détachent avec netteté (guitare, violon et une touche d'électronique). Comme c'était déjà le cas pour Smog, chaque nouvel album est donc avant tout pour moi l'occasion de découvrir de nouveaux échantillons de ce son. En conséquence, Arab Strap est un groupe que je n'écoute pas souvent, mais toujours avec plaisir même si je n'ai jamais eu l'envie de m'y plonger plus en profondeur. Du coup, tous leurs albums ont tendance à se confondre dans mon esprit et je serais bien incapable de comparer celui-ci aux précédents. Je dirais donc simplement que le glissement stylistique observé depuis deux ou trois albums s'y confirme, le minimalisme des débuts se métamorphosant petit à petit en une forme de pop joyeuse nettement plus construite (Stink ou There is no ending par exemple).

mardi, janvier 31

Les albums de 2005 (X)

Je ne vous cacherai pas que cette entreprise de longue haleine commence à me peser. :)

Rachel Stevens - Come and get it (Polydor)
J'ai déjà beaucoup parlé de cet album, notamment ici. Je rajouterai donc juste que c'est indéniablement pour moi l'album le plus jouissif de 2005, celui que j'ai le plus écouté aussi. 13 chansons électro-disco dont 11 tueries. Le disque pop quasi-parfait que je n'espérais plus.

The Coral - The Invisible Invasion (Deltasonic)
Il existe très peu de groupes qui ne déçoivent jamais, dont chaque nouvel album parvient à retrouver le même niveau d'excellence. The Coral en est un. The Invisible Invasion est déjà leur 4ème album (ou le 3,5ème selon la manière dont on compte) et les 12 pépites de "pop parfaite" qu'il contient sont en tous points aussi précieuses que celles que l'on trouvait sur les précédents. Cela dit, cette admirable constance est aussi la limite d'un groupe qui semble parfaitement content de sortir tous les 18 mois un nouvel album dans la lignée des précédents, sans remise en question ni prise de risque. En conséquence, s'il ne déçoit jamais, il ne surprend pas plus. D'album en album, James Skelly chante toujours aussi bien (voire de mieux en mieux), les références sont toujoursà peu près les mêmes (pop 60s dévoyée par quelques tentations psychés) et on peut craindre pour le groupe une carrière à la Belle and Sebastian, celle d'un groupe extraordinaire qui rentre peu à peu dans le rang, sans jamais démériter vraiment. Bien que l'on puisse difficilement imaginer deux groupes plus différents dans leur ancrage social et leur dynamique que The Coral et Belle and Sebastian (nonchalance pétard contre enthousiasme boy-scout disons), leurs musiques ont pas mal de références communes et tous deux semblent avoir du mal à les dépasser, malgré l'engagement de producteurs extérieurs pour leurs derniers albums (Adrian Utley et Geoff Barrow de Portishead pour The Coral, Trevor Horn pour B&S). Cela dit, quand les albums sont aussi bons, il n'y a pas vraiment de raisons de bouder son plaisir.

Rufus Wainwright - Want Two (Geffen)
Comment se fait-il que cet album ait été aussi unanimement mal aimé ? Ceux qui ont surtout aimé les deux premiers albums de Rufus Wainwright n'y voient qu'un nouveau naufrage dans la pop pompière nouveau-riche de Want One. Les fans de ce dernier (ils existent, j'en connais au moins un) le trouvent raté et nettement inférieur à son prédécesseur. Du coup, ma conviction qu'il s'agit sans l'ombre d'un doute du meilleur album de Rufus Wainwright me laisse bien isolé. Pourtant, le morceau d'ouverture, Agnus Dei, est tout de même nettement plus digeste que l'écoeurant Boléro dégoulinant de crème Chantilly qui ouvrait Want One. Avec ses violons grinçants et ses mélopées arabisantes, elle démontre aussi une plus grande prise de risques, une louable volonté d'un peu gauchir son image. Cet album m'a intrigué et séduit dès sa première minute. Dans la foulée, Rufus Wainwright sort de sa besace une chanson pop quasi-parfaite, The One You Love, qui est peut-être le morceau de lui que je préfère. La suite de l'album recèle encore The Art Teacher, où le contraste entre sa voix nasillarde pleine de pathos et une ligne de piano minimaliste à la Philip Glass fonctionne à merveille, ou Old Whore's Diet, un hallucinant duo avec Antony d'inspiration sud-américaine (qui est aussi le moment-clé de ses concerts récents). Certes, toutes les chansons ne sont pas aussi formidables que ces trois-là et on s'ennuie parfois poliment mais il me semble malgré tout qu'il s'agit de son album le plus abouti. Apparemment, je suis un des seuls à le penser (à moins que l'un de vous, gentils lecteurs, me tiriez de ma solitude).

lundi, janvier 30

Les albums de 2005 (IX)

Arcade Fire - Funeral (Rough Trade)
Depuis que je m'intéresse à la musique, je n'ai jamais assisté à un délire collectif aussi irrationnel que celui qui a entouré la sortie de cet album. L'existence d'une "conscience musicale" mondialisée sur Internet (dont le gourou serait Pitchfork) me semble avoir ici montré son premier effet pervers en créant une spirale d'entraînement mutuel et de surenchère qui a mené à des propos à ce point excessifs qu'ils en devenaient grotesques. Pendant plus d'un an, on ne pouvait pas cliquer sur un lien ou parcourir la page de garde d'un webzine musical sans tomber sur des "Merci Arcade Fire d'être le meilleur groupe de tous les temps." ou des "Funeral est le meilleur disque de l'univers. Il a changé ma vie et, à chaque fois que je l'écoute, je pleure." J'ai fini par prendre le parti d'en rire mais je mentirais en disant que mon incompréhension face à cette unanimité n'a pas influé sur mon appréciation du disque. L'enthousiasme factice et la spontanéité réglée au millimètre de leur prestation au Pukkelpop il y a quelques mois n'a évidemment rien arrangé. En conséquence, j'ai beaucoup de mal à exprimer aujourd'hui ce que je pense exactement du disque, en le dissociant de son existence médiatique. Je m'y risque cependant.
Je reconnais volontiers que c'est plutôt un bon disque dans son genre et qu'il est difficile de l'écouter sans être au moins partiellement happé par le maelström des émotions qui y sont tapies (de l'euphorie à la tristesse, de l'apathie à la surexcitation). Pour exprimer cette diversité, le groupe a souvent recours à une construction en crescendo, qui le pousse malheureusement souvent à entasser les couches sonores et les instruments en fin de chanson pour accentuer les contrastes. C'est d'ailleurs un des principaux reproches que je ferais à la plupart des groupes à la mode cette année (de Sufjan Stevens à Antony and the Johnsons en passant par Arcade Fire) : une tendance à en faire trop, à vouloir à tout prix faire la preuve de leur ambition musicale en multipliant les instruments, sans toujours avoir les moyens d'intégrer ces multiples couches sonores dans un tout harmonieux. Lorsque j'écoute Funeral et que cette sensation de trop-plein devient trop forte, je me mets à rêver de ce que donneraient ces chansons dans des versions plus dépouillées ou en tout cas un peu moins lourdingues. Vu l'enthousiasme général suscité par Funeral, j'ai peur qu'ils n'aillent au contraire encore plus loin dans la surcharge à l'avenir. Dommage car quand ils se passent de cette construction en crescendo (comme sur Power Out) et osent la simplicité (le très nitséen Haïti), ils sont vraiment attachants (c'est aussi vrai pour l'album de Sufjan Stevens, dont je ne parlerai plus ici).

Jay-Jay Johanson - Rush (Virgin/EMI)
Durant quelques mois de l'année 2002, un nouveau courant musical avait envahi le petit monde de la musique rock. Tout le monde semblait se découvrir fan de Gigolo Records, de Fischerspooner et des synthés vintage. Puis, aussi soudainement qu'elle était née, la mode a passé. On continue pourtant à en percevoir des traces dans la starisation de Stuart Price ou dans les carrières de Goldfrapp et Jay-Jay Johanson. Tous deux s'étaient en effet à l'époque frottés à cette mode électroclash, genre auquel leurs premiers albums de trip-hop-lounge-jazz-pop ne semblaient pourtant guère les prédestiner. Ce choix de prendre le train en marche avait fait de Goldfrapp des stars (Black Cherry fut un immense succès, au moins en Angleterre) tandis que Jay-Jay Johanson y perdait beaucoup de sa crédibilité (dans mon souvenir, Antenna a été très mal reçu en France). Dans ce nouvel album, JJJ présente a posteriori le chaînon manquant entre ses premiers albums et Antenna. Il y marie la voix de crooner nordique qui faisait le prix de ses premiers albums avec une forme d'électro-pop efficace (The Last of The Boys To Know pourrait être une chanson de Kylie Minogue) qui flirte parfois avec le soft-rock FM (Another Night, Another Love évoque Phoenix et Rush le 10cc de I'm Not In Love). En ressort un disque parfaitement maîtrisé, sans réelles fautes de goût, attachant sur le moment même mais que son manque de surprises prive rapidement de mystère.

Wolf Parade - Apologies to the Queen Mary (Sub Pop)
Les similitudes entre Wolf Parade et Arcade Fire sont évidentes. Les deux groupes gravitent dans les mêmes milieux de Montreal, leurs musiques sont assez proches et ils ont tous deux construit leur succès grâce à Internet, quoique à des échelles très différentes. Il m'est donc difficile de ne pas comparer l'un à l'autre. La musique de Wolf Parade est un peu plus brute et se pique moins de sophistication (les cordes et l'accordéon laissent ici la place à quelques touches de synthés Grandaddy-esques). En conséquence, si cet album ne parvient pas forcément à égaler les meilleurs moments de Funeral (il n'y a pas ici de Power Out), il en évite la plupart des travers, ce qui le rend à mon avis plutôt meilleur. En cherchant à argumenter mes impressions, j'ai remarqué que Wolf Parade a enregistré la majorité de son album avec l'aide d'un producteur (Isaac Brock, de Modest Mouse) alors que Arcade Fire, Sufjan Stevens et Antony ne l'ont pas fait. Serait-ce la clé du problème ? Les figures emblématiques de cette nouvelle fague de folk-rock épique (le nom que je leur donne en attendant que la machine médiatique en ponde un meilleur) auraient-elles besoin d'un regard extérieur pour ne pas se laisser entraîner par leurs rêves de grandeur et leurs pulsions symphoniques ? Peut-être. En attendant, une chanson comme Dear Sons And Daughters Of Hungry Ghosts par exemple me semble avoir trouvé un bon équilibre entre ambition et accessibilité, légèreté et sophistication. En fait, le seul véritable problème de cet album est que l'un des deux chanteurs (Dan Boeckner) a exactement la même voix que Kelly Jones, le nain de jardin braillard des Stereophonics, et ça, c'est quand même pas de bol.

samedi, janvier 28

Les albums de 2005 (VIII)

Adam Green - Gemstones (Rough Trade)
J'avais quitté le bonhomme en Robin des Bois de la chanson crade avec les Moldy Peaches et ai donc été surpris de le redécouvrir en crooner pop aux paroles rigolotes lors de son set au Pukkelpop il y a quelques mois. A cette occasion, je m'étais promis de partir à la découverte de sa discographie. Si on en croit la presse, Gemstones est sensiblement moins bon que le précédent album, que je n'ai toujours pas écouté, mais, n'en déplaise à certains, il me semble néanmoins loin d'être honteux. Les chansons de l'album sont assez courtes (deux minutes en moyenne) mais accrochent presque toutes l'oreille grâce à un mélange de limpidité mélodique et une voix qui semble être constamment au second degré implicite et faire des clins d'oeil complices à l'auditeur. Une chanson comme Emily par exemple aurait pu être un tube immense dans les années 60 (sous réserve de quelques ajustements dans les paroles). Je vois mal à quelle époque une chanson intitulée Choke on a cock aurait pu ou pourrait encore être un tube mais elle ferait certainement un malheur dans une revue de cabaret alternatif et, clairement, je n'écoute pas assez de chansons de ce genre.

The Kills - No Wow (Domino)
Le début des des années 2000 a vu le grand retour d'une forme de rock crade teinté de blues primitif. A l'époque, tout le monde pensait sincèrement que les Black Keys allaient changer le monde, que les White Stripes seraient toujours crédibles et que les Strokes ne sortiraient jamais de mauvais albums. Quatre-cinq ans plus tard, que reste-t-il de ces beaux espoirs ? Pas grand-chose. De tous les groupes apparus dans cette veine, les Kills étaient mes préférés (sans doute parce que plutôt moins poseurs que la moyenne) et les seuls qui, au début de 2005, ne m'avaient pas encore déçu. C'est à présent chose faite. Certes, on retrouve sur ce deuxième album la même intensité incandescente, obtenue avec les mêmes moyens minimalistes (guitares et boîte à rythmes essentiellement) mais, en pleine entreprise de dégraissage, Hotel et VV semblent avoir oublié de composer des chansons. Afin sans doute d'extraire de leur musique son essence la plus pure, la plupart des morceaux sont réduits à un squelette de quelques phrases martelées sur des riffs sans cesse répétés. Ce schéma simpliste fonctionne parfaitement en live, où un volume sonore apocalyptique et la contemplation de leur interaction fusionnelle sur scène suffisent à retenir l'attention du spectateur. Pour une écoute à domicile en revanche, cela devient plus problématique et les rares fois où j'écoute cet album, je m'ennuie assez vite. A entendre ou à lire ce qu'on en a dit ailleurs, je suis loin d'être le seul. Le groupe survivra-t-il à ce deuxième album en demi-teinte ? Les modes ont changé et ce type de rock crade n'a plus vraiment la cote. Leurs albums risquent donc à mon avis assez vite de prendre la poussière dans les bacs à soldes. Triste fin pour un groupe si bouillonnant de rage.

Lee Ryan - Lee Ryan (Brightside/Sony BMG)
Il existe une type de disques particulièrement difficile à classer en fin d'année. Ce sont ceux qui se révèlent nettement meilleurs qu'on ne le croyait, sans être à proprement parler bons. Typiquement, ce sont des albums que j'écoute par acquit de consience (et un rien de perversité aussi), me demendant s'ils sont réellement aussi mauvais que ne le veut la rumeur ou le bon sens. Quand ils se révèlent meilleurs que leur réputation, un vague sentiment résiduel de culpabilité judéo-chrétienne me pousse alors souvent à en gonfler les mérites pour expier le fait d'avoir un temps accordé foi à des idées préconçues.... Lee Ryan donc. Pour ceux qui ne voient pas, c'est le crieur de Blue, celui qui faisait des ad-lib Mariah-esques à la fin des chansons en se mettant à genoux et en serrant les poings pour bien monter à quel point il ne faisait qu'un avec sa musique. Il est aussi, paraît-il, complètement stupide. J'ai déjà parlé ici de sa grandiose déclaration sur les attentats du 11 septembre 2001. On peut également porter à son crédit cette perle récente. A quelqu'un qui lui demandait s'il était bon pianiste, il aurait en effet répondu : "Je me débrouille, mais bon, je ne suis pas Picasso non plus."...
Si on résume le dossier, nous sommes donc face à l'album solo d'un membre de boyband (rarement une bonne idée), le boyband en question était assez médiocre et, qui plus est, le type est manifestement con comme un balai. En toute logique, l'album ne pouvait être qu'un désastre, ce que le premier single sorti semblait confirmer. Pourtant, à ma grande surprise, il contient quelques beaux moments de soul blanche, un peu frelatée sans doute mais indéniablement efficace (Turn Your Car Around et Parking par exemple). Je battrai donc ma coulpe en l'insérant dans mon classement de fin d'année, quoique je ne lui promets pas une très bonne place. Faudrait voir à pas déconner non plus.

vendredi, janvier 27

Les albums de 2005 (VII)

Super Furry Animals - Love Kraft (Rough Trade)
Comme le suggèrent ses premières secondes, cet album est une oeuvre qu'on ne peut pas réellement appréhender de l'extérieur, par une contemplation abstraite et détachée. Il faut au contraire y plonger comme dans une rivière et se laisser porter par les courants instables et les tourbillons psychédéliques générés par la succession de ces 12 morceaux démesurés. Bien que j'aie déjà écouté cet album un certain nombre de fois, je n'en ai encore aucune vision d'ensemble et continue à être désarçonné par chaque changement d'atmosphère et par son inventivité sonore permanente (l'intro de Lazer Beam par exemple est hallucinante). Lors des quelques passages plus conventionnels, l'auditeur-mauvais coucheur retombe sur ses pattes, trouve des points de comparaison pertinents et s'autorise à formuler des pensées blasées du genre "Finalement, ce n'est pas si bien que ça.". Ces instants de flottement correspondent en général à la seconde moitié des morceaux les plus typiquement pop-rock. Ohio Heat, par exemple, souffre d'être le seul morceau de l'album qui puisse être confondu avec une face B de Girls in Hawaii. Heureusement, ces baisses de régime ne durent jamais très longtemps et le disque repart très vite dans sa folle sarabande. Je prends les paris que c'est un disque qui me surprendra encore à la centième écoute (en espérant que j'arrive jusque là).

Björk - The Music from Matthew Barney's Drawing Restraint 9 (Wellhart/One Little Indian)
Je ne connais absolument pas Matthew Barney (Monsieur Gudmundsdottir à la ville) et n'ai donc qu'une assez vague idée de ce à quoi peut ressembler l'oeuvre dont Björk nous livre ici la bande originale. Cela n'a pourtant qu'une importance très relative. Polydor ayant décidé de présenter ce disque comme étant le nouvel album de Björk, il est logique qu'on le considère comme tel, indépendamment de son support visuel (de toutes façons difficilement visible par le grand public, surtout avec ce site). Pour bon nombre de ceux qui ont acheté l'album en confiance après en avoir vu des pleines piles dans les supermarchés culturels, la déception a dû être rude. Björk n'y chante en effet que sur deux-trois titres. Du coup, bien qu'elle ait écrit l'essentiel du disque, on a parfois un peu de mal à y déceler sa patte. Ainsi, les deux pièces pour ensemble de cuivres (Hunter Vessel et Vessel Shimenawa) seraient sans doute plus à leur place dans un festival de musique contemporaine que sur l'album d'une chanteuse pop. De même, il est permis de s'ennuyer poliment durant les dix minutes de Holographic entrypoint, une pièce pour voix et percussion dans la plus pure tradition japonaise No. On peut certes admirer le fait que Björk rende ainsi accessible au plus grand nombre des genres a priori aussi peu "grand-public" que le chant de gorge inuit ou la musique contemporaine mais il est aussi permis de penser que le format de la chanson reste de loin celui qui lui convient le mieux, comme en témoignent Gratitude, sublime morceau d'ouverture chanté par Will Oldham ou bien Storm, composé en tandem avec Leila. Le reste de l'album me semble à vrai dire assez anecdotique.

t.A.T.u - Dangerous and moving (Interscope/Universal)
t.A.T.u avait a priori tout du groupe-météore, de ceux qui décrochent la timbale dans le monde entier avec leur premier album avant de retourner aussitôt dans l'obscurité : une provenance inhabituelle (dont l'exotisme s'estompe très vite), un gimmick publicitaire efficace mais depuis longtemps éventé (le sont-elles ? le font-elles ?). t.A.T.u semblait d'autant plus promis à l'oubli que, passé les deux singles, le premier album du groupe était assez médiocre. Je n'aurais donc pas misé un kopeck sur la capacité des deux Russes à rééditer en 2005 leur succès de 2002. Un peu déconnecté des charts depuis quelques mois, je ne sais pas quel fut l'ampleur de son succès commercial mais, sur un plan strictement musical, ce deuxième album est une belle réussite. J'ai déjà parlé ici du premier single, All About Us et de son intro fracassante mais l'album recèle quelques autres chansons qui sont presque aussi bonnes (Cosmos, Loves Me Not et surtout Perfect Enemy). Plus étonnant encore est le fait que les moins bonnes chansons restent toujours estimables. Même les ballades tiennent à peu près la route (Gomenasai). Un bon disque de pop lyrique et épique donc, comme on n'en a guère vu depuis quinze ans. Il est d'ailleurs amusant de constater que la seule chanson de l'album produite par Trevor Horn est celle qui s'inspire le moins du son 80s auquel on l'associe généralement (Frankie Goes To Hollywood, Propaganda, Art of Noise, ce genre de choses). Je ne serais pas autrement surpris de les voir rempiler pour un troisième album, ce qui me semblait inimaginable il y a un ou deux ans.

mercredi, janvier 25

Les albums de 2005 (VI)

Tennant/Lowe - Battleship Potemkin (EMI Classics/Parlophone)
J'ai déjà parlé ici de la projection du Cuirassé Potemkine à laquelle j'avais assisté l'année dernière sur Trafalgar Square. Je m'étais notamment demandé si la bande musicale écrite à cette occasion présenterait encore un quelconque intérêt sans les images. Après avoir écouté les 69 minutes de ce disque, je crois pouvoir dire que oui. Le mariage de l'électronique des Pet Shop Boys et des orchestrations de Torsten Rasch semble plus harmonieux ici que dans les versions jouées en accompagnement du film, où le son des cordes du Dresdner Sinfoniker avait souvent un peu de mal à percer le mur des nappes et des rythmiques synthétiques. De même, le caractère légèrement hors-sujet des passages chantés par Neil Tennant choque moins sans le contrepoint des images. En fait, le principal reproche que l'on pourrait formuler à l'égard du projet est un certain passéisme, une absence de prise de risques. Malgré quelques accès dissonants à la Bernard Hermann dans Drama in the Harbour (le meilleur passage du disque), la partition de l'orchestre est assez passe-partout et la plupart des parties électroniques sont fermement ancrées dans les années 80 (Jean-Michel Jarre), voire 70 (Tangerine Dream). On pourrait aussi sans doute reprocher à la musique de s'assoupir un peu trop longtemps sur certains thèmes (comme dans To the Shore par exemple) mais ce défaut est sans doute inhérent aux bandes sonores continues, bien forcées de suivre le rythme de l'action à l'écran, aussi lent soit-il. Dans l'ensemble pourtant, le projet tient la route et me semble même avoir une certaine allure, même si je me rends bien compte que je ne suis pas d'une objectivité à toute épreuve pour parler de ce que produit le groupe. PS : Dommage néanmoins que les différentes coupures effectuées pour cet enregistrement audio ne permettent pas de suivre le film en parallèle.

...And You Will Know Us By The Trail Of Dead - Worlds Apart (Interscope/Universal)
A l'époque de sa sortie, je n'avais su que faire de cet album qui partait dans tous les sens. Presque un an plus tard, je dois bien reconnaître que la musique de Trail of Dead est un des rares exemples de rock qui, derrière un très convaincant mur de guitares et de batteries (l'intro est un modèle du genre), parvienne à conserver un réel sens mélodique sans jamais sonner comme de la musique pop. Si on le compare aux albums précédents, Worlds Apart se distingue principalement par un élargissement de la palette sonore (piano, violon, etc...), qui trouve son expression la plus radicale dans cette improbable parenthèse instrumentale jouée au violon par Hilary Hahn (To Russia My Homeland) (voir "... appears courtesy of Deutsche Grammophon." dans le livret d'un album de rock qui tache plait d'ailleurs beacoup au snob qui sommeille en moi). Pourtant, cette volonté de se frotter à des formes plus "classiques" ainsi que l'imagerie de l'album laissent souvent craindre que le groupe ne se laisse emporter par son ambition et ne sombre dans une sorte de prog-rock 70s. On en est d'ailleurs dangereusement proche dans le dernier tiers de l'album (All White), avant que deux 'bonus tracks' grandioses ne fassent repencher la balance du côté de l'enthousiasme.

The Subways - Young for Eternity (Infectious Records)
"Ils sont jeunes, ils s'aiment, ils font du rock'n'roll et le monde est à eux". Tel aurait dû être le résumé de l'année 2005 pour les Subways, découverts par Michael Eavis lors d'un concours ouvert aux jeunes groupes et organisé en prélude au festival de Glastonbury (en 2003 ou 2004). Après avoir profité de cette rampe de lancement idéale, le groupe avait suivi le parcours habituel de la parfaite petite sensation indé anglaise : concerts dans les festivals d'été (dont le Pukkelpop), interviews-vérité rigolote dans le NME et premier album directement distribué par une major. Tout semblait se dérouler au mieux pour le groupe et certains lui avaient prédit un destin grandiose à la Franz Ferdinand. Pourtant, le groupe semble depuis coincé dans le ventre mou de la deuxième division du genre, aux côtés de British Sea Power ou de de Nine Black Alps par exemple (qui ne sont d'ailleurs pas forcément des mauvais groupes). Pour expliquer ce semi-échec, il ne faut sans doute pas aller chercher plus loin que ce décevant premier album. Certes, on y trouve un des singles les plus accrocheurs de l'année, Rock'n'Roll queen (j'adore la manière dont le chanteur couine son "Queen") ou encore With You mais, malheureusement, une bonne moitié de l'album ne parvient pas à décider si elle veut ressembler à Blur ou aux White Stripes et, du coup, ne ressemble pas à grand-chose. Leur tentative de pop californienne ensoleillée sur No Goodbyes est intéressante mais les deux chansons calmes (dont Lines of Light) sont totalement insipides, ce qui fait que, dans l'ensemble, l'album manque en grande partie sa cible. Je prendrais volontiers le pari que les Subways ne rencontreront jamais le grand public et resteront toujours partiellement underground (ah ah ah). De plus, je ne suis pas sûr de comprendre pourquoi ce premier album de 36 minutes ne contient pas 1am, qui est une des chansons qui les ont fait connaître. Ca frustre mon côté collectionneur.

mardi, janvier 24

Les albums de 2005 (V)

Hard-Fi - Stars of CCTV (Necessary Records/Warner)
Les banlieusards de Hard-Fi ont tout pour plaire : immédiateté pop (Hard To Beat, Living for the Weekend), un charisme de petites frappes qui en veulent et des textes qui font le point sur ce que c'est d'être un jeune prolo anglais dans l'Angleterre de Blair. L'exemple-type du groupe que les 14-18 en guerre contre la société vénérent comme une part d'eux-mêmes et que les blogueurs plus âgés admirent au point d'écrire des expressions aussi grotesques que "vénèrent comme une part d'eux-mêmes". Ce caractère de porte-parole générationnel fait que Richard Archer est souvent rapproché de Mike Skinner de The Streets, malgré les évidentes différences de style. C'est en tout cas clairement pour moi le meilleur album indie-pop anglais de l'année. Je n'en dirai pas plus ici car j'ai déjà longuement parlé de l'album par ailleurs. J'ajouterai juste que, dorénavant, à chaque fois que l'on tentera de me convaincre que le NME n'est que la voix du département marketing de AOL-TimeWarner, je pourrai répondre que Hard-Fi, bien que remplissant tous les critères démographiques et stylistiques du groupe encensé par le NME, n'a même jamais été mis en converture. Cela pourrait ne pas durer cela dit vu que, six mois après sa sortie, l'album vient d'arriver en tête du classement des meilleures ventes d'albums en Grande-Bretagne.

McFly - Wonderland (Island/Universal)
Je confirme ici le coupable penchant que j'avais déjà manifesté envers le premier album du groupe. Dans un paysage pop britannique ravagé, comme partout ailleurs, par la télé-réalité et la soif de crédibilité qui l'accompagne, McFly et les Sugababes sont en effet les seules raisons de garder espoir dans le potentiel commercial de la pop pure, celle qui ne se prend pas la tête, assume son propos et ne réclame pas à cor et à cri qu'on lui reconnaisse de la profondeur ou du "talent" (le seul mot, avec mutisme peut-être, à n'être jamais prononcé que par ceux qui en sont dépourvus). A vue de nez, McFly me semble être le dernier groupe britannique du genre à avoir réussi à tirer son épingle du jeu. En attendant l'arrivée d'hypothétiques repreneurs de flambeau, il doit donc être chéri précieusement et il n'est d'ailleurs pour cela pas besoin de convoquer de trop grosses doses de mauvaise foi. En effet, si on met de côté deux chansons plus faibles, ce second album est, dans son genre, plutôt réussi et mélange chansons pop-rock limpides d'inspiration 60s dans la lignée du premier album (I'll be OK), tentatives emo-FM (si, si, c'est possible), du bon gros boogie-pop qui tache (I Wanna Hold You et son, gasp!, solo de guitare) et une improbable mini-symphonie orchestrale qui parvient in extremis à ne pas être totalement ridicule (She Falls Asleep). Cela dit, je n'espère convaincre personne et continuerai donc discrètement à écouter Too Close For Comfort, en arborant le sourire en coin qui accompagne souvent les plaisirs dont on se refuse à avoir honte.

Smog - A River Ain't Too Much To Love (Domino)
Ca fait une poignée d'albums que plus rien ne change vraiment dans le petit monde de Smog. Ce nouveau disque n'apporte donc rien de fondamentalement neuf mais il permet (ce n'est pas rien) à dix nouvelles chansons (plus ou moins) minimalistes, dont certaines sont très belles (The Well ou Rock Bottom Riser par exemple), de s'ajouter à un répertoire déjà très riche en chansons (plus ou moins) minimalistes. La belle voix de basse de Bill Callahan y déroule ses textes sur quelques notes de guitare ou de piano, dont les rythmiques simplistes et anguleuses se répètent jusqu'à produire un effet vaguement hypnotique qui éloigne la musique de Smog du folk ou de la country, genres auxquels on pourrait a priori l' associer (drone-folk ?). A tout prendre, on est ici plus proche de Tarwater (elecountrica ?), par exemple, que de Nick Drake ou Johnny Cash. De plus, pour ce que je peux en comprendre, les textes s'intéressent à l'enfance et à la campagne (ou, mieux encore, à l'enfance à la campagne), ce qui pour un citadin endurci comme moi représente le comble de l'exotisme.

mercredi, janvier 18

Les albums de 2005 (IV)

Low - The Great Destroyer (Rough Trade)
En plus de dix ans, la musique de Low a beaucoup évolué. Sur I Could Live In Hope, on découvrait un groupe neurasthénique enchaînant les complaintes minimalistes au ralenti. Au fur et à mesure des albums, le son de Low s'était progressivement amplifié jusqu'à devenir presque "noisy" par moments. L'usage des guitares saturées, notamment, s'était généralisé. Ils avaient pourtant jusqu'à présent toujours conservé l'habitude des tempos lents. Ce n'est plus le cas sur ce nouvel album, où certains titres frôlent les 120 pulsations par minutes. Heureusement, dans l'ensemble, la qualité des chansons ne souffrent pas trop de ce qui est, à leur échelle, un véritable accès de frénésie. Pourtant, certains fans de la première heure ont très vite crié à la trahison, prétendant que le groupe avait vendu son âme en cherchant le "tube" à tout prix. Cette critique trouve d'ailleurs un début de justification avec le single California et Step, deux tentatives de "power-pop" assez peu inspirées. Heureusement, ces coups dans l'eau ne représentent qu'une petite partie de l'album où, par ailleurs, les moments de grâce abondent. Monkey par exemple est la preuve indéniable que le génie de Low peut très bien s'accommoder de tempos plus rapides (le refrain est redoutable). Quelques chansons hiératiques très réussies rappellent par ailleurs le Low des débuts, comme par exemple Death Of A Salesman ou Pissing (et son intro empruntée au Avalyn de Slowdive). A chaque fois qu'un nouvel album de Low sort, il me semble meilleur que le précédent. Celui-ci ne fait pas exception à la règle et j'espère qu'il en sera de même pour le suivant puisque, après une année 2005 placée sous le signe de la dépression et de la pause-carrière, il semblerait qu'Alan et Mimi aient retrouvé l'envie d'enregistrer un nouveau disque.

Doves - Some Cities (Heavenly)
Pauvres Doves. Pas assez pop pour être Coldplay, pas assez bons musiciens pour être Elbow, pas assez arty pour être Bloc Party, pas assez tubesques pour être Franz Ferdinand et pas assez sexys pour être The Libertines, ils en sont réduits à sortir tous les deux-trois ans un album dont tout le monde se dit : "Mouais, c'est pas mal." mais que personne ne ressort jamais des étagères. Il faut dire qu'ils ne se facilitent pas la tâche en sortant des albums très homogènes et en abusant de certaines ficelles de composition et de production. Ainsi, leur manie de mettre en avant les coups de boutoir de la batterie (sur One of these days par exemple) devient rapidement insupportable lorsque l'album passe en fond sonore (ce qui, soyons honnêtes, est le lot de la plupart des albums que l'on écoute au cours d'une journée). Il n'y a guère que le single Black and White Town et The Storm (avec son classieux tapis de cordes) qui parviennent à émerger et à retenir mon attention, mais c'est vraiment trop peu.

A-Ha - Analogue (Universal)
J'ai toujours beaucoup aimé A-Ha. D'abord parce que leurs deux premiers albums sont des modèles de pop lyrique dont je doute de me lasser un jour. Ensuite parce que Morten Harket possède à mon avis une des plus belles voix pop de ces 20 dernières années, aussi à l'aise dans le registre grave que dans l'aigu, où elle conserve une étonnante richesse de timbre. Pendant quinze ans, mon coeur de fan de la première heure m'a ainsi fait considérer chaque nouvel album du groupe avec indulgence. Je n'avais qu'à passer outre la qualité très variable des morceaux pour me laisser porter par le chant. Si je suis peu enclin à convoquer la même indulgence pour ce nouvel album, c'est sans doute, quitte à paraître monomaniaque, parce que la voix y présente quelques signes de fatigue, notamment dans les aigus, comme si Morten Harket se forçait à chanter dans un registre qui n'est plus tout à fait le sien pour ne pas décevoir son public. En conséquence, le niveau moyen des chansons a beau être sensiblement égal à ce qu'il était sur les albums précédents, je m'ennuye poliment (surtout durant la seconde moitié). Deux chansons réussies (Cosy Prisons et Birthright ici) et quatre autres potables ne suffisent pas tout à fait pour faire un album qui tienne debout tout seul, c'est-à-dire sans que quelque facteur extérieur vienne influencer le jugement (la nostalgie, le plaisir de retrouver une voix, etc.). Cela dit, je serais curieux de savoir ce que je penserai de cet album dans six mois parce que la sévérité de mon jugement tend à diminuer après chaque écoute (je vous laisse imaginer ce que j'ai pu en penser quand je l'ai écouté pour la première fois). Pour les fans de Britney Spears ou Kelly Clarkson, je signale que Max "Since You've been gone, Baby One More Time" Martin est venu donner un coup de mains aux trois membres du groupe pour composer la chanson-titre. Ca s'entend particulièrement dans l'introduction.

dimanche, janvier 15

Les albums de 2005 (III)

Juliet - Random Order (Virgin)
Pour beaucoup, le nouvel album de Madonna a fait de Stuart Price le producteur emblématique de 2005 mais il serait injuste de ne pas également mentionner à son crédit l'album de Juliet, sorti au début de l'année et auquel la presse prédisait un succès commercial qui n'est jamais venu. On y retrouve pourtant beaucoup de ce qui fait le prix de Confessions On A Dancefloor. Avec néanmoins une légère différence : tandis que Madonna se place dans une optique de pop pure, arrondissant les angles et polissant ses chansons pour en maximiser l'audience, Juliet a une vision un peu plus alternative (j'aurais presque envie de dire punk) de ce à quoi ses chansons électro-pop doivent ressembler. En conséquence, sa manière de chanter est plus brute et évoquerait plutôt Courtney Love et Justine Frischmann que Madonna (voir New Shoes ou Puppet par exemple). Par ailleurs, les compositions sont ici plus ouvertement minimalistes. Le single Avalon est ainsi essentiellement composé de deux phrases répétées en alternance sur une rythmique continue et le fait que Stuart Price parvienne à créer une (excellente) chanson de sept minutes à partir de ces seules phrases me semble être une sorte d'exploit. L'album demande donc sans doute quelques écoutes pour se révéler complètement, ce qui explique peut-être que le grand public, pourtant manifestement réceptif au son de Stuart Price, soit passé à côté.

Paula Frazer - Leave the sad things behind (Birdman)
Mon goût pour la pop me rend très sensible aux mélodies. J'accorde donc une grande importance aux voix qui les portent, à leur timbre ou à leur pouvoir d'évocation. Il existe ainsi une poignée de voix auxquelles je voue un culte aveugle et dont la simple écoute me ravit, au point que la qualité des chansons qu'elles servent passeraient presque au second plan. Depuis ma découverte du premier album de Tarnation, la voix de Paula Frazer en fait partie (aux côtés de celle de Scott Walker par exemple). En conséquence, même si les chansons de ce deuxième album solo avaient été tout à fait quelconques, je leur aurais sans doute trouvé des qualités. Heureusement, elles ne le sont pas et une bonne moitié d'entre elles rappellent d'ailleurs les meilleurs morceaux de Tarnation (les vocalises au début de Watercolor Lines sont à la limite de l'auto-citation), mais du Tarnation apaisé, où la guitare électrique s'effacerait au profit d'instruments acoustiques. Le piano par exemple est utilisé à la perfection dans l'introduction de Long Ago, qui est sans doute ma chanson préférée de l'album. Je me souviens que, à l'époque de sa sortie, le premier album solo de Paula Frazer m'avait un peu déçu. En écoutant celui-ci, je me demande si je ne ferais pas bien de le réévaluer.

Rammstein - Rosenrot (Universal)
Tout un pan du metal moderne ne me semble compréhensible que si on accepte de prendre en compte sa composante parodique. Cradle of Filth, par exemple, est essentiellement un groupe de clowns oeuvrant dans le domaine du grand guignol. Dans un genre un peu différent (mais pas tant que ça), Rammstein déroule, avec les apparences du plus grand sérieux, une forme de metal industriel jusqu'au-boutiste que leur nationalité rend plus effrayant qu'il n'est en réalité (leurs prétendues sympathies nazies inquiètent de nombreux parents). J'avais beaucoup aimé leur précédent album (Reise Reise) parce que l'on y trouvait, derrière cette façade métallique, des chansons pop rigoureusement irrésistibles (difficile d'imaginer morceau plus immédiatement jouissif que Amerika). Malheureusement, Rosenrot me semble moins réussi. La façade métallique y est plus clinquante que jamais mais les chansons qu'elle dissimule sont dans l'ensemble moins intéressantes. Le duo avec Sharleen Spiteri de Texas, par exemple, est complètement loupé, de même que Te Quiero Puta, qui tente contre toute raison de marier heavy-metal germanique et musique mexicaine. Cela dit, Benzin et Spring déménagent bien comme il faut, et je défie quiconque de ne pas sourire en écoutant Ein Lied, improbable ballade où Till Lindemann susurre son texte sur un accompagnement de scie musicale.